Ma voisine d’en face se lisse les cheveux depuis plus d’une heure. Avant, elle s’était longuement maquillée. Je suis attablé à un restaurant pas terrible et pourtant assez cher, dans l’aéroport de Jakarta. Il est 9h du matin, et je n’ai pas dû dormir plus de cinq heures depuis deux jours. Deux jours exaltants et décevants comme seule Bali sait les préparer, alternance de moments de grâce et d’autres lestés de poisses en tous genres.
Lundi donc, vers 16h, il m’avait fallu quitter, en habit traditionnel, la fête du temple du palais d’Abianbase. Le seul problème, c’est que ça ne se fait pas, puisqu’il ne saurait y avoir de rendez vous plus important que ces fêtes de temple. Seule solution dans ces cas-là, choisie de concert avec Grégoire: le gros mensonge que personne ne croit mais qui dédouane tout le monde. Cette fois-ci, je me suis éclipsé “pour recharger les batteries de l’appareil photo” et “j’ai reçu un coup de fil urgent qui me pressait de rentrer fissa”. Hop, c’était parti. En fait, on m’attendait au petit séminaire une heure plus tard, et j’ai dû foncer comme un malade pour pour y arriver pas trop en retard. Une heure de moto en cinquième voie, celle de la ligne du milieu, ou par les bas côtés pour doubler les énormes camions. Joie. Il pleuvait à seaux… et je suis arrivé noirci par les eaux salies des routes. Tout ça pour aller célébrer dans une famille l’action de grâce pour la naissance du petit dernier. Les grands parents sont riches cathos et voulaient que le beau-fils, français, entende un peu parler de religion chez lui. Commande donc d’une homélie en français à destination des 3 personnes capables de le comprendre… les trois étant évidemment celles qui devaient avoir la mine la plus concernée, même si par choix, ils n’auraient peut être pas été là. Grand moment qui en rappelait d’autres, quand on allait porter la communion dans certaines familles de donateurs. Grands petits-côtés de l’église indonésienne… De retour, texto m’annonçant qu’il fallait les habits traditionnels pour le lendemain, donc au programme du soir, lessive expresse de la veste, imbibée de l’eau noire des routes balinaises…
Le lendemain matin, il fallait que je sois à Ubud à 7h, donc levé à 4h45 pour la messe de 5h30, le temps de commencer à préparer la valise pour la suite et l’appareil photo pour la journée. Parti juste après la messe, et ayant organisé les derniers détails de mon voyage du lendemain, ce fut une expérience bien plus sympathique de voir le soleil se lever sur le Gunung Agung, au milieu des rizières, à fond sur la moto… A 7h, je rejoignais Grégoire pour filmer son groupe de chant et de danse… 20 minutes de moto plus tard, on arrivait au fin fond de la montagne… où ses musiciens étaient en train de préparer un lawar –viande hachée finement et mêlée d’épices- pour son anniversaire. Comme d’habitude, il avait fallu foncer pour se poser longtemps à ne rien faire. Le temps d’une virée au fond d’une rizière par des chemins hasardeux à l’arrière de motos pour aller chercher de l’alcool fermenté dans un arbre à 15 mètres de hauteur (jamais je ne pourrais monter comme ça le long d’un bambou entaillé), on finit par arriver sur le lieu pour filmer. une rizière en escaliers merveilleuse… et trois bonnes heures au soleil de musique. Je suis chargé de faire des films en gros plan… intéressant.
Un peu cramés, on rentre vers treize heures, fait deux interviews, attend pas mal… et on file continuer le boulot un peu plus au sud, chez, Ketut
, le dalang surdoué. ll voudrait que je danse devant lui! Ah Ah… bon moyen d’être ridicule. Bon, en deux mouvements, on classe l’affaire… et comme il n’est pas encore tard, Grégoire décide, après le transfert des dix gigaoctets de données d’enregistrer quelques morceaux de Gender… Mais on a épuisé son enregistreur. ce sera donc pour le mien! Trois quarts d’heure de musique hallucinante. le Gender, c’est vraiment classe! Comme on s’apprête à partir, ils nous invitent à manger… comme ça se fait presque tout le temps à Bali, et ça ne se refuse que
rarement. Et ça permet à la pluie d’arriver… on attend un moment et on se décide à partir quand même, chacun de notre côté. Comme les phares de la moto sont un peu en vrac, la route, que je n’avais jamais prise devient délirante. On n’y voit rien, je manque de taper dans un gars, fait gicler les flaques, et 40 minutes plus tard, me voici de nouveau, en habit traditionnel –propre et humide- au palais d’Abianbase où ils donnent un Gambuh, un théâtre chanté balinais extrêmement ancien, lent, et beau. Je me devais d’être là parce que le maître du palais, Agung Raka Payadnya
voulait que je puisse prendre des photos pour Kati, une amie commune à lui, Grégoire, moi et une palanquée d’autres balinais. Heureusement, il ne pleut plus. Le temps de manger un morceau, (oui, encore) et le spectacle et les photos commencent. Au bout d’une demie-heure, la pluie se remet à tomber à torrents. Le sol disparait sous une quasi rivière. C’est délirant.
et ça dure. ça dure… ça dure
le spectacle se termine. On attend la rotation des parapluies, mais il faut que je rentre à Denpasar, où, à 4h30, quelqu’un doit m’emmener à l’aéroport. minuit. il pleut, on me déconseille de partir.
Me voilà donc assis, avec Grégoire sur le Bale, devant sa chambre, sur une moquette rouge, à deviser en espérant une accalmie. une heure. ça tombe toujours. 1h30, je tente l’aventure. Il pleuvra pendant toute la route, et je mets une heure trente à faire ce que je pourrais faire en moins d’une heure si la nuit avait été claire. Rincé. A trois heures du mat’ j’arrive devant la grille verrouillée du séminaire. Intact mais rincé. il me faut l’escalader, j’ai pas la clé, en rangeant la moto sur le côté! Le temps de faire mes bagages, il est 3h30 et je devrai me lever à 4h pour partir à l’autre bout de l’Indonésie rencontrer un coopérant. départ prévu à 4h30, je pensais que ce serait en moto, et il flotte toujours. ce sera en voiture. Ouf…
Et me voici dans ce resto pourrave de l’aéroport domestique de Jakarta, face à une minette qui se lisse les cheveux depuis une heure… et je me dis qu’entre spectacles inoubliables, rencontres improbables (et j’en oublie) et poisses vertigineuses, j’ai bien fait 1. de partir seul à Bali 2. de ne pas tout trop prévoir.
La suite plus tard.
juste trois mots en en-tête de blog pour vous assurer de petites chroniques de mes découvertes balinaises (depuis l’aéroport de Hong Kong pour l’instant)… aventures ecclésiales (une église de 75 ans, ça s’écoute respirer et vibrer) aventures musicales et artistiques, aventures hindoues… ça promet. Au programme un mer rouge striée de cargos, un aéroport cosy, et des photos, des photos…
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