J'apprends à regarder

En quelques mots et photos, approcher de l'ineffable, Blog de David Lerouge, prêtre

vendredi 15 janvier 2016

le feu qui chante

Depuis le mois de Septembre, je suis curé dans une paroisse plutôt formidable. On pourrait parler de la mer, des couchers de soleil, de la douceur du climat, des marées, et des parisiens à bottes propres, des paroissiens hyper engagés, des relations hyper positives et constructives avec les mairies, de la dame des fleurs, du bedeau, certes, du chauffage du presbytère, du confort du siège de présidence, des églises fort jolies ou de l’association propriétaire. Aussi.

Non, un des aspects formidables, c’est que les gens ici n’aiment pas trop les réunions le soir, ça gave tout le monde, alors on s’organise, on regarde le planning des marées, on se bouge autrement mais le soir, ça peut être cool. Genre hier soir, après les voeux de la paroisse, c’était soirée cool.

A la saison, le soleil est couché un peu tôt et le temps a fraîchi, si si ma bonne dame, enfin mieux vaut un petit froid bien mordant pendant l’hiver, c’est bon pour la terre voyez vous, parce que déjà les mimosas ont … (pardon je m’égare, ça et les considérations sur la santé, c’est surtout ça qui compte parce que quand on a la santé voyez vous, même avec un petit froid sec, ben, … je m’égare à nouveau). Bref, au presbytère, il y a une cheminée, un stock de bois, et quand la soirée peut être paisible, je bricole dans l’âtre, je bouine au foyer, j’égaye les chenets.

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Hier soir, donc, je venais de faire mon laïus tout mignon sur les briquets, j’en avais trois dans les poches (un dans chacune pour ne pas être pris au dépourvu) et je me suis posé après une journée chargée auprès du feu. Je l’ai allumé. Et j’ai regardé, et j’ai écouté.

Au début, papier, petit bois, ça illumine de partout, ça photonne à tout va, le bois prend vite, fort, c’est joli et enthousiasmant, ça ne dure pas, mais c’est un joli décollage, et les flammèches lèchent l’écorce des bûches.

Ensuite le bois plus conséquent, pour affermir tout cela, la chaleur s’installe, le feu se fait foyer et s’attise de lui même, attaquant la bûche de plus en plus profondément, mais toujours de l’extérieur

Et le feu prend son rythme de croisière, il tient, il chauffe dur, il rougeoie et se paie même le luxe de quelques flammes, moins enthousiastes, mais plus chaudes. Qu’on regarde mieux, qu’on retourne la bûche et la chaleur éclate à la face. C’est le moment efficace.

Et tout à coup, la bûche se met à chanter (et uniquement à ce moment là), de petits craquements semblent l’attaquer au cœur qui se fissure et se laisse consumer, elle semble se détruire, elle ne fait qu’embraser jusqu’au linéaments les plus profonds que rien n’avait atteint jusque là. Certaines braises semblent grises quand elles tombent, ce n’est que pour mieux cacher le feu qui les dévore sans la ramener. La moindre brindille qui s’approche explose en étincelles sous la chaleur, le feu ne se voit plus, mais il a tout touché, tout transformé, rien ignoré, jusque dans le coeur invisible à chacun.

et plus tard encore, quand le carbone sera envolé (oups), il restera de quoi enrichir la terre.

C’est une putain métaphore de la vie de foi, TIENS!

jeudi 14 janvier 2016

Galette aux Mielles*

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pour les “voeux”
refuser de dire merci, je ne suis pas celui qui doit les adresser (le Christ, le frère doit le faire)
refuser de dire les admirations, les écrire au quotidien
refuser de donner des souhaits, des vœux, mais donner des devoirs**
où il est question d’altérité qui fait vivre

et proposer que les chrétiens de la paroisse soient comme des briquets
toujours emplis du don qui s’enflamme
toujours prêts au coup de pouce qui embrase (sans lui rien ne se passe)
toujours une pierre de la parole qui fait étincelle dans nos vies
et sûrs que leur flamme est trop fragile, trop inutile, trop faible
à moins qu’elle n’ait le désir d’allumer un feu, aider à s’embraser
initier au don, pour allumer un foyer dont le Christ est le cœur
les chrétiens sont les charbons de son amour.

*Vœux dans la salle des Mielles, donc, avec la galette qui fait grossir avec. (avec des calembours comme ça, je vais finir par écrire un jargonnier spirituel)

**tellement d'instits dans la famille, ça finit par déformer.

vendredi 25 décembre 2015

Une vie de miracles !

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C’est un vieux truc de séminaire, ou d’exégète, ou de littéraire, je ne sais plus, mais dans l’Evangile de Jean, celui-là même qui est souvent lu aux grandes fêtes, on ne trouve pas le mot miracle, mais à chaque fois, en grec, c’est le mot « signe » qui est choisi. Pour qu’il y ait un signe, il faut Quelqu’un qui adresse le signe, et chacun qui essaie de le lire. Le miracle ne brille pas tant par son caractère extraordinaire que par le message dont il est porteur et la relation qu’il initie.

Depuis quatre mois, vous m’avez accueilli comme curé et si je n’oserais jamais dire que j’ai vu des miracles, mais j’ai vu des signes de Dieu, signes de sa Miséricorde, signes de sa délicatesse, signes de sa confiance en l’homme, signes d’un cœur de l’homme qui se laisse toucher :

Des regards d’enfants devant la vierge de Catherine Chauloux, paroles de foi autour du Père Daniel, rires de couturières dans la salle Sainte Marie, tendresse de Dieu pendant la messe quotidienne où l’on est chaque jour aussi nombreux, cœur qui bat lors du sacrement du pardon, beauté d’une messe en maison de retraite, silence intense un 15 novembre, servants de messe dévoués et généreux, poignées et coups de main, accueils chaleureux, rires de chorale, paroles sincères et gestes de paix… pour peu qu’on y soit attentif, Dieu ne cesse de nous déployer dans sa joie.

Je ne saurais souhaiter mieux ! Je ne saurais souhaiter que plus profond dans l’amour, plus large encore dans la main ouverte, plus haut dans le regard, plus long dans la pensée, plus délicat dans la parole, plus ancré dans la prière. Le mal, de toujours à toujours, qu’il soit dans l’absolu ou dans mon corps, donne le goût du désespoir et affaiblit notre capacité à aimer. Le regard porté sur le Christ est celui qui nous relève, et par grâce, nous invite à oser cette vie de liberté, de joie, de LUI.

Je ne veux, alors, avec vous tous, comme l’un de vous, que nous souhaiter une

Sainte Année

Parce que la Sainteté, toute petite et du quotidien, est ce dont le monde a profondément besoin…Et Dieu a bien besoin de nous pour faire rayonner son amour.

mercredi 23 décembre 2015

Poseey

Quand tu fais le tour dans l’église de Saint Pair, tu peux prier devant les sarcophages des Saint Gaud (et lire les nombreuses intentions de prière qui lui sont destinées), Saint Aroaste, Saint Scubilion, Saint Senier et Saint Pair/Paterne qui reposent ici…

Mais tu peux aussi t’arrêter devant l’une des seize (au moins sans compter les vitraux) représentations de la Vierge (dont deux de Lourdes, et trois jeunes Marie avec Sainte Anne) (coucou, ami prot’, Bienvenue)

mais surtout, tu peux apprendre que la sainteté, ça peut être trop posey

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vendredi 18 décembre 2015

Avançons vers la lumière

Depuis presque trois semaines et encore jusqu’à début janvier, la paroisse de Notre Dame de la Baie, à Saint-Pair-sur-Mer, accueille les toiles de Catherine Chauloux : une représentation de la crèche en cinq tableaux, installés dans la chapelle Sainte Anne. Dans la pénombre, on se retrouve ainsi à s’avancer au cœur du mystère de la nativité, au milieu des regards croisés des bergers et des mages, et de la délicate théologie de la lumière. Curé, je suis saisi de voir combien la générosité d’une telle représentation désactive tout pour entamer des dialogues féconds.

L’expo trouve sa continuité dans les enluminures contemporaines de Benoît Cazelles à la maison paroissiale.

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en ville, vous trouverez des farandoles oranges, extraites d’une autre œuvre de Catherine Chauloux, et qui guident les passants (au bénéfice d’un partenariat ouvert et fécond avec la ville) jusqu’à l’expo ouverte du mercredi au dimanche de 14 à 17h. (19 le samedi)

mardi 8 décembre 2015

Tu vas voir qu'y vont nous réinstaurer les indulgences

(oui, et c’est peut être pas une mauvaise idée, financièrement parlant)

L'actu du moment, chez les cathos, c'est ce jubilé : 

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et comme plus personne n’entrave rien au vocabulaire subtil de l’église, surtout pour un jubilé,
les paroisses de Saint Clément et Notre Dame de la Baie ont fait un petit dossier dans leur canard.
Attention, c’est tout copyrighté Sourire, même l’hommage à l’ami Edmond

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dimanche 8 novembre 2015

Jazz in Saint Pair

Petit concert de Jazz à la maison… toujours un peu sombre, on ne se refait pas.

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mais faut dire que c’était éclairé à l’envers. De la jolie lumière sur mes murs, pas trop sur les musiciens, à qui ça allait bien.

dimanche 1 novembre 2015

Dix-sept ans

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Il est 17h00, premier  novembre et le soleil se paie le luxe de fondre vers la mer dans un ciel sans nuage de température douillette. Personne n'a de pull, des chiens de marque gambadent sur la plage, des petites filles de deux-quatre ans en robe au genou jouent poliment sur le sable, un groupe de jeunes soupire des 2h30 qu'il faut encore depuis l'aéroport de Marrakech pour atteindre je ne sais quoi, d'autres s'interrogent si la totalité de leur iPad se voit bien sur l'écran de la télé. Je suis assis sur un bout de digue, les pieds dans le sable, trait noir d'un curé sans urgence sur le feu d'une plage aisée.

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Un peu avant moi, un type avait des chaussures à semelle rigolote. Je réalise plus tard que ce sont mes propres empreintes. L'air est doux et la compagnie choisie.

Le livre aussi. Dix-sept ans, de Colombe Schneck, proposé par @LB2S. Les dix-sept d'une jeune fille de famille aisée et libérée, parisienne et sans souci, qui verra son monde déstabilisé quand elle se découvre enceinte à la veille de son bac.

Elle avorte. Sans tourment.

Et pose des décennies plus tard les résonances de ce non-événement dans la femme libre qu'elle est devenue.

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Pas de morale dans ce récit, pas de conclusion édifiante ni de militance, mais une enfance adolescente ébréchée par le prix d'une liberté qu'on croyait absolue alors qu'elle est d'insondable profondeur...

Vibrant.Juste. Délicat.

jeudi 3 septembre 2015

Monsieur le curé #1500

L'expression en devient amusante. Je suis en train d'arriver à Saint Pair. Mais quand l'arrivée est habituellement synonyme de bout de course, elle signifie pour moi ces jours-ci au contraire un commencement, un départ, et je me paume dans le vocabulaire. La paroisse est très vivante, le bourg agréable, et les journées, tout comme les décisions, filent comme l'éclair. Chaque soir, depuis le presbytère, le coucher de soleil déchire tranquillement sa race (et même le téléphone portable arrive à les saisir), comme un petit don merveilleux. 

Il y a tout à apprendre... faire la feuille d'annonce, écouter pour bien décider, prévoir des obsèques, vérifier les dossiers de mariage, organiser la réunion du conseil économique, rencontrer le maire, choisir la boulangerie qui va bien, trouver du prosecco, fouiller dans la sacristie, faire le tour des églises (gloups, pas encore eu le temps), décider de passer par la digue, chaque soir, en rentrant de la Maison Paroissiale... Bref, C'est parti ! (ou arrivé, je ne sais plus)

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voilà, sept. 2015
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voilà, bis, sept. 2015
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spritz, sept. 2015
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C'est moche, je sais, sept. 2015

et en ouvrant la porte d'un placard de la sacristie, j'ai croisé une métaphore :)

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le ministère, métaphore, sept. 2015