J'apprends à regarder

En quelques mots et photos, approcher de l'ineffable, Blog de David Lerouge, prêtre

dimanche 1 novembre 2015

Dix-sept ans

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Il est 17h00, premier  novembre et le soleil se paie le luxe de fondre vers la mer dans un ciel sans nuage de température douillette. Personne n'a de pull, des chiens de marque gambadent sur la plage, des petites filles de deux-quatre ans en robe au genou jouent poliment sur le sable, un groupe de jeunes soupire des 2h30 qu'il faut encore depuis l'aéroport de Marrakech pour atteindre je ne sais quoi, d'autres s'interrogent si la totalité de leur iPad se voit bien sur l'écran de la télé. Je suis assis sur un bout de digue, les pieds dans le sable, trait noir d'un curé sans urgence sur le feu d'une plage aisée.

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Un peu avant moi, un type avait des chaussures à semelle rigolote. Je réalise plus tard que ce sont mes propres empreintes. L'air est doux et la compagnie choisie.

Le livre aussi. Dix-sept ans, de Colombe Schneck, proposé par @LB2S. Les dix-sept d'une jeune fille de famille aisée et libérée, parisienne et sans souci, qui verra son monde déstabilisé quand elle se découvre enceinte à la veille de son bac.

Elle avorte. Sans tourment.

Et pose des décennies plus tard les résonances de ce non-événement dans la femme libre qu'elle est devenue.

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Pas de morale dans ce récit, pas de conclusion édifiante ni de militance, mais une enfance adolescente ébréchée par le prix d'une liberté qu'on croyait absolue alors qu'elle est d'insondable profondeur...

Vibrant.Juste. Délicat.

jeudi 3 septembre 2015

Monsieur le curé #1500

L'expression en devient amusante. Je suis en train d'arriver à Saint Pair. Mais quand l'arrivée est habituellement synonyme de bout de course, elle signifie pour moi ces jours-ci au contraire un commencement, un départ, et je me paume dans le vocabulaire. La paroisse est très vivante, le bourg agréable, et les journées, tout comme les décisions, filent comme l'éclair. Chaque soir, depuis le presbytère, le coucher de soleil déchire tranquillement sa race (et même le téléphone portable arrive à les saisir), comme un petit don merveilleux. 

Il y a tout à apprendre... faire la feuille d'annonce, écouter pour bien décider, prévoir des obsèques, vérifier les dossiers de mariage, organiser la réunion du conseil économique, rencontrer le maire, choisir la boulangerie qui va bien, trouver du prosecco, fouiller dans la sacristie, faire le tour des églises (gloups, pas encore eu le temps), décider de passer par la digue, chaque soir, en rentrant de la Maison Paroissiale... Bref, C'est parti ! (ou arrivé, je ne sais plus)

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voilà, sept. 2015
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voilà, bis, sept. 2015
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spritz, sept. 2015
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C'est moche, je sais, sept. 2015

et en ouvrant la porte d'un placard de la sacristie, j'ai croisé une métaphore :)

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le ministère, métaphore, sept. 2015

jeudi 2 juillet 2015

chapelles

Suivant les recommandations de l’OMS concernant la vigilance sur les intolérances alimentaires, source de nombreuses pathologies, l’Eglise catholique renonce à l’unicité du rite romain pour diversifier ses propositions

1. messe sans gluten
2. messe sans alcool (sur autorisation expresse du vatican)
3. messe sans traces de fruits à coque, lait de vache, pollen, graine de moutarde, chèvre, sang…

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mais fin d’étoffer sa proposition et de coller à la demande, on pourra aussi opter* pour la
                    (* parce que ça serait quand même vraiment mieux...)

4. messe sans geste de paix
5. messe sans latin ni mention du sacrifice
6. messe sans chant basse
7. messe sans mention du ccfd, ni des migrants, ni de l’ACAT, ni du secours catholique
8. messe sans homélie au début, avant les lectures, avant le credo, avant la PU, après la communion
9. messe sans enfants qui font du bruit
10. messe sans mamie avec son sac en plastique qui concélèbre en stéréo sur le fond sonore du larsen de son sonotone
11. messe sans N. (à customiser)
12. messe sans hypocrites
13. messe sans annonce
14. messe sans gloria/credo/PU/PE customisé
15. messe sans le monsieur qui chante faux juste derrière
16. messe sans le chant N. (à customiser)
17. messe sans le pauvre à la sortie
18. messe avec juste un pauvre à la sortie, mais qui ne sent pas le vin et dit merci
19. messe avec une homélie bien pêchue et dense (sans eau tiède mais sans appel autre que ceux avec lesquels on est déjà d’accord)
20. messe sans dessin de JFK sur la feuille (ni comic sans ms, ni bout de chant photocopié, coupé, collé)
21. messe avec des vraies hosties blanches
22. messe sans chant écrit entre 1950 et 2000
23. messe sans djèmbé
24. messe sans le regard furieux du prêtre
25. messe entre soi

ou alors…
approfondir son lien au coeur unique de l'eucharistie, le Christ, afin de le laisser évangéliser nos manières de célébrer, mes manières de célébrer !

lundi 22 juin 2015

la tête à l'envers

Suivant un usage désormais annuel, je grille les homélies de profession de foi en les posant ici pour ne pas être tenté de les refourguer l'année d'après. Cette année, "pour faire un arbre, mon Dieu que c'est long"

Si un institut de sondage venait dans cette assemblée vous demander si vous êtes chrétiens, je ne sais pas si la réponse serait la même pour tous... "Oui" pour beaucoup, à commencer par les premiers rangs ; "un peu", "non" pour d'autres et quelques "ne se prononce pas", forcément... mais vous devinez que ce n'est pas la manière de l'Evangile de parler de l'homme, de parler de foi, l'Evangile ne met pas dans des cases... L'Evangile préfère les images, comme celle d'aujourd'hui, d'ailleurs, le grain de moutarde... une image bien riche, bien utilisable (coucou Glorious), une image qui parle de croissance, d'enracinement, et de la beauté de la vie qui nous rapproche du ciel tout en donnant ce que nous avons reçu

Genre la graine qui devient un arbre… ça permet pas mal de broder sur

  1. Donner sa vie, se donner, s’oublier pour porter du fruit
  2. Laisser entrer dans sa vie le greffon de la grâce qui fait porter du fruit, devenir un avec lui
  3. Porter du soin à la bonne terre, veiller sur
  4. Ne pas oublier de puiser, et donner du fruit

mais ce serait oublier l'autre dimension essentielle de l'Evangile, celle qui fait que la foi n'est pas un coaching pour une jolie vie, avec des jolies valeurs et des bons conseils. L'Evangile ne cesse de renverser nos manières de penser... il ne nous invite pas à aimer nos amis seulement, mais nos ennemis, ni à veiller gentiment sur nos vies, mais à les donner... Et pour notre image de l'arbre, il faudrait la retourner aussi... 

je pique l'idée à une abbaye, Jouques, qui a bien mis un arbre sur son blason, mais un arbre à l'envers, les racines dans le ciel

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et forcément, ça nous emmène un peu plus loin:  

1. puiser au ciel, toujours, de quoi vivre, les racines sont toujours aussi importantes que les branches, mais invisibles. comment s'enraciner au ciel? par la prière, l'écoute de la parole de Dieu, le silence, les sacrements, puiser à la source de tout amour. 

2. désirer donner du fruit sur terre, de plus en plus, de plus en plus largement, accueillant dans l'ombre de notre vie avec Dieu ceux qui ont besoin de sa tendresse

3. mais plus fondamentalement, si nos racines sont au ciel, nous ne sommes plus étrangers nulle part (je vous passe les vannes sur là où commence l'étranger pour beaucoup d'entre nous), et personne ne devient étranger, car le ciel est partout.

Fin de nos peurs, début de l'aventure avec DIeu qui compte sur nous pour porter les fruits du ciel sur la terre. 

à la fin de la célébration, une chrétienne, qui était passée par Jouques m'a donné le petit dessin ci-dessous. C'est fou ce que les gens dessinent pendant les messes :D

fête de la musique à Cherbourg 2015

Comme en écho à Denfert Rochereau, 2004, où ce collégien, une bouteille de Marie Brizard, à la main au large d’une large scène, se dirigeait sans encore le savoir vers le poste de secours gérant les comas éthyliques, je vois surtout chaque année des dizaines de pompes à Heineken tiède, autant de grilleurs de saucisses tièdes, aussi, et des groupes de saroual colorés agitant des percus brésiliennes, et du gros rock tous les 15 mètres. Et généralement peu de jeunes musiciens… sauf une bière à la main.

du rock donc,

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piano harmonica,
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Bretonneries
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rasta things
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et des jeunes filles attachées à des licornes roses volantes.
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et au détour d’une petite place, une clarinette-voix, une caisse claire/cajon, une guitare sèche, et du jazz tout délicat… (à peine plombé par les platines du mec qui “mixe” dans la rue d’à côté) mais super musiciens pas là pour se la raconter
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un peu comme d’habitude, le beau temps, toussa, pas de jeunes, toussa, de la bière,

et dans un carrefour, le grand moment qu’on n’espère plus.
un père, Samuel, guitare et claviers
sa fille Lisa, 10 ans, clavier et chant
et Loïs 6 ans, qui s’éclate littéralement à la batterie
et une putain de complicité

des chansons connues, mais bien.
de la fraîcheur,
deux mois de boulot.

C’était bien.

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fin à 21h pour ce mini groupe, parce que "école demain" :)