vendredi 29 décembre 2006

Désarroi belliqueux

 

 

Nulle fête liturgique n'est plus populaire que Noël. Seule elle connaît la singulière fortune de réconcilier, dans une commune allégresse, ceux pour qui elle commémore la naissance de Dieu et ceux pour qui elle ne signifie rien. Le plus incroyant la célèbre encore par le champagne et le boudin blanc; c'est un fait d'histoire que cette vénération universelle; les fêtards des réveillons en témoignent à leur façon. Daniel-Rops, Jésus en son temps, ii, p. 104.

 

A croire que, cette année, tous les prêtres avaient lu cette citation que j’ai piquée sans complexe dans le Robert. Dans les homélies, la thématique récurrente fut celle des lumières de nos villes qui annoncent ce temps de fête, mais que nous mettons en regard avec la lumière des cœurs qu’est le Christ. Moi aussi je l’ai fait. Hélas. Et je me suis senti original. Avant.

Il est vrai qu’Edf se frotte pas mal les mains. Entre le froid qui nous fait pousser nos chauffages, et la nuit qui nous fait éclairer nos devantures de maisons, nous avons pas mal sollicité la fée électricité. Soit. Et peut-être fallait-il  exhiber à l’extérieur la joie de Noël que l’on peine à ressentir, à partager à l’intérieur ?

 « il est plus facile de communiquer que de dialoguer » France Inter, 28 décembre 2006, 9h30. C’est sans doute pour cela que nous sommes passivement les interlocuteurs ou plutôt récepteurs de tellement de communicants. Certaines de ces paroles se dépassent elles-mêmes, brisent la « totalité » enfermante et enfermée de notre univers pour y faire entrer de l’uni-divers. Elles nous poussent à creuser, à nous déplacer. Un mot adressé nous touche. ces paroles nous grandissent.

 D’autres nous agressent. Je pense bien sûr à ce titre de carrefour, dans le coin des livres : « Des livres et vous, Cultivez-vous la vie » « de quoi ça s’agit ? » délivrez vous, cultivez vous la vie. Se cultiver la vie ? ça doit être de la poésie, parce que je ne comprends pas. Ou un jeu de mot: faites de la culture... un acte mercantile?

 D’autres, en prime, ont le don de m’énerver, me rabaissant plus bas que moi même!
Est-ce dans l’échange qu’est la richesse ou dans le bien possédé ? Quel cynisme commercial. Qui se targue de culture. Culture peu humaine, ou pas dans le sens où je croyais avoir compris l’homme.

 

 

 Je crois que les mots qui veulent me pousser à être ce que je ne suis pas, me pousser à faire ce que je ne voulais pas, qui m’interpellent pour m’accrocher, tuent en moi ce qui veut devenir humanité. Un psy parlerait de rapport complexe à l’autorité. Je crois tout simplement à l’autorité qui fait grandir, pas celle qui fait de l’autre ce que je veux qu’il soit.

Merci de continuer à jeter vos mots comme ces cadeaux! Là est la vraie richesse.
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emprunts non autorisés à Daniel Rops, Le Grand Robert, plein d'homélies de Noël, service public de France Inter, Emmanuel Lévinas, Xavier Thévenot, Carrefour, Leclerc et cie, Gad Elmaleh, amazon.fr

 

dimanche 24 décembre 2006

par les mots d'un autre

...
Touche mes yeux afin qu’'ils voient
De quel amour tu me poursuis
Comment savoir d’où vient le Jour
Si je ne reconnais ma nuit ?
 
Parole de Dieu dans ma chair
Qui dis le monde et son histoire
Afin que l’homme puisse croire,
Suscite une réponse en moi :
Ouvre ma bouche à cette voix
Qui retentit dans le désert.
Comment savoir quels mots tu dis
Si je ne tiens mon cœur ouvert ?
...
 
Didier Rimaud

quand le lecteur retient la plume

Michel Guittet m'’a fait découvrir qu’'une homélie, avant d’'être un acte de parole, est une oeœuvre d’'écoute, écoute d'’un texte et écoute d'’un peuple en attente. On ne peut bien parler si on ne sait écouter…
 
Comme la période des voeœux appelle une écriture, ma plume hésite au-dessus du papier. Les fins d'années sont propices aux relectures, aux regards interrogatifs sur une histoire qui parle, qui prend sens dans la durée. Mais partager ce regard avec tous est ardu. Avec chacun, on voudrait insister autrement sur tel ou tel éclat. Et les mots adressés à un ne veulent être adressés aux autres. Dois-je comme Le Libraire de Sá Moreira reprendre les mots du Tsar Andrei : « lorsque vous écrivez une lettre, prince, ou un message, quoi que ce soit que vous adressez à quelqu'’un, lorsque vous l’'avez terminé, que vous en êtes satisfait, demandez-vous toujours si vous pourriez l’'envoyer au même moment à quelqu'’un d’autre. Si vous n’auriez qu'’à changer le nom, l'’adresse. Si oui, oubliez cette lettre. Ça n'’en est pas une. Vous racontez votre vie, prince, vous n'’écrivez pas à quelqu’'un. Recommencez ou abandonnez » ?
 
Si je l'’écoute, alors il me faut écrire à chacun, m'’appuyer sur le « visage appelant » de chacun pour regarder ce chemin parcouru et le lire, le dire à mots nouveaux. Chaque visage irise différemment l'’année passée en colorant le regard et les mots. C'’est une aventure formidable où comme dit Jeanne « les autres sont les seules choses qui valent le coup » puisqu'’ils donnent la couleur aux événements, et transforment la succession d’'événements en histoires de chair où s'’inscrit la Parole. Je ne suis pas être seul mais découvreur de ma propre histoire comme lieu où l’'autre, les autres, l'Autre me révèlent à moi-même.
 
Simplement, on ne peut tout relire tout le temps avec chacun. Il faut oser une parole, où ce n'est plus chacun qui irise le regard mais « la communauté de sujets » dont parle Husserl. Il faut écrire une parole, inscrite elle même dans le cours de la vie et de la réflexion, parole imparfaite, temporaire et exposée.
 
Heureusement, les vœoeux nous sortent du risque d'’un solipsisme nombriliste… puisque dans cette relecture se dessine avant tout le désir pour l’'année qui vient du bonheur de l’'autre, avec l'’autre !
 
Merci à Paul d’avoir retenu ma plume. Merci à vous de me l’'avoir rendue. Rude épreuve que celle de voeœux à envoyer où l’'écriture est relecture, où l'’écriture est adressée.

samedi 16 décembre 2006

quand l'hommage est bien fait, c'est un plaisir de le citer:

"C'’est à travers les convo­ca­tions, entre autres, de Péguy, Carlos Fuentes, Pietro Citati, Enrique Vila Matas, Kierkegaard, Toussaint que naît une conversa­tion poétique qui s'’inscrit à l'’école de l'’élégance et de la désinvolture hussarde que revendique pleine­ment l’'auteur. C'’est avec impati­ence que l’'on goûte les mots sa­voureux de l’'Exilé de la moderni­té, de ce résident intemporel. Il faut se laisser saisir, afin d'’enten­dre l'’inouï de la Parole, que nos paroles ont étouffée. De nos dis­cours habitués, Robert Scholtus nous donne à réentendre la signifi­cation originelle de l'’insolence qui, étrangement, nous rappelle nos désertions et absences sur l’'es­sentiel du monde. Un échange qui nous fait habiter le monde où l'’ab­sence devient présence et où la présence se révèle dans son au­thenticité, en tant que rapport à l’'autre et donc à Dieu. Plus que des penseurs ou des pensées, c'’est cette étrange saveur de l'’inouï in­temporel que vient nous dire ou redire le Petit christianisme d'’in­solence. Chaque ligne nous ren­voie à nous même. Sous forme de con­fessions, dominant le refus pa­thé­tique facile, la subtile écriture du regard de l’'auteur entaille les âmes simples, et de ses éclats, troublent les résignés de la beauté Christique. Au fil des pages, l'on côtoie ou l’'on élit résidence. L'’on visite un chemin épuré, à suivre avec Robert Scholtus vers « cette vérité humble, encore toute blan­chie de la poussière des chemins qu'’il a fallu parcourir, une vérité portant les stigmates de la mort par où nous est donnée la vie , une vérité secrète qui prend le vi­sage « d’'une légèreté éthique et d'’une disponibilité mélanco­li­que ». C’'est aussi une convocation de notre temps, d'’une amitié créa­trice, d'’une présence sur la ligne de front, d’'où l’on combat l'’esprit de finitude, la fausse innocence, la morale de défaite et de résigna­tion. Où l'’étendard suffisamment intempestif pour être rareté, où celui qui vit la force de l’'Esprit et de la beauté des commencements dans une « pudeur extrême » nous fait partager « cette Église, qui sous le voile noir de deuil laisse apparaître un visage de jeune fille souriant d’'un sourire d’'étonne­ment ». Le christianisme dont par­le Robert Scholtus, est préservé du raidissement et de l'’orgueil. Il n'’est pas fait  d'’arrangements et de compromissions, mais il est vivant, christique ou mystique. Dans n’importe lequel de ces cas, il s’agit d’un christianisme d'’inso­lence, « c’'est-à-dire un christia­nisme qui manque d’'habitude, un christianisme trop jeune pour se laisser intimider par le temps péremptoire de l'’idéologie reli­gi­euse et paralyser sous le poids de ses archives. Car quelque chose est en train de se passer »."

Lamia Tamalt, «Robert Scholtus, Petit christianisme d'’insolence, Bayard, « Christus », 2004.», Le Portique, Numéro 15 - 2005 - La Loi , [En ligne], mis en ligne le 10 mai 2005. URL : http://leportique.revues.org/document502.html. Consulté le 16 décembre 2006.