mardi 27 février 2007

L'annonce de la second life du nonce

Le nonce vieillissait tranquillement. De sa vie romaine, il avait appris l'art d'agrémenter une conversation avec culture, goût et discrétion. L'humour était fin, les engagements discrets. Il goûtait les "Monseigneur", appréciait les discussions historiques sur le Saint-Lô dont il se considérait comme un des fils et meilleurs connaisseurs, supportait les innovations pastorales qui n'étaient pas de son goût, et allait de plus en plus lentement au travers de la rue Amiard, perdant les kilos amassés au cours des années, dans une maladie dont il ne se plaignait jamais. Chaque samedi, il venait picorer 3 grammes de viande et à défaut des plats, on lui passait ses répétitions et ses emportements, ses souvenirs largement enjolivés et ses victoires supposées, menant le dur combat du plus sourd qui parlera le plus longtemps.

Hier matin, à 5 heures, le nonce a poussé cette discrétion qu'il ne cessait de cultiver jusqu'à s'éteindre sans bruit. Le rythme s'est ralenti à l'extrême. On remise les anneaux et les crosses, les surplis et liserés, on s'inquiète de la bibliothèque à l'annonce du trépas du pro-nonce émérite, archevêque d'Abbir Majus.

Si tout se fit dans le frou-frou discret d'une mort sans éclat, dans cet étirement extrême du temps qui suggère l'éternité, pourquoi cette urgence des médias qui, affamés, avaient besoin "d'un max d'infos avant 19h56, parce que sinon, on ne pourra mettre ça en ligne que demain après 10h30, et ça, c'est pas possible. Vous avez appelé La Croix? les journaux nationaux?" ?

L'hommage est beau au temps de l'indifférence pour une vie qui ralentit, il devient indécent dans le ram-dam et l'effervescence des news qui pourraient défrayer la chronique.

Sortir du temps en le ralentissant à l'extrême, c'est risquer de le voir s'emballer dans une emphase et une pagaille qui siéent aux médias en chasse de scoops. La mort est rappel de la vanité des choses et appel à la vanité des autres!

dimanche 25 février 2007

cardiothérapie

le Carême est un temps pour faire la vérité dans sa propre vie, en se détachant de ce qui peut la rendre prisonnière, et ainsi retrouver le chemin de soi-même, des autres, de Dieu. On pourrait presque parler d’une thérapie du cœur.

Martine de Sauto, la croix, 24 février 2006

mercredi 21 février 2007

feria quarta cinerum

Pour que l'homme soit un fils à son image,
Dieu l'a travaillé au souffle de l'Esprit.
Lorsque nous n'avions ni forme, ni visage,
son amour nous voyait libres comme lui. (bis)
 
Nous tenions de Dieu la grâce de la vie,
nous l'avons tenue captive du péché :
Haine et mort se sont liguées pour l'injustice,
et la loi de tout amour fut délaissée.
 
Quand ce fut le jour et l'heure favorable,
Dieu nous a donné Jésus le bien-aimé
L'arbre de la croix indique le passage
vers un monde où toute chose est consacrée.
 
Qui prendra la route vers ces grands espaces ?
Qui prendra Jésus pour Maître et pour Ami ? 
L'humble serviteur a la plus belle place.
Servir Dieu rend l'homme libre comme lui.
 
[source image: création de Chagall, texte de Didier Rimaud]

jeudi 15 février 2007

Laudo Dominum

 

Je te loue de me surprendre, quand je suis habitué
de me reprendre, quand je suis égaré
et de me prendre, quand je suis perdu

Je te loue d'être un Dieu vivant,
qui se met en quête de l'homme,
non pas un Dieu qui demeure,
mais un Dieu qui vient.

je te loue d'être moins le but que le chemin
moins le terme que la brèche,
moins l'horizon que la marche.
Dieu vivant, tu es vivifiant.

Apprends-moi à voyager ma vie le coeur en alerte,
l'esprit en éveil, le corps en souplesse,
comme celui qui a encore à s'enchanter
d'être sur la terre des vivants.

André Dumas, Cent prières possibles, Paris Albin Michel, 2000, p. 11-12
cité in Prières Glanées par Enzo Bianchi, 11, ed. Fidélité
[source image arcabas, si le grain ne meurt : http://arts-cultures.cef.fr/]

lundi 12 février 2007

anthropogenèse

"L'être humain doit se créer une humanité. Il est soumis à cette nécessité paradoxale : parce que précisément sa vie n'est pas réglée par l'instinct des animaux, c'est-à-dire un ordre inscrit dans la nature, il lui faut créer l'ordre où la vie humaine sera possible. Toutes les théories sur déterminisme et liberté ne peuvent récuser ce fait. Les livres ne poussent pas sur les arbres; et si l'auteur du livre se prend pour un pur jeu de neurones, il s'anéantit comme auteur.
 
Quelle est l'urgence première de l'ordre? de préserver l'homme de la destruction. Et d'où peut venir la destruction? De l'homme lui-même, de la violence qui est en lui. Et la violence proprement humaine se différencie de celle de l'animal. l'animal tue pour manger, se défendre, survivre ; ou dominer ; l'homme, bien sûr, peut faire de même. Mais le meurtre d'humanité ne veut pas simplement tuer les hommes, par intérêt, peur, etc. Il veut tuer l'humanité en l'homme."
Maurice BELLET, le meurtre de la parole, ou l'épreuve du dialogue, Bayard 2006, p. 13-14
 
lecture à suivre donc, puisque selon Patrick PEREZ SECHERET, (Requiem pour le XXe siècle, Editions Autres Temps) c'est pas gagné: 

mercredi 7 février 2007

émerveillement silencieux

Tel un brouillard qui se déchire
Et laisse émerger une cime,
Ce jour nous découvre, indicible,
Un autre jour que l'on devine.
 
Tout rayonnant d'une promesse,
Déjà ce matin nous entraîne,
Figure de l'aube éternelle
Sur notre route quotidienne.
 
Vienne l'Esprit pour nous apprendre
A voir dans ce jour qui s'avance
L'espace où mûrit notre attente
Du jour de Dieu, notre espérance.
 
- CFC -

samedi 3 février 2007

in manus tuas

 
Il y a un numéro du magazine géo qui m'avait particulièrement touché, quand j'étais ado. C'était une série de photos de personnages célèbres, ou plus exactement des photos de leurs mains et de leurs iris, uniquement. C'était superbe. Depuis, je ne peux m'empêcher, quand je donne la communion, de regarder les mains où je dépose le corps du Christ.
 
Il y a toutes sortes de mains: puissantes, abîmées, manucurées, avec des gros diams entre les doigts, sèches, ridées, roses, calleuses, grises, encrées, étiques, presque fermées, timides, accueillantes, prêtes à pincer. Franchement, j'aime bien ces mains, je les trouve belles parce qu'elles parlent bien de ceux qui s'en servent. elles disent quelque chose de ceux qui les animent, de leur histoire, de leur quotidien à fleur de peau. Elles m'émeuvent autant que les regards.
 
Donc, je donnais la communion, encore tout habité d'une rencontre de vendredi soir pour une préparation au mariage. Avec ce couple, on a des discussions passionnées et passionnantes de plus de deux plombes. Vendredi, ils m'ont annoncé qu'ils voulaient la messe à leur mariage, pour faire plaisir aux parents. "Mais ça vous apporte quoi, à vous?" "ben, ça fait plaisir aux parents", et nous voilà partis sur des chemins escarpés des liens incroyables entre l'eucharistie et la vie.
 
tout à coup,
au creux d'une main gauche,
celle que l'on met sur le dessus, pour pouvoir prendre l'hostie de la main droite,
je vois à l'annulaire briller une alliance
puis une autre, puis plein...
au creux des mains où je vais déposer le corps du Christ. 
 
le lien que je cherchais entre eucharistie et mariage
le lien que les mots peinent parfois à figurer,
il était là
il m'apparaissait.
dans le geste, dans le quotidien, dans l'épaisseur de cet événement.
 
l'alliance était au creux de la main qui accueille le corps donné.
 
il fallait simplement regarder.  
 
ces mains me l'ont montré.

in the sunlight

Aide-moi Seigneur, à savoir regarder
la face ensoleillée de chacun de ceux avec qui je vis.
Il m'est parfois si difficile, Seigneur,
de dépasser les défauts qui m'irritent en eux,
plutôt que de m'arrêter à leurs qualités vivantes,
dont je jouis sans y prendre garde.
 
Sr Emmanuelle