jeudi 29 mars 2007

quand vous priez, ne rabâchez pas


Tournez les yeux vers l'’hôte intérieur
Sans rien vouloir que cette présence;
Vivez de l’'Esprit, pour être celui
Qui donne son nom à votre Père.
Tournons les yeux vers l'’hôte intérieur
Car il habite nos silences
Et nos prières.

texte de Didier Rimaud

 
je suis toujours impressionné par l'articulation des textes de Didier Rimaud. Il m'invite en une phrase à de longues minutes de méditation pour saisir toute la richesse des tournures qu'il emploie. Un must qui pousse même à redécouvrir des vestiges de la liturgie, usés aux voix lancinantes des mamies dominicales, qui en ont affadi la saveur. Ah s'ils n'avaient pas rendu insipide les Prenons la main que Dieu nous tend, tenons en éveil, fais paraître ton jour, que tes oeuvres sont belles et tant d'autres breloques, cachant bien sous des atours souffreteux des bijoux étincelants. Il faut reconnaître que les musiques n'étaient pas toujours à la hauteur. Voilà un bel enjeu pour des compositeurs et musiciens. A vos plumes et claviers.

Question pour un champion, question... hagiographie

Petit dernier d'une ascendance qui fut illustre, simple artisan dans un bled d'où il ne sortira rien de bon, je suis amoureux d'une jolie fille, parfaite et irréprochable, qui tombera enceinte sans mes soins quelques temps avant le mariage. Je suis victime de rêves qui m'incitent à épouser la future maman, et à élever son marmot qui refuse d'entrer dans l'eau pour son bain, a des problèmes en calcul, parle à Dieu, fugue à douze ans pour retrouver son vrai père, abandonne l'entreprise familiale à trente ans pour errer sur les chemins, avec une bande de douze barbus, sans compter les femmes, dont certains peu fiables ou recommandables. Dans tout le pays, il prône la destruction du temple, la résistance aux prescriptions mosaïques, l'amour universel et le droit de parler à Dieu. Ce fils de ma femme, à qui j'ai appris le sens du travail et de la justice se laissera acclamer comme un roi à Jérusalem avant de se faire crucifier comme un vaurien, entre deux malfaiteurs. On ne me prête aucune parole, et les seules attestations de mon existence sont le fait des potes de mon fils adoptif, qui a poussé l'originalité jusqu'à ressusciter, tendant à prouver que j'ai bien fait d'écouter mes rêves, fondant ainsi la prétention et l'originalité de son propos. Pour compenser mon faible impact scripturaire, on me fête deux fois le 19 mars et le 1er mai, de patron de l'entreprise familiale, Pie IX m'a promu patron de l'Eglise universelle et on m'invoque dès qu'une situation matérielle semble insoluble, ce que je m'acharne à réfuter à coups de pouce plus ou moins discrets. Je suis, je suis...

mercredi 28 mars 2007

Meetic à Saint-Lô

Mardi 27 mars, 21h30, Saint-Lô, devant le Scottish, deux hommes, la trentaine, l'un à vélo, l'autre non. La journée a été ensoleillée, et passablement chargée. Ils se sont donné rendez-vous, avec le vague projet d'aller boire l'un un café (décaféiné) et l'autre une bière (une Chimay), et de passer une heure à discuter.

A quelques pas de la porte du troquet: Deux femmes.

Dans un cas comme cela, dans une petite ville de province, il peut arriver pas mal de choses. Dans la majorité des cas, on se croise, se jauge, éventuellement se regarde, et au mieux se salue. Là non. Il fallait un dérapage ! C'est le kairos, l'instant mythique.

Le cycliste à pinces interpelle une des deux passantes, et après une hésitation des paumes et poignets décide de l'embrasser. Ils se connaissent. Les compagnons de soirée, non. Alors suit le grand jeu des présentations mutuelles des nouilles sous le gratin, de la manière la plus hasardeuse qui soit: la question au pif. C'est elle qui commence, avec un léger accent. "C'est ton fils?" Blam, raté. Le piéton faisait jeune, et répond, amusé: "non, je suis son père". Léger flottement dans le meeting improvisé, les sourcils se lèvent, interrogatifs. Le cycliste reprend, "David, un ami"; le piéton précise, "prêtre à Saint-Lô". Regards féminins sceptiques, puis la gaffeuse remarque la petite croix en bois, ... la saisit, la retourne, la lâche et lâche : "désolée, je suis pas croyante". Ah, oui, forcément, en même temps, le prêtre n'était pas une fille, ça ne l'empêchait pas de leur parler!

Plus tard, entre le café et la chimay (bleue finalement), les pinces à vélo trônent sur la table, les téléphones aussi. La conversation, qui va bon train sous les effets conjoints de l'alcool et de l'euphorie, subit une petite interruption par la serveuse à destination du cycliste (dé)pincé : "on voudrait votre avis pour une question politique: les ministres, y sont payés à vie?" "bah non, 6 mois après la fin de leur mission, sauf s'ils démissionnent, là, rien!" Et l'impétrante apostrophe les trois hommes accoudés au bar: "On avait raison, vous nous devez un resto!" Merci Sarko de relancer l'économie locale et les relations cafetiers / piliers de bars. Prochaine étape dans les paris troqueteux, les questions religieuses avec interpellation du clerc troublé.


Ilah, Cordélia, les mecs sont bizarres, Albin Michel

mardi 27 mars 2007

Gloire du visage, gloire du regard - Olivier Clément

 

Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive, déjà Thévenot m'avait fait le coup avec le samedi saint, Scholtus et Bonhoeffer sur la symphonie divine, c'est au tour d'Olivier Clément de mieux dire avant moi toute une émotion autour des visages. Les mots d'un regard qui ne peut être qu'existentiel. ça se goûte.

 

Dans mon enfance, je n'avais jamais entendu parler
ni de Dieu, ni du Christ.
Dans mon éducation, le mystère n'avait pas de place.
Pourtant, très tôt, les visages me hantaient.
Je sentais obscurément que
quelque chose d'autre habitait en eux :
d'où venaient-ils ?
d'où venait la lumière qui, par instants, les transfigure
et les faits si beaux qu'on a envie de pleurer..
Le reste de l'univers m'apparaissait
de plus en plus impersonnel, glacial,
plus froid que la clarté qui tombe des étoiles.

A seize ans, on est capable
des plus profonds désespoirs de sa vie :
j'avais résolu de me tuer.
(Le démon de nos coeurs s'appelle ''à quoi bon'').
Pétrifié par l'absence intérieure
qui faisait de moi un ''mort vivant'',
je suis monté dans le car qui devait me ramener en ville.
Et j'ai senti tout à coup, qu'on me regardait:
quand on est vraiment regardé, ça se pressent;
ça fait comme une brûlure,
ou comme une main posée sur l'épaule.
Une petite fille - de 4 ou 5 ans- me regardait.
Je ne l'avais jamais vue, je ne l'ai jamais revue.
Elle me regardait avec la douce insistance
- pleine de pudeur et de gravité -
de ceux qui comprennent sans qu'il soit besoin de rien dire.
Elle m'a souri...
Et ce sourire a effacé le drame, il l'a balayé.
Au sens le plus fort du mot, il m'a ''sauvé la vie''.
J'ai compris que la lumière venue de ces yeux-là
ne pouvait pas mentir;
elle était plus réelle et plus vaste que l'océan des peines
elle parlait plus haut que l'aveugle silence
du ciel noyé d'étoiles.
L'océan intérieur de ces yeux-là était plus réel que la mort.
Et leur promesse était de celles
qui sont faites pour être tenues.
Il devenait urgent de ...vivre.

mercredi 21 mars 2007

le premier qui (ne) dit (pas) la vérité, il doit être exécuté

"La seconde expérience que j'ai faite regarde les prêtres. N'ayant jamais vécu dans leur intimité, je ne pouvais comprendre le but principal de la réforme du Carmel. Prier pour les pécheurs me ravissait, mais prier pour les âmes des prêtres, que je croyais plus pures que le cristal, me semblait étonnant!...
Ah! j'ai compris ma vocation en Italie, ce n'était pas aller chercher trop loin une si utile connaissance...
Penchant un mois j'ai vécu avec beaucoup de saints prêtres et j'ai vu que, si leur sublime dignité les élève au-dessus des anges, ils n'en sont pas moins des hommes faibles et fragiles...
" (Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, Manuscrit A 56)

Attention, lecteur égaré, qui as saisi Thérèse dans ton moteur de recherche, pour lire des homélies édifiantes sur la sainte lexovienne, mieux vaut passer ton chemin et aller ici. Mais il m'a paru important, pour susciter d'autres vocations carmélitaines radicales, de proposer, moi aussi, ma version du cristal peu parfait... Samedi. 17 mars 2007. A de nombreuses reprises. Face à au moins onze parents, je me suis compromis en flagrant délit de mensonge, que dis-je délit, péché oui! Oui, mes frères et mes soeurs, j'ai menti, j'ai honte je m'en accuse donc publiquement pour remplir les couvents. Mon sens du sacrifice n'a que peu de bornes.

Mea Culpa, mea culpa, Mea Maxima culpa. Bong : coup sec de mon poing droit sur le coeur (mon thorax d'agrégé dirait Fred). J'ai enduit délibérément ces parents d'erreur en affirmant emmener leurs jeunes à la marche pascale du diocèse. Or c'est FAUX. Je bats ma coulpe avec componction !

Place à l'aveu: Point de marche pascale donc, avec ces onze jeunes parmi la petite trentaine que nous étions :
- nous étions en carême et pas encore à Pâques 
et surtout
- comme nous avons essayé de mettre en scène le Fils Prodigue, alors que les autres cheminaient, nous avons eu la faiblesse de répéter... donc on n'a pas marché.
Alors je vous le demande, comment peut-on affirmer sans sourciller emmener des jeunes à une marche pascale où on ne marche pas à au moins trois semaines du week-end pascal, en témoignent les cloches (pas encore parties), les lapins, les oeufs (pas encore arrivés) et les mines de moines (pas encore définitivement creusées par le jeûne rigoureux)? Si c'est pas pervers, ça !

Avant de songer à me rouler dans la cendre, simplement vêtu de toile de jute, en purifiant ma langue avec des charbons ardents, et me flagellant avec application, je vais me laisser quelques années de répit ou implorer la clémence. Merci d'avance.

Mis à part ce petit mensonge sacerdotal, la journée fut radieuse, froide certes mais radieuse, entre un chanteur aux belles fins et un point d'orgue en passant sous celui de Notre Dame de Granville, pour une veillée du pardon (justement). Ces moments de rencontre personnelle entre des histoires chahutées de jeunes et l'accueil doux et libérant de Dieu sont des moments privilégiés, y compris pour les prêtres comme moi qui accueillent, émus par tant de blessures à panser et de confiance en Dieu. Dans ces cas là, je me sens bien incapable, artisan d'un pardon qui me dépasse. J'ai été d'autant plus touché par le chant qui précédait cette célébration. L'Esprit Saint était invoqué pour nous embraser, et je sentais confusément que la tiédeur ne pouvait convenir, qu'aimer ne peut être qu'un feu dévorant. Qu'il est fort de le voir s'allumer, réchauffer, enflammer le prêtre que j'essaie d'être.

Simple bémol, une lumière pas top du début à la fin, donc peu ou prou de photos acceptables.

danse sélénite

En cas d'énervements futiles,
plutôt que de hausser les épaules et branler du chef
mieux vaut
lever les yeux au ciel
qui n'est pas si vide qu'on le croit,
une lune, une étoile, coruscantes
et le voilà habité...

lever les yeux au ciel
et dodeliner de la tête

 
(petits essais photographiques nocturnes, à base d'étoile et de quartiers de lune)

lundi 19 mars 2007

Plumé

 En ces temps d'addictions communicatives, à coups de téléphone, réseaux, messageries, portables, textos, wifi, courriels, post-it, blogs... j'ai été touché par deux lettres, deux papiers griffonnés avec soin et tendresse, qui n'ont ni sonné ni vibré, mais atterri simplement dans ma boîte aux lettres. Ce n'étaient pas des réponses mais des coups au coeur. Quand les pupilles suivent les méandres de l'écriture, les sentiments transparaissent du papier et passent dans les yeux.

Deux lettres de vie.
L'une pour une naissance, à venir, dans une famille qui n'osait plus l'attendre, où la stérilité des uns était tension pour tous. Alors quand surgit l'inespéré, le monde se remet à vivre, reprend souffle et ose à nouveau tourner
L'autre pour une résurrection d'une amitié en apnée. Après deux années d' "Anne, ma soeur Anne, ne vois tu rien venir? Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie", ce sont de simples nouvelles de celle qui inquiétait par son silence. Ses lignes déchirent l'inquiétude, et réchauffent le coeur.

à griffer du papier, on risque d'émouvoir.

merci Emmanuelle et Piera.

jeudi 15 mars 2007

Clin Dieu

Qui peut saisir le langage des étoiles,
qui peut surprendre la musique des âmes,
qui saura d'un coeur assez libre
connaître la Parole de la Vie?

Heureux l'homme dont le regard
traverse l'invisible
pour chercher ton visage

Répons de l'office des lectures du 3e mercredi de carême

saint lô, jeudi, 7h20

Un peu à la bourre comme tous les matins, j'ai avalé mon café, mangé un morceau, regardé mes mails et les commentaires du site, merde, rien. Je fourre les photocopies et le pc dans mon sac à dos, attrape mes clés et dévale l'escalier, le bac de linge sale sous le bras. Salut Daniel, ça va? grosse journée, ok, bon je file je suis pressé. A ce soir.

Le ciel est clair et le fond de l'air frais, j'enfourche mon vélo et dévale la rue de la poterne. Brèves connivences plus ou moins marquées, en passant, avec les matinaux de la préfecture, les endormis des transports en commun, les lycéens en dilettante, et petite halte au feu. Ah oui, s'arrêter de chantonner. Passage du pont sur la Vire après les effluves de la station d'essences de supermarché. La vallée est comme ouatée, quelques bancs de brume semblent venir de la mer ou sortir de la rivière, comme si l'eau avait des envies de vacances, de lumière, de légèreté. Vague sensation d'être dans les vers d'Hugo, à l'heure où blanchit la campagne, etc.

L'air froid brûle les poumons et après avoir descendu de mon rocher pour côtoyer le fleuve, il me faut remonter. Les muscles se tendent et peinent à se réchauffer. Reste à subir quelques gaz d'échappement et doublements à la hussarde, et me voici dans la cour du collège, un peu hébété par l'effort. Je fonce vers l'oratoire, déjà ouvert et allumé, sors la guitare, allume les bougies, ouvre mon sac, et dès que deux ou trois sont arrivés, on commence à chanter. Les Laudes, tout simplement, un chant respiratoire, alterné, cadencé, des textes insondables à force de profondeur pour les esprits en réveil, une prière sobre comme une source de montagne, comme le premier rayon de soleil du matin. Ni compris ni prévu, il surgit et illumine, éblouit, rassénère. ça y est, ma journée est orientée.

Qu'il peut être doux et simple de prier.

[source image: http://www.art.com]

mercredi 14 mars 2007

faut qu'elle se converse! pomposociologie

Ce n'est pas si simple de regarder les gens dans les yeux, notamment seul face à quarante... regarder sans ciller, sans inquiéter, sans provoquer l'éclat fugitif de celui qui a quelque chose à cacher... autant les coups d'oeil sont rudes quand ils nous déstabilisent, auteur ou destinataire, autant les regards qui savent se croiser simplement peuvent être doux. Mais on ne maîtrise pas toujours ses pupilles.

Bref, de mon côté de l'autel, parfois, pour rassurer, je regarde beaucoup ce que je fais, pour y être complètement, avec toute la présence dont je me sens capable, c'est le moins que je leur dois... ou je regarde les mains, et ce matin, en regardant les mains, mon regard a ripé. Des mains aux pieds.

Parce que les chaussures ça se regarde bien aussi. Et Parfois ça parle autant que les yeux. Elles peuvent être confortables comme des Kickers (ah les filles à Kickers...) voire des Mephisto (infernal!), talons aiguille stylés pour les mollets, mocassins vernis pour se la jouer "classe désuet", souliers Weston pour l'esbrouffe, ballerines simples, baskets branchées pour faire tendance, baskets pourries parce qu'on y a pas pensé, bateau blanchies à l'eau de mer avec pompons pour les bcbg décontractés, fashion victim bariolées et accessoirisées, bottes plus ou moins montantes, semelles compensées pour un complexe d'infériorité, pompes à Jésus, dites sandales de curé (avec des chaussettes, beuark), charentaises du distrait...

Ce matin, mon regard a ripé des mains d'une religieuse d'une bonne soixantaine d'années à ... ses converses, des fausses, certes, mais des converses. En plein temps de carême, elle voulait vivre ses conversions jusqu'au bout des pieds...

Désormais, il est possible de communiquer à grands coups de pompes! Qu'on se le tienne pour dit. Et vous avez mis quoi ce matin?

lundi 12 mars 2007

ombres

http://multimedia.fnac.com/multimedia//images_produits/ZoomPE/2/2/1/9782203343122.jpg  il est des chimères dont on ne soupçonne ni la pertinence ni  l'ampleur sous les aspects légers du langage onirique. 

  Un homme, tout frais marié, cauchemarde tellement qu'il se prend à rêver d'un paradis d'insomnie. Pour délivrer ses nuits, il prend un médicament salvateur dont l'effet secondaire se révèle rapidement : son ombre se colore... intriguant.

   Comment jouer avec cette subite originalité; se réjouir de ne plus avoir de part sombre, de revers de la médaille, de face cachée; ou craindre le regard de tout un chacun sur ce manque patent d'épaisseur humaine qui n'arrête même plus la lumière? Lui qui était invisible à force de fade normalité intrigue par sa semi-transparence, attire, repousse, s'isole, réapprend à vivre, à gérer.  

  La force d'évocation des albums de Schuiten Peeters ne manque jamais de m'interpeller. Plus qu'un scénario, ils developpent un thème dans un univers esthétique et architectural surprenant, où l'ombre, accessoire de mise en valeur, devient pôle d'identité... Comment composer avec elle? fuir? circonscrire tel un Pietro de Paoli? l'aimer?

et si jamais...? ouf tout va bien !

relents et fumets de la tambouille ecclésiale

L'avantage avec les lycéens, c'est qu'il y a tous les styles, du plus sage au plus emporté, et quand je veux me confronter à de la vindicte argumentative violente, je vais voir Gautier. Il pose les questions à l'emporte-pièce, avec un mélange d'idées radicales et approximatives. Avec Gautier, on esquive plus qu'on discute, mais le jeu apprend la souplesse. Bref, Gautier se demande toujours comment je fais pour être chrétien avec la foi que je défends, avec l'Eglise dont je suis prêtre. Cette Eglise et ses casseroles: science et foi, autorité, place des femmes, ambigüité des dirigeants (tous plus ou moins pervers et ambitieux, selon lui) guerres de religion.

*

C'est vrai qu'il y en a eu et il y en a de la violence au nom de la foi, faute peut être de bien la comprendre, à cause, sans doute, de l'hypersensibilité humaine pour tout ce qui touche au coeur, à cause enfin de nos peurs que l'autre nous détruise au lieu de nous enrichir.

Forcément, le nez dans les casseroles, on ne trouve pas toujours Dieu comme Sainte Thérèse d'Avila mais plutôt les relents d'une vaisselle mal faite. ça a bien pris au fond parfois, mais les casseroles ont permis ces mets délicieux, arrosés d'un vin enivrant. La foi peut être ivresse d'un trésor à goûter pour les uns, ou lecture affligée de la liste des ingrédients pour d'autres.

Alors double actualité de ma ptite cuisine ecclésiale et croyante:
1. le hors série de courrier international qui vient me rappeler que tout est pas joli joli dans le rassemblement des croyants, surtout quand les ingrédients ne sont pas ajustés,
2. le grand sourire quand une jeune vient dire qu'elle rencontre, qu'elle parle au Christ chaque jour chaque soir dans sa prière, simplement.

pour une Mise en garde culinaire: novo millennio ineunte, Jean-Paul II, 54-55
"Un nouveau siècle, un nouveau millénaire, s'ouvrent dans la lumière du Christ. Mais tous ne voient pas cette lumière. Nous avons la mission admirable et exigeante d'en être « le reflet ». C'est le mysterium lunæ si cher à la contemplation des Pères qui, par cette image, voulaient montrer la dépendance de l'Église par rapport au Christ, Soleil dont elle reflète la lumière. C'était une manière d'exprimer ce que le Christ dit de lui-même en se présentant comme « la lumière du monde » (Jn 8,12) et en demandant à ses disciples d'être à leur tour « la lumière du monde » (Mt 5,14).

C'est là une mission qui nous fait frémir quand nous voyons la faiblesse qui si souvent nous rend opaques et remplis d'ombres? Mais cette mission est possible si, nous exposant à la lumière du Christ, nous savons nous ouvrir à la grâce qui fait de nous des hommes nouveaux.

C'est dans cette perspective que se pose aussi le grand défi du dialogue interreligieux, que nous devrons encore affronter au cours du nouveau siècle, dans la ligne indiquée par le Concile Vatican II. Au cours des années préparatoires au grand Jubilé, l'Église a essayé, notamment à travers des rencontres de portée hautement symbolique, d'établir une relation d'ouverture et de dialogue avec des responsables d'autres religions. Ce dialogue doit se poursuivre. Dans un contexte de pluralisme culturel et religieux plus marqué, tel qu'il est prévisible dans la société du nouveau millénaire, un tel dialogue est important pour assurer aussi les conditions de la paix et éloigner le spectre épouvantable des guerres de religion qui ont ensanglanté tant de périodes de l'histoire humaine. Le nom du Dieu unique doit devenir toujours plus ce qu'il est, un nom de paix et un impératif de paix. "

(*) je viens de jeter un oeil dans le numéro HS de Courrier International, qui s'appelle Au nom de Dieu. C'est vraiment la liste des ingrédients rédhibitoires dont je parlais plus haut! agents conservateurs, produits de synthèse, colorants artificiels, glutène spirituel, le tout en dose excessive: un vrai vomitif religieux. Comme pour la nourriture, la nocivité est dans l'excès!

mardi 6 mars 2007

le silence - Henri Nouwen

 

II va sans dire qu’'être dans le silence ne signifie pas être inactif, puisque c’'est précisément dans le silence que nous nous retrouvons face à notre être véritable. La tristesse et le malheur sont parfois si accablants que nous ferions n’importe quoi pour ne pas y faire face. La radio, la télévision, les journaux, la lecture, le cinéma, mais aussi le travail et une vie sociale bien remplie peuvent être des façons de se fuir et de vivre notre vie à la manière d’un long divertissement.

Le mot divertissement est important ici. Il signifie littéralement « action de détourner ». Le divertissement est tout ce qui nous détourne des choses auxquelles il est difficile de faire face. Se divertir, c’est se distraire, s’amuser, passer le temps. Le divertissement a souvent un effet bénéfique. Il nous donne un répit, nous per­met d’oublier nos inquiétudes et nos peurs pour un moment. Mais lorsque nous vivons notre vie comme un long divertissement, nous perdons contact avec notre âme et devenons des spectateurs ou des figurants d’un spectacle qui ne se renouvelle jamais. Même une occupation utile et productrice peut devenir une façon d’oublier ce que nous sommes vraiment. Il n’est pas surprenant que, pour plusieurs, la perspective de la retraite soit angoissante. Que serons-nous quand il n’y aura plus rien pour nous tenir occupés ?

Le silence est la pratique spirituelle qui nous aide à dépasser le stade du divertissement. C’est dans le silence que nos chagrins, et les joies qui y sont mêlées, sortent de leur cachette ; nous pouvons alors les regarder sans peur, puisqu’ils nous appartiennent, et nous frayer, entre les ombres et les clairs, un chemin qui mène à la liberté. Nous pouvons trouver le silence dans la nature, dans une église, dans un centre de méditation ou dans notre maison. Quel que soit le moyen de l’atteindre, nous devrions le chérir. Parce que c’est dans le silence que nous pouvons vraiment connaître ce que nous sommes et le reconnaître progressivement comme un don de Dieu.

Au début, le silence peut nous effrayer. Car ce sont d’abord les voix surgies de l’ombre que nous entendons : celle de la jalousie et de la colère, du ressentiment et du désir de vengeance, de la convoitise et de l’avidité ; celle aussi de la douleur provoquée par les pertes, les abus et les rejets. Ces voix sont souvent brutales et bruyantes. Elles peuvent même nous assourdir. Notre réaction spontanée est de les fuir et de continuer à nous distraire.

Mais si nous avons le courage de le supporter et de ne pas nous laisser intimider par ce tumulte, il perdra graduellement de sa force et s’affaiblira et les voix douées et réconfortantes venant de la lumière pourront se faire entendre à leur tour.

Ces voix parlent de paix, de bonté, de douceur, d’espoir, de pardon et, surtout, d’amour. Elles peuvent d’abord sembler petites et insignifiantes et nous pouvons avoir de la difficulté à leur faire confiance. Néanmoins, elles sont très persistantes et elles deviendront plus fortes si nous continuons à les écouter. Elles vien­nent de très profond et de très loin. Elles nous par­laient avant même que nous soyons au monde, et elles nous révèlent qu’il n’y a pas de ténèbres dans Celui qui nous a envoyés dans ce monde, seulement de la lumière.

Elles sont l’écho de la voix de Dieu qui nous appelle de toute éternité : « Mon enfant bien-aimé, mon favori, ma joie... »

Le vacarme de ce monde étouffe continuellement ces voix douées et rassurantes. Elles n’en sont pas moins les voix de la vérité. Elles ressemblent à cette voix qu’entendit Élie sur le mont Horeb. Là, Dieu passa près de lui non pas comme un ouragan, ni dans un tremblement de terre, ni dans un feu, mais dans « le bruit d’une brise légère » (1 Rois 19,11-13). Ce vent tranquille chasse nos peurs, nous permettant de contempler la réalité, notre réalité, sans chercher à nous leurrer.

Henri Nouwen 

dimanche 4 mars 2007

chacun de nos instants est habillé d'éternité

 
"la beauté, cet envers du mal, élève l'âme (...)
 
Beauté physique, beauté morale, beauté spirituelle. Ces dernières confèrent à l'homme une noblesse et une dignité par-dessus l'abîme tragique. (...)
 
Il faut apprendre à lire la beauté, apprendre à la discerner par-delà les beautés trop évidentes devant lesquelles tout le monde s'incline.
Tout visage humain en sa bonté, en son humilité est beau
 
La vraie beauté demande une acuité de regard"
 
François Cheng
 
[source image: transfiguration]

vendredi 2 mars 2007

Encart: Aime!

 

Point de prodigue sans pardon qui le cherche,
Nul n’est trop loin pour Dieu ;
Viennent les larmes où le fils renaît,
Joie du retour au Père !

[source texte: CFC, image: Chagall, David et Bethsabée]

j'ai toujours eu beaucoup de mal avec cette hymne de carême, à cause de ses harmonisations hasardeuses. La musique des mots se suffit à elle même pour dévoiler le mystère qu'elle désigne, accompagné de l'image d'un pécheur pardonné par excellence.

jeudi 1 mars 2007

the answer is blowing in the wind

 

 

Quand le ciel de tempête s'en fuit d'un vent allant,
les nuages pressés se coursent à pleine vitesse
les clochers, de repères, deviennent destabilisants
et ces doigts vers le ciel vous poussent à la renverse.

Si le vent vers la mer dessine son chemin,
il n'est signe apocalyptique du dernier matin,
que pour l'occidental à la plage égaré,
qui, à l'orient, est tout déboussolé.

les Balinais avaient leur Kaja et leur Kelod,
les Normands, le vent d'ouest tout chargé d'iode
ils craignent la fin du monde, si vous les déplacez,
quand la rose des vents sur son axe a tourné.

A trop chercher des signes on perd l'objectivité
et le vent à rebours semble incongruité,
alors que le monde avait bien peu changé
si ce n'est d'observateur facilement inquiété.

anonyme du XXIe siècle.