jeudi 26 juillet 2007

voyage voyage

On a beau être normandophile et hydrofuge, les ondées de juin juillet ont fait leur oeuvre de sape, et le regard, petit à petit cerné par la fatigue se ternit, victime d'un pervers vert-de-gris. Alors, au diable les varices, il faut prendre un peu sur soi et parcourir quelque kilokilomètres, pour pouvoir se reposer et recolorer un tant soit peu son regard dilué par l'humidité au doux soleil de l'été. Quitter ma mer de la Manche pour rejoindre une famille au bord de "Notre Mer".

Tout au long du voyage, d'infimes trésors se donnèrent à voir, renouvelant mon regard et son acuité. C'est ainsi qu'au hasard des chemins, intersections et voies d'accélération me sont apparus...
un prêtre angevin blogueur filant à vive allure,

des oiseaux picorant négligemment au bord de la chaussée, à quelques encablures de Montrichard où j'ai présidé mon premier mariage,
une camionnette faisant l'éloge de la louange: "louer, c'est la liberté",

les gestes délicats d'un papi pépère affinant sa haie, auxquels répondront comme en écho le soin et la régularité des pagayeurs de kayak quand ils effleurent la mer,
des antennes métalliques chatouillant le ciel et rivalisant de hauteur avec les Puys qui caressent les nuages,
un vidangeur au nom prédestiné : Bourbié
un plateau de Lozère hostile et austère où serpente une autoroute vibrante de chaleur, juste après un pont majestueux au milieu d'une monument Valley toute française,
des éoliennes, de celles qui trop souvent me font tourner la tête et qui reçurent à ce titre de ma part un accueil circonspect,
des clins d'oreille de France Inter, qui "donnent à penser" sur la nécessaire dialectique du risque et de la sécurité, tellement parallèle à celle du déséquilibre et de l'équilibre, ou de l'accord et de la dissonance.

Mais surtout, l'art autoroutier une fois de plus m'a pris de court, satisfaisant aux besoins naturels et légaux d'une pause bihoraire à quelques pas d'Aurillac, je me suis retrouvé percuté par un vers, et deux firent des dégâts. "Cette enveloppe si froide aux, regards cachait ... l'âme la plus brûlante." Ce ne pouvait être un hasard, ces mots écrits en aléatoire sur des poteaux verticaux. Parcourant ce champ de poésie rivetée dont le sens m'échappait, j'allais m'enquérir du pourquoi et du comment auprès du syndicat de tourisme sis plus loin. La jeune fille ne savait pas trop, c'était tout nouveau, et pour le vers que j'avais retenu, elle consulta un papier et vit que c'était de Ségur. - La comtesse? m'enquérais-je. - Ben je sais pas, c'est juste écrit Ségur, ah ben probablement, parce que pour La Fayette, c'est pas écrit le marquis... ni les galeries!

samedi 14 juillet 2007

radioscopie de Jacques Brel, 1973

Quelques instants avant de partir en camp humide sous tente à Pontmain avec des ados, sur le thème de la recherche d'une vie, résonnait à mes oreilles une interview surprenante de Jacques Brel. Trouver le centre de sa vie ! ça rappelle des perspectives profondément décalées aujourd'hui...

"je crois que quand on est vilain tout petit on se passe très vite de soi en tant qu'être prioritaire. ça doit être très difficile d'être beau à quinze ans. On s'aperçoit très vite quand on n'est pas beau, que l'intérêt qu'on peut avoir n'est pas en soi mais dans le mouvement que l'on peut éventuellement avoir, ou dans l'apport que l'on peut éventuellement faire. Alors que les gens beaux, si vous voulez, le pôle d'intérêt, c'est eux.
- si comme vous le dites vous aviez été beau, vous auriez eu une carrière tout à fait différente?
- oh je crois que je n'aurais pas eu de carrière"

radioscopie de Jacques Brel par Jacques Chancel

C'était sur France Inter (clic - s'ouvre avec Real Player)

lundi 2 juillet 2007

François Marie Arouet is back


dimanche, malgré l'humidité palpable et le temps blafard
nous étions en famille, en forêt de Saint Sever,
aux coeurs et moral donner de l'air et du fard
dans cette période haletante de fin d'année scolaire

S'attendrir au doux vert de la frondaison,
se restaurer en balade et pique nique bucoliques,
le projet fut mis à l'eau par les affres de la météo.
Heureusement, nous pouvions vivre l'essentiel
l'eucharistie, simple et belle dans la communauté du Carmel

En sortant de la voiture, un canidé de la pire espèce
celle, miniature, qui se nourrit de pois sauteurs
manifesta sa joie de gambader dans la boue
en échappant à l'autorité toute relative de ses maîtres.

Ses sauts désordonnés le menèrent près de nous
et tour à tour, pattes en avant, il bondit vers nos genoux
signant d'une empreinte boueuse nos pantalons jadis immaculés
sous le regard désabusé de ses "mamans" désolées.

Je ne sais si les athées croient à la transmigration des âmes
ou à l'influence du nom sur le caractère
mais il y a bien une morale dans ce petit drame
car le toutou voyou s'appelait Voltaire.