mardi 14 août 2007

Maux de saints, maux de vilains

Parmi les dons de l'ordination, il eut été bien agréable de recevoir celui de la science infuse, mais cela ne fut pas le cas. De l'onction, oui, de l'infusion, non! Bien sûr, les études de séminaire pallient globalement ce manque par un balayage éclectique plus ou moins consciencieux de tous les champs de la connaissance religieuse, dont la superficie fait irrémédiablement penser aux écuries d'Augias. Plus qu'une omniscience, la formation universitaire permet de saisir le point d'équilibre et de cohérence de toutes les élaborations intellectuelles concernant la connaissance de Dieu et de la vie chrétienne, découvrant le mouvement commun de la théologie à l'exégèse, de la morale à la liturgie. Seulement, ça ne donne pas réponse à tout. Le christianisme, et même déjà le catholicisme, se révèle (très) protéiforme, au-delà de l'orthodoxie et de l'orthopraxie séminaristique, comme en témoigne le docte Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse :

«Une religion ne tient pas nécessairement dans une seule et même idée, ne se ramène pas à un principe unique qui, tout en se diversifiant suivant les circonstances auxquelles il s’applique, serait, dans son fond, partout identique à lui-même: c’est un tout formé de parties distinctes et relativement individualisées [...]. Même le christianisme, au moins sous sa forme catholique, admet, outre la personnalité divine, d’ailleurs triple en même temps qu’une, la Vierge, les anges, les saints, les âmes des morts, etc. Aussi, une religion ne se réduit-elle généralement pas à un culte unique, mais consiste en un système de cultes doués d’une certaine autonomie.» 

Du coup, je trouve ça très compliqué d'avoir réponse à tout. Bien sûr, on finit par acquérir des réflexes, des mini rhétoriques toutes prêtes, des bigs macs de la réponse à réchauffer en trois secondes au micro-ondes. La réponse n'est pas nécessairement bien ficelée, mais le sujet se trouve clos d'un mot. Mais ces fast réponses ne sont pas toujours aussi magiques ni roboratives qu'on est en droit de l'espérer, et le prêtre désabusé reste parfois aphone de perplexité. Je pense à cette rencontre faite un jour dans le hall du lycée. Je fendais la foule des lycéens qui quittaient les cours, un bonjour par ci, un salut par là, au milieu de beaucoup qui passaient indifférents. Je m'arrêtais, discutais. Et là, surgit la question qui tue : "que faut il faire pour les maux de saints?" Tétanisation, cogitation: que dire, que répondre, je n'ai jamais entendu parler de ces maux (mots?) de seins (Sains? Saints? Ceints?), proposer une visite chez le gynéco? "Les mots de quoi?" "Ben vous savez les maux de Saints, les saints guérisseurs et tout et tout". Je restais coi et lui indiquais simplement qu'on pouvait prier et comment on faisait, parce que pour le reste, je ne m'y connaissais pas assez.

Il existe une importante piété populaire, qui va des saints guérisseurs aux oeufs que l'on offre à sainte Claire, répandue dans des cercles qui dépassent largement les chrétiens engagés. Elle s'appuie généralement sur une légende dorée (une prière pour le beau temps, qu'aurait exaucée la sainte italienne en son temps?), une peur incontrôlée, un lieu anciennement païen ou magique, ou l'attente d'un miracle qui tint tant de place parmi les thérapeutiques populaires en pays de tradition catholique...

A lire les livres des prières manuscrites dans les églises, on sent que c'est souvent pour les gens bien important, car la foi ne peut s'y extraire du quotidien... Il me reste à trouver un saint à tout faire, qui puisse m'indiquer à chaque fois la réponse appropriée.

samedi 11 août 2007

kikoo lol mdr ptdr, jtador de tro

je bats ma coulpe avec ostentation, il eut été charitable de taire non seulement le nom de l'auteur de ce billet de skyblog, comme je m'y résous, mais aussi l'ensemble de la prose; sauf que, franchement, il me fait rire. C'est d'ailleurs le titre de ce billet, tout copié collé:

il me fait rire

il me fait rire
a se fameu pirate il me fait tros rire
antouqu'a moi il me fait rire pas vous
sa ses un vrais pirate il joue superbemant
son role a se fameu jasque parot
desoler je conait pas lortagraffe

Merci Jack Sparrow. Je compatis, l'orthographe anglaise de ton patronyme est réellement trop difficile.

vendredi 10 août 2007

citação

 Il arrive fréquemment qu'un murmure incessant habite le silence de mon bureau; et de ce ressac radiophonique émerge de temps à autre une phrase qui se détache, qui éveille le cortex et ouvre des possibles, des infinis...

Quand on entend deux fois la même citation en moins de 24 heures, c'est qu'elle doit être pertinente:

    L’'universel c’'est le local moins les murs.*

du coup, je suis allé lire deux ou trois choses de ce Miguel Corta

    Les dieux s'’obstinent à me faire sentir que je suis un homme. Leur erreur est de penser que je veux être autre chose. (En chair vive)

    La liberté, oui. Surtout celle que j’ai cherché à honorer toujours plus et que je ne me lasse pas d’'exalter. Celle que peut avoir naturellement tout homme qui s'’affirme comme tel en toutes circonstances, et qui n'’est pas un privilège accordé, mais une vertu intrinsèque. L’'autre aussi, évidemment, celle octroyée par la constitution, et qui nous a été dérobée pendant cinquante ans, mais en second lieu, car elle n’'est que la condition éthique indispensable à notre dignité de citoyens. (En chair vive)

    Vivre. Il n’'y a pas de plus belle issue. Vivre jusqu’'aux limites de ses forces en donnant à chaque cellule en panique l’'illusion de l’'espérance. Exister est un jeu. Certains gagnent fréquemment et sont heureux. D’autres perdent systématiquement, et sont malheureux. Mais, que l’'on soit gagnant ou perdant, nul bien ne se compare à celui de nous éveiller le matin et de nicher dans nos yeux le paysage du monde. Même écorché vif. Même sans espoir. Donc, s’'entêter. Résister de corps et d’'âme jusqu'’où le coeœur pourra aller. Que notre mort soit une infamie endurée, pas une lâcheté commise. (En chair vive)

© Photo Georges Dussaud, tirée du livre de C. Rocha, Miguel Torga, Fotobiografia, Dom Quixote, 2000.
* je m'interroge sur la confrontation de cette phrase avec une ecclésiologie à l'oeuvre depuis des temps immémoriaux.

lundi 6 août 2007

lectures estivales

Durant mon escapade méridionale, un petit bouquin tout teinté de vert occidental a plombé mes poches: deux récits autobiographiques d'Alain Rémond, le chroniqueur de la Croix et de feu la page "Mon Oeil" de Télérama. Comme sous un ciel à haubans, il laisse vibrer les souvenirs et les émotions de son enfance, dans un patelin non loin du Mt St Michel, souvenirs dorés de maison qui tient par le papier peint, de cour et de jardin, d'aventures en tribu dans les bois, de famille catho, unie et atypique dans ce monde d'après guerre. Mais le ciel à haubans suppose des nuages où il se dessine. Point de ciel uniformément bleu dans ces marches de Normandie, mais des ombres avec lesquelles il faut petit à petit composer, construisant un adulte émotif, émouvant, et mouvant. Le style est fluide, et parfois décalé, avec quelques clichés, mais la quête de l'identité est une marche aléatoire où chacun des pas ne conduit pas nécessairement là où il semble aller.

et pour impressionner votre libraire, donnez lui directement le numéro ISBN: 2757803158

jeudi 2 août 2007

Sempé m'a tuer (tout le projet éditorial de ce blog résumé dans un livre dès 1993)

 

"il m'est apparu qu'il me serait profitable de ménager, sur la pente abrupte de mes travaux tant philosophiques que métaphysiques, des haltes, des repos de l'esprit, en notant quotidiennement ces petites choses réconfortantes et toniques dont chacun bénéficie chaque jour sans y accorder l'importance, capitale pourtant, qui leur est due.
Ces petites notations se regrouperont sous un titre qui me semble leur convenir puiqu'il recèle à la fois le clin d'oeil malicieux et la fraternité du destin:
PETITS BONHEURS.
Commençons donc:
Ce matin, avec sa vivacité coutumière, Marthe a, de sa joue droite, heurté très violemment et comiquement l'angle vif du lourd battant de la porte d'entrée."

Sempé, Insondables Mystères, Folio 2850

petit bonheur du jour:
une maman à son fils: tu dois être habillé pour 10h10, de toute façon, c'est inéluctable.