jeudi 31 janvier 2008

le chemin des sensations

Le cerveau (quand il ne reste pas dans les limbes brumeuses de ses fonctionnements léthargiques) réserve toutes sortes de surprises dans ses associations. Raisonnements logiques, lacis d'idées, idéaux qui se croisent, souvenirs d'images, paroles qui résonnent, imagination qui se débride au gré des associations qui se laissent faire... Il y a un je ne sais quoi qui permet de laisser interagir les souvenirs et la fantasmagorie, les observations et les idées, le tout dans l'entrelacs du langage, qui donne forme à ces mixtures surprenantes. Toutefois, il me faut bien le confesser, ce même cerveau est très réticent aux associations de sensations, de ce que l'on ressent dans l'émotion, dans la sensation, dans le sentiment... Comme si tout était nouveau, comme si la mémoire ne se laissait solliciter... Je peux être touché par une musique (Keith Jarrett, Vienna, ce soir) une photo, un mot, un texte, un geste, un mail... Cette sensation se laisse dire mais ne sait se relier. Elle est tout entière, là.

C'est pourquoi je suis admiratif de la tournure de ce blog trouvé dans les liens de Véronique, où Dam, couple, triple des photos, non pas en raison d'accointances géographiques ou temporelles, mais de liens plus sentis, couleurs, ambiance, lignes... il y a un petit quelquechose qui rapproche ces clichés, d'un bout à l'autre de la France.

Je ne connais pas grand chose aux blogs photo... il y en a des beaux, mais beaucoup sont très techniques, ou très subjectifs. Les clichés sont alors inaccessibles (beaucoup de post-traitement, de matériel hors de prix) ou recherche formelle. Ils sont beaux mais laissent froid...

ici, on reprend le plaisir de goûter, d'associer les sensations, de laisser surgir une madeleine de Proust... et on se prend à rêver de savoir aussi associer, ou plus exactement de suspendre l'analyse pour laisser surgir la mémoire de l'ineffable, pour revenir à l'essentiel oublié.

c'est sur mon chemin... (clic)

photos prises à Utah, et Dragey...

vendredi 25 janvier 2008

ils sont jeunes, ils sont intelligents, ils sont beaux, ils sont célibataires... et ils comptent bien le rester.

Dans le ciel bleu limpide, le soleil se couche en douceur
entre les arbres du jardin de l'évêché...
Phébus dessine sur les murs du de la salle du premier étage
des empreintes géométriques éphémères de lumière chaude.
Sous peu, il va laisser place à une lune bien ronde, pleine, ocre.

Dans la cour, des voitures en bataille,
Clio, Modus, 206, des bagnoles de curé...
ils sont quatorze prêtres ordonnés
depuis moins de 10 ans dans le diocèse
onze présents autour de l'évêque
pour partager, se reconnaître, se retrouver
dessiner eux aussi à plusieurs la fresque de leur mission
discerner le ministère qui s'ouvre, s'ouvrira devant eux.

rire, beaucoup, rebondir, chahuter, partager, échanger
proposer, réfuter, écouter, noter, questionner, s'ouvrir,
ouvrir les possibles.

Le moins que l'on puisse dire est qu'ils sont différents:
cols ouverts, roulés, romanisés
agendas électroniques ou papier
curés de paroisse, vicaires, aumôniers
redoutables bretteurs oratoires, ou géants d'humanité,
gestionnaires impeccables, ou évangélisateurs étincelants
ils sont différents, mais il s'apprécient.

Puis vient le temps où l'amitié, la communion se parent de gestes
de partages, de tintements, d'étincelles, d'apéro,
de repas aussi, simplement, dans la bonne humeur,
partir sur les aventures, ah ouais, France 3? les antennes Wifi dans ton clocher? le nouveau Théo? tu devrais dire devant tous tes pronostics pour les prochaines nominations, ça intéressera l'évêque. La fraternité a fait perler les rires, encore une fois.

mardi 22 janvier 2008

le visage, porte de l'intériorité...

C'est par une sorte de visage interne, surtout, que les êtres se regardent et se ressemblent, bien par-delà tout ce qui peut les séparer ou les rendre apparemment dissemblables: car ce n'est pas sur le dehors seulement que donne le visage, mais sur la cour intérieure de l'être, là où avec d'autres êtres, tout bas, chaque être est seul à se savoir communier.

François Cassingena-Trévedey, Étincelles, Ad Solem, p. 40
photo de Véronique de voirouregarder

mercredi 16 janvier 2008

le langage ineffable

Quiconque fréquente multiquotidiennement les psaumes encourt le risque d'assécher cette source désaltérante notamment lors de cette asthénie spirituelle qui suit parfois les temps de fête. Au lieu de goûter ces poèmes bibliques, on les laisse découler au creux du chant, dans l'habitude des mots qui se répètent, et qu'on redit de mémoire, à défaut de le faire par coeur. Il est doux, alors, de se laisser surprendre par une traduction différente, qui redonne aux mots leur poids, leur gloire.

tel ce psaume 19 dans la Bible de Jérusalem...

1 Du maître de chant. Psaume. De David.
2 Les cieux racontent la gloire de Dieu,
  et l'oeuvre de ses mains, le firmament l'annonce;
3 le jour au jour en publie le récit
  et la nuit à la nuit transmet la connaissance.
4 Non point récit, non point langage,
  nulle voix qu'on puisse entendre,
5 mais pour toute la terre en ressortent les lignes
  et les mots jusqu'aux limites du monde.

les mots de la création... ineffable beauté.

dimanche 13 janvier 2008

L'iris et la rose

Vous lis(i)ez trop Télérama, vous écout(i)ez trop France Inter, vous aim(i)ez Pascale Clark (dans sa revue de presse), Ivan Levaï, Stéphane Paoli, Laure Adler, Kathleen Evin, Rebecca Manzoni, vous avez lu la première gorgée de bière de Delerm, aimé in the mood for Love de Wong kar Wai, vous connaissez les lieux et les modèles de Titouan Lamazou (chère Agung Sri), vous étiez au concert de Thomas Fersen où le petit Delerm faisait la première partie, vous lisez Libé au Luco, vous mangez des Sushi... vous êtes trentenaire tendance bobo, vous aimez donc la NCF... la nouvelle Chanson Française qui n'a pour seul point commun de ne pas être pop-glam et de ne pas ressembler à Tokio Hotel.

Textes et mélodies légères à la voix mal assurée ont leur nouveau Parangon. Il y est souvent question de regard, renouvelé sur le quotidien.

Une guêpe s'envole, se pose, butine
Et l'image cogne à ma rétine
Mais déjà mon regard est loin
Je n'sais plus voir le quotidien

J'aim'rais m'réveiller sans mémoire
Redécouvrir c'que j'peux plus voir
J'ai écrit une petite annonce
Un mois déjà : pas de réponse

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Je veux revoir ma première fleur
L'accompagner jusqu'à c'qu'elle meure
Et découvrir une flaque d'eau
Comme une porte pour descendre en haut

J'irai dimanche à Orly-Sud
Voir le métal s'prendre pour une plume
Ouvrant les doigts, joignant mes pouces
J'verrai mon ombre lui faire la course

cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Sentant les sons comme pris au piège
Je devin'rai mes premières neiges
Battant des mains comme un enfant
J'm'entendrai rire "Eh ! C'est tout blanc !"

Je veux poursuivre des nuages noirs
Au grand galop sur les trottoirs
Sous la tourmente, au mur du vent
Les parapluies deviennent vivants

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Mais j'ai croisé sur mon chemin
Deux grands yeux bleus, deux blanches mains
Ses menottes ont pris mes poignets
Et ce sont ses yeux qui m'ont soigné

Des parapluies se sont ouverts
Un grand avion a fendu l'air
A deversé ses doux flocons
Tout était blanc... tout... non

A nos pieds brillait quelque chose
Et mes yeux ont reconnu la rose
Et j'ai brûlé tout contre toi
Au brasier d'une première fois

Paroles et Musique: Renan Luce   2006 "Repenti." © Barclay

jeudi 3 janvier 2008

Mais dis-moi!

à l'invitation de Jali, après Véronique, Fred ou Jean-Christophe, je propose ma version d'un exercice de style: mes 10 moi... il s'agit de décliner son identité en dix images... Je n'ai pas trop voulu réduire les images, aussi je vous invite à les regarder dans la page blog

mercredi 2 janvier 2008

lendemains de fête...

 

Une table en poirier, guère haute, et ses bancs assortis, un set de table "phares célèbres", un demi-bol de café, les cheveux en bataille, le visage et les vêtements froissés par les draps et l'oreiller, comme si la fatigue des derniers jours se marquait sur les traits... une corbeille de pains, de loin en loin des plats, propres ou à laver, des restes de chapon, de foie gras, vins gourmands, fruits exotiques, verres à vin en pagaille, reliquats partiels d'une orgie raisonnable.

Il est tôt ce matin dans la cuisine, huit heures et quelques... pour un 26, un 27 décembre, ce n'est pas si mal. Le nouveau grille-pain commence son office, consciencieusement il brunit les tartines quand le café patiente. La maison fonctionne au ralenti. On y reparle de la veille, de ce repas partagé tranquillement, de ces moments qui se déroulent paisiblement. Sans trop de mots. C'est trop tôt. Tout à l'heure, on étrennera les jouets, étreindra les amis, goûtera les mots de la préface de Noël "Dieu s'est rendu visible à nos yeux et nous sommes entraînés  par lui à aimer ce qui demeure invisible." Pour l'instant, tout est encore invisible, et vient au jour... peu à peu, on étend le regard, à commencer par ceux qu'il y a à un mètre de soi... un mètre

Sur le banc de l'autre côté de la table, une mère, Marie, et son fils deux ans qui cherche les câlins, il manque de couleurs, il n'est pas bien. Il ne songe pas spécialement aux jours qui vont suivre, lendemains de fête où les airs festifs se répètent tout en s'élimant, où les odeurs de canelle et de pain d'épice saturent les pièces, où les guirlandes se détendent, dans l'attente du retour d'un temps ordinaire... ce n'est pas ça, il veut simplement sa maman...

Et tout à coup, alors que les tartines s'éjectent du grilleur, Syméon se met à vomir à pleine bouche.

super. Il était vraiment pas bien.

Je crois que je vais rester un moment dans l'invisible et les limbes du réveil, en attendant 2008.