mercredi 30 avril 2008

parce que c'est pas l'homélie la plus facile de l'année

Il monte au ciel, bon. D'accord. Mais comment? voilà l'inextricable dilemme du prédicateur qui parle de l'ascension... Et les sandales? Il a pris ses sandales?

J'emprunte cet aphorisme à un illustre disparu il y a deux décades, qui avait le talent admirable de bien écrire tout ce qu'il voulait, à commencer par le plus inattendu.

et parce que vous ne l'entendrez pas demain en homélie...

"L’Ascension : Tout Jésus plongé dans la prière reçoit une poussée de bas en haut qui le renvoie chez son papa. C’est le théorème de l’ascenseur."

Chroniques de la haine ordinaire :Jours de fête (inédit). Pierre Desproges

mardi 29 avril 2008

luxe à profusion, act II

ciel fermé, horizon bouché, agenda blindé, de pluie douché

Si par une matinée menaçante, le corps réticent, vous quittez une heure et demie de réunion de catéchèse scolaire après être passé dans quelques secrétariats, gérant des sous qui ne sont pas à vous. Si vous prenez votre voiture, à 1,34€ le litre de gasoil, et que pour les 30 prochains kilomètres, vous suivez péniblement un camion poussif et large, qui ne se laissera sûrement pas doubler, alors même que vous ne seriez pas loin d'être en retard, à une litote près, le chemin se fait lancinant.

ciel fermé, horizon bouché, agenda blindé, de pluie douché

Le camion ralentit. "C'est pas gagné." Et dans les bourrasques s'envole d'entre les roues du transporteur ami non pas le nuage de lisier attendu mais une averse de pétales de fleurs.

vive les cerisiers du japon, à la floraison abondante.

Encore du luxe gratuit...

la tempête florale coûte peu,
pose dans le routinier de la couleur
sauf si, parti en poésie heureux
le conducteur oublie le compteur.

lundi 28 avril 2008

bling bling du bocage normand

Puisque le carême est fini depuis longtemps, on est en droit d'être tenté de mettre fin aux abstinences en tous genres, efforts alimentaires et goûts prononcés pour la pauvreté volontaire. Les teints hâves et les profils cachectiques ne sont plus de mode. Il est donc temps, en goûtant aux plaisirs de la vie, de se vautrer dans le luxe, le calme et la volupté.Tongue out Mais ce n'est pas si aisé. Quand bien même mes capitaux faramineux me le permettraient, il n'est pas si simple de passer à l'acte. On ne peut réellement parler de Saint-Lô comme d'une capitale internationale du luxe, et on n'y trouve, au détour des rues aucune échoppe "Mont-Blanc", Burberry, Cartier, Givenchy, Rolex, Prada, et autres accessoires bling bling. Fi, je ne dépenserai donc pas des mille et des cents en achats compulsifs.

Mais le luxe tant convoité se cherche-t-il dans les achats en kiloeuros que je n'ai pas, ou dans cette soirée, mercredi dernier,

assis dans la cour à l'arrière d'une grande bâtisse normande, au bout d'un chemin de terre, dans des fauteuils de jardin, dégustant un porto, un air doux sur la peau, avec pour tout paysage une nature généreuse où s'enfuyait, distrait, un lapin, le tout habillé du chant d'oiseaux si nombreux qu'on ne savait où donner de l'oreille... parler de Verlaine, et laisser le soleil tendre calmement vers l'horizon.

où plus prosaïquement, dans la source de tensions de tant de couples parisiens, face aux nécessités du quotidien... T'as pensé à descendre les poubelles? Pas de petit personnel pour les tâches ménagères, mais on trouve dans des coins même pas reculés de notre petite ville des lieux où même les poubelles, archétypes du quotidien qui se délite, ont leur luxe, leur charme!

ah ces fleurs, on n'en peut plus!

vendredi 25 avril 2008

retour au quotidien...

The most connu personnage des années caté est un nain célèbre, peu aimé, et à la moralité quelque peu dissolue. Un publicain, rrrclpfft, de la race des collecteurs d'impôts qui se payaient grassement sur les prélèvements exorbitants, alimentant un poujadisme de la première heure qu'on retrouve bien ces jours ci quand pleuvent dans les boîtes les déclarations. Les esprits chagrins peuvent le regretter, mais c'est indubitable, il a été touché, c'est un converti grandiose, qui a fait une expérience, l'expérience de sa vie, de celles qui vous jettent sur les chemins, qui vous permettent l'incroyable, l'impossible, dans une folie qui le replongeait dans un coeur à nouveau aimable. Converti, il avait choisi de donner. Beaucoup. Tout.

trop?

et le lendemain? se demande Maurice Bellet. 

"Oh, sais-tu ce qui m'est arrivé, après que tu es venu dîner chez moi? J'étais fou de joie, j'étais hors de sens, je t'ai dit - et publiquement - que j'allais donner la moitié de mes biens aux pauvres et que je rembourserai au quadruple tous ceux à qui j'avais fait tort. Ce sont de ces choses qu'on dit dans l'enthousiasme. Après, il a bien fallu faire mes comptes. Et j'ai vu le moment où, quand j'aurai tenu mes belles promesses, non seulement je n'aurai plus rien, mais je serai écrasé sous les dettes! Le croirais-tu, Maître? ça m'a donné comme un coup de fouet, ça m'a rendu inventif! J'ai repris contact avec de vieilles connaissances d'Alexandrie, j'ai joué sur le blé, un coup terrible,un risque insensé, et j'ai gagné, j'ai fait de l'argent, j'ai fait de l'argent, tu ne peux pas savoir! Je suis riche comme je n'aurais jamais cru pouvoir l'être. Bon. Je n'ose même pas t'en remercier. Avec tout ce que tu dis de l'argent, tu pourrais prendre ça en mauvais part."

Et tout au long d'un bouquin intrigant, Maurice Bellet reste aux côtés de ce converti qui regarde Jésus depuis son village. Un péquin qui l'aime bien, mais se sent trop petit pour le suivre. Alors sûr de son bon droit, et de son intuition, et de son bon sens, il lui parle et lui conseille tout ce que nous serions tentés de lui dire, nous qui avons été touchés, mais qui essayons de vivre cela au quotidien!

mardi 22 avril 2008

le mot juste, le mot qui touche

A qui se rend sensible,

C'est fou le nombre de mots et expressions qui vous traversent la vie tout au long d'une journée, longues phrases savamment travaillées ou traits spontanés jaillissant de nulle part, on les rencontre parfois au détour d'une page, comme cette "goélette", "un deux-mâts de tradition à gréement aurique", amarré non loin d'un "château de pierres blanches (...) gonflé de tours rondes, hérissé de flèches, ceinturé de mâchicoulis et de parapets ouvragés" qui sortaient tout naturellement d'un livre de Laurent Graff, il ne vous reste qu'une photo à prendre. Alain Neigel s'y retrouve convoqué à prendre une seule et dernière photo, pour finir sa pellicule, et cette photo, elle se doit d'être parfaite,

"L'enjeu était à la fois personnel, intime, et universel, incluant l'histoire particulière du photographe et le monde dans sa globalité; d'un intérêt intemporel, présent, passé, futur, comme une image unique destinée à nous représenter aux yeux d'une civilisation extraterrestre. (...) Elle devra être douée d'originalité, marier l'évidence et la surprise..."

mais partir en quête d'une telle photo ne peut se faire sans compagnons inénarrables et lieux époustouflants... De la magie dans ce livre, et la recherche éperdue d'un regard qui cherche à tout résumer, à tout achever! Et c'était un bon moment en compagnie de ces mots...

Sauf que le petit mot savoureux qui m'aura rejoint cette semaine sera sorti trop vite de la bouche d'une maman qui craignait la bousculade à la sortie du réfectoire... C'est que c'est impressionnant, cette cohue-bohu... (merci, un mot comme ça se déguste et reste même en bouche alors qu'on l'a depuis longtemps avalé!)

dimanche 20 avril 2008

poéticorétif

officiellement rétif à toute forme de poésie,
traumatisé à vie, écolier, par les vers à mémoriser,
complexé, lycéen, par ces mots bizarres que je ne sais déchiffrer,
tétanisé à l'idée même de devoir lire poèmes et sonnets en vers,
je me dois de reconnaître qu'un jésuite avait mis sur mon chemin
un livre qui m'a beaucoup marqué, quand je cherchais où j'irais,
c'était Rilke et ses lettres à un jeune poète,
Et comme il m'est retombé entre les oreilles samedi matin,
je vous l'offre, aussi...

 

"[...] Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. N'écrivez pas de poèmes d'amour; évitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturité pour donner, là où de bonnes et parfois brillantes traditions se présentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. Et fussiez-vous même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette délicieuse et royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez à faire resurgir les sensations englouties de ce vaste passé; votre personnalité s'affirmera, votre solitude s'étendra pour devenir une demeure de douce lumière, loin de laquelle passera le bruit des autres."

lundi 14 avril 2008

ô truie, que ne vous dois-je!

comme on en parlait en septembre dans ce blog, il y a de saines colères. Il y en a aussi de tout aussi stériles, adolescentes et futiles... quoique rouges à souhait. Il en est de même des déceptions, énervements et découragements. On peut être certes bardé d'un regard peu enclin à se laisser désabuser tout en étant (trop/très/assez) critique, on n'en reste pas moins surpris par l'inventivité humaine qui n'a pas de limites. Dans ces cas, l'étonnement n'a de cesse, et la bile suinte du stylo. Alors laisse-moi te dire...

merci à toi, toi mon alter égo, mon frère, qui enrichit ma vie de toute la richesse de ton intériorité, de ta générosité, de ton imagination, de ton sens de l'à propos et de l'initiative...

ma vie serait terne sans...

cette charmante initiative de 6 collégiens désoeuvrés qui ont décidé, sans se servir de leur cerveau (ce qui est un exploit hors de la portée de la majorité) qui ont donc décidé de mettre à sac l'aumônerie, et quelques autres pièces, comme ça, pour s'occuper. Une statue abîmée, du bazar partout, la clé usb de notre travail de ces derniers temps, une trousse offerte par un enfant n'ont pas résisté. Heureusement que vous n'êtes qu'en 6e et 5e, ça vous laisse de la marge pour progresser dans l'inventivité,

cette charmante voisine qui, dérangée depuis ses persiennes fermées par ma voiture sur son trottoir, a jugé bon de prévenir la maréchaussée pour que je puisse contribuer par une obole de 35€ à la vie de la cité

ce goût prononcé de la dissension de toutes les collectivités qui préfère massacrer son prochain et revendiquer une parcelle de pouvoir plutôt que de communiquer avec lui. (Tullius Detritus n'est pas mort)

ce charmant libraire qui a conseillé un manga tout à fait fade, sirupeux, plein de bons sentiments et inepte, bref, fleur bleue

ce propos amène de jeunes padawans trouvant que c'est n'importe quoi, les blogs de curés, y z ont autre chose à faire,

le tout ponctué de chants à harmonies tellement variables qu'on en perd la ligne, à force de fermer les yeux faute de pouvoir boucher les oreilles, de concélébrations à géométries et tonalités variables, ou ces célébrations belles certes, mais dans des églises sans chauffage

vous savez attaquer mon optimisme à la base. Soyez en remerciés. Grâce à vous, pas de méprisable candeur dans mon regard. Un choix d'espérance fragile. Mais faudrait voir à pas pousser mémère dans les orties, tout de même!

quoique
quoique, au cours d'une soirée, on rencontre une femme brisée par le décès d'un proche, une famille éprouvée par une violence subie, on voit une jeune qui parle des étoiles et de la prière, un homme, debout silencieusement dans une église, une restauratrice qui vous parle du mariage de son frère...

quoique on rentre de retraites de profession de foi, émaillées de sourires et de complicités, réhaussées d'expériences spirituelles décapantes, une marche pascale enthousiasmante où le pardon saisit...

et tout le reste retrouve son statut de futilités.

Enfin tout de même, cette douce relation avec autrui qui sait vous séduire de manière souvent inouïe me fait penser à cette douce chanson de Juliette:

- Ami vous commencez
A Chauffer mes oreilles
Vous voulez m'énerver ?
Je vous le déconseille !

- Eh là, ma tourterelle !
Votre mauvaise foi
Ne vous rend pas plus belle,
Ne nous disputons pas

- Ne pas nous disputer ?
Pour ça je suis d'accord
Si vous reconnaissez
Que c'est vous qui avez tort

- Ah si vous me cherchez
Vous allez me trouver !
- Et je vais trouver quoi ?
Allez-y montrez-moi !

La bave du crapaud
Ne va jamais bien haut
Mais gare à ce qui tombe
De la blanche colombe

Poussez pas, je vous prie,
Mémère dans les orties

- Normalement personne,
A moins d'être malade,
Ainsi ne déraisonne
- Au milieu des salades

C'est vous qui divaguez
Dans les rhododendrons
- J'aurais dû me méfier
Maman avait raison

- Votre mère parlons-en !
Une fichue mégère !
- A nos atermoiements
Ne mêlez plus ma mère !

- Voyou de bas étage !
- Ogresse coprophage !
- Misérable pandour !
- Pompante Pompadour !

- Au trou le ver de terre !
- Au bûcher la sorcière !
- Fripouille, andouille, arsouille !
- Non aux rimes en ouille

Poussez pas, je vous prie,
Mémère dans les orties

- Qu'est c'que j'ai fait au ciel
Pour être tombé sur
Ce tromblon en dentelle
Cette caricature !

- Vous me faites penser
A du poisson pas frais
Il n'y qu'à regarder
Votre face de raie

- Filons la métaphore
Puisque j'ai toujours su
Que vous êtes, trésor,
Une sacrée morue

- Quant à vous mon tout beau,
Vous n'êtes qu'un maquereau !
- C'est à vous qu'il échoit
D'avoir un nez d'anchois

- Ce Q.I. de pétoncle
Viendrait-il de votre oncle ?
- Sait-il votre tonton
Que sa nièce est un thon ?

- Eh qu'on vous pousse avec
Mémère dans le varech !

- Mais vous avez vu l'heure ?
Nous sommes en retard !
Remisez vos rancoeurs,
Nous reprendrons plus tard

- Oui vous avez raison,
On nous attend je pense
Mais juste une question
Avez-vous les alliances ?

- Bien sûr que je les ai !
Pour qui me prenez-vous ?
- Pour un type distrait
Et mon futur époux !

lundi 7 avril 2008

&& papiiii

  quoiqu'en pensent les parents rétrogrades, MSN, ce n'est pas simplement de l'orthographe approximative et la vacuité du temps perdu en futilités stériles, c'est aussi BEAUCOUP de bonheur!
"ouais, c'est trop bien msn!" (je cite)
mon rire de ce soir, je le dois à Quentin ou plutôt à ses mots doux...

23h40, samedi 5 avril, session ouverte.

Cryingtinoo dit :
kk
mec
sava ti
&& papiiii

David dit :
bonsoir quentin. je pense que tu t'es (bien) gouré de fenêtre

Cryingtinoo dit :
s lt papappp
c le frefre a kant1
qui estce

David dit :
ton frère va adorer ce que tu es en train de faire!
c'est le Père David Lerouge, aumônier de l'inter.

Cryingtinoo dit :
c koi sa

David dit :
des ennuis!

Cryingtinoo dit :
c pa mon pere il est dans ma salle
A Desolé monsieur
c'est tes mon frere Angry
Dsl

Quand ce genre d'interpellation vous débarque devant le nez à la fin d'une soirée, vous écarquillez les yeux, et halluciné, vous souriez! allez, ce n'est pas grave Quentin, ton frère t'a rendu hommage à son insu, eh oui Kant 1, comme nom, ce n'est pas si mal. (j'ai tout laissé tel quel, c'eût été dommage de modifier quoique ce soit)

samedi 5 avril 2008

petit matin

Juliette, la tout aussi opulente que truculente chanteuse, a sorti il y a quelques temps un nouvel opus, bijoux et babioles.
C'est toujours excellent, et un investissement sûr. A dire vrai, je lui reprocherais bien de trop reconnaître son style, comme si en entendant une nouvelle chanson, on entendait les accords d'une ancienne, plongeant dans la facilité d'une mélodie prévisible.
Mais chaque morceau recèle de petites pépites, clins d'oeil sonores très bien vus...
et surtout, les textes sont réellement succulents, qui vous accompagnent tout le jour, et même la nuit. Cette fois ci, ce sont les ronfleurs qui sont croqués (il paraît que ça en intéresse plus d'un)

Un léger bruit m'éveille
Tandis que le sommeil
Me fuit sans un remords
Tu dors !
C'est un demi-soupir
Qui ment comme il respire,
Rien qu'un souffle incertain,
Lointain
Comme un marin perdu,
Sentant gronder les nues,
Devine le présage
D'orage
J'entends grincer les voiles,
Les gréements et la toile
Qu'une bourrasque gonfle
Tu ronfles !

les chanteurs en casserole, mais aussi les amateurs de vin, qui savent de la beauté et de la richesse de la création chanter les grandeurs! (ah un bon whisky écossais!)

Qu'il soit de Blaye ou d'Echeronne,
De Vacqueyras ou de Tursan
Le vin réjouit le cœur de l'homme
Et de la femme, évidemment !

Né d'une âpre Syrah, d'un peu de Carignan
D'une terre solaire, des mains d'un paysan
C'est avec ce vin-là qu'on dit qu'Ulysse a mis
Le cyclope à genoux et Circé dans son lit(...)

Noé sur son raffiot en prit quelques futailles,
Aux noces de Cana, au milieu des ripailles,
C'est ce vin que Jésus fit d'une eau ordinaire
Et notons qu'il n'a pas eu l'idée du contraire...

et comme je ne veux pas dévoiler l'ensemble de l'album qu'il convient de découvrir, je vous laisse quelques mots d'un album plus ancien, Rimes féminines,  un texte de P. Philippe, qui s'appelle heureuse

S'extraire au petit jour de la torpeur du lit,

Ouvrir grands les volets sur le vol des courlis,
Faire du café très fort, le boire à la fenêtre,
Respirer, expirer et se sentir renaître.
Se dire qu'il faudrait bien rentrer chaises et table
Mais attendre pour ça des temps moins délectables,
Là, descendre au jardin crissant sous la gelée,
Redresser les dahlias alanguis de l'allée
Ne pas lire le courrier, ne pas lire les journaux,
Les jeter tout en tas au loin sur le piano
Puis verser dans le bain l'huile d'amande douce,
Faire glisser le peignoir et sombrer dans la mousse,

Déjeuner sur la nappe de fil d'Ecosse écru,
Dans de l'ancien Moustiers, d'un peu de jambon cru,
Passe-Crassane, Louise-Bonne, Duchesse d'Angoulême,
Faire du choix d'une poire, un délicieux dilemme
Cueillir au bord du champ tout ce qui est violet
Scabieuses, asters, chardons, clématites à la haie
Et mêlant à ces fleurs des herbes de toutes sortes,
Composer un bouquet pareil aux natures mortes

Puis prendre au vol un livre, tomber sur Le Clézio,
Mais l'abandonner vite pour un roman idiot,
Vers la tombée du jour, interroger les cartes,
Éplucher quatre pommes pour en faire une tarte
Écouter dans le soir le long aboi d'un chien,
Regarder sur les prés la brume qui s'en vient,
Un instant deviner des présences invisibles,
Frissonner et fermer cette maison paisible,...

j'aurais bien suivi ce programme, mais ce n'est pas pour ce matin, ni demain, ni la semaine prochaine, ni même après! Quand on dit que la poésie est la seule manière de bien vivre le quotidien!

jeudi 3 avril 2008

quand on écrit peu, on écrit mieux

 Matthieu Lefrançois fait partie, avec Fred, des premiers inspirateurs de ce blog, grâce à celui qu'il a ouvert il y a longtemps déjà. Depuis qu'il est à Beaupréau, il écrit peu, mais il n'en garde pas moins pour autant, derrière un sourire ravageur, un talent relationnel et un sens du burlesque inégalés, une profondeur qui inspire le respect, certes, mais aussi la réflexion. Sur un sujet dont je me dépatouille avec beaucoup de prudence, tant il touche à des fondamentaux, et provoque des réactions douloureuses, il a su prendre une plume sûre et oser une parole. une parole d'ami. une parole de proche, une parole de prêtre, à la fois. Je ne sais pas si j'oserais toujours une telle parole que celle de Matthieu, mais je lui dois d'avoir donné un visage à celle qui n'était qu'une tumeur publique. Je ne tiens pas à ce que ce blog devienne un lieu de polémiques, où à coups de sentences assassines, on détruise au nom du bon droit de chacun la sensibilité ou la souffrance de l'autre, mais j'aime qu'il reste un lieu de relation de personnes si différentes, où chacun a le droit de retrouver son histoire. Raconter l'histoire, quel beau métier.

Chantal Sébire et moi
On ne parle bien que de ce(ux) que l'on connaît
Il y a dix jours nous étions quatre-vingt pour dire A-Dieu à Chantal:
une salle lumineuse au crématorium de Dijon,
des textes puissants,
la musique et les messages qu'elle voulait transmettre à ses enfants,
pas un journaliste pour couvrir la banalité du deuil (normal ils n'étaient pas invités.)
Mais en l'absence de micro et de caméra...pas de lobby pro-euthanasie non plus...
pourtant ceux qui luttent pour "la dignité" ont manqué une occasion de s'émerveiller.
car la dignité était là.
Dans ces amis qui ont fait mémoire de la richesse de cette vie, y compris dans ses ambiguïtés, la dignité était là.
Dans ces enfants qui ont su toujours faire la distinction entre leur maman et cette femme dont on parle a la télé, la dignité était là.
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Chantal est née il y a 52 ans, d’un père Boulanger et d’une mère commerçante.

Cadette d’une fratrie de 3 enfants, elle est toujours demeurée attachée à sa région de la Basse-Normandie.

Fillette énergique et joyeuse elle chantonne constamment...sa vivacité est parfois fatigante pour ceux qui l’entourent.

Peu attirée par les maths mais lectrice invétérée, elle est d’un tempérament fort, décidé :elle est prête à relever jusqu’au bout les défis qui se présentent à elle ou qu’elle se lance.

Ainsi en est-il au lycée lorsqu’elle se décide à choisir l’option « néerlandais » en fin de première.

Un peu par défi, un peu par orgueil, elle se lance dans l’aventure avec détermination.

Après un travail acharné elle obtiendra une excellente note au bac.

Elle fera aussi la rencontres d'amis néerlandais qui l'accompagneront jusqu'au bout.

Beaucoup de Chantal est résumé dans cet épisode de sa vie. Sa capacité de travail, son énergie incroyable, sa volonté farouche pour relever et mener à leur terme les défis qu’elle s’est lancée, son désir aussi de vivre des rencontres humaines fortes facilités par son grand pouvoir de séduction.

C’est avec la même énergie, le même enthousiasme et la même volonté que Chantal s’est investie dans son métier d’institutrice, dans sa vie d’épouse et de maman.

Avec son premier époux, il y aura une maison à bâtir et puis la joie d'élever deux enfants. C’est aussi à cette époque qu'elle commence à exercer ce métier d’enseignante pour lequel elle se passionnera toute sa vie. Son travail de recherche de directrice-enseignante s'est achevé par un mémoire très précieux pour les responsables pédagogiques...sans qu'elle soit jamais remerciée à la hauteur de son mérite.

C'est avec passion qu'elle se lancera aussi dans une nouvelle aventure amoureuse dont naîtront deux filles; la première partit tragiquement de la mort subite des nourrissons. Dans son métier d’enseignante, directrice d’école, comme dans sa vie de mère ou bien encore comme catéchiste, elle déploie toujours son énergie incroyable, allant de projet en projet, mobilisant autour d’elle, créant de nouveaux réseaux d’amis.

Chantal ne pouvait pas laisser indifférent.

Les uns étaient séduits, entraînés à la suite de ce leader bouillonnant, les autres s’opposaient à cette femme exigeante et dérangeante et lui apparaissaient comme des freins difficiles à supporter.

Les dernières années de sa vie sont marquées par une nouvelle rupture, douloureuse. Et puis il y a eu ce long et si difficile combat contre cette tumeur cruelle inacceptable. Ce défi-là, on pourrait dire que Chantal l’a relevé comme les autres, avec sa volonté farouche et son courage impressionnant. Là encore elle a mobilisé autour d’elle, en particulier les auxiliaires de vie qui l’ont accompagné jusqu’au bout dans une relation intime de soin et de compassion.

Pour moi, Chantal Sebire ne sera jamais le nom d'une affaire médiatique utilisée par l'ADMD
Chantal est et demeure une femme, une maman, une instit, une passionnée, une combattante.
Une fois Chantal m'a blessé, à vie. Nous nous sommes pardonnés.
Sur la fin je crois qu'elle s'est trompée de combat ; je le lui ai dit : "le combat le plus difficile que tu as à mener, c'est celui que nous avons tous à mener...contre notre volonté de puissance".
accepter de se soigner, accepter d'être soulagée, c'était bien le combat de l'humilité et de l'humanité.
accepter... et non pas décider...
Pour ce combat là, un certa in Jésus-Christ nous a tous précédé... et il a gagné !
Sa victoire, celle de la douceur et de la patience en face de la mort et de l'injustice est difficile à comprendre.
Cette victoire-là, je l'espère pour Chantal désormais; dans la paix.
Cette victoire-là, je la crois pour chacun de ceux qui croient au Christ ; ressuscités.