jeudi 22 mai 2008

Simple comme bonjour

Un prof de philo que je côtoie de temps à autres me confiait, il y a peu, qu'il voyait une réelle évolution parmi les jeunes qu'il maïeute depuis pas mal d'années. Ayant passé moi aussi par ses très larges paluches, il y a fort longtemps, je l'écoutais avec attention. Grâce à lui, j'avais appris me méfier du "on dit" et du "on pense" et à me plonger dans la pensée d'auteurs, et dans les réflexions argumentées pour mieux penser... Alors peu à peu, les illusions de l'opinion tombaient au profit d'un "ben finalement, je ne sais pas vraiment pas quoi penser, va falloir reposer la question!". La grande évolution, selon lui, n'est pas dans l'opinion de départ, mais à la fin du parcours, après moult argumentations savantes et passionnantes, le point final des élèves est désormais: "enfin c'est ce que vous pensez vous, moi j'ai mon idée, et vous devez la respecter..." Parangons de l'opinion, vous n'avez comme mesure que vous-même, alors que votre génie pouvait consister à digérer et réarranger les idées plus fondées d'autres, en une cuisine personnelle et originale.

Je ne crains pas de le dire, à l'aube de l'ère de l'autosuffisance intellectuelle, quoique ce mot soit largement surévalué, j'ai rencontré, tout au long de mes études, des hommes qui m'ont profondément marqué par la qualité de leur réflexion, par l'art de le transmettre, et par la nature même de leur démarche.
La souplesse de l'écoute et la douceur de la sagesse non péremptoire de Michel Guittet m'inspire tout autant que la finesse de l'analyse mâtinée de littératures éclectiques de Robert Scholtus, un pasteur supérieur de séminaire, à la plume sûre. Il faudrait dire un mot aussi d'un clerc obscur, directeur de l'institut supérieur de liturgie, Patrick Prétot, bénédictin qui m'a ouvert à la théologie pratique, théologie qui essaie de discerner l'action de Dieu dans l'action de l'Eglise en vie... toute une école.

Point de volonté de plagiat ou de soumission dans cette reconnaissance, mais je leur dois d'ouvrir un chemin pour penser, et de m'aventurer, claudiquant, là où ils avancent à grands pas.

Sans doute me faudrait-il aussi, dans l'écriture, reconnaître de grands maîtres dont la plume leste et célèbre aurait pu donner à la mienne le sens des pleins et des déliés... mais la littérature, grande, belle et lagarde et michardesque m'a longtemps fermé ses portes, apeuré dans une culture atrophiée, par les ouvrages d'envergure, je ne pouvais lire, ni écrire...

Les textes qui me viennent spontanément sortent de petits romans, de chroniques, de chansons, que je pourrais réciter tant je les ai goûtés... En allant au ski cet hiver, je me suis rendu compte que je fredonnais tous les morceaux de Brel qui passaient en cd, mais il en va de même pour pas mal de pompes de Brassens comme ces "quand ils sont tous neufs, qu'ils sortent de l'oeuf..." que j'écoutais à fond pendant mon séjour balinais, les soirs d'énervements, tout en répondant aux jeunes interloqués, que oui, c'était un beau cantique marial.

Desproges et ses chroniques de la haine ordinaire dont je me repais fort souvent, Brel, Brassens ont déposé dans nos mémoires les mots que j'aimerais tracer, saisir, frapper (sur un clavier) et mon ignorance crasse de toute forme de poésie se doit de reconnaître une filiation plus musicale, simple, ou un peu boboïsée, après les Cabrel, Renaud, Perret de mon enfance, pour puiser dans les textes des Têtes Raides, Juliette, Delerm, Fersen, Cherhal, Bénabar, Alexis HK, ou le sombre mais délicieux Vincent Baguian, aux textes noir de jais, sinistres, mais bien tournés. Je lui dois de ne pas savoir écrire simplement ce qui est simple, mais de tourner autour du pot comme il le fait (mieux) autour du mot.


J'aimerais beaucoup t'écrire des chansons d'amour,
sans jeux de mots ni fleurs autour.
N'user que du vocabulaire ordinaire,
des petites phrases de tous les jours.

Ça me plairait d'oser te dire sans détour
le temps qu'il fait, le temps qu'il faut... pour
Poser mes deux pieds dans le plat,
être un peu lourd. Savoir enfin manquer de tact.

Ça parait simple comme bonjour,
simple comme tout.
Ça parait simple comme la vie ne l'est pas :
je garde ça pour moi.

J'aimerais bien oublier la diplomatie,
qu'enfin ma langue se délie,
et balancer au moins une fois dans ma vie
les sous-entendus, les non-dits.

J'aimerais bien écrire sur les murs de nos villes
un peu du mal que je me donne
pour dissimuler sous des effets de
styles
ce qu'il me reste d'honnête homme.

Ça parait simple comme bonjour,
simple comme tout.
Ca parait simple comme la vie ne l'est pas :
je garde ça pour moi.

Et pour te dire le fond de ma pensée,
si je tourne autour du mot,
c'est que mes "je t'aime" pourraient bien te blesser...
La vérité, c'est parfois trop...

dissimuler sous des effets de style ce qu'il me reste d'honnête homme... Si je ressors ses petits textes, c'est que j'ai découvert un dernier album dudit baguian, toujours aussi sombre et désabusé, mais abusant des champs lexicaux verdoyants!

vendredi 16 mai 2008

un homme averti...

l'éclectisme littéraire ne doit pas conduire au dédain des bonnes bases de la grande littérature, parcourant les allées traversières et les avenues ombragées, d'un kiosque célèbre à un monument inoubliable. Je m'y attelle chaque soir... et en retire des mises en garde salutaires...

merci, Gotlib, d'agrémenter mes soirées avec tes rubriques à brac et cette page pour les vacances qui pourrait fonctionner pour les retraites de profession de foi !

mercredi 14 mai 2008

rincés


Passage éclair à Saint Lô après un gros orage pendant une fulgurante retraite de profession de foi... le temps était menaçant, il est passé à l'acte... et la journée sur le thème de la lumière et de l'eau s'est finie en balade sous des trombes diluviennes. Si la grâce ne passe pas pendant les trois jours, les gouttes les auront trempés jusqu'à l'os... et la balade pédestre s'est muée en virevoltes automobiles ... et me voici en quête urgente d'un vidéoprojecteur! Trouvé, je repars

mardi 6 mai 2008

avec M, et V...

parmi les joies des prêtres,
il y a ces moments, précieux entre tous,
où il nous est donné d'écouter
une histoire en devenir, une histoire racontée,
dans un accompagnement, simple, régulier...

pas de curiosité malsaine, ni de questions indiscrètes,
mais simplement laisser la parole surgir et se poser
se développer, et mettre en mots la vie
spirituelle, certes, mais toute entière aussi
car dans ses harmoniques, Dieu se dit

je ne suis pas un psy, ni un spécialiste de la vie,
mais un  prédécesseur qui écoute,
et renvoie, comme un écho, comme une réverbération
les sonorités qui traversent le discours,
pour donner à entendre ce qui passe dans le récit
et à deux, éclairer un chemin
passé,
à venir,
et vivre au présent,
accompagné.

ce soir, l'accompagnement se vivait au soleil,
simplement posés dans l'herbe,
les mots couraient plus vite que les rayons,
et réchauffés par les photons,
ils dansaient la vie qu'ils racontaient.

dimanche 4 mai 2008

erre, ô fragile

Le Parisien que je fus durant quelques laborieuses années d'études (par trop dilettantes sans doute) ne prend guère le loisir de retourner dans la capitale pour y honorer ses amitiés, retrouver ses lieux aimés, et vaquer en expositions et actualités culturelles en tous genres. Non que je dédaigne les films en VO réservés aux salles parisiennes, mais les occasions de se balader "là-bas" se font très rares. La dernière occasion fut l'ordination de l'excellent Romain à l'automne dernier. Aussi, ai-je boudé sans le faire exprès cette expo sur la BD de Superman au chat du Rabbin, évolution surprenante du super héros dans le 9e art, juif en l'occurrence.

En matière de héros, le chat du Rabbin (dont le premier tome est succulent) se pose là. Félin bavard, ami d'un rabbin en quête, on ne reconnaît pas dans le mistigri qui veut faire sa Bar Mitsvah tous les attributs des super héros des Marvel, ou de Super Dupont de Gotlieb.

En parlant de héros, les prêtres sont souvent revêtus par "les gens" de leur cape (à défaut du slip rouge sur le collant bleu), héros d'un cheminement qui semble difficile, fait d'abstinence, de renonciation (titre d'un article de PQR pour une ordination), de vie de manque, de pauvreté, de vide... dans une Eglise qui manque aux yeux de la société d'être florissante. Il suffit de voir les circonvolutions maladroites des hommes troncs du JT quand ils parlent des apparitions provençales reconnues... Super héraut de Dieu, fondant sa vie sur ce qui est une question pour beaucoup, soupçonné de candeur au mieux, de perversité au pire. Mais cette cape ridicule du super héros ne saurait lui seoir...

Aucun masochisme chez ces prêtres que je connais, ni un besoin malsain de s'engager dans une structure finissante, ni un attrait morbide pour les statistiques en chute, ni l'obligation de tout tenir, d'être fidèle à la rigueur d'une administration ultramontaine inhumaine. Non, ces prêtres sont des hommes de l'expérience, qui l'ont laissée entrer au coeur de leur vie, avec un vrai besoin, de la partager. Ils sont capables de garder une solitude parce qu'ils sont pris par cet appel à aimer tous ceux qui leur sont confiés, et que cela ne saurait se faire en demi mesure. Ce n'est pas simple, mais ce n'est pas un parcours de héros, c'est un chemin d'amoureux.

Leur distance leur donne l'autorité de la parole qui se pose simplement. Leur distance les autorise à regarder en aimant. Leurs études et leur mission donne du poids à leurs mots, même s'ils ont besoin d'apprendre de leurs contemporains comment se dit/vit la justesse. Et leur distance leur donne le goût de la relation.

Mais parfois, le superhéros supputé porte de plus en plus la cape dont on le revêt insidieusement, et elle lui pèse, grave,  sur les épaules. Il porte un moment l'aura de la perfection, de ces grands beaux et forts, jeunes dynamiques, qui sont tellement ...

et ce poids ferait même chuter. Le prêtre héroïfié est même plus fragile. Parce qu'il se perd.

parfois, un ami chancelle dans l'escalier, et vous savez qu'il faut être à l'équilibre, pour rire, et danser.

Alors, remisant la cape dont on nous orne, on regarde paisiblement le monde tel qu'il est... et peu à peu, naissent les projets.

vendredi 2 mai 2008

sapotilles et quadrilles

On invente parfois des diminutifs, petits mots affectueux et hypocoristiques qui sont comme des caresses syntaxiques… on pourrait presque envier les « -ito » espagnol ou « -chen » allemand. Mais le français a lui aussi ses petites grâces, par exemple tous ces substantifs qui se terminent en -ille… Comme je m’émerveillais des vétilles et autres peccadilles au hasard de mes lectures, je me suis baladé dans mon dictionnaire pour une charmante recherche et ça se déguste, non ?

Alchémille, apostille, arille, aspergille, banderille, barbille, bastille, bisbille, broutille, bulbille, camomille, canetille, cédille, charmille, chenille, cheville, cochenille, coronille, drille, écoutille, épontille, escadrille, escarbille, espadrille, estampille, étoupille, étrille, faucille, fibrille, flottille, gerbille, godille, gorille, goupille, grémille, grenadille, guenille, mancenille, manille, mantille, maxille, morille, myrtille, nille, pacotille, pampille, papille, pastille, peccadille, potentille, pupille, quadrille, ramille, résille, sapotille, séguedille, sigillé, smille, souquenille, spirille, spongille, tille, tormentille, torpille, tortille, tourdille, trille, vanille, vérétille, vermille, vétille, vrille, zorille