mercredi 18 juin 2008

Elie est au ciel!

jeunes, athées et incultes, vous qui la boudez trop facilement, faudrait voir à ne pas croire que la messe c'est plan-plan, monotone ou insipide... D'ailleurs, ce matin, y a eu de la théophanie sérieuse à Notre Dame, en version clinquante, grandiose, grandiloquente, voire même tape à l'oeil... mais ne boudons pas notre plaisir.
Bon, il me faut reconnaître que cette fois ci il n'y a eu aucune lévitation bienheureuse après l'homélie, ni même une petite transverbération d'une religieuse extatique pendant la consécration, mais il y avait du spectaculaire dans les lectures, et c'est déjà pas mal. Elisée, à jeun, a vu atterrir sans rire et redécoller dans un ouragan (tout simplement) un char de feu, tiré par des chevaux de feu, emmenant au passage son maître Elie  (le texte ne mentionne pas la présence de Mme Olympe Maxime de Beauxbâtons). Elisée, qui décidément ne manque pas d'aplomb, en profite pour s'approprier le manteau dudit Elie disparu, (manteau qui ouvre les fleuves quand on tape dessus, mais dont on ne nous dit pas s'il rend invisible, quoique ça m'étonnerait, parce que ce genre de cape n'existe que dans les contes pour enfants). Si c'est pas du merveilleux, je ne sais pas ce qu'il vous faut!

 

sous le strass et les paillettes (c'est le nom du prêtre qui arrive à Saint-Lô) de ce récit éblouissant se cache une autre réalité, plus sombre. On parle à mots couverts de la séparation entre un disciple et son maître, qui n'est plus. Mais les plus fins biblistes parmi vous ne manqueront de faire le lien avec the famous Elie qui annonce la venue du messie, et qui, comme par hasard, se tient aux côtés de Jésus transfiguré.

tout venait de la manière de lire... soit être abattu par la disparition, énigmatique, d'un prophète brillant et attachant, soit voir ce que le récit ne dit pas... il ne dit pas qu'il est mort, il le tient disparu,pris auprès de Dieu qui l'enverra en temps utile. Le récit ouvre l'espace de l'espérance, du creux qui annonce quelque chose de plus grand, plus beau.

Et dans ce blog qui apprend à regarder, je me rends compte qu'il faut augmenter l'espace et la profondeur de l'attention... Mon regard est souvent attiré par le saillant, l'événement piquant ou décalé qui saura éveiller un univers plus ou moins poétique, amusant, intrigant, riche. Mais il me faut prendre le temps de regarder ce qui se dessine en creux, comme les sculptures de la plaque à lithographies, gravures, qui prépare par ses creux et ses aspérités une beauté par revers.

il me faut apprendre à regarder
et ce qui se voit,
et ce qui se tait...

samedi 14 juin 2008

mystique de la présence

13 juin 2004 Coutances ordination presbytérale. Pas d'expérience sensible mystique mais la certitude d'être pleinement présent à cet événement, d'une qualité "d'être-là" inhabituelle, comme si tout le passé, le présent, l'avenir se concentraient dans ce moment de l'ordination. Sous un vitrail coloré qui attirait mon regard, le sacrement - appel et rencontre de deux présences en pleine densité.

14 juin 2004 première messe présidée à St Sever, sous un autre vitrail, devenir l'artisan maladroit de la rencontre entre une communauté déjà priante et un Dieu qui vient au devant, qui se donne pour donner grandeur à l'humanité. Et le prêtre découvre encore plus que le mystère de la présence dépasse ce qu'il sait... il préside, et il accepte de se laisser dépasser.

13 juin 2008, déjà quatre ans, et c'est le moment d'un nouveau déplacement septentrional. Ce jour, je célébrais en compagnie de deux classes de 6e dans une petite chapelle de la campagne saint loise, édifiée en l'honneur de St Jean de Brébeuf. Le temps a eu la délicatesse de ne pas être pluvieux...
et si pendant le premier temps, des chuchotements dissipés accompagnaient la "collecte", pendant la prière eucharistique, c'est un oiseau qui, de son chant, soulignait les paroles ...
à la fin de la célébration, les 10 jeunes qui ont fait leur profession de foi ont eu la simplicité et la délicatesse de chanter, gestes compris, devant leurs camarades qui finalement les ont suivis, le tube du temps fort. Tout simplement, en cadeau d'ordiversaire.

de 13 juin en 13 juin, ne pas faire de bilans, mais accepter d'avancer, tout en entretenant, au coeur, le don gracieux des commencements.

jeudi 12 juin 2008

dans une poignée de secondes, toucher son avenir du bout des doigts, le tenir en main

Rude journée, inhabituelle...

 

en une poignée d'heure, et en parcourant quelques kilomètres, je suis allé me plonger par anticipation dans cette vie de l'année prochaine, l'envisager, m'y projeter, pour pouvoir l'habiter.
J'ai passé la journée à rencontrer de nouveaux visages, ou à apprendre à mettre mes premiers pas dans ceux de mon prédécesseur...

Recevoir une nouvelle mission, c'est, tout en apprenant à se séparer de ceux d'ici, ouvrir grand les écoutes pour accueillir cette nouvelle réalité, sous le ciel clément cherbourgeois, et se préparer à l'accompagner.

c'est époustouflant... je suis encore abasourdi!

les voyages dans le (beau) temps, ça épuise.

lundi 9 juin 2008

trésors dérisoires

j'aime avoir la simplicité alors que je me balade, dominicalement ou pas, d'entrer dans ces petites églises de villages et hameaux, celles qui ne sont pas ouvertes tous les jours, où le curé ne vient que de temps en temps... je m'y installe un moment, dans le silence frais, sur des bancs fatigués mais bien souvent propres... Je ne cherche pas dans ces lieux que la beauté du monument (parfois, cela vaut mieux) mais plutôt l'expression de la foi des "gens du coin", des vitraux, ex-voto, décorations, dont certaines me laissent complètement perplexes... comme:

 

il me semblait que Dieu s'écrivait  ????  en hébreu... là, je me prends à douter de l'intentionalité de celui qui a tracé ces signes cabalistiques dans la nuée au dessus du retable...  énigmatique!

des dessins au goût sûr et affirmé

 

on trouve aussi des vitraux au dessin surprenant... qui n'est pas sans rappeler celui de Soph', des toujoursouvrables

 

mais ce qui retient souvent mon regard, c'est ce petit cahier où chacun dépose d'une écriture plus ou moins chancelante des prières d'une importance brûlante... elles sont souvent simples, mais d'un premier degré intransigeant: c'est l'aspiration d'une vie que l'on confie à la Vierge Marie. Un théologien y trouverait à redire, mais si en écrivant, ces vies se trouvent ne serait-ce qu'un peu allégées, alors cette prière en s'exprimant commence sa fécondité !

 

vendredi 6 juin 2008

6 juin 1976

On aurait voulu, à certaine époque, que ce Blog garde une juste distance avec le feu de l'actualité, qu'il fasse mémoire en décalé de quelques événements, rencontres, énervements, lectures, émerveillements qui traversent la vie d'un jeune prêtre bas-normand. Point n'est besoin, naturellement, de tout raconter, ou de coller ni avec l'actualité, ni les homélies copiées... mais par quelques touches de couleur et de lumière, initier un regard, partager un chemin, laisser au quotidien son droit de devenir pain.

Oui, mais voilà, hier déjà, il m'a fallu annoncer en temps utile ce grand changement qui se prépare pour septembre, recevoir l'appel à saisir la haute barre selon les mots d'Eliette des aumôneries de l'enseignement catholique de Cherbourg... appel qui, à la lecture de tous ces commentaires, ou au sortir stérile d'une réunion où, à grand coup d'idées aseptisées, on refait la pastorale, n'est pas sans faire frissonner, surtout sous les ondées cherbourgeoises!

Et regardant mon agenda, je me rends compte que je suis de nouveau acculé à faire un billet d'actualité. Pas de marches, de nominations cette fois-ci, je crois qu'on en a assez eu, mais une lubie qui m'a pris il y a déjà quelques années, à la suite d'un pape dont je tairai le double prénom, porté pour la 2e fois, afin de garder son intimité. Alors qu'on lui demandait quel était le jour le plus important de sa vie... son ordination presbytérale, épiscopale, sa création comme archevêque (ah oui parce que les archevêques sont "créés", du néant disent les mauvaises langues) ou son élection comme pape, il avait répondu: "mon baptême". Réponse joliment théologique et ecclésialement correcte s'il en est, mais dont on peut facilement percevoir et la portée, et les enjeux, même si je doute qu'il en eût gardé un souvenir ému, ou mouillé. Et le jeune padawan que j'étais à l'époque décida qu'il n'avait pas assez d'occasions de faire la fête et instaura derechef une nouvelle fête à son calendrier...

le 6 juin 1976, jour de la Pentecôte, je suis né à la vie chrétienne, devenu enfant de Dieu, j'ai été baptisé. Et c'est aujourd'hui l'anniversaire, qui mérite tout autant sa célébration que ma première gorgée... d'air!

nul ne devinait alors la portée ou la fécondité d'un tel événement, le moins que l'on puisse dire, c'est que depuis, Dieu ne m'a pas lâché.

lundi 2 juin 2008

sans aube ni étole

C'est bien connu, les prêtres, ça ne bosse que le dimanche, et encore de 11 à 12! Le reste du temps, ils sont désoeuvrés et ils écoutent les confessions des grenouilles de bénitier parce qu'elles ont critiqué les "créiatures", les fameuses bigottes de Jacques Brel. Ils portent des complets gris élimés, roulent en clio ou en 206, plus ou moins crado, et ne connaissent rien à la vie.

Alors, l'idée même qu'ils puissent sécher la chaire dominicale paroissiale ne peut effleurer le péquin vaguement chrétien, sûr qu'il ennuie des enfants obligés, chantant des cantiques surannés accompagnés à l'orgue à un doigt, et prêchi-prêchant une morale vieille France dans des vêtements liturgiques ridicules.

Histoire de briser un peu le mythe, James Whitaker avait mis un panonceau, au bord de son jardin de curé... je l'avais déjà cité:

"Avant, le curé portait une robe noire qui le rendait aisément repérable. Aujourd’hui, devant la recrudescence des prédateurs, le rusé petit animal a muté en adoptant une robe qui le rend méconnaissable.

Il n’a pas de territoire particulier, comme le faucon (mais il ne l’est pas), il peut nicher à la campagne comme dans nos cités fortement urbanisées.

Pour le reconnaître, il faut avoir l’œil exercé :
¤ Il est furtif, toujours pressé, comme s’il était entre deux rendez-vous.
¤ Fier, il a conscience de sa rareté, il finit par croire qu’il est précieux.
¤ Humble, il ne se fait pas beaucoup d’illusions sur son poids social.
¤ Têtu, il est convaincu que ce qu’il a à dire est bon pour l’homme d’aujourd’hui.
¤ Il est naïf, il a tendance à croire ce que lui disent les gens. C’est ainsi d’ailleurs qu’il est le plus facile de l’attraper.
¤ Pas agressif, il est plutôt familier de l’Homme.
Si vous observez discrètement, vous aurez peut-être la chance d’en observer un. "

Or pour que le migrateur puisse bouger un peu, il convient qu'il s'organise, surtout dans les villes, pour vagabonder un peu, même les dimanches. Au prix d'une anticipation drastique, à Saint Lô, nous pouvons parfois aller de ci, de là, à un week-end de jeunes, une profession de foi, ou quelques heures en compagnie d'un filleul, d'un neveu.

Samedi dernier, après la journée de préparation à la confirmation, sous une pluie battante, j'ai sauté dans ma voiture, dédaignant, grand seigneur, les considérations sur le prix du Baril de pétrole, pour rejoindre la région de Rouen où l'un de mes filleuls allait gagner un an. La journée avait été passionnante, mais harassante, parlant à tous, rencontrant chacun... aussi, je suis parti léger, léger, avec un sac mal fait à la hâte.

La soirée a été superbe, riche d'un échange qui fait du bien. J'avais eu la joie d'être le témoin de ce couple lors de leur mariage, et la qualité de nos discussions est comme une suite de cet accompagnement du premier instant. Permettre à un témoin de l'être longtemps, fidèlement, c'est un beau cadeau qu'avec eux je reçois. Le corollaire nécessaire de cette qualité est la brièveté des nuits, surtout quand la messe du coin est à 9h30!

Or au moment de partir, je me suis rendu compte que dans ma (et sous les) précipitation(s), j'avais oublié mon aube et mon étole chez moi. Zut. D'autant plus que lors de mon précédent oubli, ils m'avaient prêté une aube qui arrivait juste au-dessous du genou, et une étole séculaire à bord brodé, le tout n'étant pas sans évoquer la robe de soirée, en version blanche, de Ron dans le IVe tome de Harry Potter.

Vu la situation, je décide, incognito, foulard rabattu sur la petite croix, de vivre l'eucharistie avec mon filleul dans l'assemblée, pour l'accompagner en ce dimanche qui précède son troisième anniversaire. Après avoir fermement refusé de faire la quête (faut pas pousser), j'ai compati à la rude tâche des parents qui ont quatre enfants de moins de 6 ans le dimanche, c'est sportif, certes, mais tenir dans ses bras son filleul pour partager ce moment de l'eucharistie est aussi un trésor fabuleux... "regarde, là, c'est important, Jésus..."

Tout s'est bien passé jusqu'à la fin de l'eucharistie, où à six reprises, des paroissiens dont je ne me souvenais pas sont venus gentiment me tancer... "fallait venir dans le choeur, mon père, on vous aurait prêté une aube", "si j'avais su, je ne vous aurais pas demandé de faire la quête"... Aïe, je me suis fait repérer.

confondu, et penaud, j'en garde deux notes pour plus tard,
- c'est plus facile de tiquer sur les approximations d'une homélie quand on s'occupe d'un bambin qu'assis aux côtés du prédicateur,
- ne jamais oublier son "sac à messe" quand on va à une célébration où l'on risque d'être repéré!

dimanche 1 juin 2008

irène...

Une lectrice dont je tairai le nom pour respecter son anonymat, et que nous appellerons A-Cl pour la lisibilité du billet me faisait délicatement remarquer que je ne me fatiguais pas beaucoup pour mes derniers billets, voire même qu'ils étaient légers, légers. Certes, une petite aversion pour Julien Clerc chez la ménagère de moins de cinquante ans, saint loise de surcroît, n'est pas à sous-estimer, et la déception de ne voir qu'une banale citation d'un chanteur de variétoche au lieu d'un billet enflammé où le jeune prêtre pourfend à mots découverts le mauvais goût ou la spiritualité de rayon de supermarché doivent entrer en ligne de compte dans ce jugement péremptoire... Mais comme ma plume déçoit... passons à autre chose. C'est plus brut que d'habitude, sorti comme ça, juste après... en 2'30''

Fichier audio intégré

Daniel Mermet, sors de ce corps!

ce sera ma contribution aux "solitudes". Aujourd'hui, celle d'Irène, une solitude qui sourit, qui se passionne d'animaux, qui craint les gens, qui parcourt le monde, et qui pépie dans les voitures qui la prennent en stop. Elle parle beaucoup, Irène, j'aurais dû l'enregistrer, mais elle se raconte sa vie, car elle ne veut pas, au fond, échanger.