mardi 29 juillet 2008

Lourdes 2008, pélerinager en eau profonde

En bus, en train blanc, à pied, qu'on soit pieux, mieux, vieux, malade ou touriste, tout le monde ou presque est déjà allé à Lourdes. Tout un chacun a fait le tour du sanctuaire, bu de l'eau et du Jurançon, marché en chantant avec un cierge à la main, brûlant le moins possible le cartonné cantiloimprimé, maudit les Italiennes qui marmonnent à voix beaucoup trop haute leurs rosaires en attaquant votre groupe pendant les processions, pesté contre les marchands de bondieuseries mais acheté des cartes à 0,12€, un porte-clé immonde et cassable de la Vierge (comment, vous n'avez pas une peluche de la Vierge madame? pour mon filleul), usé ses genoux de pantalon à la grotte... qui ne connaît Lourdes?

 

Et à chaque retour, on retrouve cette même difficulté pour digérer, partager toute cette expérience variée et ineffable (encore!), camaïeu de demi-teintes délicates chamarré de tissus criards. Certes, le programme était ambitieux cette année, croisant le projet du pèlerinage diocésain, camp à la montagne, jmj à la française, et expérience spirituelle personnelle. Un tel mélange est forcément risqué, il recelait de multiples pépites et quelques indigestions.

A Lourdes, le chrétien se sent à l'aise, au point que fleurissent en orgie les chapelets, croix en sautoir, pendentif, et T-Shirt militants, avec plus ou moins de goût. A Lourdes, on a tellement le catholicisme décomplexé que les femmes s'habillent en religieuses, et que les prêtres font dans la surenchère identitaire, pour se sortir du lot. Un jeune prêtre francophone clergysé m'a délicatement reproché d'être un cryptoprêtre car je ne portais que la simple croix de bois qui m'accompagne toute l'année... Mais je me demande s'il ne faut pas parfois préférer la discrétion à l'exhibition d'une identité qui passe tout par le vêtement... et quand on l'enlève?

Certaines expériences semblent finalement résonner en écho inattendus. Le troisième jour, un chapelain intérimaire polonais nous a présenté le message de Lourdes, dans un français honnête et cafouillant, en jonglant avec les "mots clé" d'eau, rocher, Avé, lumière, humilité, redondant avec difficulté le film en noir et blanc vu la veille, mais en oubliant de l'incarner dans sa propre vie... je réalise maintenant que les mots choisis sans grâce, la lumière, le rocher et l'eau s'étaient déployés magistralement dans un cirque fréquenté par des touristes en tongues...

 

Mais l'expérience de Lourdes sourd toujours au milieu de ce pierrier agaçant... expérience de foi au milieu de pèlerins du monde entier, expérience de marche à la suite du Christ, expérience du pardon reçu radicalement, en Eglise et en profondeur, expérience de la joie, du chant, de la libération, du témoignage qui éclaire, de la danse qui déride, des sacrements, de la douceur de la Parole, du partage, d'une église qui célèbre, en petites célébrations délicates, au milieu de la nature ou en grandes liturgies internationales engoncées dans des habits de fête amidonnés et endimanchés respirant par dizaines de milliers d'une joie grandiose...

et peu à peu, tout se transforme, on oublie les inconvénients pour exploser la joie, pour danser sans retenue, rayonner sans peur du regard, pour se sentir appelé à aller plus loin, plus profond, sans peur. A Lourdes, on se découvre convoqué, on brûle d'apprendre et d'écouter, on se laisse réconcilier, on frémit dans souffle d'une même confirmation, et le sourire se découvre comme une commune expression.

à Lourdes, on plonge dans une eau vive et tumultueuse, pour goûter aux délices de la profondeur...

vendredi 4 juillet 2008

au fil d'une balade, j'ai croisé une métaphore

Je suis presque au bout de cette avancée de pierres,
debout en équilibre sur ces blocs de granit,
solides, aléatoires, hétérogènes,
aussi inconfortables que peu aisés à franchir
mais inébranlables.
Pour en arriver là,
il a fallu éviter nombre d'entorses,
calculer, escalader, choisir ses pas au milieu de ces
rochers d'aujourd'hui, dangereux, mais
qui résistent inlassablement aux marées

A quelques pas du bord,
le regard se perd alentours,
au milieu des éléments arénacés et liquides ,
de l'eau, des sables, micacés, coquilliers, de l'air;
sur les côtés, des chemins que l'on n'a pas choisis,
droit devant, du mouvant, du mouvement
avec un petit repère en ligne de mire
qui donne une direction, un pic qui tend un cap
dans une mer de sables...

certes le ciel est sombre,
mais au-delà des nuages noirs
dans lesquels se délinéent quelques traces plus claires,
le soleil éclaire par revers.

aujourd'hui sur l'avancée,
demain un peu plus loin,
on quittera le chaotique solide
pour une aventure au grand large,
inconnue, mouvante, d'un gris électrique inquiétant parfois
mais prometteur de tant d'horizons.

allez, un pas de plus
duc in altum

mardi 1 juillet 2008

les assassins de l'engluement insipide

Parmi les chrétiens, on trouve nombre d'enjoués de l'endive, de la fadeur, de la face de carême ou du repas allégé... Ils renient publiquement l'apologie publique de Thomas Dutronc pour "un bon gros steak avec des frites (bordel)"... Certes, si l'on suit à la lettre les préceptes du moindre anachorète, rompu aux charmes de la diète permanente, de l'ascète nain qui assume ses gargantuesques austérités, ou de l'adepte cénobitique de la vie étique, la nourriture ne fait pas le bonheur... Quelques grains de blé au fond d'un bol, ou un peu de pain sec peuvent largement sustanter... La réfection de la cuisine du presbytère ces jours ci nous privant de l'antre de Bacchus tendrait d'ailleurs à vouloir l'illustrer.

Mais il faut le reconnaître, en ces jours de l'été où le soleil pourrait encore cette année se faire pudibond et bouder du rayon nos peaux en attente d'héliothérapie, il faut recourir bien souvent à des stratagèmes pour conserver le moral au zénith déserté par l'astre du jour, et aller chercher les trésors bien enfouis de nos maisons.

Point d'oripeaux, de bijoux faramineux, de luxe bling blingué caché au creux d'un coffre fort blindé... mais dans le garde manger des parents, quelques grammes d'extrait d'énergie d'un petit trésor dérisoire, pour revigorer chaque matin, plus efficacement que les substrats chimiques dont je vous avais parlé...

hier soir, je suis allé faire le plein de confitures... l'été normand peut commencer! quoiqu'en disent les médecins, les confitures maison, c'est bon pour la santé!

(les assassins de l'engluement insipide sont les glu-cides)