mardi 30 septembre 2008

tournesol, éphémère, pensée ou narcisse ?

Les habitués de ce blog auront noté une vague ondulation des statistiques... on se presse au portillon beaucoup plus qu'à l'accoutumée, car lundi soir a été diffusé un petit reportage dans l'émission parlons Blogs de Caroline Deschamps, sur Public Sénat... Ils voulaient faire le portrait d'un blogueur, prêtre, et le hasard chut sur mon chef!



(la vidéo dispo en un clic sur la bannière) 

Deux journalistes sont venus de la capitale (ouah) jusqu'au bout du monde pour réaliser un sujet de trois minutes qui est rediffusé régulièrement depuis... Vous qui avez suivi les conseils de Caroline, soyez les bienvenus. Si vous cherchiez le blog de Jean Sarkozy, ce n'est pas ici.

La journée avait été ensoleillée, charmante, et l'interview sympathique... même si le blogueur, habituellement caché derrière son écran, n'en menait pas large devant les premières bordées d'interrogations. Le blog est personnel, les questions le furent aussi, goûts musicaux, projets avec les jeunes, écriture, quotidien, photo, et les plans vidéo qui vont avec pour souligner au mieux le trait.

Le risque, et pas des moindres, pour le blogueur filmé est de troquer les "pensées" et les "tournesols" de son "blog de fleurs" maison contre des "narcisses" qui ne sont pas de saison! Il peut oublier que sa plume est un exutoire, un babillard à beautés, un scribouilleur d'humour divin pour s'attarder sur son teint poli et ses reflets changeants de miroir égocentré. Le blogueur pénitent se doit d'ailleurs de reconnaître que la nouvelle armoire qui trône en ses pénates présente les mêmes veilléités:

 

des coins cachés, de la profondeur... mais un reflet, un reflet...

mardi 23 septembre 2008

64,79891 milligrammes

Si le monovitrage saint-lois était amplement suffisant pour les aléas du climat méridional (le "Sud" commence à Valognes suis-je en train d'apprendre à Cherbourg), le même monovitrage commence à révéler ses faiblesses depuis quelques jours, depuis que le vent qui souffle normalement obstinément de l'ouest, vient  brusquement de virer vers un "nord est" inhabituel et frisquet.

Il fait frais, donc, et le vent s'immisce dans les interstices... chahutant le vélocipédant, et faisant virevolter loin du clavier bloguesque la plume sensible tant aux hautes pressions qu'aux dépressions du calendrier. La plume envolée, victime d'un zéphyr capricieux, le blogueur dépassé dut se résoudre pendant quatre jours au silence.

Mais le grain, que l'on salue ou que l'on veille, ne manque pas de s'immiscer dans les rouages les plus huilés de mes nouvelles activités. Forcément, tout d'abord, au creux des sinus, il vient déposer ses petites perturbations pour que les frimas et les ondées du dehors puissent trouver un écho heureux jusque dans les prémices d'un rhume généreux...

Point ne suffisait d'altérer ma santé, c'est un grain de folie qui s'est emparée de l'aumônerie vendredi dernier. Au lieu de passer une paisible soirée à siroter un cognac tout en critiquant les dernières idées saugrenues de Michel Onfray entre trentenaires fringants, ce sont quatre-vingts olibrius (olibrii?) qui ont animé la soirée, au rythme de l'"Eye of the Tiger" et de sorties donnant du punch à la soirée... Beau lancement d'année, donc, plus bruyant que raisonnable, mais prometteur de joyeuses soirées.

Dès le lendemain, retour aux bases, et messe de rentrée de l'enseignement catholique, toute simple, pour mettre un grain de sel et de sens dans les agendas tout frais (eux aussi). Nous étions plus que prévu, avec 100% des directeurs du secondaire et des aumôniers, et un pourcentage un peu moins important chez les parents et les jeunes, naturellement...

Toute cette débauche d'énergie, de souffle venait comme en écho soyeux au week-end déraisonnable mais sans ondées à Paris autour de Benoît XVI avec 130 jeunes manchois au milieu d'une foule ni papolâtre, ni moribonde. Il y aurait beaucoup à dire sur cet événement, sur la profession de foi dialoguée en français, sur le podium où les prêtres faisaient décor, sur la sobriété des matériaux utilisés, sur les défilés millimétrés des gendarmes pour la sécurité, les ministres à la réserve républicaine, ou les homélies de semaine du pape fort discret... Mais ce que je retiens, c'est un grain de sable dans l'organisation bien huilée. La procession de sortie s'avançait prélatement et paisiblement, comme il se doit, quand les prêtres du décor ont commencé à dévaler les marches pour s'approcher du pape, et tout en le ralentissant au grand dam des services de sécurité, le saluer simplement. Cette procession qui doit être de loin la plus mal organisée de toute l'histoire des rassemblements papaux était pour moi le signe d'une communion dans la simplicité de l'instant, membres d'une même église et témoins, ensemble d'une même foi, d'une même joie. Ce n'était pas télégénique, c'était vrai.

Finalement, un grain de ce genre, de sable, de pluie, ou de folie, ça finit par promettre de belles moissons. Je vais retourner écouter la météo marine pour connaître les avis de grand frais, ça peut toujours être utile.

 

"Le commerce de grains semblait avoir absorbé toute son intelligence. S'agissait-il de blé, de farines, de grenailles, de reconnaître leurs qualités, les provenances, de veiller à leur conservation, de prévoir les cours, de prophétiser l'abondance ou la pénurie des récoltes, de se procurer les céréales à bon marché, de s'en approvisionner en Sicile, en Ukraine, Goriot n'avait pas son second. "...
Balzac... crédits photo Jonathan Mabire/François Lesauvage

mercredi 17 septembre 2008

le monde est-il un peu plus beau quand on habite un peu plus haut?

Quo Vadis peut se faire un sang d'encre, noire ou pas, l'affairé moderne délaisse les pages de son semainier papier pour noter désormais ses rendez-vous dans son ordinateur ou son téléphone, portables quoi qu'il arrive. D'un CTRL MAJ A, il strie de couleurs l'interface qu'on ne tourne plus, mais qui défile, si vite parfois. Et quand le temps s'avance imperturbable dans les lignes de l'agenda, le passé se raye d'un trait, et l'avenir se remplit, non sans conflits, surtout en début d'année.

L'agenda du prêtre est son ami, ou est sensé l'être pour le moins. présider l'eucharistie de mardi, concélébrer le 12 octobre, préparer la veillée du 24 décembre, s'échapper un week end, le 18-19 octobre, dormir à Biville le 23 avril, rencontrer les secondes dans un quart d'heure, animer la réunion des catéchistes demain matin, d'heure en heure le futur se dessine, et comble les espaces... et le 17 septembre, on se surprend à citer Sainte-Beuve : "Moi, j'ai repris depuis longtemps mon collier habituel, mon cercle d'occupations et d'études (…)" (Correspondance, 28 sept. 1835.).

Qu'une réunion se révèle stérile et l'exaspération pourrait naître de la suffocation... Heureusement, la volée de marches vers les cieux où je réside fait oublier le chèque à faire aux impôts, ou celui que l'on a adressé il y a quelques semaines à un guitariste parisien... et qui vient de se transformer ce midi, dans la boîte aux lettres en un CD 5 titres miraculeux. Quelques arpèges et...

l'immense et la poussière,
le silence et la mer,
du feu, du vent, de l'eau, de l'air
de l'or et de l'éther
l'immense et la poussière,
le silence et la mer,
et toi, toi dans l'univers

sur ta peau dans tes bras,
je goûte l'eau de l'au-delà,
je bois de l'au-delà.

des corps où l'on se coule
la mort où tout s'enroule
des vies qui vont qui viennent
et roulent ballottés par la houle,
et toi, toi, où je me saoule.

la musique s'arrête, dans un silence qui bruit de partout, du dehors comme du dedans... jusqu'à ce que les doigts se mettent à courir sur le manche de la guitare pour retrouver la mélodie de la douceur.

quelques minutes de musique inattendues et surgit ... de l'au-delà caché dans la rencontre de l'autre et le temps perdu devient infini gagné.

vendredi 12 septembre 2008

de l'infini en plan serré

"C'était un dénommé Baster qui lui avait raconté, Lynn Baster. Un paysan (...)Mais comme les routes, ça n'était pas son fort, au lieu d'arriver à Londres il s'était retrouvé dans un petit village au milieu de nulle part, un endroit où, si tu continuais à marcher, après deux virages, de l'autre côté de la colline, pour finir, tout à coup, tu voyais la mer. Lui, il ne l'avait jamais vue la mer. Et ça l'avait foudroyé sur place. C'était ça qui l'avait sauvé la mer, à l'en croire. Il disait: "C'est comme un hurlement géant mais qui ne s'arrêterait jamais de crier, et ce qu'il crie c'est: "bande de cocus, la vie c'est quelque chose d'immense, vous allez comprendre ça oui ou non? immense!" " " (Baricco, Novecento pianiste)

immense.
Pour toucher l'infini de la mer, une petite fille ne perd pas son regard chateaubriantesque* dans le lointain maritime sous le vent mauvais. L'enfant s'asseoit sur la plage, emplit son regard d'une foule innombrable de grains de sables, la peau sensible au soleil et aux micas collés, les cheveux et les oreilles frémissant au vent invisible et grand, les narines ouvertes aux fragrances de l'iode éternel.

L'immense de la mer ne se cache pas dans le lointain d'un horizon incertain, mais dans l'infini des sens débordés par les excès de la marée...
et pour dévoiler l'infini, aujourd'hui, Véronique nous offre un plan serré.

*« des plages sablonneuses, labourées par les pluies de l'hiver, brûlées par les feux de l'été » (Chateaubriand)

jeudi 11 septembre 2008

j'en suis retourné.

L'Eglise veut se mettre au diapason du monde d'aujourd'hui pour y annoncer sans trop dissoner la Bonne Nouvelle. Elle s'est fendue, il y a quelques années, d'un service de communication qui envoie une newsletter presque chaque jour. Cela s'appelle Visnews, et ce n'est pas toujours passionnant-passionnant. Mais bon, ça a le mérite d'exister et ça me donne la joie chaque jour de recevoir des mails Confused. On n'en est pas encore à pouvoir lire le blog de Benoît XVI (japprendsadirigerleglise.blogger.va), mais c'est déjà pas mal. Il y a tout de même fréquemment des petits ratés, notamment des petits copié-collé assez savoureux. Cet après-midi, j'ai reçu celui ci:

"En prévision du voyage de Benoît XVI en France (12-15 septembre) pour le 150 anniversaire des apparitions de Lourdes, voici les données du Bureau central de statistique de l'Eglise sur ce pays et l'Eglise locale (au 31 décembre 2006): 46.427.000 des 61.350.000 australiens sont catholiques (75,5%)."

Forcément, si les habitants de la France sont Australiens, pas étonnant qu'on ait parfois du mal à se comprendre! Toutefois, quoiqu'il arrive, le discours de la foi et de l'Eglise risque toujours de rester trop fin et équilibré (alambiqué aussi) pour entrer dans les canons de la communication en moins de huit secondes des journaux télévisés.

(ps: le téléphone sonne reste toujours une émission intéressante pour avoir un discours un peu plus complexe... Ce soir, Odon Vallet s'est même permis une envolée sur la diversité du peuple chrétien qui était tout à fait savoureuse)

mardi 9 septembre 2008

compression chronologique...

Brassens avait beau jeu de s'esbaudir...

vous pensiez ils seront
menton rasé ventre rond,
notaires
mais pour bien vous punir
un jour vous voyez venir
des enfants non voulus
qui deviennent chevelus,
poètes

mais quand il raillait Brel, réalisait-il que les arpèges du dernier couplet des Bourgeois finiraient par avoir raison et des poètes, et des tagueurs idéalistes...

en sortant de l'auberge des trois faisans... 

Soljenitsyne aurait-il pu anticiper une telle évolution?

lundi 1 septembre 2008

alambiqué comme un jésuite...

"fiez-vous à Dieu, en agissant comme si le succès de chaque chose dépendait entièrement de vous et nullement de Dieu, et cependant, en employant tous vos soins à la faire réussir, ne comptez pas plus sur eux que si Dieu seul devait tout faire en vous"

Hevenesi, XVIIe s.

je sais c'est compliqué et je vais m'attirer l'opprobre des ennemis de la tetrapilochtémie... mais ça évite et l'activisme et l'indolence. Retournez la dans tous les sens, et vous pourrez vous dire que rarement, vous n'écrivez aussi alambiqué! (mais juste) et si vous voulez une glose tout aussi jésuite sur ce texte, allez là (clic)