vendredi 31 octobre 2008

je fais ma nacre des impuretés

"Dans le fond, ton "j'apprends à regarder" prend une forme baroque, dans son acception étymologique de "perle irrégulière", non ? ;)" Zabou.

deux ans - 500 billets - 2590 commentaires

Au gré des grains crissant sous les semelles, et des lectures percutantes, sensations sensas, rencontres chatouillantes, coups d'oeil coupants, émissions d'émotion, missives s'immisçant, jeux de mots laids, films touchants, coups de rouge et coups de sang, j'affûte depuis deux ans ma plume virtuelle sur ce clavier, sur ce blog, pour tenter de partager en quelques mots, choisis, l'indicible marquant les journées d'un jeune prêtre normand au rythme d'un billet quasi quotidien.

A devoir écrire, on se surprend à lire en cherchant la citation qui touche, qui fait mouche, à marcher le regard ouvert à la beauté cachée ou pétillante, à écouter pour retenir, la vie à l'affût... Tout n'est pas consonnant, apologie et dogmatique ne sont pas mon fort. Les résonances d'un monde en changement rebondissent sur une vie de prêtre et ses humeurs, l'Evangile et ses douceurs, les sentiments parfois hurleurs, l'humour souvent hâbleur et le style imprécis.

Le soleil dans les nuages dessine des haubans, dore les franges et les ourlets, irise les gouttelettes en arcs colorés... on ne le voit pas tous, tout le temps. Mon encre pâlirait au soleil, elle ne joue qu'avec ses arabesques. L'écrire, c'est L'esquisser!

Zabou en livre sa lecture, nacrée. A vous...

lundi 27 octobre 2008

les cancres de l'Eglise

toi le mauvais élève,
sur qui on sait crier, et qui récrimine,
toi qui détaches ton attention plus souvent que ton cartable,
toi qui te protèges derrière les rangs des consciences assidues,
toi qui t'appliques à fermer tes oreilles au flot continu des connaissances qui ne te concernent pas,
toi qui laisses vaquer ton imagination à défaut de ta plume, au gré des ruisselets des ondées sur les carreaux, tes amis,

dans les églises, tu trouveras un ami, un frère, dans le paroissien de l'ombre
qui se cache toujours derrière le huitième pilier,
dit merci, distrait, à la communion,
décline toute proposition de lecture,
s'amuse des enfants qui sont assez bien dans l'église pour y rire,
sourit quand le prêtre s'emberlificote, ou ose un propos décalé,
et regarde l'autel de loin, derrière les rangs des gens qu'il considère comme "bien".

 

je t'ai rejoint, hier, à l'ordination de Jean et René,
j'étais assis derrière, je ne voyais pas bien,
j'avais oublié mon étole rouge, nous étions deux "décalés" en blanc, deux anciens aumôniers;
toujours un peu dedans, toujours un peu distant,
les propos me parvenaient avec leur force et leurs frottements,
"est-on si détachés?", "les couples sont ils en danger?", "Jean s'occupera des petits?", "quelle lettre du Christ serais-je, le H?", et toutes ces petites pensées que la distance permet, que la distance suscite, toutes ces petites pensées qu'il n'est pas bien de laisser advenir mais qui titillent le quidam au défaut de ses attentions.
Alors j'ai prié, de loin, fortement et autrement, j'ai souri parfois, de joie ou d'amusement,
j'ai rejoint le rang de ceux qui souvent restent loin, car la lumière les effraie, car la chaleur les inquiète, car à distance on peut se protéger.

Jérôme m'avait appris, et j'en suis persuadé, que ce sont ces lointains qu'il faut le plus aimer. Alors si un jour tu veux t'approcher, pour être de la fête, pour toucher la chaleur de la communauté, ta place est réservée, un banc plus près, à chaque fois; mais si d'ici là, tu veux rester derrière, dans la pénombre de ton pilier, ou derrière ta table gravée avec application au compas, sache que même de loin, tu es là, tu es respecté, tu es ... aimé.

(photo de Doisneau, pour ne pas "mettre en illustration" quelqu'un qui puisse se reconnaître, car là n'était pas l'objet, et photo des ordinations de 2006)

samedi 25 octobre 2008

Hambye's blues


Un prêtre est mort,
âgé, seul, dans son presbytère
dans un patelin sans renommée.
Je sais qu'il était mon cousin, lointain,
sans aura tapageuse,
il avait son caractère,
sa générosité,
sa fidélité,
toute sa vie, il avait été là.
Séminaire, armée, centre et sud manche
il avait touché par capillarité.

hier, il a été inhumé.
Tous ceux qu'il avait touchés un à un étaient là.
l'évêque, une cinquantaine de prêtres,
les maires, élus, émus, la famille dépassée,
les anciens combattants levant leur drapeau pendant l'élévation,
des chrétiens des communautés, fidèles.

Ils sont venus un à un, ils sont venus nombreux.
Les questions stratégiques de laïcité ont trouvé un instant,
un moment de paix dans l'unité d'un homme,
Désiré.

vendredi 17 octobre 2008

Au carrefour des églises

Si j'habitais Pontmain, je ferais sans doute l'expérience d'être une ville carrefour, sans route principale, certes, mais au croisement de grandes régions. J'élèverais mon clocher vaillamment à la croisée de la Bretagne, des Pays de Loire et de la Normandie, dans ces Marches où l'on trébuchait, se marchait trop souvent sur les pieds, au prix de guerres savamment travaillées entre ces "imbéciles heureux qui sont nés quelque part" que chantait le moustachu à pipe. Comme Pontmain, j'aimerais la paix.

Les desiderata de mon évêque m'éloignent des terres et mers de conflit mais me situent finalement dans des carrefours tout aussi dangereux, aux priorités mal définies et aux feux non synchronisés. Cherbourg est une ville bigarrée à la population éclectique, et le prêtre que je suis se retrouve bien souvent dans un joli passage ecclésial. Planton maladroit ignorant des signes, avec un sifflet sans bille dedans, je vois passer, à plus ou moins fond de train ou de bénitier, au gré de rencontres improbables, des réalités d'Eglise qui cohabitent, se juxtaposent, s'ignorent, et/ou revendiquent la priorité.

 

des convertis convertissant enthousiastes,
des catholiques de grande tradition,
des familles à l'effectif optimisant le nombre parfait,
des anciens coopérants du bout du monde bien installés ici,
des fidèles de la foi de chaque jour,
des militants du grand soir matin social,
des mamies marmonnant maugréant,
des simples qui croient de manière vitale,
des adultes qui croient pour/en des jeunes
des protectionnistes vindicatifs de communauté vieillissante,
d'ardents acteurs et d'ardus désactivés de la liturgie,
des papis vifs et sympathiques,
des institutionnels plus ou moins figés,
des assistants à l'eucharistie qui font un concours d'impassibilité,
des alcooliques anonymes de la préparation de soirée jeunes,
des inquiets de la dégradation des effectifs,
des catéchistes multi-engagés aux enfants vivants,
des mondes en attente,
des jeunes qui bougent,
d'autres qui ruent dans les brancards des jolies réponses toutes faites,
etc. etc.

 

Je garde la mention finale de cette liste incomplète à la Prévert pour la femme, qui, à la sortie d'une messe plus méridionale m'a tenu le crachoir pendant un quart d'heure pour me prouver par un discours à l'agressivité nauséabonde alors que je n'avais rien demandé, pour me prouver donc que le chemin néocatéchuménal était un mouvement ouvert, nécessaire et ecclésial. Quoiqu'ait pu dire votre discours, votre attitude emmerdante, madame, et votre hargne ont vaincu ma sympathie acquise a priori. Vous fûtes pour moi un exemple criant de contre-témoignage. Félicitations, on ne s'attire pas si facilement mes ires et foudres publiques.

jeudi 16 octobre 2008

des étoiles dans les yeux

Tout fout l'camp, mon bon monsieur, tout fout l'camp: France Inter ne diffuse plus la météo marine, Joël Collado résiste encore, certes, mais Jean Pierre Gaillard a disparu. Bon! restons calme! Sa confiance imperturbable dans les bonnes nouvelles de la bourse s'est réincarnée dans toute la société: un optimisme béat  semble prendre les commentateurs au moindre frémissement positif du cours du CAC 40. Ils annoncent les Trente Glorieuses dès que l'indice prend deux chiffres pendant dix minutes après avoir chuté une semaine. Tout ça va faire faiblir les taux de seppuku chez les banquiers fatigués. Mais bon.

Souvent, pour donner du baume au coeur, en écho aux chaudes couleurs automnales tranchant sur les frimas saisonniers, répondaient les slogans, ballons, autocollants des joyeux grévistes CGT qui égayaient la rentrée. Ils ne sont pas nombreux cette année, sauf FO qui s'acharne à vouloir nous faire rire: "le capitalisme est en faillite, le communisme est l'avenir"... Merci. Joyeux mais pas nombreux donc...

La Toussaint prend de l'avance et la gravité qui pèse sur Dow Jones semble affecter des réalités plus éthérées comme l'enthousiasme syndical, ou le moral qui fond vers les chaussettes. La dépression, maladie saisonale s'il en est, s'invite avant le creux de novembre. On renâcle même, paraît-il, à acheter des écrans plats. Dur! Sans TF1, ça va être chaud ;).

Et les politiques cherchent des portes de sortie... Ce qu'il nous faudrait, ce sont des étoiles dans les yeux, pour rêver un peu à nouveau sans paniquer pour son portefeuille. Des étoiles, certes, mais pas celles consécutives aux hypoglycémies des fins des mois difficiles.

Le remède bien connu viendra plus tard... Les enfants se mettront à rêver devant les vitrines, et le froid piquant de décembre laissera scintiller des étoiles piquantes mais qui rient comme des grelots dans le ciel. La municipalité de Cherbourg, ne pouvant laisser ses concitoyens dans le marasme qu'on imagine, a la délicatesse d'installer les illuminations dès maintenant. Le 13 octobre... on va rêver sec dans le nord cotentin.

Noël, en octobre, le temps passe vite! 

dimanche 12 octobre 2008

éloge de la légèreté

en ce matin, qui succède péniblement à un repas opulent,
qui célébrait un baptême d'eau et d'Esprit par le vin...
l'élocution est hasardeuse, la vélocité papillotante,
même l'homélie suit un cours désordonné...
ah! les affres des courtes nuits font ressurgir
subrepticement un mot qu'il faut honnir...

le dictionnaire est souvent un précieux recours,
qui nous donne de multiples variantes
alors qu'intuitivement, on ne devinait
que trop peu d'aspects d'un mot, une idée...

lourd : accablant, alourdissant, appesanti, âpre, balourd, beaucoup, béotien, bête, bouché, bourgeois, bovin, brut, chargé, compact, confus, considérable, corpulent, court, crasse, dense, difficile, douloureux, dur, écrasant, embarrassant, embarrassé, empoté, endormi, engourdi, épais, étouffant, exorbitant, fort, fruste, gaffeur, gauche, gourd, grave, gros, grossier, important, imprégné, indigeste, inélégant, informe, inintelligent, irrespirable, laborieux, lent, lourdaud, maladroit, malhabile, marqué, massif, mastoc, matériel, niais, obtus, onéreux, opaque, oppressant, ordinaire, pataud, pénétré, pénible, perclus, pesant, plein, poignant, pondéreux, ramassé, rempli, rococo, rude, ruineux, rustaud, rustique, rustre, saturé, somnolent, sot, stupide, surchargé, tarabiscoté, tassé, tendu, trapu, violent.

veiller à la légèreté, donc!

merci à ce dictionnaire en ligne de synonymes, qui non seulement est très complet, mais en sus caennais.
Sinon, j'avais prévu le coup de la sympathique soirée bruyante, et enregistré un bout sur une radio locale de service public! Après la télé, me voici à la radio.

jeudi 9 octobre 2008

A perte d'être

N'alliez vous pas vous desséchant
Dans vos lois de chair et de sang,
A perte d'être?
Hébergez-le, vous renaîtrez,
Car Dieu travaille au plus secret:
Sa lumière luit aux ténèbres.

Patrice de La Tour du Pin