dimanche 30 novembre 2008

variations chromatiques

dans le gris-bleu-noir vestimentaire des prêtres (grisonnants),
dans le violet léger d’une coloration ratée,
et le violet profond des dimanches de l’avent, 
dans le bleu grandissant du froid mordant,
dans le rouge congestionné de la tension en digestion,
dans l’encre profonde de la nuit apaisée,
dans le clignotement rouge et vert des balises portuaires,
on apprend encore et encore sans fleur bleue
que le monde n’est décidément pas rose bonbon

quand l’accroche d’une discussion ne gage pas forcément de sa suite, de ses suites!

jeudi 27 novembre 2008

endigué

Joseph Pellerin, un ancien curé de Cherbourg et responsable du service des vocations, avait une habitude inhabituelle pour l'accompagnement des jeunes, il écoutait en marchant... Et quand on le voyait passer et repasser encore, le pas allant, un jeune calé sur son rythme assez lent, on appelait ça, en l'attendant, le "tour du pâté de maisons". Suivant la nécessité, il enchaînait plusieurs circonvolutions, car la parole prend souvent son temps... Il est vrai que le face à face, regard perçant ou même détourné est parfois une épreuve qui retient les mots, ne les laisse pas se déployer.

Les longs voyages en voiture, le regard perdu quelque part en deça de l'horizon, l'attention retenue par les bornes qui défilent, sont aussi un temps de parole privilégié, car le regard perçant ne peut se faire qu'écoute, et on craint moins l'acuité de l'oreille que celle de l'oeil! Mais après tout, deux bons fauteuils peuvent aussi faire l'affaire à quiconque reconnaît dans le visage en regard celui d'un priant, d'un accompagnateur, d'un frère aîné, d'un père...

Après la messe matinale, une réunion pour préparer le Noël des enfants, quelques menus déménagements pour les travaux commençants, un repas de lycéens gentiment mouvementé, une préparation confirmation beaucoup plus sportive (ces 25 3e me prouvent que même dans le repos du midi, l'énergie n'est pas ce qui leur manque) et une autre réunion pour le Noël des plus grands, mon emploi du temps a été chamboulé. D'abord un frère prêtre qui passait non loin a posé son sac quelques instants dans le salon pour échanger simplement, relire et relier nos histoires bousculées, partager l'expérience d'avancer au creux de nos attentes...

Un peu plus tard, au hasard d'un coup de fil, il faut se mettre en mouvement, pour rejoindre le chemin d'un jeune chamboulé, le rejoindre à grands pas au milieu du vent, et il n'est plus question de s'asseoir, on ira vers la digue, là où soufflent les grains, on marchera beaucoup, comme Joseph Pellerin, car celui qui écoute, et celui, l'écouté, ont de nombreux pas à faire pour pouvoir s'entendre. Ils déposeront quelques paroles, certaines qui s'enfuiront dans la brise, d'autres qui marqueront plus profond. Nul ne sait...

Au retour de cette marche, c'est une famille amie qui ouvre ses portes pour un simple repas partagé. Je ne maîtrise définitivement pas mes journées. On ne sait jamais où l'on sera attendu...

mardi 25 novembre 2008

envoûté

deux serrures,
une double porte,
deux interrupteurs,
deux autres,
trois coups de briquet,
trois serrures,
des interrupteurs encore,
de l'eau, du vin, du pain,
des vêtements, de la couleur,
dans un fauteuil profond, dans la méditation...

les cloches sonnent, il est 8h30,
la liturgie peut commencer...
qu'il vente, pleuve, grêle,
une trentaine au moins de fidèles se rassemble
dans le choeur qui dessine sa lumière au creux de la pénombre,
fidèlement.

présider ici n'est pas susciter une prière,
chacun le matin l'emmène au dedans,
mais lui donner les mots du dynamisme liturgique,
de l'unité en Christ, qui enseigne, qui nourrit.

quand les mots rejoignent les mains pour élever les coeurs,
à l'interstice des paumes s'immiscent les voûtes de la Trinité,
blanches, immaculées, déployées sur la sombre nef,
elles tissent un fil aérien ouvragé,
luxe de détail,
débauche de volutes,
lacis flamboyant gothique,
invisible si souvent, tout en haut,
clé de voûte et bercail sublime
qui appelle une prière
ascendante.

le sens est donné!


(à l'élaboration vertigineuse de la Basilique de la Trinité répond la sobriété étourdissante des voûtes de l'Abbaye de Pontigny -
été 2007)