dimanche 28 décembre 2008

callophanie

En ces temps de joies simples autour de tables généreuses,
de sourires francs entre les vins capiteux,
de pureté du quotidien tiré entre les célébrations denses,
il est doux de rester attentif à cette apparition de la beauté sous les traits détendus des visages connus.

 

mardi 23 décembre 2008

sine voce

Les premières fois sont toujours ém(/pr)ouvantes, et restent marquées dans la mémoire pour bien longtemps. On y pense avant, perdant de longues moments à essayer d’envisager toutes les possibilités… Le cerveau travaille à fond, et bien stressé on finit par y aller. La tête ailleurs, entre impatience et jambes de plomb, ces dernières se mettent parfois à flageoler dans l’escalier et il faut une petite impulsion supplémentaire au moment d’appuyer sur le bouton de la sonnette. L’autre est là, tous les plans s’écroulent… et c’est parti.

Comme hier soir.

Sur la suggestion d’une paroissienne, je suis allé rencontrer, avant le temps de Noël, un homme chez lui, pour lui donner le sacrement du pardon. Il n’était ni alité, ni malade… il était chez lui, allait et venait. Assis autour de la table, j’ai passé mon étole, et d’un signe de croix, commencé à prier…

Cet homme a subi il y a quelques temps déjà une trachéotomie, et la parole lui a été enlevée. Un homme drôle, d’une belle et simple humanité, sans prétention ni facilités. Il n’aime pas trop écrire, et n’a pas appris à communiquer sans sa voix… alors les mots, il me fallait les trouver, échanger, sentir s’approcher pour que s’exprime sans mot tout un poids de vie, et son lot de péché.

C’est la première fois que j’écoutais en parlant, et donnait mes mots à celui à qui la parole avait été ôtée, dans un tête-à-tête. Nous écoutons la Parole, jouons de la nôtre pour poser notre quotidien, partager notre prière, exprimer notre peine. Si poser une Pparole est un trésor, il faut déployer des trésors d’inventivité pour déployer celle de ceux qui n’en ont plus.
et donner le pardon,
et le reconnaître à l’oeuvre, autrement, au-delà des mots.

vendredi 19 décembre 2008

un corps sain(t)

Puisque la Bible inspire les campagnes sanitaires de l’INPES et les publications du BO…

“Il y avait un homme de Soréa, du clan de Dane, nommé Manoa. Sa femme était stérile et n’avait pas eu d’enfant.
L’ange du Seigneur apparut à cette femme et lui dit : « Tu es stérile et tu n’as pas eu d’enfant. Mais tu vas concevoir et enfanter un fils. Désormais, fais bien attention : ne bois ni vin ni boisson fermentée, et ne mange aucun aliment impur, car tu vas concevoir et enfanter un fils” (première lecture ce matin du livre des Juges 13,2-7.24-25.)

… on va peut être utiliser leurs logos pour renouveler l’art de l’enluminure!

mardi 16 décembre 2008

un kilomètre vers le haut… (brr)

Ce soir, pour une célébration pénitentielle communautaire que je ne présidais pas, je me suis assis au milieu de l’assemblée. J’ai écouté, me suis assis, me suis levé, me suis assis, me suis levé, me suis assis, me suis levé, … , j’ai écouté, essayant de couler ma prière dans les mots du prêtre, perdu au milieu de cette forêt de piliers, sous la frondaison d’innombrables voûtes et voussures, le regard attiré par la chaire sombre, un autel bariolé à droite, avec ses cierges colorés, un autre plus sobre à gauche, et une chapelle, une autre encore, des peintures, des sculptures, des statues, mon voisin qui pique du nez, le banc froid, les pieds gelés. Je ne connaissais pas cette liturgie, cette démarche à laquelle nous étions invités, et du milieu de la nef, mes pensées et ma prière se sont envolées, un long moment, vers les nuées, laissant là/en bas les méditations se dérouler inexorablement. Ma prière est montée nue au milieu de l’assemblée.

Et elle a eu froid.

ce n’est pas si simple de se laisser apprivoiser l’attention!

lundi 15 décembre 2008

un millimètre vers le haut

 

Si chacune des communautés auprès desquelles je suis envoyé a sa couleur, ses dominantes, elles ne se laissent pourtant pas réduire à ces traits majeurs, et au coeur de celles-ci tout un panel de reflets transparaît… Celui qui répond à l’appel du Christ, de l’Eglise, pour célébrer, partager, se former, respirer vient le faire avec sa propre vie, ses attentes, ses blessures, son histoire, son aventure sacrée.

Etre le prêtre de tous, rejoindre chacun et l’écouter pour lui permettre de vivre de l’Evangile dans le sein d’une Eglise elle-même en chemin relève parfois d’une gageure insoluble. Quand l’un regrette que les jeunes ne sont pas assez présents, l’autre se plaint que leurs instruments sont assourdissants, quand untel voudrait des eucharisties aux assemblées signifiantes, tel autre regrette sa messe de 8h le dimanche - tellement ajustée - et chacun de venir avec ses attentes fortes pour l’Eglise, pour l’assemblée, pour la liturgie…

On consonne avec certaines, c’est plus difficile avec d’autres, et pourtant, il nous faut peu à peu être signe d’unité.
Pour celui qui vient se ressourcer, en quête d’intériorité,
pour qui veut fêter sa foi,
pour qui cherche des réponses,
pour qui attend une rencontre,
pour qui veut comprendre la Parole de Dieu,
pour qui vient par fidélité,
ou par affection pour un proche décédé,
pour qui recommence à croire,
pour qui se sent contraint par ses parents,
il me faut présider.

alors pour être juste,
et rassembler,
je célèbre avec eux, en toute intériorité,
laissant paraître au bord des lèvres,
la joie qui veut m’habiter. 

Je ne m’en étais jamais soucié,
mais au moment de donner la communion,
de me baisser pour bénir les enfants,
souvent, à mon insu, je souris,
hier, au milieu des ‘bonjour’, “bon dimanche”, “c’était trop fort”, “on vous voit mardi?”, on me l’a dit aussi !

Seigneur, même accablé, qu’il me soit donné de croire jusqu’au bord des lèvres.

c’est pas gagnéTongue out

samedi 13 décembre 2008

le rythme des heur(e)s

Quand passent les hivers
Sur nos terres endormies,
Nous cherchons ton visage
Fils bien-aimé,
Seigneur de gloire.

Adviennent dans la nuit
Ton silence et ton repos :
Tu bénis l’espérance,
Fils bien-aimé,
Seigneur de l’alliance.

Ta face passera
Sur les ailes du matin,
Nous verrons ta lumière,
Fils bien-aimé,
Reflet du Père.

Le jour s’est effacé,
Ton appel demeure en nous,
Tu es source de grâce,
Clarté d’amour,
Toi qui jamais ne passe.

CFC (f. Silouane)1999

Certaines nuits et journées, aubes de grosses responsabilités à l’assurance relative ne respirent pas de cette paix désirable. En s’accrochant à la prière, on donne, sans parier ni sur la réussite, ni sur le fruit… et une fois le moment passé, de nouveaux espaces ouverts se dévoilent, qui s’étaient faits discrets.

mardi 9 décembre 2008

vers la beauté…

“Lui dont le métier consistait justement à traquer, comme au travers d’un palimpseste, la prime version où la beauté n’est pas encore un simple avoir à préserver et à figer sur papier glacé, mais l’élan même vers la beauté, un élan qui par définition n’est pas corruptible. Cet élan, les humains, en sont-ils encore capables?”  cheng, le dit de Tianyi, p. 235

mercredi 3 décembre 2008

l'acte de foi inattendu

quand ma prière se fait fade, le silence douloureux, ou la Parole plus obtuse, quand l’attention peine, la liturgie de l’Eglise, ou ces petits rituels que je me suis donné sont un puissant recours. Mais je m’accroche aussi parfois aux mots d’un autre pour me guider, comme en Eglise on peut se laisser élever par la prière des hommes et les femmes par Dieu rassemblés… pour, au milieu des heurs, croire, en tous temps…

” Je crois en toi dans les larmes et dans le rire,
je crois en toi même si nous sommes séparés,
je crois en toi dès le matin,
oh, lorsque l’aube est proche,
oh, lorsque la nuit s’en va,
oh, ce sentiment est encore là dans mon coeur.

Ne me laisse pas dériver trop loin de toi,
garde-moi là où tu es,
où je serai sans cesse renouvelé.

Ce que tu me donnes aujourd’hui
est au-dessus de mes moyens.
Qu’importe ce qu’ils disent :
je crois en toi.

Je crois en toi lorsque l’hiver va vers l’été,
je crois en toi lorsque le blanc vire au noir,
je crois en toi même si je suis le seul,
oh, même si la terre vacille sous mes pieds,
oh, même si mes amis m’abandonnent,
oh, même cela ne pourrait me faire revenir.
Je ne crains pas la douleur,
je ne crains pas la pluie,
je sais que je tiendrai bon
parce que je crois en Toi.”

et puis, on découvre l’auteur : Bob Dylan in ‘Prières glanées’ par Stan Rougier (Ed. Fidélité)

Fidélité a demandé à quelques ‘grands’ de nous partager les prières qui les font résonner… c’est une belle occasion de puiser dans les trésors de la spiritualité catholique, au rythme de ces passionnés de textes.