mardi 27 janvier 2009

au bout…

au bout d'une journée coutumière,
lever, douche, café, et prière,
messe quotidienne du temps ordinaire,
un passage à la poste, et après on enterre

le repas à l'aumônerie est très animé,
puis stage "motivation" pour les 6e au caté,
un autre enterrement, on ne fait que passer,
un rendez-vous manqué, un petit litre de thé

la journée continue, de rencontres rythmées,
quelques coups de pédale, me voici arrivé
à l'étape d'une vie, pour un jeune en mouvement
qui veut marquer comme il se doit son engagement

ce soir encore, des rencontres en chantier
un couple à découvrir, qui veut se marier,
un coup de téléphone, nocturne et promis,
sans compter, c'est probable, encore du fortuit.

Au bout de la journée,
au bout d'une avenue que distraitement je suivais,
au lieu d'un immeuble, ou d'une série de feux,
c'est la proue immense d'un navire qui a saturé mes yeux.

je crois que je n'avais jamais remarqué, ou alors oublié que cette avenue Carnot, cette rue commune, donnait sur le quai, où s'amarrent les ferries pour l'irlande, ou pour le sol anglais.
Qu'un bateau inopinément débarque dans ma vie, et me prend alors des envies de voyage, embarquer maintenant, comme ça, à vélo, et partir quelques jours, naviguer un peu, accoster sur d'autres horizons, sans train train coutumier, sans journée de ronron.

Sagement, le feu passé au vert, j'ai tourné à gauche, des personnes m'attendaient, je les attends aussi. C'est la joie, et le risque, d'habiter dans un port. Les horizons sont ouverts au désir de voyage.

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vendredi 23 janvier 2009

j'suis foutu

Amis Blogueurs catholiques, gare à vous! Au moment même où Frappat (clic) dévoile les appétences virtuelles du Saint Père alors qu’on l’imaginait d’une culture plus livresque, les statistiques du blog que je consultais d’un regard distrait ce matin révèlent un visiteur unique en provenance d’un Etat certes petit, mais influent. J’espère que ce visiteur ne me tiendra pas rigueur d’avoir mis à jour la difficulté du message ecclésial à entrer dans les canons numériques (reclic) il y a bien longtemps, et qu’il mettra les autres blogueurs non pas à l’index mais en lien! On se savait lus par des athées, des curés, des juifs, des amis, des paroissiens, des lycéens, mais aussi potentiellement une Sainteté.

Quoiqu’il arrive, que cela soit sur les plateformes vidéo, blogs, sites web, il ne sera pas facile à une Eglise habituée à donner une parole de vérité, de se situer dans ce contexte pluraliste d’internet où quasiment aucune parole n’a d’autorité. Les blogueurs cathos s’approprient le message évangélique, et le redonnent, incarné dans leur histoire, avec un ton très personnalisé. Mais leurs voix résonnent au milieu du chaos, sans pouvoir revendiquer d’autre autorité que celle d’une vérité inscrite dans leur vie.

Ce pluralisme présente néanmoins l’intérêt de pouvoir prétendre ne pas tout dire, de rendre les paroles complémentaires, et pourquoi pas, finalement, donner parole maintenant aux expressions du Vatican qui n’avaient que peu de place sur la toile virtuelle. Accepter que sa parole ne soit que proposition, qui touche parce qu’elle est juste, et témoin d’une attitude intérieure authentique ne dépareille finalement pas de la justesse ecclésiale. Ce qui fera la différence, c’est l(enracinement de l’écrivaillon dans une relation à celui qui est la Vérité, et dans la tradition qui l’a porté!

Quoiqu’il en soit, ami blogueur, ou ami lecteur du Congo, des Etats-Unis, de Taiwan, du Maroc, du Vatican, de Tam’, de Belgique et de France, quels que soient les liens ou les recherches qui t’ont conduit ici, sois le bienvenu,  et “lâche tes coms”.  (bxvi dit : mdr)

mardi 20 janvier 2009

égaré humanum est

qui es-tu, toi que j’ai aperçu, ce soir, en rentrant de réunion,
en passant pressé dans ce quartier famélique, sans attrait,
au travers de la vitre autocollantisée d’un troquet poussiéreux
amarré solitaire au bar, à deux pas de la tenancière,
tu soliloquais, voûté, silencieux, avec ton demi à moitié?

trentenaire blafard picolant sa solitude grise
à deux pas de la patronne aux faconde et forme généreuses,
boudant les deux habitués au billard, les tables désertées,
et le comptoir PMU, loto, Bingo et autres euros millions,
tu ne dénotais pas dans l’ambiance moribonde.

était-ce pour toi que brillait, dans la tour d’en face,
cette unique fenêtre, d’un blanc de néon,
allumée sur Dieu seul sait quelle vie, quelle famille, quelle situation…
où elle t’attendrait, sans comprendre, sans savoir?

A moins que ce ne soit l’appartement d’à côté,
où personne ne t’attend, sauf peut être la télé?
combien y a-t-il, au coeur de nos villes,
de ces nuits malmenées, hagardes et sans perspective?

dans ces solitudes hébétées d’alcool, pour oublier,
quel cri déchirera le terne des vies,
pour resplendir d’appel, ouvrir un chemin
où s’entend, velouté délicat, qu’on a du prix aux yeux de Dieu?

samedi 17 janvier 2009

j'aime mon quartier

Je soupçonne, à la vue et à l’odeur des trottoirs cherbourgeois, que cette belle ville portuaire subit une énorme surpopulation canine de très grande taille sujette à de nombreux problèmes gastriques. En effet, s’il faut être vigilant en déambulant quant aux goélands chapardeurs de goûters, aux volées bruissantes de moineaux et aux véhicules mal garés, marcher les yeux dans les nuages se révèle très rapidement une attitude suicidaire. L’état des trottoirs et leur encombrement fécal dépasse de loin toute capacité de l’ado moyen à ne pas ranger le sol de sa chambre. On n’avance plus, on enjambe, on bondit, on titube. Certes, la pluviométrie pourrait pallier le problème, mais il y a des seuils que la nature ne saurait compenser. Je ne vois qu’une solution!

;)

vendredi 16 janvier 2009

un homme est mort

je n’ai eu ni l’heur de le connaître, ni même de le lire. Je ne l’ai jamais croisé, ni même vraiment étudié. Bien sûr, j’ai passé quelques heures dans l’université où il a excellé, le temps d’une divine liturgie, bien sûr, un jour, j’ai été touché par quelques uns de ses textes, c’était même le cas ici (clic)… Olivier Clément est mort, et la France perd un grand théologien. Elle en a perdu d’autres, elle en perdra encore, d’autres viendront, et comme lui, laisseront des traces dans l’histoire de la pensée. Ce qui me paraît particulier avec Olivier Clément, c’est justement son parcours si peu linéaire. Originaire d’un milieu athée des Cévennes, il se cherchera beaucoup, s’égarera profondément, se convertira radicalement, trouvant dans la contemplation de la Trinité des théologiens orthodoxes le lieu de son cheminement spirituel.

Olivier Clément, par sa vie, vient nous redire que toute vie spirituelle est reçue, et choisie. Le lieu de notre naissance et de notre enracinement ne détermine ni l’ampleur, ni la générosité avec laquelle l’entrelacs de nos branches se développera. Il y aura tant à puiser dans le sol de notre passé, dans l’air du jour, dans l’espace, dans la lumière. Il aura traversé des mondes si souvent parallèles, et tissé entre eux des chemins de paix.

un homme est mort, mais il laisse la place de continuer dans la paix le chemin tel qu’il l’a initié. A deux pas de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, un espace reste ouvert.

lundi 12 janvier 2009

victoire

Puisque les hommes ont la réputation de prétendre risquer la mort à la première quinte de toux, de souffrir le martyre au moindre nez bouché, d’être rompu brisé à la plus petite courbature, et de subir leurs grippes comme une agonie, je peux enfin me réjouir de constater que l’engourdissement généralisé de mes corps et cerveau et les résistances ambulatoires de mes os depuis ce matin ont une raison : le thermomètre est formel, j’ai de la fièvre. Je souffre donc officiellement le martyre, me maintiens à force de volonté inhumaine au bord de l’apoplexie, lutte pour ne pas gagner les rives de l’Hadès. La camarde m’appelle mais vaillamment je fais la sourde oreille. Et tel le héros dans son combat désespéré contre les forces du destin, je m’attends à entendre sous peu le choeur des pleureuses….

Comment? 38,2 c’est pas assez? Bon d’accord, je retourne bosser. Et j’apprendrai, patraque, que la vie spirituelle vient s’épanouir dans les limites parfois ankylosées des corps frigorifiés. 

jeudi 8 janvier 2009

the place NOT to be!

Même si la santé est un capital dans lequel il convient d’investir, (à perte parfois) je crains, à mon corps défendant, qu’avec l’âge qu’on me donne bien souvent, et le poids de mes os, je crains donc que si je suis les conseils d’Hélène Gallé ou si je m’inscris dans son centre, je disparais!

je n’ose imaginer le traitement.

mercredi 7 janvier 2009

incipit

2009 ouvre ses premières pages que l’on rédige avec une application raisonnée sur des cartes cartonnées, tout en scellant les heurs de l’oeuvre de l’an passé. On range les papiers, trie les récépissés, reçoit les voeux, imagine comment utiliser les cadeaux merveilleux du Noël tout juste passé: où vais-je coudre ce merveilleux pompon blanc? quand porter ce superbe collier de nouilles? comment visser la nouvelle étagère? où poser ce plat?

Bien sûr, avec l’an nouveau frémissent les résolutions utopiques de justesse, d’ajustement, de dépassement. Il y aura ce que je vais donner, me donner, il y aura aussi les espaces où me laisser toucher, déplacer plus que dépasser… Prier, agir, décider, lire… Au moment de mettre à jour la pile des livres en attente, je reçois ce matin deux opus inattendus, offerts qui ouvriront, je n’en doute pas de nouvelles voies, parce qu’ils ont été choisis avec attention, parce qu’ils ont été adressés minutieusement.

j’ouvre avec vous quelques premières lignes…

“les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon.”

“La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large.”

“Ni la Bible, ni l’astrophysique n’ont le monopole d’une telle image. La plupart des mythologies la sollicitent également pour raconter ou expliquer la naissance du monde: au début était la nuit, l’immense nuit des origines…”

“un jour, j’ai… j’ai su que je pouvais lui parler, dit l’homme, alors, vous ne pouvez pas savoir… c’était… ” Il se tut un instant.

“comment changer sans se donner de nouveaux repères, sans imaginer de nouveaux chemins vers des paysages encore inconnus? Comment changer sans chercher à voir autrement?”

“en ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourra paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale.”

“Paris, Ménilmontant, 21 janvier 2005 12h du matin. Déjà debout? nan, pas encore couché…”

“Au bout de trois jours de pluie, on avait tué tant de crabes dans la maison que Pelayo dut traverser sa cour inondée pour les jeter à la mer, car le nouveau-né avait passé la nuit à grelotter de fièvre et l’on pensait que c’était à cause de l’horrible odeur.”

les premières lignes sont données, l’écriture de 2009 commencée

lundi 5 janvier 2009

déliés et pleins

Délie le temps, déploie-le en espaces infinis où seul prime l’être, goûte la seconde en pulsation saturée qui n’a pas de suivante, lis, écoute, relis, prie, regarde, laisse-toi regarder, décale-toi afin que la farandole des jours ne s’impose comme ton seul rythme.

Dans cet autrement du temps, laisse-toi happer par un ailleurs que tu n’aurais su te donner, par un autre temps à l’éphémère futile. Tournoie autour de chaque instant comme un flocon se joue de la gravité, en délicates nervures de légèreté.

Délie le temps, le temps du vide, de la vacance, car bientôt ce temps à la lisière duquel tu jouais saura te rattraper, plein.

Il a couru sans toi, en soubresauts palpitant de passé, grave d’une espérance amenuisée, il te saisira aux épaules, aux oreilles, aux paupières, par la manche, par la main et te projettera dans sa danse inéluctable vers des lendemains chargés des guerres d’hier.

Mais, alors, habitant chaque instant dans sa course effrénée d’agenda compressé, l’art d’avoir goûté chaque pulsation du temps pendant les vacances fera respirer chaque seconde nouvelle d’une aspiration qui tient le monde en haleine, l’espace d’une espérance que les minutes du monde ne savent pas nous donner.

Pendant les vacances, je veux délier les instants pour aménager dans leur course irrésistible la césure de l’espérance et chaque instant ouvert fera respirer le monde.

dimanche 4 janvier 2009

gélifiant

que l’hiver se fasse sentir, j’y consens;
qu’il cajole de ses petites températures les plus septentrionales contrées continentales, je trouve ça normal;
que les skieurs aient des engelures au nez, cela va de soi;
que les bactéries subissent ces jours-ci une belle hécatombe, peu me chaut;
que la ventilation de ma voiture me chahute la voix, je m’y fais;
que le rassemblement de Taizé se soit mué, par la grâce de ce petit groupe hyper réactif et généreux en une course à travers la foi, je le paie mais m’en réjouis…

Mais qu’il fasse tellement froid que dans la célèbre ville de Cherbourg (connue pour la tempérance de ses températures pendant l’hiver) même la mer gèle… ça me fait quand même un peu bizarre.

Ce matin, pour aller à la messe de 9h30, en longeant le bassin du commerce, une couche de glace le couvrait intégralement. brr

samedi 3 janvier 2009

calorifères

La Belgique flamande frissonnait, l’eau par le gel se figeait, les canons à chaleur se dépensaient, les maisons peinaient à se réchauffer, il fallait se couvrir sans grâce et gagner en épaisseurs ce que l’on perdait en glamour pour lutter à chaque instant contre l’air glaçant…

dans les derniers remous de décembre, et les premiers frimas de Janvier, les frères de Taizé ont ouvert un chemin de feu,

 

chemin de chaleur de la prière, de l’intériorité,
    même si nous ne savions pas prier, les chants, les silences, les
    prières nous emmenaient peu à peu des grandes questions
    mâtinées de grandes peurs vers une rencontre en coeur à
    coeur avec un Dieu qui habite la petitesse de l’homme.

 

chemin de chaleur de l’accueil, de rencontre, de fraternité,
    ouverts par 40 000 européens rassemblés, par une paroisse
    qui se décarcassait au quotidien pour nous offrir une orgie de
    délicatesses, conforts, attentions, charcuteries et pâtisseries,

 

chemins de beauté,
   
façonnée de tissus, de lumières douces, de chants
    harmonieux, et de visages apaisés.

chemin de partage, 
    en petits groupes, foules innombrables, ou dans le salon cosy
    d’un presbytère entre des prêtres français, flamand, slovène,
    congolais, polonais autour d’une bonne bouteille.

chemin d’intelligence, 
    à l’invitation d’un Henri Madelin brillant qui voulait que les
    chrétiens soient dans le monde une boussole qui en dise le
    sens. Les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps,
    indissociablement liés, l’un ne peut vivre sans l’autre et la vie
    sainte de la première appelant la résurrection des deux…

chemins de pardon,

chemin d’espérance,
    rendue possible par le petit geste de chacun, petite
    responsabilité pour apporter la paix autour de soi, coincé
    entre l’expérience de nos petitesses et la grandeur de nos
    désirs

chemin de sainteté.