mercredi 25 février 2009

parfume-toi la tête

dès potron-minet, l'aube incandescente se pare,
fume et caresse en moutons feutrés la soie bleutée,
la douceur craque de gazouillis légers, anodins, épars
dans le ronronnement d'hiver de la ville engoncée

sous l'écorce rugueuse l'arbre se rassemble,
ouvre la radicelle vers la rémige assoiffée
des branches moribondes, les bourgeons tremblent,
l'échange intérieur tend au déploiement de l'été.

j'ai faim, j'ai soif, et je me sens tout rouillé,
ce rugissement de sève, sifflements et nuées
rudoie l'ankylose, dégrippe le tronc et rend,
vite, place aux prémisses du printemps.

le carême est ouvert en auspices d'accompli,
je veux désencombrer en moi les voies de la Vie
en jeûnant, priant, partageant de concert
il me faut faire place à la Pâque, au désert.

lundi 23 février 2009

laissez-moi vous conter…

les libraires ont parfois de sales manies, de ranger, déranger les livres, et pire encore les rayons. Elles contraignent les lecteurs dépités à partir en quête de leurs éditeurs favoris. Un Rilke dans la main, j'errais perdu dans le rayon BD. Ne retrouvant rien, je mis l'autre main sur un prix des libraires.

Cinq conteurs de Bagdad se retrouvent inscrits avec 996 autres congénères à un concours couronnant trois ans après le meilleur d'entre eux. Assoiffés d'inédit, ils se mettent en quête de part le monde des meilleurs récits, et récitants, pour apprendre de leur talent l'art de subjuguer, ou simplement d'évoquer. A chacun sa manière, à chacun ses raisons de le faire. Ils se les dévoilent, se les jalousent, se les reprochent…

Comme souvent dans les récits, on connaît la fin, la morale et le panache… Mais il manque la manière, les ombres, les lumières, les scintillements, les détours, l'art de passer dans l'événement… et ces petits détails qui gênent à l'entournure, ce visage effacé, cette fragrance trop prononcée… A suivre des conteurs on picore dans leurs histoires pour saisir à travers eux quelque chose de leur regard.

Il faut aller jusqu'au bout pour trouver la clé de ce qui se passait, de ce qui était en train, réellement d'être dévoilé. L'art le plus brillant et le plus populaire sera-t-il victorieux, ou le plus visionnaire? Il y a aussi ce qu'on ne vous avait montré, qui dans l'histoire ne se laissait déflorer. Le récit raconte finalement le récitant!

"Approchez donc. Je sais que vous êtes ici pour entendre une histoire. Une histoire que certains d'entre vous ont dit qu'elle était drôle, touchante, pleine de fureur...Tandis que d'autres vous ont assuré qu'elle ne valait pas grand chose. Qui croire alors ?... Vous avez bien fait de venir me voir. Je connais mieux que quiconque la terrible et édifiante histoire des Cinq Conteurs de Bagdad. Car j'étais l'un d'entre eux... Vous êtes prêt à entendre mon récit ?... Alors laissez-vous guider par ma parole."

VEHLMANN, DUCHAZEAU, Les cinq conteurs de Bagdad, Dargaud, coll. Long Courrier, 2006-7

jeudi 5 février 2009

ars bene vivendi christiana

“redonner au temps sa qualité d’être ouvert au jeu de la gratuité du beau et du bien. L’imagination créatrice donne davantage d’espace au jeu entre le réel et la raison. Son temps est à la fois ludique et méditatif. L’idéal serait d’apprendre, en nous retournant sur la vie parcourue à ne pas dire: “ce n’était que ça”, mais à saisir, dans une simplification consentie, qu’elle est le prélude, joué avec tant d’autres, inconnus ou proches, d’une vie qui nous dépasse infiniment, qui est bien loin d’être achevée.”

François Bousquet, “l’imagination dans l’Eglise”, Christus n°221, p. 83 

écrire. Pour partager cette expérience, pour sortir le regard de sa sphère solitaire dans une autre solidaire, où l’écriture se fait commune.
écrire. Comme un acte de lecture, relecture, création d’un monde commun des lecteurs.
écrire. Pour que l’espérance ne soit pas une affirmation péremptoire et irrecevable, mais incarnée
écrire. le réel ne saurait se réduire à un fonctionnalisme, ni à une idée à réaliser, il est habitation d’Eternité… et ça le chatouille sous les bras.

écrire, en juste, en justesse… et se laisser ajuster.