dimanche 29 mars 2009

dans la huitième merveille du monde

Elle regarde ailleurs.

il parle, il lui parle,
elle regarde ailleurs.

elle a tenté un papotage susurré indétectable avec ses voisines, ça a pris, mais pas longtemps. Elle jette un oeil vers les comiques de service, les agitateurs qui se jouent si bien des adultes, mais ils semblent captivés, ils ne sont pas drôles, enfin ne le sont plus. Elle regarde de l’autre côté vers les inattentifs systématiques, ceux qui n’écoutent jamais, mais là encore, ils sont changés. Le pire, c’est derrière elle, ils sont nombreux, assis par terre, et elle est incapable d’entendre le bruissement habituel des inintéressés.

il parle encore. A tous, à elle.
D’un art consommé, elle continue à poser son regard sur tout sauf sur lui, les lumières chaudes sur les piliers qui jurent avec le froid qui transperce de la pierre, la pénombre au dehors et dedans dans cette vieille abbatiale après cette marche ensoleillée, sans pluie, malgré les prévisions, cette musique intrigante après le sifflement du vent, ces chants envoûtants, ces questions qui se trouvent réactivées mais dont elle ne veut pas de réponses. Il peut parler, tiens!

Tiens, d’ailleurs, il s’est tu. Enfin. c’est chiant d’être au premier rang, assise en tailleur sur la moquette comme ça. Ils sont une douzaine en blanc maintenant devant. A genoux, devant l’ostensoir. Elle l’avait senti venir, ça ressemble en gros à ces trucs pénibles qu’elle a anticipés. Baisser les yeux, les relever, ils ont disparu. Tout le monde bouge. vite, moi aussi.

Déjà il avait fallu crapahuter 7 kilomètres sur la grève désertée par les flots hivernaux. Il n’avait pas plu, certes, mais qu’est-ce que ça caillait. Surtout dans les rivières au sol incertain. Pieds nus à cette saison, des ballons colorés, des textes proposés… enfin, avec les copines, ça l’a fait. En discrète résistance. Puis faire semblant de ne pas écouter ce type qui a changé de vie… pas à la manière des curés, mais comme un junkie qui se remet à vivre. M’en fous, j’en suis pas.

Ils avaient lu aussi un texte de la Bible. Après le pique nique. Ils ne l’avaient pas seulement lu, mais fait résonner avec nos questions les plus décapantes, suivant dans la nuit le rayon de lumière d’une ‘poursuite’ éclairant l’architecture du Mont, éclairant des “jeunes normaux” posés en point d’interrogation pour chacun. L’idée des bougies sur chacune des marches des grands degrés qui mènent à l’abbatiale, ça a de la gueule, c’est vrai. Avec ces interpellations qui rebondissent sur les murs, lancées par des jeunes qu’on ne voyait pas. faudrait que je réutilise ça pour une soirée…

Et me voilà en haut du Mont Saint Michel. Y en a un qui revient avec une Bible à la main qu’on lui a filée dans le cloître, l’autre une enluminure qu’il a faite dans le réfectoire, et lui, à côté… Pourquoi est-il si étrangement calme, sérieux, avec quelque chose de profond dans les yeux. Il est allé voir un des prêtres dans le choeur, il est changé. D’habitude il est drôle et léger.

Merde, c’est pas si simple de ne pas me laisser embobiner, de ne pas me laisser toucher comme les autres, de garder mon savant détachement de leur foi qui ne me dit rien, dont je veux qu’elle ne me dise rien. Je suis intrigante quand je défie ce monde des adultes, de mes vieux, avec leur religion poussiéreuse.
je suis intrigante et populaire d’habitude…
pas ce soir. Mince.

Entre ce week-end confirmation, nos sketches drôles, ces temps de prière de nuit, à la bougie, et cette messe qui commence maintenant, vibrante comme un Si bémol de violoncelle. J’ai réussi à être la seule à ne pas entrer dedans.

J’espère juste que je ne suis pas passé à côté de quelque chose d’important. Ils viennent même pas me reprendre de ne pas y être. Si la résistance n’entraîne même plus les piques inutiles des adultes…

Pfff. J’vais être crevée

(photo diocèse de Coutances)

mercredi 25 mars 2009

la course aveugle

Plus d'une semaine après, les radios, télés, blogs et journaux frémissent encore des soubresauts qui ont agité l'Eglise. Certains ressassent, s'obstinent, militent, ou poussent la caricature, d'autres essaient de s'extraire de la violence du débat pour en saisir les enjeux, le substrat caché, tel un koz qui tel le ressac finit par polir le propos, exhalant de nouvelles irisations. Pas inintéressantes d'ailleurs. Mais inaudibles pour quiconque ne cherche pas à comprendre, se satisfaisant de ce que "produit" la petite phrase.

Voyager en groupe en Turquie m'a inhibé l'appareil photo. A la première halte, le groupe, "guidé par le guide" a dégainé l'appareil photo pour, comme un seul homme, mitrailler les orangers, les minarets, les portes antiques, les sculptures truc. On arrivait tellement vite sur un lieu, en masse, qu'il n'y avait pas d'espace, pas de temps pour se laisser toucher, trouver ce qui émerge, l'angle qui rendra l'ambiance, plutôt que le cliché "carte postale" mais raté. Finalement, on ne voit rien. Le groupe est dans des rails qui conditionnent son rapport au monde, dans un temps qui ne se laisse pas prendre. Et la photo n'est plus sensible, mais violente, brutale, sans fond… sauf peut être dans le portrait de ceux avec qui on cheminait.

Il y avait pourtant des traces d'humanité, des questions que la vitesse laissait en suspens, des mystères qui suggéraient une vie, un quotidien, Turc, ou autre. Ces architectures différentes selon les régions, ces fronts barrés de sourcils plus ou moins curieux, ou avides, ces steppes inhabitées d'où sourdait pourtant une présence humaine, mais cachée, cette violence de la nature, cet islam que nous avons ignoré, ces communautés chrétiennes sans prêtre, ce christianisme exubérant qui a disparu, cette vie en bord de rue, sans femmes, cette vie derrière le bord de rue, invisible, cette ultra présence de l'armée… Des questions auxquelles le guide savait répondre, atténuant d'une explication l'attrait du mystère.

J'ai l'impression que l'actualité elle aussi me mène en voyage organisé , à fond de train, de passage obligé en monument à voir, anesthésiant tout regard réel pour réduire au cliché. "ici descendez pour la photo", vous devez penser ça, ou résistez… mais l'explication annule la profondeur. Je ne serai prêt à parler "de l'âme des africains" que quand elle restera signe pour moi du mystère qui appelle.

lundi 23 mars 2009

c'est aujourd'hui dimanche

On a beau avoir une sensibilité, un goût, une certaine manière de célébrer, de prier, de prêcher, on ne préside pas de la même façon…

samedi, à 18h30, dans une chapelle d'établissement, toute de stuc parée, en fête décalée de la Saint Joseph, avec des parents, des enfants, des jeunes au coeur de la joie de l'éducation;

samedi, à 21h, assis sur un rondin de bois, près d'un feu, un calice et une patène posés au milieu d'une profusion de primevères, avec une douzaine de louveteaux, de louvettes, au moment de leur premier engagement dans le mouvement;

dimanche, à 9h45, dans une belle basilique autour du premier scrutin d'un catéchumène, en écoutant le beau texte de l'aveugle-né, texte de l'année A quand on est dans l'année B;

dimanche, à 11h15, dans la communauté paroissiale habituelle, avec pour la première fois les textes du jour… et une attente forte de mots apaisés et structurants sur la furie médiatique qui secoue l'Eglise ces jours-ci.

Quatre messes en 16 heures, et pas une homélie qui puisse ressembler à l'autre. On est alors d'autant plus saisi par l'évidence que l'homélie est un propos adressé à une communauté rassemblée.

La journée continue, mais les mêmes conversations reviennent à la table d'un repas familial ou dans le jardin ensoleillé d'une maison de retraite, point d'acidité ni d'acrimonie, mais un vrai besoin d'"en" parler.

Comme la journée a été longue, je squatte le salon du presbytère et retrouve la télé après l'avoir boudée depuis de longs mois. C'est le choc. Plus de parole adressée, ou échangée, mais un matraquage systématique… La publicité (avant 20 heures) est édifiante: "on ne change pas le monde avec une lessive, mais on peut y contribuer" (ça change de la campagne de la même lessive: ce petit coin de nature est le cadre idéal… ), "avec une mare, la nature redémarre", "pour un chez vous qui ne ressemble qu'à vous", Jean Rochefort qui paie à sa guise, et machin "qui vous rend zen". Les infos se laissent tronquer sans vergogne… M'en fous, c'est 007 que je suis venu regarder. 

Ouest France, édition du 22/03/09

lundi 9 mars 2009

Eclat inattendu de la prière d'un soir

chaque matin, chaque soir, à chaque heure de la journée, les prêtres, les religieux, et quiconque le désire peut se joindre à la prière de l'Eglise qui laisse respirer les psaumes en chants alternés, résonner la Parole, monter les intercessions vers Dieu. On l'appelle Liturgie des heures. Nombre d'hymnes ont trouvé une place ici dans ces pages, car des hommes d'aujourd'hui ont su prêter, avec talent, leurs mots à la foi qui les anime... Comme souvent, le genre crée son style et on reconnaît facilement les textes issus de cette prière tant sa forme est d'une régulière fidélité. Sauf parfois, comme pendant les Vêpres des dimanches de carême où les intercessions prennent une saveur particulière. Je vous laisse savourer.

  Pour l'homme qui juge tes signes
comme les fables d'un monde enfant,

Pour celui qui a de la peine à espérer en toi
et qui mise sur d'autres espoirs,

Pour celui que ta louange ennuie
et qui reste indifférent à ta promesse,

Pour ceux dont les yeux se sont fermés,
afin qu'ils s'ouvrent à ta lumière,

sur ce, nous continuons sur les pas de St Paul, dont le récit se trouve toujours ici (le texte d'aujourd'hui n'est pas de moi)

dimanche 1 mars 2009

je m'en vais faire quelques pas

parce qu'il y a beaucoup à faire,
parce que les journées pourraient avoir plus d'heures,
parce que je ne peux pas laisser les jeunes de l'aumônerie pour nos grosses soirées,
parce que le carême appellerait à initier des temps de prière, de partage,
parce que j'ai plein de courriers en retard, (mais pleeeeeein)
parce que la "tasklist" est en train d'exploser,
parce que je n'aime plus écouter des professeurs,
parce que je ne manque jamais les revues de presse d'Ivan Levaï
parce que j'aspire souvent à des moments de solitude inspirée,
parce que j'aime bien écrire dans ce blog,
parce que les travaux, faut pas les laisser traîner,
parce que j'aime pas particulièrement les vieilles pierres,
parce que je ne me sens pas l'âme à aller en voyage organisé,
parce qu'il ne faut pas aller chercher au loin ce qui nous manque au coeur,
parce que je stresse à fond quand j'ai du retard,
parce qu'il y a un bordel monstre sur mon bureau,
parce que la marche pascale, et tout le toutim, ça va venir vite,
parce qu'il y a des souffrances à accompagner,
parce que les amis reprochent le silence et la non assiduité,
parce que je suis un peu accroc à l'ordinateur,

je m'en vais faire quelques pas avec une trentaine d'autres prêtres du diocèse et notre évêque, sur ceux de Saint Paul. Quelques jours de marche, de car, d'avion, d'hôtels, de cahiers à gribouiller, de kilomètres, de prière, de dessins, de dépaysement, de messes, de rencontres, de cohabitation serrée, d'oraison, de photos, d'écritures en lectures, de contemplations, de chiottes à la turque '(ou pas).

quelques jours en Turquie, en pèlerinage sur les pas de St Paul…

Je suis chargé des petites narrations quotidiennes… qui auront lieu sur le site diocésain, à l'adresse tout aussi peu glamour que la mienne: http://catholique-coutances.cef.fr (à moins que je ne réussisse à les mettre ici aussi… vous le verrez vite. Je compte sur votre prière… je vous emmène dans la poche, si vous êtes sages!