jeudi 30 avril 2009

revenir les pieds sur terre (#600)

Après trois jours à

  • courir, sans se hâter,
  • prier sans s’envoler
  • rire sans se démettre la mâchoire
  • chanter sans casser les cordes ni vocales, ni de la guitare
  • collaborer sans peine
  • célébrer sans cul de plomb
  • manger du scolarest sans problème, ni plaisir
  • jouer sans contrainte
  • se compléter sans heurts
  • vivre le pardon sans pathos
  • s’illuminer sans se brûler
  • se déguiser sans perdre sa personnalité
  • animer sans s’afficher
  • prendre une telle vitesse…

… que quand on revient vers des hauteurs plus quotidiennes, on met quelques instants à atterrir. Une réunion de-ci, une préparation au baptême de là, une messe, des courses… plus tard, je chômerai! Pour l’instant, je prends l’air!

mardi 21 avril 2009

tu n'es pas ce que l'on imagine

Seigneur,

On Te soupçonne de manipuler les hommes par la contrainte et la peur de l’enfer,
Tu ne les attires que par amour.

On Te soupçonne d’avoir des complicités avec la mort des êtres chers,
Tu n’as de connivence qu’avec leur vie.

On Te dit mesquin et fouineur de conscience,
Nos médiocrités ne mobilisent que Ta Tendresse.

On Te croit ennemi de la joie,
Tu en es la source.

On T’incrimine d’être l’opium des opprimés,
Tu es l’animateur de tous les mouvements de libération.

On Te pense contrarié ou jaloux de nos recherches scientifiques,
Tu offres à l’homme un univers infini à explorer.

On T’imagine rancunier,
Tu pardonnes comme nous respirons.

On Te voit figé comme un monarque,
Tu es ardent comme un berger.

On Te croit initiateur de l'inquisition,
Tu en es la victime.

On T’imagine grand-papa gâteau,
Tu es jeune, pauvre, mendiant.

On T’incrimine d’être une bouée de sauvetage,
Tu nous apprends à nager.

On prétend que Tu es « quelque chose au-dessus de nous »,
Tu es Quelqu'un au-dedans de nous.

On Te cherche chez les justes,
Tu loges chez les pécheurs...

On Te cherche dans les chaires de théologie,
Tu es assis dans l’herbe au banquet des amoureux.

On Te cherche, tenant dans la main, la foudre et le fléau,
Tu joues une sardane, avec un "roseau froissé".

On Te cherche dans un cimetière,
Tu accompagnes sur le chemin deux voyageurs égarés.

On veut Te cerner dans le filet des mots,
Tu Te poses sur le sourire des enfants.

STAN ROUGIER

 

et parce que tout cela ne peut pas tant se prouver que s’éprouver, nous partons avec les 6e en deux vagues buter sur le littoral de la Manche, et découvrir en le vivant qu’un Dieu d’Amour sait faire chanter. Je gage, même avec les plus récalcitrants, “les débaptisables potentiels” de demain, que le chemin se fera peu à peu, au rythme de la joie. Vive les retraites…

lundi 6 avril 2009

çarikli kilise

Une grande entrée dans la roche, une roche friable. ça paie de tout sauf de mine de l'extérieur.
Les pessimistes ne lui donnent pas longtemps. L'érosion naturelle qui l'a créée, aura bientôt sa peau. Et ses os. Et ce ne sont pas les emplâtres de béton que l'on applique sur son corps de tuf qui y changeront grand chose. Des hommes ont fait des trous dans la roche, le temps finira le travail.
Les romantiques trouvent ça joli.
Les cyniques désabusés trouvent que ça ressemble à une autoroute à touristes.
Les photographes dégainent à l'envi.
Les curieux vont quand même jeter un oeil. Les groupes aussi.

Si l'extérieur se distingue par son insignifiance, la profusion des peintures et des fresques explose au regard du visiteur éberlué. Le guide ne sait plus où donner du commentaire. Une catéchèse colorée de protoévangiles? un exemplaire unique d'iconographie mariale? les strates de la fresque? les émotions de la Vierge Marie? l'affirmation de foi? Les icônes redoublent de brio pour exalter une foi colorée. A la cascade de superlatifs répond le déferlement de déclenchements d'obturateurs numériques. On ne sait où donner de l'objectif. La passerelle sous la voûte en est saturée de photographes téléguidés.

Le croyant est ému, le photographe déçu de ne pouvoir faire lui aussi des cartes postales, l'esthète bluffé, le prêtre envisage comment utiliser cette jolie catéchèse, le visiteur impressionné. Ils ont vu une belle église. Il y a tant à raconter.

sur la droite, en sortant, il y a un petit escalier de guingois, aux marches inégales qui descend sous la belle église. Pas de fresque, juste une niche. Rien à dire, rien à décrire, ce ne sont que des fondations. Banales. Surtout par rapport à la munificence et la débauche d'images du dessus. Et pourtant, c’est là où les descripteurs n’ont rien à dire, les esthètes rien à voir,  les curés rien à utiliser, les croyants rien à émouvoir… que quelque chose se passe.

de l'extérieur, il n'y avait rien à deviner,
en haut, trop à décrire,
en profondeur, tout à suggérer d'un rien qui fait sens

et qui changera peut être la vie.

avec le temps, oublier le chatoyant pour distiller sa profondeur.

mercredi 1 avril 2009

si d'aventure

si d'aventure d'aucuns en venaient encore à penser que le quotidien d'un prêtre du lundi au samedi ressemble globalement à ça…

avec des petites variantes, un bréviaire dans les mains, ou dans une église à célébrer une messe ringarde face à une assemblée squelettique et moribonde, ou bien encore confessant, l'œil compassé, la mamie qui aurait abusé des Cadburry, voire lisant avec componction un opuscule pieux. Une fois ces saintes oeuvres accomplies, et la quête comptée avec une application racornie, le prêtre regarderait passer les heures, accoudé à sa fenêtre, derrière les dignes rideaux de son presbytère poussiéreux. A moins qu'il ne prenne le temps d'observer les fenêtres d'en face, celles de la vraie vie qu'il aurait fuie il y a longtemps, regardant ces fenêtres s'allumer sur trois étages superposés ensemble à heures fixes… on s'affaire dans les cuisine pendant qu'on glande dans les salons…

Apprenez que particulièrement à l'approche des fêtes pascales, les journées ne sauraient se ressembler, et ne laissent guère à l'esprit le temps de vaquer les mains dans les poches tant il faut convertir en programmes concrets une palanquée de célébrations en gestation pour les semaines ou les jours à venir, anticiper les prochaines retraites, trouver des initiatives caritatives, préparer la réunion du soir, faire la feuille de chants.… L'ordinateur sature, le clavier chauffe, le cerveau bouillonne, et l'on se demande le soir où l'on a été chercher de telles idées différentes pour des célébrations qui à la base pouvaient tant se ressembler.

Et histoire de pimenter le tout, il découvre tout à coup que pour les démarches pénitentielles communautaires, il a commis l'erreur de s'engager à les préparer tout en oubliant soigneusement cet engagement. C'est bien, ça stimule!

Il s'agit bien sûr de faire tout cela avec le flegme décontracté de celui qui vient à chaque rencontre d'un pas non affairé.

Un coup de fil… les affaires reprennent. Plus que quelques mois à fond de train!

C'est un bon rythme, qui convertira ce travail du dessous en rencontres fructueuses… Et si parfois la joie s'effiloche dans les accrocs de l'agenda, le prêtre est si souvent témoin d'une espérance travaillant les entrailles de ce monde qu'il repart en courant (de joie).

haro donc sur les réputations mal ficelées, il y a chez les prêtres du boulot à ne plus parfois savoir qu'en faire, et si on ne peut pas vraiment dire que c'est bien payé, on a la joie d'avoir une vie (un travail?) qui sait (nous) humaniser.

(un grand merci à Romain Ronzeau et à son délicieux blog pour le dessin que j'ai emprunté en omettant de le prévenir… allez tout de même le visiter!)