dimanche 30 août 2009

petit traité de sale gueule ordinaire...

Faut dire ce qui est, je ne lis pas assez de bouquins édifiants (quoique je vais pas tarder à me laisser emporter par le dernier Radcliffe) mais le dernier livre de ma table de nuit était quelques-uns des cent regrets, de Philippe Claudel. En sortant de ma lecture, il me reste un arrière-goût de fond de palais, un goût acre, comme du sang dans la bouche, sans doute un peu de “trop c’est trop”.

l'abbé langélusse ne vaut guère mieux On connaît le costard que “l’opinion publique” dans son expression médiatique a pu tailler au clergé en général! Le prêtre y est vieux, le ton compassé avec la tête penchée de commisération, il viole des enfants, en veut à la République, est en voie de disparition, et cherche à s’immiscer sans bonheur dans les affaires sexuelles des gens qui ne lui ont rien demandé, particulièrement un “gâche-la-vie”. On s’y fait, comme on rit des croa-croa que m’avait adressés un hurluberlu dans le métro, digne héritier d’une grande tradition de bouffeurs de curés laïcards!

Ce n’est pas tant cette ‘opinion publique’ qui m’ennuie, tant “tout athée a un ami curé”, c’est cette figure distillée à longueur de romans ou de films, en seconds rôles récurrents plus ou moins travaillés, notamment dans le Claudel. Cette figure, c’est celle du prêtre de campagne, solitaire, terne et triste, au bord de la rupture… Peut être avez vous aussi rencontré…

  • le trouble, jeune, séducteur à la déontologie ambiguë Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck
  • le prêtre aigri et fuyant, agressif et malheureux, qui massacre la célébration des Noces dans une Pièce Montée, de Blandine le Callet
  • le valétudinaire et troublé curé de campagne de Bernanos,
  • le sémillant mais pressé Dom Balaguère qui court après ses dindes truffées pendant ses trois messes basses
  • le curé qui accueille le “Muchacho” (BD de Lepage), tellement présent à son village qu’il ne sait plus bien où se situe la passion, avec ou sans majuscule
  • l’Abbé Mouret, et sa faute, (même si je ne l’ai pas lu) sous la plume de Zola…
  • le sympathique Pierre, prêtre “de gauche”, généreux, drôle, au geste si inattendu, et au dernier mot salvateur, de la bande dessinée coup de poing “pourquoi j’ai tué Pierre” d’Olivier Ka/Alfred.
  • (sans même parler de ces oiseaux qui se cachent pour clamser…)
  • il faudrait aussi reprendre la réplique de Clint Eastwood adressé au jeune curé rouquin dans Gran Torino: ” je crois que t’es un jeune puceau sur éduqué d’à peine 27 ans qui aime tenir la main des vieilles dames qui sont superstitieuses et leur promettre l’éternité” Blam.
  • sans parler de ce polar dont j’ai presque tout oublié sauf le prêtre jeune, alcoolique et déprimé, vivant avec sa mère chez lui et passant son temps à s’insulter avec cette dernière. Joie.

“je ne vais pas vous raconter de bobards, a dit le curé. Ce qu’il y a après, je n’en sais rien, je suis comme vous. Au fond, aujourd’hui, on est entre nous… j’aurais pu vous faire ce que vous attendiez peut-être, une belle grande messe farcie de formules rabâchées, auxquelles on ne prête plus attention, mais le cœur me manque, j’ai envie d’être honnête, au moins une fois … [suit un déballage de rancœurs en tous genres, à commencer par celle de se sentir lourd de porter toute la fange du monde, qu’il éponge] Le curé a haussé les épaules, puis il a avalé sa salive plusieurs fois avant de quitter le cercueil où il a pris la burette et a versé bruyamment le vin dans le ciboire sur lequel il a fait le signe de la croix. Et puis il l’a bu, cul sec, et s’est resservi.”(p. 134-139)

Je passe sur les détails techniques de “je mets du vin, un signe de croix, et hop je siffle le calice”, enfin ciboire ici, et je me ressers! Là n’est pas le problème… Non, ce qui m’attriste, c’est que les romanciers ont souvent une fine plume, une de celles qui disent à mots choisis des harmoniques de l’humain qui ne se laissent pas approcher au premier abord. Les harmoniques chez Claudel sont sombres, soit. Mais outre la solitude, ou l’alcool, la quête éperdue du pouvoir (tel un Don Camillo), la dépression ou la mauvaise hygiène, le message récurrent est l’absence de courage… Le prêtre reste terré dans une vie qu’il a à peine choisie, dans la fougue de sa jeunesse, il se plie à une parole à laquelle il ne croit pas… et quelquefois, il finit par oser ce qu’il aurait dû faire depuis si longtemps: une parole libre qui révèle qu’il n’en croit rien, ou un acte libre qui le fait quitter paroisse et bigotes pour la femme qu’il aime en secret et les enfants qu’il lui a faits.

Qu’un prêtre se découvre acteur d’une dramaturgie qui le dépasse, mais qui le fait vivre et qu’il fait vivre, voilà qui ne se révèle jamais. Que ses faiblesses ne sont pas le lieu de sa chute, forcément, mais le don de ce “rien” qu’il est au service d’une foi vivante, d’une communauté, que chacune des paroles qu’il dit, il en vit… même s’il n’a pas de génie, de brillance. (qu’on repense d’ailleurs à la parole de l’évêque quand il donne le livre de la Parole au diacre…). Sa vie n’est pas une renonciation, son ministère une lâcheté, sa parole un compromission, son célibat une incapacité à aimer.

On connaît sans doute des prêtres “brillants” qui feront de formidables contre exemples, j’ose croire qu’il en existe de moins brillants qui vivent de cette rencontre, de cet engagement, qui les fait respirer et grandir, passer des crises parfois, gérer leurs peurs aussi, continuer dans le courage de ceux qui ne tiennent pas tout en main mais se donnent, quand même.

Philippe Claudel, je vous mettrais bien une bonne claque courageuse dans la tronche. Hélas, je n’en ai pas la force, mais espère que votre finesse saura aussi s’exprimer sur cette petite partie de l’humanité qui ne saurait se réduire à ces caricatures tristounettes ou victorieuse qu’on sait si bien leur tailler.

lundi 10 août 2009

Qu'as-tu fait du don que tu as reçu?

qui a cru que la croix n'avait que deux dimensions... et la profondeur? et l'éternité?qu’il est tentant, parfois, de ne respirer que de l’ampleur de ses poumons
car il est humain de n’habiter que l’univers qui nous a été donné
ce monde alentour qui est déjà si grand…

mais…

Le don spirituel que les prêtres ont reçu à l’ordination les prépare, non pas à une mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut d’ampleur universelle,*

faire chaque petite chose, conscient de sa portée d’universalité du salut

(*presbyterorum ordinis, 10, que je cite complètement hors contexte puisque les tenants de ce numéro sont les appels des prêtres fidei donum, prêtés pour un temps à un diocèse qui en a plus besoin)

samedi 8 août 2009

Lux Mundi

Toi l'au-delà de tout, dis-moi où commence le ciel...

A l'orée du jour, les nuages moutonnaient la crête des cimes alentours,
ouatinant de volutes le trait sévère des sommets dentelés,
la lisière de la terre et du ciel se moirait d'oranges et de violets,
mais les cieux qui se dessinaient, pour attirants et chatoyants qu'ils aient été,
n'en devenaient pas plus accessibles,
au contraire
les sentiers fermaient leurs itinéraires de silence au profit des éléments...

Qu'on me donne
des soirs comme ceux-ci pour se souvenir que la frontière du haut est ténue,
que le ciel saura toujours transfigurer l'ici-bas de ses flamboyances
que le Ciel est beau quand il s'embrase, passant un "pied de mer" confus autour des cols
pour en brouiller la rupture

Qu'on me donne
des jours encore pour caresser encore, le souffle court et le corps fatigué
ces lieux, ces moments , ces sommets qui respirent le temps, et l'éternité
entraînant ma vie aux hauteurs qu'elle ne sait se donner

Qu'on me donne
des matins pour désirer devenir tant et plus
les pieds bien au sol, le regard ensoleillé.