samedi 19 décembre 2009

caddictif

A l'aumônerie, on est des purs rebelles! Hier soir, par exemple et par égard pour le vrai sens de Noël, deux jeunes sont allés subrepticement voler un caddie au supermarché du coin. Le caddie piraté servait à une petite mise en scène pour notre dernière soirée de l'année. On y passait du désir exacerbé de la société de consommation au désir plus intime de la communion. Passage chouette et réussi. On n'a rien stigmatisé, on a converti... C'était vraiment bien... Surtout après, pour la fête qui a suivi!

le côté obscur de la force, parce que sous son côté pimpant se cache le pire des secretsMême si on est des rebelles, on est des rebelles responsables... C'est pourquoi, cet après-midi, on a pu me voir traverser la ville en poussant ledit caddie, non pour l'abandonner à son sort dans le port, mais pour le ramener à son propriétaire. Le caddie eut été plein que l'on m'eût pris pour un SDF. Le caddie raccroché à ses confrères, j'en ai profité pour rejoindre les hordes consommantes, anticipant les repas de la semaine prochaine. Puisque j'y étais, allons jusqu'au bout.

Les allées étaient blindées de monde, et une voix sans charme annonçait à tout va des ventes flash merveilleuses qui permettaient d'avoir à beaucoup moins cher des produits dont personne n'avait besoin.

Les supermarchés nous facilitent la consommation et soignent la fidélité à leur enseigne. C'est le côté pimpant des couleurs qu'ils arborent. Tout a l'air toujours simple quand il s'agit d'acheter. Une petite carte et les points s'accumulent, un ticket salvateur et l'addition diminue... tout est à portée de carte bancaire (et éventuellement de son crédit). Et puisque c'est permis, je m'en sers aussi. Même si je préfèrerais sans doute des achats "plus responsables" notamment pour les fournisseurs, je ne m'en donne pas souvent les moyens.

Qu'on me flatte dans ma volonté d'économiser, que l'on me fidélise sans le dire et sans trop solliciter ma morale, j'étais prêt à l'assumer mais voilà qu'aujourd'hui se dévoilent les côtés obscurs de la farce. On m'avait déjà révélé que le logo de ladite marque de croisement cachait sous ses flèches énigmatiques un "C" pour consommation initiale de la marque. (Il y a d'ailleurs un groupe Facebook pour ceux dont ça a changé la vie de le découvrir (118000 membres).)

c'est pas lamentable, ça?Aujourd'hui, j'ai eu le droit à un ticket supplémentaire. Un vrai cadeau de Noël. 10€ offerts. Simplement pour un cumul d'achat de 100€. Beau geste. Sympa. C'est pas énorme, mais pas mal. J'allais me réjouir et garder le ticket quand une des modalités m'a sauté au visage.

10€ offerts, certes, mais pour un achat le 20 décembre uniquement dans le magasin de Cherbourg. 20 décembre. un dimanche...

Qu'on nous rebatte les oreilles avec des sondages douteux sur le vrai service existentiel que l'on rend en ouvrant les magasins le dimanche m'énervait déjà passablement. Il était éventuellement possible que ce créneau d'achat en arrange quelques uns. J'en doute au nom du principe du "Jour du Seigneur" et du droit qu'ont tous de ne pas bosser UN jour en commun et famille par semaine.

Mais que les supermarchés incitent les familles à venir acheter un jour comme celui là, ça devient pervers: c'est une vraie altération du choix. Alors, oui, ça m'énerve, et pas qu'un peu. Je peux me passer sans problème d'une réduc de 10€, ce n'est peut être pas le cas de tous.

Qu'on me parle encore d'économie responsable. On est plutôt, là, dans des structures de péché. Alors Carrefour, ton bon esprit de Noël, tu peux le remballer!

jeudi 17 décembre 2009

comment il va?

ça se fait pas, mais j'ai piqué les images du lapin bleu. on va le voir, et hop, je suis pardonné! faut dire que sa série sur les curés est très bien vue!J'avais remarqué, il y a déjà longtemps, qu'on abusait à mon encontre d'une forme de politesse quelque peu  désagréable ou surannée. Elle consistait à me parler à la 3e personne du singulier.

- Alors, comment il va ce matin?
auquel j'avais fini par répondre d'énigmatiques:
- il va bien, il la remercie.

Il y avait quelque chose de napoléonien, ou de delonnesque dans ces échanges. Ce n'est que plus tard que j'ai compris. Ce n'était pas un ruralisme provincial comme on pourrait le croire de prime abord ;), ou une prétention hors du commun mais... Dans les équipes où tout le monde se connaît et s'apprécie, on arrive assez vite à savoir se tutoyer, même entre  âges fort différents. Mais, comme jeune prêtre,  j'arrivais juste après mon ordination dans cette paroisse préfectorale. Il m'était vraiment difficile de dire à une personne parfois de 3 fois mon aînée un "tu" simple et franc, même si de tout cœur, il me le demandait. Je me contentais donc d'un "vous" amical. Oui mais... quand les aînés en question tutoient tous les prêtres de la paroisse pour avoir si longtemps collaboré avec eux, on ne se sent pas de vouvoyer lesimplement, il a tellement de blogs que je m'y perds complètement petit jeune d'à peine trente ans et qui en paraît moins. Dans ces cas là, une seule solution, l'iloiement!

Une variante existait dans mes années de coopération. Séminariste en Indonésie, j'avais droit aux égards que l'on réservait aux prêtres. Toujours un titre et jamais de prénom (mais c'était le cas pour tout le monde), une révérence toute singulière et une place de choix, un piédestal en la moindre occasion chez les chrétiens. (Ils comprenaient d'ailleurs mal que j'aille perdre tant de temps avec mes amis hindous chez qui mon statut n'était pas reconnu et ma place inférieure. Comme en plus je ne cherchais pas spécialement à les convertir, mais simplement un échange où tous  s'enrichissaient, c'était incompréhensible). Ces honneurs quasi sacerdotaux, cette place de choix me valaient la politesse des premiers rangs dans toutes les fêtes où l'on se plaisait à nous inviter, et les égards de s'inquiéter de ma messe du lendemain, dès que l'on voulait faire la fête ... m'invitant à un repos salvateur, histoire qu'on puisse s'amuser entre amis. Le respect était alors un beau mot... qui permettait d'honorer le clergé comme il se doit, et d'enfermer sa parole sur le piédestal où il était confiné. On vous piédestalise, mais vous ne dites que ce qu'on ac'est dommage parce qu'il y a souvent de bonnes trouvaillesttend de vous. (c'est marrant, j'en serais presque prêt à croire que ça existe encore dans l'image idéale que certains se font des saints prêtres. On vous respecte et on vous adule tellement qu'on ne vous permettra pas de venir dialoguer à notre pauvre hauteur...)

Je découvre depuis peu un autre mode de relation qui me laisse quelque peu circonspect. Je reçois tout un tas de mails de personnes que je n'ai encore jamais rencontrées, avec qui je n'ai jamais échangé, même par mail, qui n'ont même jamais lu le blog, ou tout autre moyen de me connaître,  et qui me sont à tu et à toi... Passe encore. ça peut être un choix de communication, de ce genre d'une chouette violence qu'on retrouve dans certaines entreprises...  Mais que ce mail en "tu" soit adressé à des "destinataires inconnus", ça me laisse pantois. Désolé, Louis, votre mail, je vais le classer!

j'ai tout flouté! mais pitié, en cas de mail collectif, ne faites plus semblant d'écrire à quelqu'un en particulier!

Soit dit en passant, certains vouvoiements sont tout aussi bizarres. comme quoi, la bienséance, c'est une affaire de justesse dans la rencontre! Finalement, tout cela ne me dérange guère, je laisse à chacun le soin de choisir la distance qui permettra de bien se rencontrer.

PS: rendez service à vos prêtres, aimez-les pour ce qu'ils sont, pas pour le piédestal où vous voulez les circonscrire, ou l'indifférenciation à laquelle vous voudriez les restreindre. Rencontrez-les dans leur richesse : c'est leur humanité complexe qu'ils ont donnée au Christ, au monde et à l'Eglise, pas leur angélisme désincarné!

mercredi 16 décembre 2009

en cale cule pour cale haute?

Ce soir, la mer était étale et le froid était dur au bord du bassin de radoub… il y avait trois badauds sur les lèvres de la cale, et une dizaine de vestes aux bandes fluo luminescentes. Rien de malsain dans tout ça, pas le moindre gyrophare, ni sirène de camion rouge ; non, tout simplement un bateau autour duquel on s’affairait. Un bateau de pêche, de travail, en état de marche, mais qui voulait reculer. Ce n’est pas parce que c’était urgent ou immédiatement nécessaire mais la cale sèche était dispo, et l’occasion trop bonne, alors il fallait passer un instant en marche arrière. A vrai dire, l’opération était si subtile qu’il fallait que le chalutier soit aidé d’une minuscule embarcation qui, peu à peu, le tractait, retenu par des boutes tendus comme des arcs par des hommes attentifs. Plusieurs dizaines de tonnes étaient manipulées par quelques bras. On s’affaire sur le pont, on s’affaire à l’arrière, s’arrêter demande bien des efforts.

L’heure semblait inappropriée mais les hommes ne choisissent pas les marées ; le combat entre les hommes et l’esquif avec le chalutier semblait disproportionné mais le massif et puissant bateau se laissait mener ; le mouvement semblait contre nature, mais il fallait bien que ce navire se livre à la cale pour repartir de plus fière allure. D’ici quelques heures, les portes de la cale seront scellées, pour quelques jours, et le reflux emportera les flots, offrant à l’air ce qui chaque instant était immergé, pour le bien de tous. Il sera temps de poncer, peindre, ausculter, retravailler sa coque, sa profondeur, dans un “air” qui ne lui est pas familier pour replonger dans l’océan de ses occupations habituelles. Plus tard, on ouvrira à nouveau les portes, et le chalutier, ivre d’oxygène repartira à l’assaut des flots.

bon on voit rien, mais Qu’un bateau qui pue la poiscaille me donne envie de pondre des métaphores sur le bon bol d’air salvateur à prendre pendant les vacances, histoire de me retaper, est vraiment signe qu’il est temps qu’elles arrivent. Mais vu que Blais Cendrars l’a fait avant moi dans Moravagine, je n’ai pas de complexe:

“J’avais besoin de me mettre en radoub et de me calfater sérieusement le coffre”

dimanche 13 décembre 2009

rares averses, minimum 5°C, maximum 8°C

IMG_9997Même si Météo France semble annoncer que les températures les plus clémentes du Nord de Marseille sont à Cherbourg, il y a dans l’air un je ne sais quoi qui me décourage un peu d’aller prendre le frais à l’extérieur. Ce n’est pas tant une question de lumière que de doute : les gouttes de pluie sont-elles au courant qu’ici, en bas, il est sensé faire moins froid?

Au moment où je déclenche l’obturateur pour illustrer ce billet d’eau et de lumière, je réalise que le compteur de l’appareil vient de passer les 20 000 clichés. Bien sûr, j’en ai gardé moins de la moitié (et je ne suis pas assez sévère), et peu dans l’ensemble valent vraiment le coup qu’on s’arrête sur elles, mais je note, avec joie, qu’il me faut toujours du temps et de l’entraînement, pour mieux apprendre à regarder, à partager la beauté… 

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Ce blog lui aussi est un lieu d’apprentissage, du regard, de l’écriture, de la sensibilité, d’une volonté de partager, en douceur, l’émoi d’une vie de prêtre sans plus d’éclat qu’une autre.

Je reste surpris qu’au bout de trois ans, vous soyez bientôt un cumul de cent mille visiteurs  à être passés par ici, à raison de cent ou deux cents par jour. Encore merci de me permettre ce partage…

jeudi 10 décembre 2009

finis adventi

et ça? ce ne sont pas des blés qui "parlent"?Et puis regarde !
Tu vois, là-bas, les champs de blé ?
Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile.
Les champs de blé ne me rappellent rien.
Et ça, c’est triste !

Mais tu as des cheveux couleur d’or.
Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé !
Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi.
Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

L’avent sera terminé quand nous nous serons tellement laissés apprivoiser par Dieu que chaque épi de blé nous renverra vers son créateur. Serait-ce ça, l’achèvement de la création? un apprivoisement réussi, qui me rend parlant ce qui m’était premièrement indifférent, ou “insensé”. Du moindre instant au plus insignifiant gravier de bord de chemin, tout me renverra vers Dieu.

Et il faudrait ne pas, comme croyant, prendre part publiquement dans la vie de la création?

jeudi 3 décembre 2009

choc thermique

brrr

Même si je profite de l'avent pour me secouer un peu,
j'ai la prière sensible, la concentration fragile...
et elles ont une ferme tendance à se contracter quand je grelotte
dans le froid minéral et matinal des églises.

quand vous priez à l'abri de vos doudounes, 
avec force chaussettes, et mains fourrées dans les poches
pour de longues prières emmitouflées,
il est temps pour moi de sortir le vêtement liturgique secret
la polaire blanche à passer sous l'aube.

douce chaleur de l'intérieur, assurance anti-grelottements, prière d'un corps sans torture
surtout qu'avec les froids surgissent souvent les fatigues, qui usent la résistance et mangent l'énergie.
ainsi requinqué, on peut rouvrir les bras pour inviter à la prière... et faire corps apaisé par l'eucharistie.

Mais le moment délicieux, à la joie enfantine, c'est la fin de la messe, quand on retire la polaire dans l'obscurité de la sacristie, ça crépite dans tous les sens, en petit feu d'artifice... Et on réalise, les yeux brillants (de fièvre?) une autre fécondité. La messe semble toujours n'avoir du fruit que pour ceux qui y ont assisté, ou pour ceux avec/pour qui on a prié. Mais elle peut aussi produire des étincelles par contact entre ces tissus humains qui vont se croiser dans la journée. Les relations étaient peut-être même tendues, électriques... mais qui sait? de la rencontre entre la chaleur reçue et le froid des désespérances communes naîtront sans doute à notre insu des étincelles de grâce.

et ça en émerveillera même quelques uns...