mercredi 31 mars 2010

c'est rasant

une clenche, son reflet de lumière, son ombre... le plus important, c'est le chemin qu'elle permet A la lumière rasante de l'actualité

ce qui était clenche, ou poignée,
pour faire entrer dans un mystère

jaillit brillamment en reflets aiguisés –discrets–
d'une irréelle lumière immatérielle
et, de concert, en ombres d'hameçon –violent–
tout aussi inquiétantes qu'illusoires

Et l'on en vient à s'écharper pour convaincre
l'autre, l'ignorant, le pourfendable ennemi
que sa vision, lumineuse ou affreuse
est la seule admissible, et doit seule
commander les décisions conséquentes.

que la clenche ferme la porte, enferme loin de Dieu
et elle trahit sa mission, sa raison d'être,
mais sa présence est importante,
sans en flagorner les qualités, ni minimiser les limites,
car elle est celle qui permet le passage...

chacun se sent le droit, et l'autorité pour parler en avis plus ou moins autorisés sur la pertinence et la fragilité du sacerdoce, et du célibat donné qui l'accompagne. Qu'on lui rende sa force de signe, qu'on l'accompagne pour qu'il ne trahisse pas sa mission ! mais gardons nous de sceller en avis de fin de jour, en lumière médiatique rasante, ce qui reste et doit rester un don pour le monde d'aujourd'hui.

Je ne suis pas plus à l'aise avec les défenseurs aux ardentes œillères des deux "partis", pour en vivre tant la beauté si discrète parfois que la difficulté d'autres moments de ce célibat donné, et choisi. Certains jours, il porte son sens, parfois il éprouve, mais il est choisi.

la clenche malmenée et pourtant nécessaire que je suis ne désire qu'une chose, ne pas trahir ce pour quoi elle a été faite : permettre de s'engager sur un chemin, une Vie.

mardi 30 mars 2010

tous pour Un

80 prêtres sur les 200 du diocèse, et pas que des chveux blancs

il devrait y avoir le doute. Après tout, c'était une info, et même le nom d'une association. Un sur quatre - au moins - est un salaud, une ordure, un pourri. Comment se sentir membre d'un groupe dont vous avez à douter. Chacun tire sûrement la couverture de son côté, et derrière les sourires, diversdes profiteurs, des pervers, des cachés. Qui sait ? Ils sont tous célibataires. Ils ne peuvent pas être équilibrés. Ils acceptent tous des missions qui les dépassent. Ils ne peuvent pas être équilibrés. Ils font tout ça sans gagner beaucoup d'argent. ils doivent s'en mettre dans la poche, en douce. Ils doivent avoir une amante, ou un secret caché. Ou Pire. Sûrement. C'est obligé.

Il devrait y avoir le doute. Sur les quatre-vingts prêtres présents ce soir, lesquels sont vraiment... enfin ne cachent pas... où sont les moutons noirs de ce troupeau immaculé sur la rigide coupe d'une Eglise castratrice? Ils n'en avaient pas l'air. Ils avaient l'air bien, là ensemble.

Et si tout simplement, on prenait le temps de les écouter ? Ces hommes qui ont choisi un mode de vie, qui ont choisi un célibat, qui ont choisi de se donner, sûrs qu'ainsi ils pourraient se réaliser, être dans le projet de Dieu avec eux. Des tares, chacun a les siennes, certaines plus handicapantes que d'autres... Serait-ce le fait qu'ils aient choisi une voie que d'autres subissent qui inquiète? ou se satisfait-on d'une caricature qu'aucun regard dans le fond des yeux ne saurait supporter?

Mais ce que ce doute n'a pas réussi à briser, c'est l'ensemble, le groupe, le lien. Chacun d'entre nous sommes fragiles, attaquables, faillibles. Mais il existe une voix commune chez les prêtres, celle qui renouvelle ses promesses au jour de la messe chrismale. Et celle-là ne ressemble pas aux pervers qu'il est de bon ton de croquer ces jours-ci. Ceux qui ont commis le crime de dénaturer l'enfance et de briser l'innocence qui leur avait été simplement confiée me font encore plus mal... Mais salir à ce point et impunément le nom de "prêtre" dont je suis fier... Ce n'est pas si aisé à accepter.

Il aurait dû y avoir un doute. Il y a eu un corps. N'en déplaise aux pisse-froid qui pensaient justement cette religion désincarnée. Avant de les flinguer, écoutez-les!

si simplement

voulez-vous renouveler les engagements que vous avez pris?
oui je le veux.

Au jour de notre ordination sacerdotale, par amour du Christ et pour le service de son Eglise, nous avons reçu la charge du ministère qui nous était confié. Voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler, en renonçant à vous-mêmes et en restant fidèles aux engagements attachés à notre mission dans l'Eglise?
oui, je le veux

Nous devons être les intendants fidèles des mystères de Dieu par l'annonce de la Parole, par l'Eucharistie et les autres célébrations eucharistiques. Voulez-vous, à la suite du Christ, notre chef et notre Pasteur, accomplir ce ministère avec désintéressement et charité?
oui je le veux.

jeudi 25 mars 2010

parme léger

la carême, c'est du sérieux

je n’arrive pas à me faire à l’idée que le carême est une période difficile à passer. Y a de la fatigue dans l’air, certes, et certaines journées semblent ne jamais vouloir s’arrêter, mais ce carême, il me plaît. Sans doute ne fais-je pas assez d’efforts pour le rendre pénible, ou ne nourris-je pas assez de remords pour en concevoir de l’affliction, mais faut le reconnaître, le carême, souvent, ça a du bon.

D’abord, ça dure longtemps, et j’ai pas trop l’impression qu’à peine commencé, on en est déjà à la fin… Tant mieux, parce que je mets souvent du temps à me lancer! et puis, de temps à autres, il y a de bonnes surprises, même si elles sont prévues… entre la mi-carême, les dimanches où l’on goûte la joie et voit la vie en rose, les solennités de Marie et de Joseph, où l’on peut enfin chanter à plein poumons, ça rayonne dans tous les étages. Il faut dire que je m’étais donné comme ascèse de ne pas (trop) chanter pendant les messes de semaine, pour goûter les mots dans un retour à l’essentiel. Les solennités n’en sont que meilleures.

Mais surtout, pour un prêtre, le carême, c’est vraiment très beau. Comme tout le monde veut revenir un peu vers Dieu, le sacrement du pardon est vécu de tout cœur, et ça nous réjouit, et donne envie de rendre grâce. Il y a de la justesse et de la douceur dans la conversion. Aujourd’hui, c’était service continu, et les moments donnés pour cela étaient vraiment édifiants, pour nos et vos vies en rapprochement de Dieu.

Il y a certes des moments plus contraignants, comme de rencontrer chez eux un couple pour la préparation du baptême de leur enfant, un couple tout simple, et sympathique, pas nécessairement très pratiquant mais qui voulait donner le baptême à leur enfant, pour le laisser libre. Une première pour moi. C’est plutôt le discours inverse que j’avais entendu jusqu’alors. Mais non. Pour des raisons obscures, le papa n’avait pas été baptisé petit, et il avait toujours trouvé qu’on l’avait empêché par là même de faire des choses que les autres pouvaient. Sa liberté était brimée! Avoir sa  place dans une église, aller au caté, faire sa communion, ou même se marier. il avait dû acquérir seul ces “droits” en faisant “seul” sa préparation au baptême, en primaire. Il voulait ouvrir l’avenir de son fils, et lui donner la possibilité de choisir de profiter du don qu’il n’allait pas lui refuser. Mince. La logique en défiait plus d’un. Alors la contrainte, c’est de ne pas pouvoir leur proposer un Alléluia fort à propos.

Mais mon dernier motif de joie, je l’ai reçu dans les brumes (les affres presque) du sommeil mercredi matin. Comme chaque carême, nous étions une dizaine, posés en vrac dans une salle de classe, avant la première çonnerie, à érafler de nos voix éraillées des chants qu’on ne maîtrisait pas. C’était doux (tout en étant un peu faux). Et puis, de chants en psaumes, d’Evangile en intercessions, nos voix se sont posées dans le Notre Père. Il était trop tôt pour le claironner, ou le faire retentir des éclats des assemblées plus conséquentes. Sans s’être concertés, nous l’avons tous murmuré, et les mots roulaient dans ma bouche comme des bonbons qu’on savoure, comme des galets dans des ruisseaux, comme une douceur qui enveloppait le palais. La prière était bonne, et chacun la dégustait.

alors le carême, cette année… il parme léger.

mardi 16 mars 2010

le cul entre deux chaises

je préfère un calembour à une mauvaise photo Lundi, j'enterrais mon grand-père. j'étais à la fois prêtre et petit-fils, assis des deux côtés du cercueil. A bien y réfléchir, je crois que peu de mes oncles et cousins ne m'avaient vu "prêtre". "P'tit curé" sans doute plus souvent qu'à mon tour, mais prêtre, non. Ni animation, ni prise de parole, ni célébration. J'imagine que je suis du côté de la religion, sans bien savoir ce que ça représente. C'est pas (trop) qu'ils soient contre, c'est juste "un autre monde". Certains étaient là à l'ordination... mais on y reçoit, on s'y exprime peu! Donc, jamais, ils n'y avaient eu accès.

Lundi,  à sa demande, j'enterrais mon grand père. Je devais prendre la parole, sortir du rang des cousins pour m'adresser à eux comme aux autres, alors qu'ils ne le feraient pas. Nous avons des choix de vies différents, et souvent un peu inconciliables. Et pourtant je les respecte dans ces choix qui ne sont pas les miens... peut-être parce qu'ils sont la même incarnation de liberté que notre grand père nous a donnée. J'ai été là avec eux, à prendre le café la veille, ou à passer le voir à la maison mortuaire, à rire d'un même éclat pour ne pas manifester autrement l'émotion. Il allait y avoir l'église. plus tard, parce qu'il avait dit qu'avec moi, ce serait à l'Eglise, sans moi... on ne saurait jamais. C'est comme ça, il y a un prêtre dans la famille.

Lundi, à 14h, j'enterrais mon grand-père. Il m'a fallu leur parler, pour que nous continuions à vivre ensemble. Parler depuis l'ambon, depuis la chasuble, depuis la hauteur et le micro. Parler posément comme le fait celui qui apaise par la voix, parler comme un prêtre qu'ils ne me savaient pas être, sans autorité. Parler de ma foi, de notre famille, de mon espérance et de notre fierté. J'aurais dû avoir le droit aussi de me taire. Mais le jour de mon ordination, je savais que ça me serait retiré. Il faudrait que je parle, que je tienne cette place, et reste des deux côtés du cercueil. Avec vous, je n'ai plus de mots, pour vous, il faut que je redise un enseignement audible et audacieux. Il m'a fallu être prudent et généreux comme jamais. Parce qu'il ne s'agit jamais d'asséner. Mais de permettre un dialogue.

Lundi, j'enterrais mon grand père, et jamais je n'avais eu autant de mal à poser une espérance. Non qu'elle me fasse particulièrement défaut, mais il me manquait l'espace, la distance pour la déposer aux bords du cercueil et des deuils à faire. Je l'ai fait en douceur, pour la recevoir plus tard pour moi même.

Lundi, à Coutances, j'enterrais mon grand père. Pour tous, je rappelais qu'il avait voulu que je lui donne le sacrement des malades, qu'il avait ouvert les mains pour recevoir l'huile. Je l'ai appelé papi, ou Léon. Je n'ai pas dit "notre frère" parce que le lien était sans doute avant tout ailleurs. Lundi, en sortant, du plus profond de mes peurs et de mes mots choisis, la mort avait laissé de la paix autour d'elle. La violence eut été possible. Des deux côtés du cercueil.

mais lundi, il nous a laissés dans la paix.

samedi 13 mars 2010

SAD*

url[1] hier, rue Christine
un homme se tenait dans le carrefour
dans il regardait les passants, attentif
et aux jeunes, surtout, à d'autres aussi
il donnait, patiemment, le regard appuyé
de petits livres bleus
que les lycéens, peu habitués au gratuit
recevaient.

le soir à l'aumônerie, pas mal de questions,
c'est qui? c'est quoi? c'est bon?
c'était une Bible, siglée Gideons
traduction libre de droits signée Second
distribuée par un protestant, fidèle à son nom
pro testare, celui qui témoigne, par sa Bible.
"ça va, pour le texte, c'est un NT, vous pouvez garder!"

ce matin, rue Christine,
dans le caniveau
une couverture arrachée et plus loin
une Bible abandonnée.

le don de la Parole, c'est pas mal,
et le témoignage, c'est le début d'une relation
mais derrière, faut assurer le Service Après Don...

jeudi 4 mars 2010

Léon

mariage Maud et Christian août  2006_014

avoir pris de la vie ce qu’elle refusait de vous donner

avoir eu 6 enfants, en avoir perdu une trop tôt, douze petits-enfants aux figures hétéroclites, plus ou moins casés

avoir excellé dans la chamaillerie comme manière d’aimer

avoir gueulé plus souvent qu’à son tour, ridiculisant le dialogue en monologues péremptoires juxtaposés, le mégot de roulée au coin des lèvres, la blague à tabac dans la salopette.

avoir offert tant de cafés, d’apéros, de queues de cochon salées…

avoir travaillé pour que d’autres soient plus riches

n’avoir connu le luxe d’une maison de ville qu’avec la retraite, pour avoir suffisamment chauffé au feu de bois, puisé au puits, la force des bras rendant l’eau courante.

avoir donné du “Monsieur” au Fils du château d’à côté. Avoir même été fier de le saluer, en ville, quelques années plus tard…

avoir vu les gamins, puis leurs enfants tombant dans la mare, flattant les bêtes, les trayant à la main… dans une ferme de rien du tout, une ferme qui ne vaudrait plus rien.

avoir dégommé des faisans, égorgé des cochons, élevé des laitières, appelé son chien Skippy, et avoir enterré une certaine idée du monde paysan en fermant une dernière fois le portail de la ferme

avoir bouffé de la vie, des enfants digérant chacun à sa manière ce don…

avoir cru en Dieu… ou pas du tout d’ailleurs, sauf pour le Vouvoyer dans une relation qu’il n’y avait pas à avoir.

ne rien avoir en commun avec les curés, que des souvenirs de rues sablées quand un monseigneur avait visité des chemins d’enfance – ou alors juste un petit-fils

avoir vécu, avoir été ne vous dispense pas de mourir, ni mieux, ni moins bien qu’un autre.
ses garçons à ses côtés, sa femme aussi.

avoir vécu, avoir été n’empêche pas ceux qui restent de vivre de la vie donnée, de la liberté acquise, jusqu’à prendre des chemins qui ne sont pas les mêmes, n’empêche pas ceux qui restent de croire et espérer que Dieu n’abandonne pas ceux qui ont vécu ainsi, et prier pour le croire.

C’est Dieu qui connaît le mystère des cœurs et des reins.
et la vérité de ceux qui ont vécu.
et qui accompagne ceux qui sont partis… et ceux et celle qui restent.

mardi 2 mars 2010

Moleskine y cigarillo

en rentrant du collège, je repère parfois de vieilles devantures aux volets scellés, taguées et usées par les pluies...

Cherbourg 2010 

et imperceptiblement, je me suis surpris à associer cette échoppe avec l'évocatrice enfilade de ses noms...

Cherbourg 2010 itou 

me voilà embarqué vers les Deux Magotsvian de beauvoir sartre, plongé dans il bourlingue avec de l'or..., el aviator ou  un vieil homme, de la mer... et quelques cigares   voire aussi sacrée fine équipe

Je suis passé une minute plus tard devant la vitrine du Bar-tabac-PMU-Jeux et je ne me suis surpris à rien du tout.

lundi 1 mars 2010

Plac!

ça y est, c'est derrière moi!

ça fait longtemps que ce n'est plus le cas... même que ça s'appelle "intégration ménagère" chez les intellos!Quatre messes dominicales, un baptême par intinction immersion à 34°, une homélie décevante sur la transfiguration*, un frigo absolument vide, une salle de bain qui sent la chaussure de ski sèche, quelques lettres à ouvrir, des rendez-vous à reprendre, un carême à soutenir, des pictogrammes abscons à gérer, il est temps de se replonger dans les affaires... avec de la beauté montagnarde en persistance rétinienne et une folle tentation d'installer des fixations de ski dans l'entrée pour pouvoir entendre leur clic sympathique le matin...

Skier est une affaire de souplesse, pour modeler sa glisse au relief des domaines, choisissant sa trajectoire dans la piste plus ou moins damnée et préparée, alternant joies de la vitesse et enthousiasmes techniques... De retour en Normandie, je me retrouve moins "skieur" que "pisteur" à préparer la piste pour les autres... C'est toujours aussi bien... mais c'est un peu plus "pro" et il faut se lever tôt**...   

toujours sur indegivrables.com, avec un hommage à Edmond Prochain, aussi, forcément.

* les homélies sur la transfiguration sont TOUJOURS décevantes... pour qui a pris le temps de lire les textes avant la célébration... Les textes sont tellement riches, posant de telles questions que le prédicateur est obligé de faire des impasses ingérables. Obligés de choisir un "angle" comme disent certains...

** on a vu des pisteurs à qui le boulot explose à la tête...