samedi 24 avril 2010

Mire ou Migre

Les quelques quais d'embarquement vers le royaume grand breton ou irlandais sont à Cherbourg sévèrement barricadés. Le bleu est tout aussi joli que les barbelés sont coupants. Nul ne pourra arguer qu'il s'est trouvé de l'autre côté par hasard.

Au-delà, c'est déjà ailleurs. La mer qui ouvre le citadin en mal de tourisme sur des envies de voyage et d'agrément retrouve tout à coup sa violence pour le déraciné en route d'émigration. L'ailleurs est un Eden où l'on papillonne avec plaisir mais qui résiste à l'enracinement de celui qui a été arraché à sa terre.

"ne pas gerber" ne veut pas nécessairement pas dire ce que le déficient orthographique qui ne connaît que l'argot comprend. Gerber, c'est amasser en hauteur

on ne s'assoit pas tous de la même manière au bord de l'eau.

lundi 12 avril 2010

ce soir

Monsieur B a un blog, il est dans les liens sur le côté!

je retourne vers le soleil, quand la lumière déconne avec l'ourlet des nuages...
parce que dans ces ombres sur ma peau ou sur la terre
je rêve comme un enfant à des formes formidables ou je voyage à la force du vent.

et parfois, comme ce soir, on remettra sous mes yeux la véritable gravité, et je ne serai ni heureux, ni déçu, mais simplement sûr qu'il m'avait fallu être là, pour dire, ou pour me taire.

dimanche 11 avril 2010

D'aussi loin que je me souvienne, il s'est toujours levé tôt

Souvent, quand je lis, peu à peu, le personnage que je découvre se pare de traits piochés ici ou là, dans des rencontres, des coups d’œil, des clichés… je recompose peu à peu le portrait et le voit s’animer, s’épaissir. Pour une fois, je n’ai pas pu.

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je viens de finir il y a un instant le premier ouvrage de Vincent Flamand, D’aussi loin que je me souvienne, il s’est toujours levé tôt, roman. Je l’ai lu parce que j’aime vraiment bien Vincent, avec qui j’ai plus ou moins partagé deux ou trois ans au séminaire. Je crois, à l’époque que je n’étais pas assez épais pour trouver toute ma place à côté de ce gars. Il était séminariste atypique, il déployait une personnalité et un humour féroces, une histoire lestée de chanteur de rock punk, et belge, de philosophe sans demie-mesure, et d’un mystère tout ce qu’il y a plus d’intrigant. Il allait être un prêtre inhabituel. Il en a même quitté le ministère depuis, sans que je le sache, emportant son mystère, son “épaisseur” que je lui enviais un peu.

Je ne savais pas qu’il avait écrit, et puis j’ai appris subrepticement la sortie de ce livre, et me suis débattu pour le trouver vite. Et c’est tant mieux. Vincent y parle de son père comme personne ne l’a jamais compris. Il y parle d’un homme qui a sûrement souvent été ignoré, sous estimé, méprisé même, un de ces hommes à l’humanité apparemment banale ou voûtée, un loser de la société, apparemment, mais qui déploie une humanité à la grandeur de ses blessures. Un vrai vivant, secret et aimant.

J’ai aimé lire Vincent parlant de son père, j’ai aimé comprendre le fils qu’il a été et qu’il est devenu. J’ai aimé cet hommage sans concession, ce portrait sous la peau, ce portrait que comme photographe j’aurais raté. J’ai aimé découvrir qu’un homme est beau de ce qu’on lui a donné, ou de ce qu’il a voulu faire. J’y aime encore plus Vincent, et le respecte pour le trouble, et l’intégrité de son parcours.

J’ai des amis prêtres, j’ai des amis qui ont été prêtres et qui ne le sont plus. Même si je ne souhaite à personne de devoir dire “non” à un “oui” donné en toute sincérité, j’aime bien les deux, parce qu’ils continuent ce que nous avions déjà ensemble construit.

Pour trouver ce livre, il faut tanner vos libraires, parce que les éditions de l’aube sont distribuées par Harmonia Mundi, moins argentés que Volumen… mais je ne regrette pas un centime de mes 10 euros:

Vincent FLAMAND, D’aussi loin que je me souvienne, il s’est toujours levé tôt, roman, éditions de l’aube, harmonia mundi diffusion livres, 2010. 80 pages. ISBN 978-2-8159-0053-9

Emeric (je crois) en parle ici aussi: jeunes & cathos du val d’oise (d’ailleurs, ce blog est génial, suivez-le!)

jeudi 8 avril 2010

tout contre

il suffit de pas grand chose, au cinéma, pour raconter des histoires et des rencontres (et même des bourre-pifs), on alterne les plans, on laisse se déployer les regards… en champs – contre-champs.

La liturgie ne fait pas autrement, nous plongeant au cœur de l’histoire de Dieu avec les hommes, psalmodiant à deux chœurs en regard, en chant – contre-chant.

(idée saugrenue survenue à l’écoute de l’excellente humeur vagabonde de Kathleen Evin>
tribute to FCT)