mardi 29 juin 2010

sébile

Les plus fidèles de l’eucharistie dominicale ne s’assoient pas tous devant. Certains se tiennent en retrait, quelque part, vers le porche, on les connaît sans en savoir plus. Au mieux un prénom, jamais de nom, toujours un état. SDF, “pauvre”, “aviné”, “perdu”,  “A la rue”, rue de leur vie, rue de la société, ils s’égarent en périphérie tant des eucharisties que des avenues, vous disent invariablement “bonjour mon prêtre”, se fendent d’un sourire abîmé. Ils apparaissent quelques minutes dans nos vies hebdomadaires. En dehors, on ne sait rien, sauf les blessures ou cicatrices qu’ils exposent en ouvrant leur main, quémandant quelques euros… Une famille? un logis? une histoire? des liens?  Peut-être, on n’y a jamais réfléchi. On les croise parfois dans un magasin, flânant eux aussi, on bougonne qu’ils ne sont pas toujours là où on les avait cantonnés. Et le dimanche d’après, ils sont encore là. Ou pas.

Parfois, ils sont plus amochés que d’habitude. Bras cassé, gueule de travers, sale odeur de vin. Parfois, on se surprend à réaliser que ça fait des semaines qu’untel n’était plus là. Et il revient. “Bonjour mon prêtre”.

Certains sont organisés. Ils “font” toutes les messes… entrée de celle-ci, sortie de celle-là, ils s’inquiètent des changements d’horaires pour s’organiser. Parfois, souvent même, ils entrent, suivent la messe depuis le fond. On les voit même s’avancer dans la file de communion, bras croisés, “non” de la tête. Je ne peux communier, je veux la bénédiction, parce qu’une paroissienne leur a indiqué comment faire. Christelle d’ailleurs nous avait demandé de préparer son baptême. Le lendemain, elle n’y pensait plus. Le surlendemain, ça revenait. On en parlait, quelques minutes par semaine…

Hier, j’ai appris que Christelle, la trentaine abîmée, fidèle de nos portes ne reviendrait plus. Elle était morte d’un arrêt cardiaque. A l’hôpital. Elle avait été inhumée, après une célébration à Octeville. Pour une fois dans le chœur, pour une fois avec un nom, pour une fois avec ses deux enfants… Je ne connaissais que son prénom, je n’ai même pas su, je n’y suis pas allé, et je découvre que la main ouverte d’une minute hebdomadaire avait deux enfants qui ont perdu une mère, une mère abîmée qui était à ma porte.

Et je rage de ne pas avoir su le demander. Demain, et dimanche, son nom, je le dirai dans le chœur, pour que sa main ouverte soit redécouverte comme une vie, pour arrêter de ne pas voir les invisibles de nos vies.

lundi 28 juin 2010

sur une feuille paroissiale

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_386

Seigneur, ne te retire pas de nous,
car nous sommes des pécheurs.
O Dieu des pécheurs journaliers,
des lâches et des quelconques,
nos fautes ne sont pas extraordinaires,
elles sont poussières quotidiennes
et si communes
qu’on les oublierait presque …
Surtout si l’on T’oublie, Toi, le Très Saint.
Dieu des pécheurs,
des tièdes et des indifférents,
aie pitié de nous.

Karl Rahner, s.j.

jeudi 24 juin 2010

Fête de la Musique à Cherbourg 2010

en quelques photos… Cette année, je célébrais une messe un peu ailleurs au début des festivités. C’est donc un peu tard que j’ai pu me balader, et capter quelques beaux instants… Je ne suis toujours pas fan du Death Metal, mais les Orange Dukes et autres avaient une ambiance bon enfant. Vers minuit, une paire de boules Quiès et la nuit fut calme, sous mes fenêtres!

fête de la musique Cherbourg 2010

fête de la musique Cherbourg 2010fête de la musique Cherbourg 2010fête de la musique Cherbourg 2010 

C’était l’occasion pour moi de découvrir pour une première fois les accords de Myth and Saga (clique),

fête de la musique Cherbourg 2010 Myth and Saga

fête de la musique Cherbourg 2010 Myth and Saga  fête de la musique Cherbourg 2010 Myth and Saga  hommage à un bel aumônier? 

fête de la musique Cherbourg 2010 Myth and Saga

mercredi 23 juin 2010

la palme

Bilan fin d'année kt 2010

Bilan fin d'année kt 2010 

Dans le pensum possible
des réunions de fin d’année
la palme de
la meilleure réunion-bilan
à forte valeur ajoutée
décernée à celle des catéchistes
de l’enseignement catholique

sur une initiative de B.B.
réunion au musée
pour découvrir
avec passion
la symbolique des couleurs

Bilan fin d'année kt 2010

Bilan fin d'année kt 2010 entre ombres et lumières
au milieu d’un musée paisible
(pour ne pas dire vide)
nous nous sommes laissés
enseigner par des couleurs
entre symbolique et plastique
pour ouvrir un désir de faire découvrir
“autre chose”…

à part ça,
on a quand même fait un bilan.

mais il a commencé
différemment.

Bilan fin d'année kt 2010

dimanche 20 juin 2010

l'appel que peu entendirent

Les mois de juin ne laissent pas les prêtres indifférents. On boucle à tout va, on professionne de foi, confirmationne, première communionne, marie, baptise, inhume… On bilantise, réunionnise, dit “au-revoir”, “bonne route”, “bonnes vacances”, “à bientôt”… on bouscule nos agendas, bouleverse les habitudes ; plus de groupes de KT, d’établissements, du vide dans les aumôneries, mais les semaines se parsèment de bouts de camps d’été… Bref, c’est la fin des temps.

crédit photo Christine BosquetAu mois de juin, les évêques vident aussi leurs séminaires à coups d’ordinations à tout va, ou au moins autant que faire se peut… et parfois c’est peu. Les dimanches après-midi se passent donc dans les cathédrales, en cohortes d’aînés accueillant un ou plusieurs nouveaux frères, homélies à rallonge, liturgies ciselées, émotions saisissantes. Voir d’autres s’allonger dans la même cathédrale, dire une première fois des mots qui nous habitent chaque jour, ce n’est pas rien, pour chacun ; prendre dans ses bras le nouveau frère, après lui avoir imposé les mains, ça vous retourne dans vos quotidiens… et dans la pertinence de votre propre appel. La vie des prêtres n’est pas habituellement tournée vers leurs propres questions pour qu’ils aient l’opportunité, ou la disponibilité d’interroger leur être-là. Les vies de ceux qu’ils rencontrent les habitent bien plus sûrement. Mais en ces jours de juin, quand de nouveaux frères s’engagent, et qu’on relit sans hâte bruissent à nouveau les chuchotements de l’appel.

Un appel discret, somme toute, cherché pendant des semaines, des mois, des années. Un appel dont on aurait parfois préféré qu’il fut plus clair, plus grandiloquent, plus enthousiasmant, jamais à la mesure de nos rêves, toujours différent. Parfois, il fut un désir secret qui attendait une parole pour passer d’une intuition à un choix, une réponse, une vie. Et puis la question secrète retentissant dans l’intime, la parole à deux devint acte engageant tant d’autres… On se rend disponible et l’aventure nous échappe. Un peu comme l’appel du 18 juin, personne ne l’a vraiment entendu, sauf quelques rares, mais cet appel changera la vie de ceux qui ne l’ont pas entendu comme tel, mais se laisseront modeler par lui. Et parfois la vie du prêtre en est là. Modelée par la discrétion d’un appel simplement entendu, cette mise en route modèle sa vie et celle de ceux qui l’entourent, marqués, peu importe leur gré par ces mots échangés, dans un cœur… puis dans un chœur.

imageCinq jours après l’ordination, nous étions nombreux, encore, pour ces retrouvailles malheureusement trop courantes. Eglise d’Equeurdreville, aubes et étoles, l’une d’entre elles posée sur un cercueil… Une vie, un prêtre  vient s’allonger à nouveau dans un chœur, butant sur le bois, rassemblant parents, amis, chrétiens, touchés. Le panégyrique n’en finit pas. Mais l’on perçoit sous la litanie des associations soutenues, des œuvres réussies tout une qualité de présence, une vie reliée, de tous les côtés.

De la somme des petites joies et déceptions, il ne reste pas grand chose quand on les regarde d’aussi haut… et les petites touches de Dieu passées par notre ministère pour une part interchangeable, puisque relié à l’unique nécessaire continuent leur chemin dans les cœurs où elles ont été ciselées, par notre intermédiaire maladroit. 

Cela fait maintenant six ans que je ne sais quelle case emplir dans mes déclarations. Suis-je éducateur, ministre, cadre, employé, fondateur, DRH, administrateur, distributeur, personnel de service, animateur… puisque la case prêtre n’existe généralement pas pour la société?

artisan peut-être, d’une Œuvre qui me dépasse, dans laquelle chacun prend sa place, sans bien le savoir parfois. Je ne touche la perfection à laquelle j’aspire que par l’action d’un Autre au travers de mes efforts. Je laisse simplement faseyer en claquements plus sonores une brise que ma vie continuera de chercher.

pour mon sixième anniversaire d’ordination, ma sœur et mon beau-frère qui m’avaient déjà gratifiés de chaussons schrek, et d’une église playmo sont revenus à la charge. Ils ont déployé “grandeur humaine” ce qui fut un objet de mon enfance… peut être justement parce que nous faisons toujours cela, donner l’espace de notre vie à une rencontre première.

là ce fut plus prosaïque. J’avais donc, petit, une peluche panthère rose.

IMG_5403
hélas!
(elle fait maintenant plus d’un mètre cinquante)

vendredi 11 juin 2010

aux handicapés de la vocation

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_027

aux handicapés de la vocation
qui ne regardez pas dans le même sens que “tous”,
vous qui errez dans les limbes des assourdis par trop de bruit pour y reconnaître l’appel que vous attendez,
vous qui vous morfondez à deux respirations d’un oui qui semble inaccessible
vous qui avez ouvert votre cœur à celui qui l’a piétiné, par maladresse ou égoïsme,
vous qui craignez de mourir avant de réaliser quoique ce soit,
vous qui avez échoué au passage d’entrée,
          qu’ils n’aient pas voulu de vous, qu’elle ne vous ait pas remarqué 
vous qui avez douté encore longuement après d’avoir pris le bon chemin
          ou de vous être réduits à une voie sans avant, sans allant
vous qui trouvez votre chemin trop large, ou trop étroit, au point de vous y engoncer frileusement,
vous qui avez été éblouis un instant par un mirage quand vous aviez soif d’être aimé,
          et payez le rugueux retour à la réalité,
vous qui avez mal au quotidien, au point de douter qu’il y ait encore un chemin dans cette sente de ronces
vous qui reconnaissez de moins en moins dans les disharmonies du quotidien les sonorités des oui d’hier
vous qui avez brisé votre oui sur les récifs de l’échec, où la relation se faisait solitude, 
           quand le chemin choisi de vie devenait mort subie, chaque jour plus profondément,
vous qui avez dû renoncer, vous blesser aux regards et pensées de l’ignomineuse lâcheté supposée, 
           vous que l’on enferme dans vos derniers choix, ceux que vous avez posés pour rester en vie

vous qui êtes arrêtés à un détour du chemin, de l’autoroute qui devait vous mener au Christ, à l’accomplissement, au bonheur, et y cherchez, morne plaine, la voix qui ne vient plus de loin, mais semblez gérer les zigzags dans un court terme alarmant
je veux vous redire que le Christ ne s’est pas désintéressé de nos impossibles oui, il vous attend là, et encore, au creux du détour, car rien ne pourra être, sans vous, sans nous.

vous êtes le rappel vivant et nécessaire qu’en toute vie, en tours et détours, en vitesse débridée ou brutaux ralentissements, le seul chemin de salut est celui de la résurrection, et non celui du succès. Apprenez moi cette fidélité à la vie, reçue et donnée. Fidélité de vivant que vous assumez

je vous le redis, pour les moments où je suis arrêté avec vous, et où vos respirations ont été mon souffle. Le temps qui se fait long reprendra un allant… et il sera temps de résurrection