vendredi 30 juillet 2010

danseurs

Même les lieux touristiques les plus banalisés recèlent des merveilles inattendues. Un concours de jeunes danseurs à Ubud, et hop, c’est l’occasion de revoir quelques Teruna Jaya, discuter avec des entraîneurs de danse, et surprendre quelques préparatifs. En voyant les enfants danser trois par trois les Baris, Kebyar Duduk, et autres, on voit aussi les nuances entre les écoles… et les enfants plus ou moins doués. Le cours de danse de Gaji où j’étais n’était sans doute pas le meilleur mais aurait bien tiré son épingle du jeu. Mais bon, Bali a beau être une île toute petite, à 40km de distance, on ne se connaît pas forcément.

Le plus surprenant dans tout cela, c’est la capacité du moindre Balinais, même venant du coin le plus reculé d’où il n’est jamais sorti, à connaître et apprécier la danse, sa qualité, ses nuances jusque dans ses niveaux les plus élevés. Une telle qualité artistique aussi largement répandue ne se retrouve hélas pas chez les chrétiens où la pauvreté culturelle fait pâle figure, au moins dans la majorité… et les messes sont souvent un peu “arides” pour l’esthète… comme en France, d’ailleurs, parfois! J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour la généreuse organiste occasionnelle qui jouait dans une église, mais n’utilisait que les touches blanches, les autres, elle ne les connaissait pas. Adieu Dièses, Bémols, et oreilles. En même temps, jamais elle ne fit défaut.

Ici, quand les danseurs sont vraiment mauvais (pour un spectacle, car dans un temple, on s’en fiche un peu, le but n’est pas d’écouter mais bien que la musique soit là au bon moment), bref, quand les danseurs sont vraiment mauvais, le public boude et au bout de quelques mouvements va boire un coup plus loin. C’est toujours assez redoutable de voir tout le monde s’en aller!

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samedi 24 juillet 2010

Le syndrome du vieux con

Le syndrome du vieux con, c’est celui qui te fait voir, quand tu reviens dans une région, un pays, une activité que tu connaissais bien, tout ce qui a empiré. Il se ponctue de nombreux “de mon temps”, “à l’époque”… Il a le chic de tout voir à l’aune de ses souvenirs souvent enjolivés, simplifiés, et résiste allègrement à la nouvelle époque.

Parce que voyez vous, Bali a pas mal changé. D’abord, il y a plus de motos, de voitures, de routes, de magasins partout, de cités de maisons, de constructions hautes, de téléphones portables, de jeunes accro à Facebook, de célébrations avec des blancs dedans, de Buddhas ans les magasins, de centres spirituels, d’églises moches, avec des motifs balinais pour faire local…

Certes, quand on monte un peu dans les montagnes, on retrouve une certaine ambiance… mais que l’on voudrait maintenir telle quelle, pour que ça fasse local, comme un parc anthropologique, version pas moderne. Oui, mais ça bouge. Ou plutôt ça continue de bouger comme avant…

J’ai réussi à me choper une mini insolation pendant les préparatifs d’une crémation où finalement je ne suis pas allé… les Balinais y étaient toujours aussi balinais, la musique bordélique, les danses nécessaires et ignorées par tout le monde, le wayang pareil. Tout y est, non pour être regardé, mais parce que c’est nécessaire. La reconnaissance n’est pas dans les applaudissements d’un public qui se flatte d’être là au bon moment, au bon endroit, mais dans la nécessité de chaque chose, au bon endroit, au bon moment.

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mais l’expérience se fait vraiment nouvelle aussi. Grâce à quelques contacts, je peux repasser du temps avec de vieux amis français qui vivent depuis longtemps à Bali et avec qui on refait le monde. On s’amuse de nos échecs successifs, on s’énerve de l’inertie, des nouveaux travers, des blocages incompréhensibles, mais je découvre aussi comment leur art a évolué, tel Jean Philippe dont j’ai découvert les deux enfants… et les peintures hier…

ou Greg Made Bagus, compositeur français qui crée un spectacle à Bali, les KoBaGi… J’ai toujours détesté les créations nouvelles à Bali, souvent, c’était plaqué et ça sonnait faux mais j’ai pu assister à leur répétition de nuit sous un auvent de tôle, à la lumière d’un misérable néon… ce spectacle, mêlant cak et percussions balinais avec des “sons” corporels est réellement très très intéressant. Et pendant les deux heures de répet chaque soir, ils se marrent!

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Le vieux con apprend donc à comprendre Bali, ses chrétiens, ses hindous, tous aussi compliqués les uns que les autres, tous aussi accueillants les uns que les autres… au programme maintenant, passer le cap des suées et coups de froid et retourner chez les chrétiens… une homélie dimanche s’impose!

vendredi 16 juillet 2010

l'effet waikiki

gereja kuta parfois, ça arrive comme ça, d’un coup, sans être prévenu. On rentre inopinément chez ses parents, on se retrouve dans sa chambre d’avant, celle qu’on n’utilise plus depuis des années, celle qui n’a pas trop changé ; les parents la laissent avec son charme post ado, début étudiant, et, en voulant ranger ses vêtements dans les tiroirs, on voit, dans le fond d’un de ce derniers un vieux sweat-shirt waïkiki, ou fruits of the loom qu’on avait délibérément laissé en plan, là, il y a quelques années. Un coup d ‘œil pour vérifier que la porte est fermée, et on passe le sweat… déformé, trop petit, mal foutu, bref, le souvenir prend un coup de vieux. Mais dans le même mouvement ressurgissent les souvenirs de soirées, de moments partagés, de cadeaux, de coups de gueule, énervements, sourires liés à cette époque… Tout va très vite, les noms, l’attitude… comme si on revêtait son propre passé de guingois.

Retourner dix ans après à Bali a un petit effet waikiki… Avec la langue reviennent très vite des visages, des relations, des sourires. On se souvient brutalement de untel, on vous parle de telle autre qui vous était sortie de l’esprit, on ressent des tensions, des sensations oubliées. Le plus surprenant, c’est la rapidité avec laquelle tout revient en mémoire. le bon goût n'est pas le fort de l'église indonésienneAprès cette arrivée un peu sportive, ma première action balinaise, juste après la douche matinale aura été la messe paroissiale de 6h. C’est un passage obligé, mais je me surprends à savoir encore mot pour mot le Notre Père, reconnaître les intonations du supérieur de jadis, et sa manière si particulière de raconter des histoires au message à peine caché. C’est surprenant, à 6h du matin, quand on s’est couché il y a à peine 3 heures, de voir autant de monde. une bonne quarantaine de paroissiens, fidèles, à cette messe matinale.  L’église de Kuta est grande, luxueuse, et le presbytère tout autant. A Kuta, il y a de l’argent, des touristes, des fidèles…

D’ailleurs, ce matin, je suis plongé illico dans cette ambiance particulière du monde indochinois. Une famille se retrouve pour les 40 jours suivant la mort d’un des proches. Après la messe, tout le monde s’assoit pour partager un sachet de riz avec des condiments. ça faisait longtemps, et c’est vraiment bon ! Pendant le repas, les prêtres, religieuses, famille écoutent patiemment, le père de famille raconter avec force blagues ses idées sur la religion, et comment il avait fait comprendre à des sœurs, il y a quelques années que la religion c’est bien, mais l’esprit d’entreprise et la famille, ça compte énormément aussi. Il y a toujours eu cette tendance, dans certaines familles –notamment indochinoises- à ne rien faire passer au dessus des affaires, quitte à se racheter à grands coups de donations une âme paroissiale un peu après. Je m’étais beaucoup agacé de cela il y a dix ans, ça me hérisse encore! Une fois le compte d’histoires patiemment écoutées, chacun se sépare pour retourner à ses occupations. Il est 8h du matin, je suis maintenant accueilli à Kuta.

Le curé ici, c’est Romo Hadi, mon ancien supérieur du petit séminaire où j’étais en poste. Il n’a pas changé. C’est un homme droit qui dirige de main de maître, sans appel, ses subordonnés. Il décide de tout, sourit devant, commente après. Pour un européen, ce n’est pas toujours facile à vivre, surtout quand on reste deux ans… mais comme invité, ça reste intéressant. A peine sorti d’une rencontre avec le vicaire qui trouve que les T-Shirts à l’église sont trop courts, je me retrouve embarqué part le P. Hadi à l’évêché, puis en ville… Rien à dire… juste à suivre; En moins de 24h, je finis par rencontrer l’évêque, des mamans qui avaient aidé au moment des événements au Timor et qui se rappellent de mes traductions sportives, d’anciens élèves devenus séminaristes, bref le petit monde catholique, qui s’organise à côté du monde hindou…

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replonger dans son histoire, c’est vraiment apprendre à aimer ce qu’on a été pour savoir ce qu’on est devenu!

jeudi 15 juillet 2010

flight n°CX633

IMG_6443 Les temps de passage sont toujours une aventure, plus ou moins sous contrôle. Les premiers pas dans la vie de foi autonome sont assistés par les retraites et célébration de profession de foi, ou les grands camps d’aumônerie qui vous emmènent, solidement encordés, sur les premières crêtes spirituelles. A la mesure de toute une vie ce ne seront peut-être que des monticules, mais on garde le frisson des premiers vertiges, quand bien même ils ne furent pas si vertigineux.

En matière de risque calculé, les voyages en avion se posent là. On transite d’aéroports luxueux en devantures d’échoppes tape-à-l’œil, on vérifie toutes les 3 minutes votre bagage, il y a presque plus de policiers que de passagers… tout est inscrit sur le billet. Une fois en vol, nourriture, divertissement, voyage, tout se déploie en temps utile, en temps utile… ou plutôt en temps tronqué.

Par le hublot, à 11 000 mètres d’altitude, les pays, la nuit, deviennent points lumineux, les fleuves de fines bandes claires et interminables, les montagnes des terrains vagues. Et l’on se surprend à rêver d’immobilité sur les terres traversées à 1000 km/h. Mais le voyageur scotché sur son siège, aventurier immobile à grande vitesse, se laisse transporter jusque dans de nouvelles contrées, et les heures disparaissent aussi vite que les kilomètres.

IMG_6451 Dans l’avion c’est une surprenante cohabitation d’histoires, de récits, d’attentes et de voyages. Certains rentrent, investissent, se délassent… Le ton reste feutré, moquetté, on perd quelque peu ses repères. Le temps d’un somme et la Chine se déploie sous les ailes, passionnante, intrigante. A 11h de la France, on découvre en descendant vers Hong Kong les reflets rouges d’une mer constellée d’îlots surexploités et de cargos. La première impression de Hong Kong est donnée par les personnels de santé qui vous scrutent derrière leurs masques verts à la descente de l’avion, thermomètre  à la main, puis par la foule patientant de ci, de là, ordinateur ouvert, wifi allumé. Autant CDG Paris est efficace et austère, autant celui ci semble attentionné… et surveillé, comme en témoigne le planton des toilettes.

Au bout de quelques heures, j’embarque à nouveau, pour Denpasar cette fois-ci. Voisinage sympathique avec un pakistanais en voyage avec sa famille, pour débarquer au bout de cinq longues heures dans l’île des dieux.

Je n’étais pas sûr que quelqu’un vienne me chercher… impression vérifiée, je hèle donc un taxi, pour me rendre à la paroisse de Tuban Kuta, Il est deux heures du matin, un garde regarde la télé à l’entrée. On essaie une porte ou l’autre, toutes fermées. On dégotte donc un matelas dans une grande pièce qui sert de rangement. La première nuit sera roots, ça me va. A peine 3 heures et quelques de sommeil plus tard, c’est la messe. Le temps d’une douche dans la salle de bain version Bali (un wc, un bac, une casserole) et l’aventure balinaise pourra commencer.

ça y est, je suis rentré !

PS: j’ai peur qu’en récupérant aussi rapidement la langue indonésienne, je perde par le même mouvement l’usage du français…

lundi 5 juillet 2010

aventures estivales

banniere[1] Vous qui venez souvent, ou qui passez pour une première fois, vous l'avez peut-être maintenant oubliée. A force de la voir, elle a parfois disparu... Mais pourtant
Cette petite bannière, je l'aime bien. Une police appliquée, un peu (trop) de texte, des mots choisis, un projet.
des photos de Bali, de jeunes, de croix et de sacristies, un peu de lumière, un photographe qui ne se laisse pas regarder, mais regarde avec...
un livre ouvert, un début d'écriture, quelques lectures
le tout posé sur quelques ombres

pour que cette bannière garde son sens, il est temps de me remettre en route, pour de beaux projets estivaux. Quelques jours à Pontmain avec des collégiens viendront en chiasme avec d'autres jours à Lourdes pour des lycéens, aux deux bouts de l'été. Entre temps, je retourne à Bali, l'île d'il y a dix ans, celle de la coopération, du début du beau, de la photo, je retourne voir les amis, les chrétiens, l'île des dieux. un mois.

Je raconterai peut être un peu, ici, quelques rencontres, quelques regards, quelques vies.

Je raconterai sans doute sur le site du Jour du Seigneur quelques éclats de vie balinaise, en récits racontés, pour vous faire entendre les pulsations d'une Eglise qui vient de fêter ses 75 ans, dans ses forces, et ses recherches...

bref, je serai moins régulier, mais je vous partagerai un peu de ces regards qui vont m'habiter. Sur de nouveaux chemins inattendus et imprévisibles.

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vendredi 2 juillet 2010

du retard dans l'eschatologie

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en fait, c'était plutôt, "si ça fait du bruit cette nuit, je me lève...". Et pas cool, ils font du bruit.
minuit – 1h – 2h – 3h – 4h (là je suis plus sûr) – 5h  – 7h le réveil.
pas le temps pour les idées géniales.
sobre messe, assis dans le sable, la marée montante.
saynètes actualisées des Evangiles de la femme adultère, des talents, du Bon Samaritain
partage des psaumes autour du feu, une bougie à la main, entre les braconnes et les marshmallows.
Bons moments qui en appellent un autre: pouvoir me coucher.