samedi 27 novembre 2010

Ca sent le sapin - 34TOC

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Chaque fois que le lectionnaire est en bout de course, à quelques pages de la couverture, je me dis qu’on touche au but, qu’on a enfin fait le tour, et qu’on voit enfin où tout ça nous mène. Projet mené à terme. En même temps, je me trouve con. Le bouquin est fini et j’ai à peine compris, et pas vécu grand chose, et malgré le temps qui passe, moi je suis resté là, scotché dans un coin. Plus d’une fois, j’avais même déjà oublié les paroles entendues de la Bible avant de tourner la page, et même mon homélie me passait dessus.

Sauf que la couverture de mon lectionnaire est unique, qui relie la fin au début, et le début à la fin, comme les lectures si liées des derniers dimanches de l’année et des premiers de l’avent. ça met dans l’eschatologie le concret de l’attente d’un enfant, et dans Noël des enjeux de fin des temps. Pour apprendre à croire, j’ai besoin de plus de trois ans, parce qu’il me faut toute une Histoire pour me laisser apprivoiser par le Récitant.

J’aime bien le temps de l’Eglise, qui veut me faire devenir enfant, et oublier le vieil homme, tout en mûrissant le don discrètement déposé en moi. 

1avent A

c’est reparti, vieilles attentes renouvelées, nouveau commencement pour les baptisés.

samedi 20 novembre 2010

privilégié

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_356Les prêtres sont pauvres.

Enfin, pour être exact, nous faisons le choix d’une certaine simplicité, manifestée par un budget limité et un mode de vie sans prétention. Si nous ne sommes pas si pauvres, nous n’avons pas les moyens de mettre de côté. Simplicité, donc. Mais quoique je fasse, quoique je veuille, je fais partie des privilégiés. J’ai une voiture banale mais pas trop vieille que je ne répare pas tout le temps, un logement plus que décent où j’habite seul, un accès à la culture et un background livresque conséquents, je sors, lis, mange équilibré, m’intéresse à l’actu, bosse. Je me permets même de voyager, pour visiter des coopérants. Je mène des projets, rencontre des personnes passionnantes, et ai même parfois l’impression de pouvoir un peu les aider. J’ai un réseau de copains un peu partout.

Bref, je suis un faux pauvre. Vraiment. Et le pire, c’est que ça ne me coûte pas cher. Le ciné vieillot où je vais coûte 6,50 et pas 8,10 comme dans le multiplex, les fruits et légumes à cuisiner, c’est moins cher que le tout prêt, j’emprunte des livres, achète ceux que je veux garder, lis de tout mon saoul blogs et chroniques, et même mon abonnement téléphonique est beaucoup moins cher que l’I-truc, sans parler des 30€ que je laisse à free histoire de vous baratiner.

Il m’arrive de croiser la fine fleur de la société, de notables en personnes brillantes, des érudits, des passionnants, des riches, des philanthropes, ou pas. Même bosser avec eux. Mais nous ne sommes pas des abbés de cour, et je croise tout autant, à pas mal de moments de leur vie, toutes sortes de gens, de la plus grande difficulté à la vie “habituelle”, des middle class, des déstructurés, des pauvres, sans métier, sans avenir, sans espoir. Je les croise dans les joies de leurs engagements, dans les peines de leurs deuils, de leurs messes anniversaires ou dans la continuité de leur vie de foi. Mais si je les côtoie, les rencontre et apprends d’eux, je les croise dans l’exceptionnel de leurs vies, quand je les vois, ils viennent sur mon terrain. Celui de la foi, des choix, des mots. Même quand je vais chez eux c’est pour les côtoyer sur un terrain qui est le mien, beau, mais loin de la routine du quotidien.

Le vrai lieu de mixité sociale, outre le marché du matin, c’est un endroit où je ne suis quasiment jamais le bienvenu, où je suis un oiseau de mauvaise augure, celui qui annonce la mort. On ne demande bien souvent la venue d’un prêtre que quand les malades ont sombré dans le coma. N’empêche, dans les ascenseurs des hôpitaux, tout le monde monte. Pour un frère, une sœur, une mère, grand mère, malade au long court ou en derniers souffles, même pour une naissance. On y naît, on y meurt. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours l’impression de voir des gens que je ne vois jamais ailleurs, ou qui disparaissent de la vue dans le flux des villes, depuis leur fond de campagne ou de quartier, invisibles de pauvreté. Je les croise à l’hôpital sur leur terrain, comme sur le mien. On ne tombe pas plus malade quand on est riche ou pauvre, on meurt tout autant, ou alors si, on y est plus quand on a rien parce qu’on n’a pas les moyens de faire attention à soi. Et là, on se côtoie, à défaut de se voir. Un sourire. Un étage. Une minute. Cinglante.

A vrai dire, tout cela est remonté dimanche dernier. Au ciné. J’avais célébré 4 messes dans le week-end et un baptême. Une messe le samedi soir, deux le dimanche matin, puis un baptême. J’avais fermé les portes d’une sacristie à 13h45 pour en rouvrir à 18h pour la dernière du dimanche soir. Il était 20h et je voulais voir un film de rien, un film sans pensée, qui tape, se laisse voir. Je suis allé voir Unstoppable, au multiplex. Place chère, et à l’heure dite, deux péquins dans la salle. 10 minutes plus tard, nous étions une trentaine devant l’écran. Devant moi, 5 jeunes tapaient dans des boîtes de pop corn en gloussant, derrière, un papa réitérait sans cesse à son fils qu’il avait de la chance d’avoir un papa qui l’aime et le chouchoute comme ça. Un couple se pelotait aussi, derrière. Je vais au ciné en esthète, je suis le genre à rester jusqu’à la fin du générique, bouquiner avant le début, attendre patiemment de goûter le moment. Là, on avait des pubs exaspérantes, et du bruit. Le film était mauvais. Ou plutôt efficace. C’est ce que j’attendais de lui. Ce moment n’a rien ouvert. C’est là aussi une autre pauvreté. Et finalement, ce soir là, j’y ai été plongé dans un monde qui m’échappe. Sans sens. Et je ne les ai pas tant compris.

Ces rencontres, au loin de chez moi, me perdent tout autant qu’eux.

peut-être pour poser la question du vrai précieux.

parce qu’on ne semble pas, apparemment, en se côtoyant, le partager.

vendredi 19 novembre 2010

feu et eau (#900)

(pardon par avance pour le coup de gueule, mais bon, ça ira mieux en le lisant, je ne doute pas que les décisions prises dans ces situations le soient "au plus juste" et "pour le mieux"... c'est juste qu'on découvre, de l'extérieur, que ça sonne un peu "pas si juste")

Parfois, parce qu’ils sont plus dou(cereu)x, plus évocateurs, moins violents, on remplace les textes des inhumations par des méditations, attribuées par l’omniscient internet à des auteurs plus ou moins célèbres, de William Blake à St Augustin (paix à leurs âmes). Ils sont souvent jolis comme des textes de Christian Bobin : jolie image, joliment tournée, avec un je ne sais quoi de joliment… désagréable. Je pense notamment à ce texte sur la pièce d’à côté, et surtout au bateau qui disparaît à l’horizon. Je comprends qu’ils soient parlants, ils disent l’absence et la non disparition… mais ce matin, j’ai compris pourquoi ils étaient finalement “urticants”.

Ce matin, l’enterrement, c’était celui d’un ancien pêcheur (je ne fais pas de faute d’accents, là)… et l’intention de prière inhabituelle, au cours d’une messe très très très préparée, était pour les hommes ayant péri ou disparu en mer. Cimetières aux tombes vides des bords de mer, vous égratignez la mémoire et la fidélité. Vos tombes sans corps sont encore plus violentes.

Il nous fallait votre corps pour entretenir notre mémoire, garder le sens de notre blessure, nourrir notre attente et notre espérance.

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alors par pitié, arrêtez de jeter vos cendres n’importe où, faites mémoire, et cessez ces méditations à court terme.

On a besoin de chair pour aimer. Elle a son prix, même avilie.

voutch incinération

lundi 8 novembre 2010

un cœur qui (me) bat

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_107Je connais mal la ville où je suis.

Je la connais mal en prenant toujours les mêmes chemins pour aller d’un point à l’autre, cernant de mes habitudes des ilots d’ignorance floue. C’est ainsi. Au début, on erre en quête d’une boulangerie, puis les repères se posent et l’on saute de l’un en l’autre, sans surprise, efficacement. Il y a tant à découvrir dans la tâche pour ne pas se laisser perdre.

sauf quand inopinément la rupture se fait:

quand il faut aller non pas “à” mais “chez”, quand on ne se satisfait plus de directions, on gratte dans les pâtés de maisons.

ou encore allant à la gare, à pied un jour de grand froid, on évite les espaces découverts, on guette les raccourcis, suppute une allée pour s’éviter une risée. Ce n’est guère pourtant de l’errance, c’est de l’efficacité. et au détour d’un pas pressé, dans le renfoncement d’un bâtiment, sous le auvent hasardeux et sans attrait d’une entrée fermée, on aperçoit un tas de couvertures, pimpant, et quelque part en dessous un homme, dormant, à peine. Il n’est pas là car tout le monde l’ignore. Il n’est pas là car je ne pouvais le voir. Il n’est pas là et pourtant…

Il a déchiré ma certitude de son absence dans mon quotidien. Il est un cœur qui n’a pas encore cessé de battre.

Ma ville va mal et je ne le savais pas,  

et je comprends mieux ce pincement, discret, que je ne m’expliquais pas; cette vibration en contrepoint.

qu’il en aille de même dans mon existence me transit.
Qu’ai-je laissé mourir, oublié, au détour de ma vie,
allant au grand pas de mes engagements?

samedi 6 novembre 2010

Notre ombre n'éteint pas le feu

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le tout n’est pas de vouloir la voir disparaître, mais de l’emmener avec soi là où la Lumière saura quoi en faire

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On espère toujours pouvoir maîtriser son image en se composant un visage. Hélas ou tant mieux, le même visage parle sans nous, et le corps avec lui. On ne le perçoit pas mieux qu’on n’aime sa propre voix… Il paraît même que ce n’est pas la même région du cerveau qui commande le sourire de plaisir ou celui travaillé pour les photos. D’où ces différences si notables, et ma quête des sourires qui ne sont pas adressés. Mais au-delà de notre corps, même dans la plus belle lumière, nous traînons nos ombres et nos reflets, qui passionnent tout autant le photographe. Ils sont simplifiés, et distordent ce que nous voudrions polir. Ils nous composent aussi, peu importe les latitudes où nous les baladons. Certains nous réduisent à nos ombres, d’autres à nos reflets, ou encore à ces clichés de nos vies, à un instant donné. La part de Dieu nous remet en histoire, unifiant en mouvement l’ombre et la lumière, l’aimable et l’aimé, le résistant et le pardonné.

le titre est d’Eluard, le dessin de Xavier Gorce et la photo de moi

lundi 1 novembre 2010

Sa Sainteté le Pape Ossible I

Dans un voyage en absurdie
que je fais lorsque je m'ennuie
j'ai imaginé au hasard
qu'un matin je coiffais la tiare
que je vivais l'étrange étape
d'être un pape

imagepape des années 80
mais pape qui canonis' des saints
ayant réussi l'amalgame
de l'autorité et du charme
d'un mot il vir’le communisme
d'un autre plant'le capitalisme
il fait flores dans les medias
rassemble les jeunes en très gros tas

pontife des années 2000,
en théologien indocile
menant la vie dure aux médias,
à force de rester très droit,
en encycliqu’, pro charité
et dans l’Eglis’ en vérité
osant l’défi d’la communion,
et dla vérité même au fond…

paape, être un paape…

mais faut le dire je n’serai pas pape,
j’aime trop coller au quotidien,
agir petit, parler aux gens,
et les aimer quotidiennement,
je ne suis pas assez costaud
pour prendre les coups, garder mes mots,
et surtout il me faut l’avouer,
la soutane me fait pas triper.

dring. réveil. ouf.

Je ne connais pas tant (car j’en connais, certes) de prêtres qui désirent être évêque, ou pape. Il y a dans la figure du prêtre une proximité, un accompagnement, un quotidien, qui nous lie au peuple que l’évêque nous confie. En outre, nous sommes membres d’un corps, sacerdotal, quand l’exercice de la responsabilité pastorale apostolique se vit finalement beaucoup plus solitairement… J’aime pianoter des idées simples sur mon clavier sans être montré du pérepiscope vengeur, j’aime célébrer sans fête sans n’être que de tous les grands raouts, j’aime vivre au quotidien, prêcher, célébrer, accompagner, pour ne jamais désirer accompagner ceux qui le font. Leur tâche est rude, je ne leur envie pas. Mais, c’est probablement dans la même logique du oui que j’ai prononcé qu’ils ont eux aussi accepté. Plus tu acceptes de responsabilités, plus les mécontents savent montrer les dents. Qu’on me donne une vie simple, pour répondre, depuis ma sombre campagne, avec ceux qui me sont donnés, au bel appel de Sainteté.

en plus, c’est définitif je déteste Sardou.