vendredi 31 décembre 2010

de perfectione

image

il a une jolie mâchoire carrée

une soutane tout ce qu’il y a de plus ajusté

il beau, il est fort, et le sourire convaincant.

c’est un prêtre, un vrai, au catholicisme militant.

La grandeur de l’Eglise se voit dans son regard, la sainteté lui serre le col, il a la prière coincée derrière l’oreille, tout à son lectionnaire, son bréviaire et son homéliaire. Il fait saliver les plus midinettes, et son célibat brille à la face des nations. Il pense en CEC, ou en conciliaire, mais pas uniquement le dernier, tous, et surtout les premiers. Il obéit sans faille à son évêque, écoutant avec ardeur les tenants ultramontains d’une foi sans mélange. Il pourfend l’athée, le tiède, le sentimentaleux, le moderniste, le franc mac, le relativiste, le genderiste, le laïc-qui-voulait-être-plus-que-brebis. Il est tout attaché à l’autel, par devant, par derrière, et distribue avec bienveillance et rigueur les sacrements. Il est déjà un peu du ciel, la morale est son bâton. Le cas de conscience n’est pas son problème car il est tout entier plongé dans la Vérité. Son austérité choisie le laisse dans la joie de ceux qui sont sur le Chemin, et ne sauraient s’en éloigner.

* * *

imageil n’a jamais mis de col romain, il est comme nous, il est si proche,

ce n’est pas un aficionado du latin, mais connaît la Bible, et nous en rapproche

avec lui, on a moins peur, on peut lui parler, soulager notre cœur, il ne garde rien pour lui, brille d’amour de son Seigneur, de son Jésus, qu’il amène en douceur. Sa prière est discrète et ses mots choisis, il est même délicat dans toutes ses homélies. Il a des copains partout, en usine, des athées, il a même dû un moment côtoyer les camarades CGT. Certes il gueule parfois, ou ajuste des liturgies, mais il est tellement bon que tout le monde le connaît. On parle de lui, et de toute son équipe, bras cassés, malheureux qu’il a remis en route, et qui au service se découvrent une mission, faire de l’Eglise un corps, un accueil, une communion. Il est le prêtre gentil, et proche, et pas pénible, qui ne rabâche ni caté, ni canon, ni dogmes, mais donne à connaître le Christ, et donne place à chacun, surtout au prochain trop lointain, dans sa mère, sa sœur l’Eglise.

* * *

Les uns, ou les autres sont les prêtres que nous aimons, qui nous font aimer l’Eglise en laquelle nous croyons en Dieu.
ou alors celle et ceux que nous méprisons.

 

mais je voudrais qu’on aime beaucoup plus qu’on respecte
ceux dont la brisure nous inquiète sans nous faire rêver  
à une vie où la sainteté, de ce monde, serait être parfait,
ces hommes à la chair fragile, en rupture de puissance,
que notre bienséance habille de mots prudents, en toute décence.

peut-être en connaissez vous, aussi,
pas à tous les instants, ou par toute leur vie,
de ces prêtres rudes à l’accueil, bourrus, inaccueillants,
prêtres homosexuels, ou à la séduction et la sexualité mal ajustées,
prêtres ayant des problèmes avec l’argent, le pouvoir, le nom ou l’habit,
qu’ils se cachent apeurés derrière un col romain désexualisant,
ou n’assument tellement pas leur ministère qu’une croix minuscule n’habille leur revers
prêtres dépressifs, ou plus encore, abîmés dans une longue dépression chronique
noyée dans la bouffe, l’alcool, ou les objets de transition
et je ne vous parle pas des amis prêtres qui, pour ne pas mourir, ont quitté le ministère
vous laissant désemparés, et ne sachant que faire. Lâches? honnêtes? Infidèles? ou amis encore…

nous leur faisons payer leur manque de perfection, en déguisant de figures de style nos gueules cassées, qui ont cet écho dans leurs vies mal données.

de même que chez les riches et le gotta on ne meurt de cancer, mais de longue maladie, on les isole de notre bienséance, au lieu d’apprendre de nos faiblesses.

La Sainteté n’est pas affaire de perfection,
mais de salut reçu, dans tous nos instants plus ou moins donnés.

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_596

j’écris ces lignes un peu rageuses en repensant à 3 mots ou événements…
à Fabien, prêtre de mon diocèse, qui dans son témoignage lumineux disait “ lorsque j’ai eu 35 ans, j’ai pris conscience que Dieu nous choisit avec nos fragilités et nos petitesses. On doit trouver sa joie dans sa vie fragile”. (vidéo mise en ligne dans le billet du 8 décembre 2010)
au costard que certains bien pensants taillent à mes confrères pas assez parfaits à leurs goûts sans concession,
à l’emphase liturgique de la Nativité cette année, trois encensoirs qui se balançaient, pour faire parfait, dans une chorégraphie d’autant moins facile à digérer qu’elle finissait asynchrone, pendant qu’on élevait simplement le corps du Christ sur l’autel. J’aurais préféré qu’on ne soit que ce qu’on était…

mercredi 29 décembre 2010

Pognon, le jeu !

Blogdavidlerouge-66

Blogdavidlerouge-68
Blogdavidlerouge-69
Blogdavidlerouge-70
Comme tout le monde, à la maison, c’était la période des cadeaux, des jouets super géniaux. Mon neveu a adoré le “tamion de papiers” playmo,
Blogdavidlerouge-67
mais pognon.1281446021.jpgje me permets de vous citer “le jeu de l’année”, selon moi, par vidberg, qui eut fait bonne figure face à celui “du ski” (où il faut faire des monopoles sur les ressources de pays afin de se faire des couilles en or) Blogdavidlerouge, le jeu de Vidberg hélas n’existe pas (encore) (en jeu)…

207_jeudelete.1280479010.gif

      • 2 à 4 joueurs
      • Âge : 10 ans et plus
      • Durée d’une partie : entre 5 et 10 minutes
      • Matériel : 10 billets de 100 euros, 10 billets de 500 euros, 50 billets de 1000 euros
        56 cartes actions d’une valeur comprise entre 5 euros et 1000 euros
        4 cartes “rôles”

cartes.1281446437.gif

les 4 cartes rôles

    • Mise en place : Chaque joueur reçoit une carte rôle.
      Au début du jeu, le joueur qui a tiré la carte “Maurice” dispose de 100 euros, celui qui a la carte “Alphonse” 1000 euros et “Warren” prend le reste de l’argent disponible.
    • Déroulement du jeu :
      Achat : Une carte action est retournée sur la table. Les joueurs enchérissent de la somme de leur choix pour acheter l’action. Quand plus personne ne souhaite surenchérir, celui qui a misé le plus peut prendre la carte action et la rajouter à sa collection. L’argent qu’il a enchéri retourne à la banque.
      Note : il n’est pas nécessaire de miser autant que le montant indiqué sur la carte : une action d’une valeur de 1000 euros peut être acheté 100 euros si personne ne souhaite payer davantage !
      Quand une action a trouvé acquéreur, une nouvelle est mise en vente.
      Vente : À tout moment, un joueur peut vendre à la banque une action au tarif indiqué sur la carte.
    • Fin du jeu :
      Quand Warren a acheté toutes les actions ou qu’il n’a plus envie de jouer, le jeu s’arrête. Warren est déclaré vainqueur, Bob doit ranger la boîte.

action.1281447190.gif
Une carte action

ligne.1243858154.gif

dimanche 26 décembre 2010

Radio off(r)ense

larcenet - message chiant

ami journaliste, toi mon ami, mon frère,
toi dont la voix ouate mon appart’ à longueur de journées
habillant le silence de ton babil léger,
toi qui viens ponctuer chaque heure de tes infos en  tous genres,
surtout quand je me réjouis d’avoir entendu François Morel,
Ivan Levaï, Kathleen Evin ou la délicieuse émission “sur les épaules de Darwin”,
qui me rendent plus intelligent et le sourire aux lèvres,
pour l’an qui vient, permets moi de t’adresser tous mes souhaits les plus sincères…
histoire que tu arrêtes de faire de la merde pour me la coller entre les oreilles.

quand, sur France Bleu, tu interviewes mon évêque, en ce joli temps d’esprit de nowel, d’un “Stanislas Lalanne Bonjour” suivi de “Monsieur Lalanne” à répétition
permets-lui de ne pas t’apprendre la bienséance en te reprenant. Mais permets moi de tiquer. Tu n’oserais sans  doute pas omettre un “Maître” à un avocat, un “Docteur” à toute blouse blanche et je gage que tu n’appelles pas ton boss “Ma couille”. Alors par pitié, “Père”, “Monseigneur” ne sont pas une telle atteinte à ta laïcité toute intérieure

Et quand tu t’esbaudis que le pape (que tu devrais peut-être appeler Monsieur Seize, qu’on rigole) parle de la paix à Noël, ce qui pourtant doit être le sujet le plus éculé (rappelle-toi les panneaux affreux que les dames caté faisaient pour illustrer la première lecture de ton enfance), ne joue pas les vierges effarouchées que le pape désire avec des mots “tranchants” “voir disparaître les manteaux tâchés de sang” parce que, sinistre buse, c’est une citation in extenso de la première lecture qu’on lit tous les nowels depuis avant ta naissance. Si t’as pas entendu les guillemets, achète-toi des oreilles.

Et je n’ose imaginer ce qu’a évoqué pour toi le fait que j’aie pris dans mes bras la statue de l’enfant Jésus de la crèche pour mon homélie. Je crains le titre demain “les curés en mal de bébés”, “encore un enfant tripoté” quand je disais à ces 80% de nouvelles têtes de la messe des familles que la foi c’est comme prendre un bébé dans ses bras, on s’en croit incapable tant qu’on ne l’a pas osé.

ami journaliste, fais un effort. merde.

mercredi 15 décembre 2010

respire

Arbres, éclairs noirs sur la lèvre inférieure du ciel. Hiver, si près du rien

Blogdavidlerouge-55

Décembre – le ciel a fait de la terre son enclume, bas, très bas;  les arbres aux orées entrecroisent leurs cris. Incapable de s’insurger ni de soulever franchement la nuit, le jour passe, lourd comme un fer. A rendre l’âme. Il n’est que de s’asseoir, et de laisser passer sur soi ce fer, passer en soi la suie, laissez opérer tout bas a grâce de l’obscur, car en ce Temps l’obscur lui aussi a sa grâce.

Blogdavidlerouge-54

Avent – Simplifier notre vie, styliser notre ciel jusqu’à n’avoir plus d’autre décor qu’une étoile, une étoile aussi claire que la voix intérieure qui nous en annonce le lever.

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_481

Dieu n’est pas seul à entrer en nous, à s’infiltrer en nous par l’oraison. Les choses entrent en nous par là, elles aussi: et le bougeoir, et la cloche, et le soir qui tombe, et l’arbre dans l’embrasure de la fenêtre, l’arbre nu qui tombe sous le coup du soir, tout doucement. Toutes ces choses là ne nous distraient pas de Dieu; au contraire, elles le tirent après elles. Dieu entre en nous sur la pointe des pieds, dans la foulée des choses, emboîtant pour ainsi dire le pas des choses qui passent notre seuil. Imperceptiblement.

François Cassingena Trévedy, Etincelles I, premières pages.

dimanche 12 décembre 2010

administration des sacrements

afin de faciliter les procédures d’acte de contrition.

original

PS1: Adam ne sait pas écrire, il signe d’une croix
PS2: on lira mieux en cliquant sur l’image
PS3: on trouvera en pièce jointe un document vierge, à remplir par vos soins, il est déjà signé par le récipiendaire

PS4: document en étude, pas encore avalisé par la commission sacramentelle du Vatican.

mercredi 8 décembre 2010

désaturation

Blogdavidlerouge-51

Globalement, ce sont des teintes de gris…
visages pâles, costumes anthracites,
vestes perle, beige, sombres,
ça et là, quelques cheveux noirs
dénotent sur le luisant des calvities ou des tonsures blanchies.

Blogdavidlerouge-49

A mieux y regarder, l’ensemble est hétéroclite
à peine trentenaires , ou en fauteuil roulant,
plein d’allant, de sourire, ou fatigués,
il en manque, certains n’ont pas pu venir, d’autres sont partis…

Blogdavidlerouge-50

Trois nouveaux ordonnés de l’année,
et quatre prêtres africains, en mission nouvelle ici
qui nous partagent leur regard sur l’Eglise que nous aimons.

“je suis passé d’une Eglise chantante à une Eglise méditante” (Bien vu, Edgar)

Blogdavidlerouge-48

j’avais peur de ne pas être bien reçu…
Nous sommes, nous aussi, bien souvent dans une Eglise qui a peur de ne pas être bien reçue.

Blogdavidlerouge-45

Il n’en reste pas moins que la parole de ce petit presbyterium diocésain coutançais
avec ses forces et ses faiblesses, dont je suis,
vibre d’une voix unique quand il partage, célèbre, réfléchit, prie

Blogdavidlerouge-46

dans toutes les dimensions, communie.

Blogdavidlerouge-47

ce billet me permet de vous partager une vidéo bluffante, dépouillée, belle et touchante,
pour aller jusqu’au cœur de la joie de nos vies de prêtres
ce n’est pas vendeur, ce n’est pas accrocheur, ce n’est pas tapageur,
c’est une douce demie teinte de vies de prêtres
de mon diocèse,

ils sont la parole que je ne saurai jamais tenir.
sans Lui.


LA JOIE D'ÊTRE PRÊTRE
envoyé par arcencielprod. - Plus de vidéos de blogueurs.

jeudi 2 décembre 2010

ecce homo

A quelques jours du billet redoutable d’Edmond Prochain, sur les messages que Dieu laisse un peu partout à notre intention mais qui nous semblent difficiles à écouter, je vous partage cette bd à propos du gentil et souriant Jésus.

612531959

en fait, je ne suis pas aussi pessimiste sur la transmission de la Bonne Nouvelle et du message évangélique. Le message est plutôt globalement bien passé. Et si certains irréductibles s’acharnent à le réduire à de la haine, c’est loin d’être le cas de tous.

Je crois profondément que l’Evangile, tel qu’il est transmis par l’Eglise, et la figure du Christ qu’elle nous dévoile sont les mêmes depuis l’origine, enrichis de leur réception par cette communauté d’hommes qui se reconnaît de Lui. Néanmoins, il est vrai qu’il est plus facile de l’écouter quand on est dans les clous, entre les bornes que l’Eglise a posées pour jalonner le chemin. On peut sinon, à peu de frais, se sentir jugé, exclu, avili. Si on oublie la miséricorde, la tendresse et l’attention personnelle du Christ, son amour immérité, alors tout cette morale pourrait paraître hyper violente, voire culpabilisante. Autrement posé, quand on vit avec une vraie tendance homosexuelle, comment accueillir le discours de l’Eglise qui vibre dans les oreilles? Certes, ce message est cohérent, porteur de vie et d’avenir, mais on ne choisit pas (ou pas toujours) sa sexualité, et la tension peut se faire vive. Que l’Eglise reste fidèle à la figure d’humanité transfigurée du Christ est nécessaire, qu’elle l’affirme à contre temps aussi est tout aussi important, et qu’elle en fasse un chemin pour celui qui s’en sent loin reste son enjeu.

La morale chrétienne est réponse à une expérience de salut, et qui nous invite à entrer par tout notre être dans cette dernière. C’était selon moi le sens de la prière de ce matin:

déploie, Seigneur, ta puissance
soutiens-nous de ta force,
afin que le salut retardé par nos fautes
soit hâté par l’indulgence de ta grâce.

Dieu ne veut que nous sauver, et nous nous rendons compatible à ce mouvement en  nous, ou pas trop à certains moments. Nous estimons que nous n'en valons pas le coup, nous nous immobilisons, boudant au bord du chemin, nous jouons de notre culpabilisation, de notre inertie, ou de notre droit à nous arrêter... quand il veut nous hâter. 

L’Eglise continuera d’affirmer la beauté du salut pour chacun dans le pardon
la beauté de l’humanité divinisée en Christ
et la foi que tous, chacun avec son parcours nous avons droit à cette humanité renouvelée. 

Que personne ne se sente exclu du chemin. Que je ne sois le pharisien…