lundi 28 mars 2011

QR Code

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le code disait donc: "D'aucuns dirent que les réseaux sociaux sauvaient de la solitude, ou encore fédéraient les libertés; ils ne font qu'accélérer un mouvement. Mais tout connecté sois tu, as tu pensé à parler à Dieu aujourd'hui?"

jeudi 24 mars 2011

pelleter des nuages

Dans la série des petites choses surprenantes qu’on trouve dans les églises, il y a certes les hygiaphones des confessionnaux, les embrouillamini des panneaux d’affichage, la sincérité des cahiers pour les prières des fidèles, et de petites installations comme dans cette église proche de Beaubourg.

Une simple question, en l’air

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et on baguenaude, le nez en l’air…

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et même si on n’est pas d’accord avec tout, on en sort, en quête de nuées…

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alors? où commence le ciel?

dimanche 20 mars 2011

Emerger des brumes, quérir le soleil

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Adolescent, jeune, épris de prière, je regardais sans envie les heures des moines, qui n’avaient dans leurs “trois huit” consacrées aucun instant livré à l’oraison. Comme si, tout à l’office, au travail, à la communauté, ils n’avaient plus de seconde à se taire, être là, boire au silence de Dieu, en silence, posé. Au lieu du silence, de la lecture, sainte certes, mais... 

Parfois aujourd’hui je cours, parfois moins, parfois surtout j’oublie de Lui ouvrir mes heures, même de grand matin, embrumé de sommeil, et pourtant reste toujours le désir d’être présent à Sa présence. Jeune adulte, prêtre, en orée de carême, je regarde maintenant avec envie les heures des moines qui usent leurs yeux aux signes des temps parlants, des lectures en lectio, des instants en silence. 

Pour un moine, l’oraison, la lectio, ce ne sont pas des minutes, ce sont des ouvertures élargissant chaque activité de Sa présence.

Faire de sa prière une lectio divina de vie…

ou encore, comme un projet de carême, tomber par hasard sur des vers d’Hugo, et repenser à tout cela... 

Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin,
Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin,
Se réveille, l'esprit rempli de rêverie,
Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie !
A mesure qu'il lit, le jour vient lentement
Et se fait dans son âme ainsi qu'au firmament.
Il voit distinctement, à cette clarté blême,
Des choses dans sa chambre et d'autres en lui-même ;
Tout dort dans la maison; il est seul, il le croit ;
Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt,
Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre,
Les anges souriants se penchent sur son livre.

samedi 19 mars 2011

I MissEl

Nous étions dehors, en pleine forêt, chemises uniformes, pour une messe scoute.

J’avais emporté “le matériel” dans le coffre de ma voiture ce dimanche après-midi, ils avaient préparé l’autel, c’était l’heure de la messe, mais si nous avions bien les lectures du dimanche, je réalisai que ni le diacre ni moi n’avions avec nous de missel. Or je ne sais pas célébrer “par cœur”. A dire vrai, je crois que je connais tout le canon de mémoire, mais cette mémoire s’appuie sur le texte que je veux continuer de lire, pour ne pas “réciter” (et il reste toujours la préface, les oraisons). Bref, nous étions mal… Le diacre sortit alors son Iphone de sa poche, et délicatement, pendant toute la messe, me le plaça sous les yeux, faisant glisser le texte en temps utiles… C’était une première. L’écran était petit, et la manœuvre acrobatique…

mais au vu de cette photo d’un choriste de la chapelle sixtine partagée par @baroquefatigue sur twitter

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de nouvelles possibilités s’ouvrent…

puisque mon missel est un peu corné, existe-t-il une appli “I-Missel” autorisée?

mercredi 16 mars 2011

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Cher Dieu,

Tu permets que je te tutoie, vu qu’on se fréquente depuis pas mal de temps, et que tu es, comme qui dirait, un intime? Même plus intime à moi-même que moi-même dit-on (jolie phrase dont on n’est jamais sûr de bien savoir ce qu’elle veut dire, mais qu’on dit quand même, parce qu’elle est sûrement vraie). Bon, en fait, tu es plus sérieux sur le côté intime que je ne le suis, mais bon, puisque tu es toujours là, même quand je suis ailleurs, ou absent, ou fermé, ou dérangé, ou occupé, ou tant d’autres choses, je reste convaincu de cette intimité. C’est presque déjà un acte de foi, hein? Donc je te dis tu. Note bien que je dis “vous” à des gens intimes aussi. Mais pour toi, je préfère ‘tu’, ça me permet de rester à ‘tu et à toi’, ce qui est pas si mal. “pouf pouf”.  

Cher Dieu,

Je t’aime bien, tu sais, et je trouve que tous ces petits messages que tu m’as adressés depuis quelques années étaient vraiment sympas. Ils ont un petit côté “sms du nouvel an”, envoyé le 1er jour du temps, et qu’on reçoit bien plus tard, au gré de la connexion au réseau. Bien des fois, je suis pas sûr de voir le rapport, et puis très souvent, ça tombe juste, comme il faut, pile poil, nickel chrome. Pour être franc, je dois en recevoir certains avant la date prévue, vu que je ne les comprends que bien plus tard. Tout le temps Parfois, j’en reçois en numéro caché, et j’ai encore plus de mal. Mais au bout d’un moment, je finis par comprendre et hop, le coup de grâce. Sans parler des messages que je zappe, récepteur sur vibreur, mais vie trépidante. Et puis, en plus des sms impromptus, il y a aussi les longs messages, et les silences parlants, mais parfois, je fais pas gaffe, et là aussi je les rate. Pardon. Pouf pouf.

Cher Dieu,

J’aime bien ta Bible, je la trouve sympa et bien écrite, parfois un peu obscure ou compliquée à comprendre mais ça va. Le jour où j’ai réalisé que tu savais manier les genres littéraires, via les gens qui ont mis toute ton histoire sur papier, j’avoue que ça a été plus facile. J’ai encore souvent un peu de mal, mais ça va. Un des trucs que je trouve balaise, ce sont ces petites questions franchement rhétoriques qui ponctuent ce beau texte, genre “tu peux choisir la bénédiction ou la malédiction”, ou encore le coup du Bon Samaritain. A tous les coups on est d’accord avec toi, et c’est vachement (je suis normand) bien trouvé.

Il y en a juste une qui me défrise les poils des oreilles ces derniers jours, et même un peu trop souvent, c’est celle que tu as soufflée à Paul quand il nous cause via les corinthiens. “O mort, où est ta victoire?”. Ben, euh, comment te dire sans te froisser, ces jours-ci, j’ai du mal à retrouver l’aspect rhétorique. J’ai envie super fort de répondre: “un peu trop partout, surtout là où il ne faudrait pas”. J’avoue en avoir un peu marre, et j’aimerais bien que tu me fasses recevoir le message suivant, celui où je reprends pied, celui où je vois la force et la promesse tenue dans la résurrection de ton Fils, celui où tu me mènes sur un chemin vers toi et qui me fera dire “c’était un sacré ravin, j’y ai beaucoup perdu, mais tu m’as bien récupéré sur ce coup là, et je me sens en confiance pour le prochain”. Là, je me sens un peu Icare qui croyait qu’avec quelques plumes, ça allait le faire. Et Paf.

A ce moment là, comme je ne m’ennuyais pas, on a décidé, dans la paroisse, de proposer des offices supplémentaires dans les églises, et c’est bibi qui s’est coltiné la constitution d’un hymnaire. Quelques heures devant le PC, (facebook globalement éteint pendant le carême) à mettre en forme des hymnes en tous genres, pour pouvoir prier. Et dans la période “temps pascal”, (Pascal qui était super fort sur les questions rhétoriques, ça aurait du me mettre la puce à l’oreille, c’est fou, on n’est pas attentifs parfois), dans la période temps pascal, le temps où tu gagnes, je suis tombé sur ça:

Fini le temps du Golgotha,
fini le cri du Fils de l'homme,
     finie la croix,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité ?

Fini le temps du Serviteur,
fini le soir du Fils de l'homme,
     finie la peur,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité?

Premier réveil au Dieu de vie,
premier matin du Fils de l'homme,
     premier réveil
     aussi pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Encore le temps des Golgotha,
encore la soif au cœur de l'homme,
     immense croix
     du Fils de l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Viendra le temps de nos soleils,
viendra ton Jour, ô Fils de l'homme,
     en toi réveil
     de tout cet homme
     que nous sommes.
Ton souffle est notre Pâque, Jésus Ressuscité.

R/ Lumière aux nuits de mort,
feu de Pâque aujourd'hui,
allume un chant d'espoir,
Dieu de Pâque dans nos vies.

(Claude Bernard)

Ok, message reçu. “sinon pour l’homme que je suis”. Ta victoire, va falloir que j’apprenne à la recevoir, dans mon histoire.

merci.

je te claque une bise. Embrasse Jésus, sa mère, le Saint Esprit et les bienheureux de ma part,

Bisous,

David.

samedi 12 mars 2011

l'Ecrin Ecrit de Dieu

Mercredi des cendres.
La salle qui héberge l’eucharistie dominicale de la Rosière est squattée par un spectacle d’enfants.
Nous n’avons pas de lieu pour célébrer…

Au soleil couchant, nous installons une table devant la porte de la minuscule chapelle
- exvoto de retour après guerre des hommes d’une famille savoyarde -
un calice, une patène, du buis sec, quelques chaises.

Trop nombreux pour l’intérieur, nous voilà condamnés à célébrer sur le monde
sous les derniers rayons d’un soleil qui réchauffe à peine
mais embrase, encore, toujours, les cimes qui nous servent de piliers

il fait froid, et mordus par la bise, personne ne s’assiéra
Cène debout, chaussures (de ski pour certains) aux pieds, manteau sur les reins
un enfant s’assoupit, épuisé par les cours, un autre joue, entre neige et herbe.

la Parole est offerte, les fronts sont cendrés, l’eucharistie célébrée

Le carême, chemin intérieur, se fait chemin dans le monde
vers un ciel dont on devine qu’il ne faut le chercher (uniquement) les yeux fermés
il sera lumineux, orienté, rassemblé.

S’il faut aller dans le secret pour écouter la voix de Dieu
il faut tout autant emmener au grand jour, au grand vent
son attention pour lire dans Sa Lumière sa Parole écrite, son chemin vers les Cieux.

carême,
redécouvrir ce monde comme l’écrin des cieux, et celui de Dieu.

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(le premier qui se plaint du froid dans nos églises, je lui rappellerai ce souvenir…)

mardi 8 mars 2011

une histoire de cordon

Bébé, enfant, petit, on est poreux, ombiliqué sans le savoir. Toutes les expériences, les convictions, les idées de nos parents nous traversent, nous inondent, nous ossaturent sans que le manque de distance ne nous effraie. On est eux et ça nous plaît, mais on ne le sait pas. On déploie ce qu’ils sont. Ce qui est nous ne nous appartient pas. On est “eux” continué. On est une manière différente de l’habiter, avec ses petits non, avec la couleur de notre caractère, mais on est eux. Sans discontinuer. 

Je ne sais pas à quel âge ça change. Enfant sûrement, juste après assurément. A moins d’une violence, d’une histoire rompue, d’un accident. Sinon.

A l’âge où on n’a pas d’avant, pas d’hier, mais un aujourd’hui en attente de demain, un âge que l’on dit adolescent. Ou juste avant. Qu’on demande à un jeune de douze ans de se souvenir de ce qui a compté, du “sensé” et il ne saura quoi dire. Son hier n’est pas à lui. Il est leur. A douze ans, on perd peu à peu ou brutalement l’expérience de ses parents comme sienne, devenant leur, et on passe d’une histoire de trente ou quarante ans, avec ses choix, ses déceptions, ses aléas, pour s’approprier une vie de quelques mois. Pas encore de mémoire. Et plus de passé. C’en est même vertigineux, surtout pour le domaine de la foi. Qui n’a cherché Dieu, avec la douloureuse impression d’avoir tout perdu de sa vie spirituelle. Qui n’a regretté la foi limpide et claire de son enfance, celle de l’évidence de Dieu, qui était en fait l’évidence née, douloureusement, des quêtes insatiables mais apaisées de ses adultes de parents. Enfant on sait Dieu comme quelqu’un qui l’a trouvé, et on est ombiliqué à celui là même. Ado, on se découvre chercheur sans expérience, et on louvoie, crie, oublie (suivant les cas) navigant à vue sur un cap qu’on ne connaît plus. On ne reconnaît plus la voix de Dieu dirait le jeune Samuel. On veut des réponses aussi claires que celles qu’on a perdues, mais sans le temps pour les éprouver, ou les choisir.

Alors on rue. Pour être de plus en plus conforme à l’épaisseur qu’on se devine, pour laisser la part à la sensibilité, aux sentiments omnipotents et destructeurs à la fois, aux convictions qui ne supportent pas la demie mesure de l’histoire vécue, aux rêves, ou au rien face à la violence d’un monde d’adultes désillusionné. Qu’on aime, rêve, fuie, construise, se tirebouchonne le cerveau, ou s’oublie, on pose les premiers jalons de nos propres mais courtes constructions, changeant de cap au gré du vent, des courants, en des caps parfois radicaux et osés, parfois déjà fort bien orientés.

tout y est sérieux. Et tous les mots sont (parfois mal) choisis, et on a beau compte, comme prêtre, de bien écouter ce qui se vit.

Sinon, on peut aussi lire Visage retrouvé de Wadji Mouawad, un roman surprenant où l’on suit les déboires d’un jeune au lendemain de ses 14 ans, alors qu’il ne reconnaît plus du tout ses parents. C’est une aventure un peu bizarre, peut être onirique, ou au contraire très sérieuse, qui part à l’aventure d’un monde inconnu, celui où on perd son passé. Si on le découvre un peu avant cet âge surprenant, il parlera aussi du haut de ses 19 ans.

“je suis à l’âge où l’on peut dire avant. Je peux. Avant, il m’arrivait d’avoir des apparitions.” “je suis à l’âge où un avant existe dans le temps. Un avant sans frontière précise. Plus jeune, ce qui était pour moi l’avant ne m’appartenait pas. Il appartenait surtout à mon père, ma mère. “ “ A cet âge là, j’étais surtout aux prises avec les plus tard. plus tard, tu seras grand, tu comprendras, tu pourras, tu feras, tu iras, et moi je me gavais d’impossible. J’en bouffais plein.”

Wahab, 19 ans, dans visage retrouvé de Wadji Mouawad aux alentours des pages 200

IMG_4234web©DLerouge

lundi 7 mars 2011

les faiblesses du nucléaire

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_210Avec toute ma famille, nous sommes officiellement passés dans la catégorie des cyniques. Alors que nous nous étions organisés autour de l’indépendance chez eux et de l’autonomie assumée mais en voie de restriction de mes grands parents, la maladie de l’une, le décès de mon grand-père de l’autre nous ont amené il y a pas loin d’un an, à une décision que personne ne nous envie : mes parents ont raccompagné mes deux grands-mères dans leur maison de retraite. Ce n’est pas aussi simple qu’un “on évacue les vieux” mais un accompagnement, et en même temps probablement le fruit d’une logique toute occidentale. Ils ne pouvaient plus vivre chez eux, certes… mais ça pourrait ressembler surtout à un scandale.

A vrai dire, tout a commencé par ma grand-mère la plus isolée, qui vivait bien dans son indépendance de longue haleine. Grande maison, petite voiture, petit bout de femme, grande volonté. Le système tenait bien, tout autant qu’elle tenait son réseau d’amies, le cimetière et les affaires de la paroisse. Et puis la volonté et la santé ont faibli, et le quotidien est devenu une plaie. S’occuper d’elle-même et continuer à y croire devenaient un combat qui, inexorablement, se révélait de plus en plus perdu d’avance. Quand la volonté de vivre s’affaiblit, il faut une attention, un soin, un quotidien à recréer. Après plusieurs hospitalisations, elle a repris pied dans cette maison de retraite, en compagnie d’autres. Et ce qui s’était amoindri faute de force, et de temps a repris de plus belle, amies, vie sociale. Quand les forces vous manquent, c’est sur elles que vous rognez pour tenir dans la durée. Avant de se résoudre à une telle décision, il a fallu des mois, et des descentes vertigineuses. Elle reprend pied.

L’autre grand-mère vivait de l’équilibre de son couple. Le grand-père est parti le premier, d’un cancer qui est toujours méchant. Elle est là, bien en place, et ses enfants se sont organisés pour la faire vivre chez eux. Vraie organisation, où tout le monde mettait du sien, vrai choix de famille, juste répartition. Jusqu’au jour où l’un des enfants a trouvé la grand mère tombée dans sa chambre. Peu de temps avant, heureusement. Mais tous, qui travaillons, n’aurions pu accepter de la trouver morte, un soir, en rentrant du boulot. Trop grande responsabilité. Trop de deuil à porter. Bien sûr, tout avait été fait pour éviter cette solution, la retarder tout au moins… mais…

Dans la maison où elle est maintenant, elle qui ne s’occupait que de sa maison, avec son mari, et d’eux, reprend une vie sociale, de rencontre, de jeu, d’attention à elle, en perspective. Mais de pleurs aussi. 

Ces deux choix sont un “moins pire” et même un mieux, pour l’instant. Je suis sûr que les deuils seront tout autant à porter dans ces maisons qu’ailleurs, tant les liens qui s’y tissent se déchireront et seront sans doute une souffrance supplémentaire. Nous ne savons pas non plus laisser mourir chez nous ou ailleurs ceux qui s’essoufflent. La médecine n’aime pas la mort, qu’elle vit comme un échec, même quand parfois le temps est là. La vieillesse devient alors une maladie dont on ne guérit pas. Et au lieu de laisser le temps de laisser mourir, on voudrait même là choisir et maîtriser l’instant… comme si on avait réellement maîtrisé les instants qui ont le plus compté. Pour comprendre ce rapport difficile de la médecine avec la vieillesse, la souffrance et la mort, il faut discuter avec les médecins de soins palliatifs, qui se sentent encore parfois déconsidérés par la profession, tant ils ne sont pas “artisans de guérison”, ou de “réparation”.

Chez les Indonésiens, les adultes ont des enfants qu’ils élèvent, pour qu’au moment où ils vieilliront et ne pourront plus, ces enfants prennent leur place et surtout leurs responsabilités dans la société, et les accompagnent dans leur “perte de puissance”. Mais ils vivent aussi “en famille” tout le temps et leur mode de vie est avant tout social. Nos familles nucléaires ne le supporteraient pas. Mais associer le temps de “la puissance” à celui de la responsabilité ouvre des perspectives différentes que celles admises par une société qui promeut un “jouir plus” et “rester jeune le plus longtemps possible pour en profiter le plus longtemps possible”. C’est une société qui oublie son passé et ignore son avenir. Elle est limbique dirait Scholtus. Il a d’ailleurs écrit un petit livre redoutable mais passionnant où il fait le parallèle entre la société actuelle et le concept des limbes, en théologie… Les limbes sont cet entre deux où allaient les enfants morts nés. Pas baptisés, donc pas sauvés du péché originel, on estimait qu’ils ne pouvaient avoir droit au paradis, n’ayant pas vécu, ils n’avaient pas péché. Ils allaient donc dans les limbes, endroit où on ne profitait pas de la béatitude éternelle, certes, mais où on ne savait pas ce qu’on manquait. Le parallèle avec la société d’aujourd’hui est sidérant.

Pour l’instant, pour mes grands-mères, bon an, mal an, avec toute la bonne volonté des enfants et des petits enfants fidèles, le système tient, pas si mal. Un spécialiste vous dirait qu’il y a des caps : caps de santé qui d’un coup dégringole, caps de moral qui s’enfuit sous les chaussettes ou les bas de contention, cap des six mois où tout le monde a entendu les histoires de votre vie d’avant et où on en vient à avoir moins à raconter, à moins de se mêler activement de la vie des autres.

Je vais de temps en temps, mais rarement, dans les maisons des retraite pour célébrer des messes, dans des après-midi qui sont souvent sordides. C’est une expérience toujours particulière. On y retrouve des histoires qu’on devine sacrées, certaines éteintes dans un sommeil bouche ouverte, d’autres pétillantes, ou malades, ou désespérées, ou attentives et attentionnées. Une semaine ne fait pas l’autre, mais il faut apprendre à discerner dans cette assemblée bigarrée et épuisée parfois, ceux dont les histoires et l’expérience les rapprochent d’autant plus de Dieu qu’ils n’ont, pour beaucoup, plus les moyens de les faire avancer d’eux mêmes. 

Que fait-on de la faiblesse?

mardi 1 mars 2011

coruscation*

Escalier V. Quelques volées de marche en colimaçon, vestige des anciens bâtiments encarapaçonnés dans le beau VIe arrondissement. Sous des murs de brique rouge et blanche, des arcades dessinent une cour pavée et arborée. Au 2e étage, une salle biscornue, un pilier en son milieu, des murs sans équerre, un bureau sur une estrade, quelques tables. La-salle-idoine.

Dans ma trousse, deux crayons, noirs. Un fin, pour suivre le fil, un plus épais pour relever les quelques mots qui jailliront du tournicotis d’une pensée en allégorie. Habitués des plans au scalpel, à l’architecture calibrée, il fallait passer de l’autre bord, celui de la lectio, des mots qui se répondent, qui s’entrechoquent, interagissent, sans trop de liaison logique raisonnable mais dessinant entre eux une théologie. Dans le fil des mots, un terme s’époussetait, gonflait, tournoyait pour se dissoudre dans un prochain, en consonances faisant avancer le propos de justice en justesse, puis en ajustement vers une jubilation. Les sourcils parfois des auditeurs s’accentcirconflexisaient. 

A vrai dire, c’était peu évident à prendre en notes. Agaçant aussi quand les liaisons semblaient fort arbitraires, loin de logiques qu’on dit cartésiennes, mais le “dit” de François Cassingena Trévedy se tenait, dévoilé en mots choisis, fruit d’une méditation fine, mais brossée à la spatule. C’était le cours “Art et Liturgie”. 

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C’est ce que que je retrouve dans son dernier livre, poétique de la théologie, où il esquisse les linéaments de sa manière de penser : cette adresse pour condenser le mystère contemplé en quelques mots choisis. Aucun terme ne pourrait être remplacé par un synonyme appauvrissant, et pour en donner toute la mesure, il n’est pas rare que Cassingena aille fouiller dans les étymologies, et dans les richesses des traductions et leurs dérivés pour laisser s’exprimer toute la profondeur du mystère autour duquel il tournoie. Parfois, on arrive assez loin de la définition du Larousse des collèges [1] ; souvent, il faut explorer toutes les possibilités du mot pour goûter le trésor ainsi dévoilé. 

La forme importe peu, ou moins, le silence et la condensation du mystère tiennent toute la place. La théologie n’explique plus, elle est “parler Dieu”. Ecrire Dieu serai-je même tenté de préciser, avec la sobriété d’un haïku, tout teinté de siècles de théologie [2], notamment patristique. Il faut se laisser jouer par le propos de ce livre, pour mieux comprendre la démarche, et se laisser évangéliser par elle. Elle souffre forcément des défauts des systèmes qu’elle dénonce, ouvrant un autre chemin qu’elle promet meilleur, mais peu importe, un livre qui appelle au silence. ce que je n’ai su faire ici encore. 

Pour l’instant, je suis plongé en ses lignes, qui ne sont des vers, mais tournent auprès de Celui qui les inspire, peu à peu. Parler et vivre de Son Mystère sans le nommer, voilà qui, en maints projets, me plaît. Il y a tant d’arts de laisser Dieu dire.

Notes :

*Brillant, éclatant

[1] il n’est d’ailleurs pas rare qu’il invente un terme qui manque au vocabulaire (cf. le titre de ce billet).

[2] A titre personnel, je parlerais bien de sa parenté philosophique avec Lévinas, tant l’infini contemplé et recherché vient mettre en échec toute prétention à l’appréhension de la totalité qui est l’apanage des penseurs par système, dogmaticiens, et autres apologues. (quant au parallèle avec la philosophie de la donation chez Marion, je laisserai à d'autres le soin de le faire)