lundi 27 juin 2011

Désormais tu t'appelleras caillou

L’usage en Indonésie, pour les baptêmes, est d’accoler, à côté du patronyme balinais, un nom tout latin pour placer le bambin sous le patronage d’un saint. Mais le choix du nom dans ce pays était à peine un choix, car tout dans le nom était traditionnellement placé, à quelques syllabes près. Place dans la famille, genre, caste, patronage, tout est défini, et l’apposition d’un nouveau nom prenait sens, sans accroc…

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Mais je ne suis pas sûr qu’en France, une telle intervention de l’Eglise dans le choix du patronyme enfantin ne serait pas pris comme une inexcusable et injustifiable ingérence dans le libre arbitre parental. Soit dit en passant, je n’aimerais pas non plus qu’on m’affuble d’un nouveau prénom. Je me souviens encore des Sœurs de mon enfance, à qui on avait donné des noms de saints liés à la congrégation : Sœur Maurice, Sœur Gérard, vous aviez toute ma compassion. Les parents y font attention, avec un ensemble de raisons très choisies. On reçoit moins le prénom de son père ou grand-père, et il n’est pas rare désormais de choisir un prénom marqué par l’unicité, jusque dans son orthographe. C’est nouveau, consonant, certes, mais il ne faut pas en douter, c’est réellement choisi. 

Simplement, maintenant, pendant les baptêmes, je ne sais pas comment faire pendant la litanie des saints. Sous quel patronage placer les enfants ? Qu’un saint, un ange veille sur eux, voire qu’un homonyme jubile auprès de Dieu, je ne saurais en douter, mais qui dois-je invoquer? Avis et idées bienvenus…

Marley, Heiden, Mathis, Lilou, Tom, Elona, Eowyn, Malya, Driss, Evan, Zoélie, Lilou , Lily, Océane, Abélia, Lou, Timéo, Elléa, Julyne, Aiden, Zaëlle, Nirryna, Aydan, Madisson, Isolyne, Lyloo, Sofian, Maé, Janelle, Cloé, Isild, Louka, Léane, Mayana, Guewen, Teddy, Lounna, Loane, Kylian, Sora, Loukas

alors, on fait comment ?

vendredi 17 juin 2011

Mme E. Duval

17062011031-polaMme E. Duval n’est pas peu fière
Mme E. Duval l’a attendue pendant des années
cette chaise paillée, et son petit médaillon de laiton
pas seulement numéroté, mais gravé à son nom.

Mme E. Duval a rejoint le club, l’élite, le gotha paroissial
celui des dames qui ont leur chaise, LEUR chaise
inamovible, déjà réservée, une place à l’église17062011036-pola
C’est déjà une place au paradis.

Certes, Mme E. Duval n’a pas l’envergure de Mme Bourges qui, elle, a deux chaises. Les vipères du coin attribuent la double dotation à l’envergure
du séant de la dame en question.
Elle a simplement arrosé la chaisière.

17062011033-pola01Mme E. Duval n’est pas peu fière
son couple est gravé dans le métal. elle est Mme E. Duval.
E. lui, n’a pas sa chaise réservée ni aucun homme d’ailleurs.
ils doivent avoir leur ballon gravé au bistrot du coin…
enfin, il a déjà son initiale c’est déjà un début.

Si le couple de madame Duval est promis à l’éternité
il y en a une autre pour laquelle le sort est plié
parce qu’à l’église, c’est définitivement inscrit
”Mme Vve Y. LAIGNEL”.
Y peut reposer tranquille, Mme Vve Y. ne va pas se recaser.

Outre les chaises de dames, il n’y a que le presbytère
qui ait ses chaises réservées. L’élite quoi.

Qu’ils viennent les nouveaux, les horsains, les aléatoires, les chrétiens à roulette, qui viennent en berceau, voiture de mariés, corbillard, ils sauront qu’il y a à Saint Amand des vrais chrétiens, des chrétiens qui ont leur chaise. Des chrétiennes, même plutôt.

17062011029-polaS’ils veulent en être, va falloir
cracher au bassinet, prendre sur ses deniers
et généreusement donner
au pauvre, au denier, à la quête
du temps pour le caté, des sous pour les fleurs,
et à la chaisière, petit boulot, sans nom…

et surtout passer par le confessionnal
bois rude sous les genoux
et devant les yeux, dans l’obscurité
sur son papier blanc punaisé, la tête du Christ,
et ses quelques mots bien raides.

c’est pas qu’ça aide pas à se confesser
c’est juste que ça chatouille la conscience.

Le dernier à avoir eu le droit à son nom
sur métal, bien en vue, a sa place lui aussi
réservée. Au vu et au su de tous,
et probablement sur les deniers de la commune

cette place là, t’as pas intérêt à la piquer.
enfin, il n’est pas appelé à rester !

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on a beau avoir envie d’en sourire,
mais ces noms fidèles laissant leur marque sur les chaises de l’église, sont un petit signe que l’Eglise est avant tout habitée de chrétiens fidèles, du quotidien, de la réponse, de ces chrétiens qui chaque jour répondent à l’appel, certes, à “leur” place, mais une place qu’ils acceptent d’habiter.

dans une communauté, c’est bon de savoir qu’on peut “compter” sur.

le numéro de Mme E. Duval, c’est le 162.

pour un bon moment.

et par extraordinaire, Mme E. Duval a croisé sans le voir Gérard F. fidèle d'en face, là où on refait le monde. Edmond Prochain a eu l'extrême délicatesse de raconter l'histoire de celui qu'elle ne connaît pas, et qui n'est pas moins local, installé, en recherche. Cliquez pour lire ça chez Edmond: http://edmondprochain.wordpress.com/2011/06/19/gerard-f-ne-connait-pas-mme-e-duval/ 

dimanche 12 juin 2011

de noche

Les frimas de printemps ont compressé les chaises initialement parsemées sous les arbres du jardin dans le salon coloré. Une bûche, quelques bougies, un abat jour luminescent. Et tous s’entassent dans le silence qui se fait. “Toi cour, moi jardin” vient déposer dans les petits enclos secrets et verdoyants cherbourgeois des éclats de littérature servis par des acteurs. En mai et juin, les jardins se donnent en spectacles. Mais en cotentin comme ailleurs, mai fut léger, et juin renâcle à se laisser aimer, et comme le frais ni le texte ne souffraient l’extérieur, la lecture commença, ouatinée et calfeutrée, sous les regards creux des masques ornant les murs.

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C’est inhabituel d’écouter une nouvelle, la Bonne s’écoute mais sa langue est sérieuse, appliquée, contenue. Le style ici s’envolait, et Jules Barbey d’Aurevilly prêta sa fougue à une histoire surprenante. “La vengeance d'une femme”, tiré des Diaboliques*.

Blogdavidlerouge-193Si l’attention était palpable, je dansais secrètement sur ma chaise de jardin. Le début du récit, malodorant, tapinait dans la fange des boulevards parisiens, mots choisis dans la boue, racolage de luxe, et très vite un pincement… sous le style choisi s’épaississait une histoire troublée et musquée, violente et satinée, comme un velours épais livrant peu à peu ses reflets enivrants. N’empêche, un prêtre peut-il se laisser bercer par les mots de ce récit capiteux, ou, s’il l’apprécie, le laisser voir ? Je ne sais. Mais écouter, et reconnaître la beauté, y compris dans l’entrelacs des mots de la passion amoureuse et de la mystique espagnole… là, oui, simplement.

Et de tapineuse l’inconnue se déploya et révéla épouse et amoureuse… une phrase a traversé mon écoute, au beau milieu de ce week-end de Pentecôte. Blogdavidlerouge-195

“Il me voulait noble, dévouée, héroïque, une grande femme de ces temps où l’Espagne était grande. Il aurait mieux aimé me voir faire une belle action que de valser avec moi souffle à souffle ! Si les anges pouvaient s’aimer entre eux devant le trône de Dieu, ils devraient s’aimer comme nous nous aimions… Nous étions tellement fondus l’un dans l’autre, que nous passions de longues heures ensemble et seuls, la main dans la main, les yeux dans les yeux, pouvant tout, puisque nous étions seuls, mais tellement heureux que nous ne désirions pas davantage. Quelquefois, ce bonheur immense qui nous inondait nous faisait mal à force d’être intense, et nous désirions mourir, mais l’un avec l’autre ou l’un pour l’autre, et nous comprenions alors le mot de sainte Thérèse : Je meurs de ne pouvoir mourir ! ce désir de la créature finie succombant sous un amour infini, et croyant faire plus de place à ce torrent d’amour infini par le brisement des organes et la mort. ”

ah oui, elle était amoureuse, follement, existentiellement, mais ce n’est pas cette ivresse qui en moi a résonné, mais une expression, qui pourrait être spirituelle, et dessiner une image de vie dans l’esprit

“valser avec moi souffle à souffle“

et si c’était ça, vivre de l’Esprit, toute son existence et au-delà?

“valser Souffle à souffle”

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* Œuvre du domaine public que l’on retrouvera ici: http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre1717-chapitre1416.html

lundi 6 juin 2011

Ecoute en toi la source

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Qui t’a dit qu’il était en haut,
ou dessous, ou derrière, ou à côté ?

qui t’a dit que tu pouvais présumer,
deviner, et prévoir le lieu, le temps,
l’espace ou la manière de la rencontre
de la rencontre qui ferait date ?
des livres ? ta mémoire ? ton expérience ?

pose plutôt ton bâton de sourcier
toi qui voudrais découvrir la source
et apaise les remous de ta quête
pour laisser sourdre en toi
le désir d’être avec Celui que tu ne saurais te donner
et construis cette relation dans ce désir de fidélité

ta foi n’est pas évènement mais avènement

signé, un prêtre, petit artisan de la rencontre…

samedi 4 juin 2011

Vibrations lumineuses de beauté

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Il faut dire ce qui est, l’amateur de Jazz n’est pas nécessairement grenouille de bénitier, et s’il arpente sans fatigue les rues animées et venteuses de Coutances, il serait capable de passer à côté d’un de ses joyaux, pourtant vibrant de beauté… sa cathédrale…

c’est dans ce sens que fut organisé encore une fois la “cathédrale nocturne” vidée de ses chaises par les paroissiens du jeudi matin, ponctuée de lieux de sens, et de beauté, avec des lumières, des fleurs, des Paroles,
des musiciens pour habiter l’espace…  
et des chrétiens accueillant,
et témoignant de la vie de Dieu en eux
toute la nuit.

amateurs de beauté, laissez vous éclairer, et levez les yeux,
Il veut vous parler…

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un chemin d’eucharistie, accompagné d’un livret…

vendredi 3 juin 2011

marcheurs de Dieu

Cette année, j’ai été faible, manque d’idée, manque de pistes, j’ai repris pour les célébrations de profession de foi l’idée d’homélie à destination de l’assemblée nombreuse, distraite et parfois remuante qui n’a absolument pas écouté l’Evangile.

 Pdf homélie

bon, pour ne pas céder à la tentation de la recaser l’an prochain, je dépose ici mes pistes pour cette fameuse homélie.

 

Tout est contenu dans un sac à dos pour la vie, une (dé)marche, sac à dos à poser contre un pilier, et à donner en ce jour (ou montrer tout du moins) …

 

les parents, amis, famille sont le bâton de marche, toujours aux côtés, parfois en avant, parfois un peu derrière, toujours fidèle, et vrai soutien du quotidien;

 

on ne se met en route que parce qu’on est appelé à aller quelque part, attendu, invité…

 

 

pour avancer, une carte c’est un ensemble de chemins déjà parcourus par d’autres marcheurs, et les chemins à éviter, et notés par ces marcheurs. La Bible, c’est un peu ça aussi.

 

 

pour se rassurer, trouver son chemin dans la nuit, se réchauffer, une vie intérieure éclairée par la foi

 

 

pour ne pas mourir en chemin, l’eau des
  sacrements, souvent, régulièrement

 

 

pour se protéger des intempéries, une bonne cape de pluie, de valeurs, de morale… avancer dans la paix…

 

 

 

et comme on n’est pas seul, bien souvent, avancer en cordée… au pas du plus lent, en se soutenant !

 

hop, emballé c’est pesé.

jeudi 2 juin 2011

l'absence et la béance

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Il est monté au ciel et nous laisse comme orphelins.

Il y a tant à regretter, il y aurait eu tant encore à partager, et dire, et se réjouir…
Ce qui était important, construit, équilibré a disparu. Celui qui était notre ami est parti.
Il a beau l’avoir annoncé, nous en avoir donné le sens, il y a comme un vide, une béance, un verre à moitié vide…

Sans lui, comment faire, comment dire, comment être ? Le vide appelle-t-il le rien ? la béance appelle-t-elle le découragement ? Jamais nous n’avons appris à faire autrement, à nous construire autour de sa présence non à nos côtés, mais auprès du Père.

Car le Christ est monté aux cieux, nous donnant l’Esprit. Le P. Gérard Niobey [1] ne siffle plus, il est mort, il est auprès du Père... Sans parler de notre foi et notre Eglise qui semblent parfois malmenées, défigurées, blessées.

L’interstice ouvert par l’absence de l’autre aimé, et du Christ, nous appelle à prendre part à la promesse, de manière sans doute nouvelle, inédite, audacieuse. L’Esprit est donné pour discerner, agir, et croire que dans ce vide, dans ce manque, dans cet appel d’air, notre réponse de chrétien adulte est appelée ; et le seul péché qui reste est celui contre l’Esprit…  notre foi est construction d’un monde sauvé et porté par la promesse de Dieu, habitée par l’Esprit. Osons croire que Dieu ne cesse de sauver, surtout au creux de nos blessures… et construire.

billet France Bleu dimanche 5 juin 2011

Notes :

[1] un des prêtres retirés de notre paroisse, inhumé mardi, ça remet les idées en place, et interroge à la fois...