samedi 27 août 2011

plut-il?

Délice délicat estival des plages normandes
où la chaleur des eaux avalant les calories de la grève ensoleillée
se révèle légèrement supérieure au vent qui vient de loin…

En ce jour là, des combats perdus contre les flots,
des terrassements arénacés, et des goûters sablés

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mais de pluie, point. (ici, car là-bas si)
et l’on apprend que le bonheur est moins affaire de perfection
de ciel bleu, ou de cagnard accablant
qu’une juste manière d’habiter le peu de bleu entre le gris
et de se jouer des éléments.

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au retour,
dialogue oulipien entre un minot
mine réjouie mais interdite
et sa maman :

- alors, ça t’a plu la plage?
-nan.
- Quoi? ça t’a pas plu, la plage, la mer, la baignade?
(toujours souriant, mais tout aussi interdit):
- nan.

- c’était pas bien de jouer à la mer?
- si, et il pleuvait pas

Qui est le pervers qui a collé le même participe passé pour les verbes plaire et pleuvoir?
ça m’a plus plu quand il n’a plus plu. J’ai beau arguer dans les voyages estivaux que le français n’est pas une langue difficile, franchement, parfois… faut s’accrocher.

lundi 8 août 2011

je me souviens

noël 2008_561. Je me souviens de la taille de mon aube d’enfant de chœur. C’était la plus petite, 105, la première à gauche. La petite sœur ne voyait rien mais c’était un pugilat déguisé pour choper les missions les plus intéressantes.

2. Je me souviens de l’ordination de Klemens, ses parents à genoux, pleurant à l’entrée du chœur, en disant la prière de don de leur enfant à l’évêque, avant de se retirer, une prière qui n’existe pas en France, une belle prière

3. Je me souviens de Jean Marie Lustiger, debout dans le chœur de la cathédrale de Chartres, lors du pèlerinage étudiant, prêchant avant l’évangile de la Passion qui promettait d’être long, pour en prédire le sens et la manière dont nous pourrions le recevoir. Quelques minutes auparavant, il frappait les portes en dialoguant le psaume 24 avec l’assemblée.

4. Je me souviens de la foule avançant dans le goulot de plus en plus étranglé, les pieds décollant peu à peu du sol, par pression de la foule en entrant sur l’esplanade de Częstochowa quelques instants plus tard, nous étions assis au pied de l’estrade gigantesque. Dans la nuit, nous nous sommes éloignés, il finissait par y avoir trop de monde sur cette petite place.

5. Je me souviens de nos pieds abîmés par des jours de marche, dénudés dans cette église, attendant le prêtre qui allait les laver, en aube, durant cette eucharistie de fin de marche. Et ce prêtre qui les prenait dans ses mains, malgré les ampoules et les écorchures, les lavait délicatement, “agenouillé à nos pieds”, les essuyait, les embrassait.

6. je me souviens de l’appartement d’Ursula. Pas bien grand, il avait une chambre d’amis avec un lit double. Alors elle avait proposé de recevoir deux jeunes. Ce furent deux prêtres. Et on a communiqué comme on a pu, célébré ensemble, fait de la musique ensemble, prié. On n’avait pas assez de mots, mais on a partagé.

7. Je me souviens les réfugiés arrivaient par vagues de 300, on avait renvoyé les élèves et transformé les salles de classe en dortoirs improvisés, en salles de vie. On vérifiait, on respectait, on transmettait les listes au Haut commissariat aux réfugiés et à l’office international pour les migrations, puis on les emmenait par bus jusqu’à l’aéroport pour qu’ils puissent réintégrer leur Timor en guerre, mais libre. Pendant des mois ils avaient été hébergés, pendant un temps, on les avait accueillis en paix, sans savoir, sans juger… Après…

8. Je me souviens elle était assise en tailleur, blonde et jolie. On était deux dans la chapelle déserte, sur la moquette. Elle regardait vers l’autel, un peu en avant de ce crucifix surprenant où le Christ a les cheveux qui tombent en avant, qui lui cachent le visage. Elle, elle regardait l’hostie exposée dans l’ostensoir. J’étais fatigué, éreinté, fermé. Elle, elle souriait. Délicatement. Paisiblement. A Lui.

9. Je me souviens de l’odeur de poussière, de poussière de tapis. Je savais que le moment était important, ce n’était pas du ressenti, mais la certitude d’une compression de temps, du passé, du présent, du futur ramassé dans ce moment là. J’étais allongé sur le ventre et la prière de l’assemblée me roulait sur le dos, me portait quand je ne pouvais plus le faire.

10. Je me souviens de cette bougie tenue dans le creux de la main, une bougie en plastique, la même que les centaines de milliers, presque la même que celle que je tenais quand ce jeune en marinière avait été baptisé. Veillée avec le pape, veillée d’intériorité.

11. Je me souviens des bières, du fromage et du saucisson. Des prêtres de toute l’Europe. Au tiède. Il gelait à pierre fendre dehors, et nous étions lovés dans ces fauteuils de presbytère. Un curé accueillant, mais qui, dans cette pastorale riche et fatiguée des environs de Bruxelles, ne savait plus trop à quel saint se vouer.

12. Je me souviens du bouton sur l’épaule, qu’il fallait passer chaque matin, le bouton de cette soutane blanche pour la messe de 5h30 à Bali. Quelle sècheresse du cœur alors.

13. Je me souviens du kilomètre, coupe en main, parcouru pour donner la communion aux extrêmités de Marienfeld. ça avait été la cohue pour concélébrer. Mais on était attendu.

14. Je me souviens du chant “ensemble” qu’on n’avait pas trafiqué, alors que “le monde est plus beau”, si.

15. Je me souviens de la 4L bleue du curé faisant marche arrière dans la cour afin de venir me chercher pour aller au caté que j’avais séché.

16. Je me souviens qu’on avait failli croire à la mort de Johnny pendant les JMJ de Pologne… et qu’on a eu peine à croire à celle de frère Roger pendant celles de Cologne…

Je ne sais pas si les JMJ sont si importants, si représentatifs, si…
mais ils impriment le souvenir vécu d’une église rassemblée
de la petite communauté paroissiale accueillante
à la foule autour du pape, figure vivante et réelle…

des souvenirs pour la vie.

et merci Pérec.