vendredi 30 septembre 2011

pipotron

L’inconvénient des mariages, c’est qu’après une nuit trop courte sous une toile de tente trop légère, on se lève chiffonné sans bien savoir où on ira à la messe locale. Au pif, ou vaguement aidé par un messeinfos sans géolocalisation afférente, on arrive hyper juste à une messe inconnue. Ce dimanche là, je l’avais devinée aux voitures se garant précipitamment sur un parking à 10h28, tandis que les occupants s’en extrayaient sans délai. Je suivis alors le mouvement et me retrouvais dans la nef pendant le chant d’entrée. La paroisse était rurale, et le curé, de loin, sympathique.

Mais en entendant son mot d’accueil je me suis inquiété. Je m’ennuyais, n’écoutant pas bien, et sûr de ne rien rater, en fait. Etais-je capable moi aussi de logorrhée xyloglossique à base de variations qui disent pas grand chose? Avait-on installé dans la tête de tous les curés un pipotron liturgique de variantes sur un thème ressassé. En creusant, un peu, j’ai réalisé que, moi aussi, je devais sûrement composer mes intros sur cette base… et que ça ressemblait furieusement à un remplissage insipide…

testez pour voir mon pipotron ecclésiastique maison; (et vous avez le droit de proposer des lignes supplémentaires… (attention, il faut que la variante entre dans le style et le schéma)… ou alors dénoncez les phrases types que vous entendez trop)

a.

si nous sommes réunis par Dieu ce matin, c’est
Dieu nous accueille en ce dimanche
Nous avons répondu aujourd’hui à l’appel du Seigneur
Vous êtes venus nombreux aujourd’hui dans cette église, conviés par le Seigneur,

 

b.

pour
afin de
dans le but de

 

c.

célébrer son amour pour nous
implorer sa miséricorde
entrer dans l’action de grâce
déposer en sa Présence nos prières
faire Eglise ensemble
renouveler le Sacrifice d’action de grâce
le Louer
nous retrouver en communauté chrétienne

 

d.

en toute humilité.
dans la joie.
plongés dans la Grâce.
avec ferveur.
tout simplement.
dans le silence et la paix.
dans la louange et l’allégresse.
“riche de nos différences”

 

e.

comme il nous le sera dit dans les lectures
en communion avec les chrétiens du monde entier
dans la grande tradition de l’Eglise
suivant le thème du Secours catholique cette année
comme chaque dimanche
suivant les intentions du St Père

 

f.

reconnaissons notre péché
demandons pardon
regardons nos vies à sa lumière
entrons dans la célébration
reconnaissons-nous pécheurs
répondons à l’appel au repentir
“Accueillons la Bonne Nouvelle du salut opéré par le Christ”

 

g.

en disant
en silence
en chantant
en priant

 

une mise en oeuvre, toute simple, est là (clique et copie colle sur ton prochain programme de messe le texte aléatoire généré sous java)

Le jeu est rude… car même en préparant ce petit mot qui se révèle parfois presque aussi long qu’une homélie, on court souvent le risque, l’eucharistie étant quotidienne, de ne pas dire grand-chose, en le disant quand même.

Heureusement, comme pour tous les sacrements, ou les temps de prière, que nous ne sommes que serviteurs d’un mystère qui, lui, réellement agit à l’intérieur… C’est d’ailleurs là le secret, serviteurs du Mystère qui nous dépasse et nous élève, dans les mots, mais bien au delà.

jeudi 29 septembre 2011

les dicoscathos

Ma libraire, à peine suis-je entré dans son antre dispendieuse, m’a dit: "ton ami (parce que oui, je suis ami avec l’Âûteur[1] ) a publié un autre livre et il sort demain". Mais comme elle avait déjà ouvert le carton, elle me l’a mis entre les mains derechef avec le compliment: “c’est drôlement bien. j’ai juste ouvert rapidement, et parcouru l’article “avortement” parce que c’est un sujet compliqué…. Eh bien c’est bien”. Ma libraire, en fait, a plus de vocabulaire que ça, mais je résume pour les besoins de la cause. Bon.

En entrant dans l’antre de la responsable de l’aumônerie, elle m’a montré un gros bouquin qu’elle venait d’acquérir. Elle me dit: "je sais pas si tu sais, il y a un nouveau livre qui vient de sortir, c’est apparemment très bien". “ouioui j’ai répondu, j’ai appris ça”.

Je ne vais pas faire le tour de tous ceux qui ouvrent ce livre et le trouvent très bien, les listes longues, c’est toujours un peu chiant à lire, un peu comme les dictionnaires. Sauf que dans les dictionnaires, y a pas d’appréciations de qualité alors que là, si. Tout le monde trouve ça bien, et c’est tant mieux pour Christian Paul Clavier et Edmond Rostand Prochain les deux auteurs qui ont travaillé d’arrache-pied. A leur dictionnaire. Mais pas chiant. Non.

Des bouquins pour les ados, y en a des tas. Des thématiques, des jolis, des avec des dessins qui vieillissent super mal au bout de trois mois, et des jolis textes de pas sur le sable.

Là, c’est clairement pas la révolution. En gros, un mot, puis un autre, jusqu’à cent, et un joli texte pour en parler à chaque fois. des petits carrés avec des ajouts dedans, un dessin rigolo qu’est pas super racoleur mais qui permet une petite vanne à chaque article.

Le format n’est pas non plus révolutionnaire, ni supermégafuninteractif, et le fond reste attaché à du solide dans la foi, mais l’intelligence du livre vient d’ailleurs… Il y a pour chaque article une vraie écriture qui permet d’entrer dans le concept, la réalité, la question abordés. Les auteurs envisagent le thème comme une vraie question, savent faire droit aux réactions légitimes que la doctrine de l’Eglise peuvent susciter, et invitent à une réflexion. Plus qu’expliquer, Edmond et Paul savent faire réfléchir et aimer goûter les réponses. Parce que l’Eglise, la foi et le Christ, on a beau nous les expliquer, ça change pas la vie, mais si on nous aide à les aimer, c’est une autre paire de chaussettes.

Le ton est léger, adressé aux lycéens, mais pourra se lire avant et surtout après. En plus, on ne prend pas les lycéens pour des abrutis et on leur parle intelligemment, sans chercher à faire djeunes, c'est vraiment bien aussi. Fidèle mais bien donné, bien tourné, bien écrit... et qui donne du goût. ça vaut l’investissement.

Notes :

[1] sur Facebook, c'est déjà ça. 

vendredi 23 septembre 2011

les dixslips

Michel Guillot : “la prière de l’oraison selon la spiritualité ignatienne comporte plusieurs temps. Après s'être préparé à commencer la prière en faisant silence,

Entrer en prière en choisissant un lieu et une attitude qui vont aider à “chercher ce que je veux”, à savoir prier avec davantage d’attention, d’écoute de la Parole de Dieu, de tranquillité intérieure. Divers lieux et diverses positions peuvent convenir, selon l’âge, la santé, le tempérament des personnes : en marchant ou assis, à genoux ou debout, voire couché, au dehors ou dans sa chambre ou son bureau, dans une chapelle ou un oratoire domestique ; c’est à chacun de déterminer, après quelques essais, ce qui lui convient pour se tenir dans l’attitude de silence intérieur et d’écoute recherchée. Aller donc là et se tenir dans la position où l’on est davantage aidé à se recueillir et à être attentif à la Parole, à l’appel, à la présence de Dieu.

Entrer en prière par une prière préparatoire : En commençant le temps de prière, s’offrir au Seigneur pour l’accueil de sa Parole. Dieu veut toujours entrer en contact profond avec nous : lui demander que nos pensées , nos désirs et nos actes soient orientés dans cette direction, pendant ces moments que nous avons décidé de lui consacrer. Qu’ils soient animés par la louange de sa grande bonté et par le désir de mettre toute notre vie à son service.

Se représenter le cadre de la scène. Se représenter les lieux où se déroule la scène que l’on veut contempler, et la manière dont soi-même on y prend place, permet d’entrer dans l’ambiance de ce qu’on va contempler. Celle-ci, en effet, n’est pas la même par exemple si Jésus enseigne la foule, discute avec les scribes ou parle avec Marie dans la maison des sœurs de Lazare… On essaie ainsi, en situant les choses et en y prenant sa place, de s’accorder au climat affectif de l’épisode à contempler ou du passage à méditer.”

ça, c’est vraiment une des bonnes idées des exercices spirituels. Dans l’oraison, se représenter la scène domestique et ordonne l’imagination, et utilise toutes les facultés de l’intelligence et du cœur pour la prière, gommant la crainte du cinéma intérieur pour en faire un lieu de révélation.

Mais c’est là que, parfois, ça foire. Parce que tu vois, Ignace, avec ton petit nom charmant, tu as sous-estimé le sens aigu de notre intelligence à “penser à ce qu’il ne faut pas”, faire des associations saugrenues, repérer le détail qui tue ou… imaginer vraiment la réaction des disciples.

Nous, on connaît la fin de l’histoire et pourtant on ne peut pas s’empêcher, tout sauvés et imbibés de grâce soit-on, de passer souvent à côté du fin mot, ou de la Bonne Parole de l’histoire. Mais les disciples… Ils ont dû avoir du mal à entraver certaines paroles ou attitudes du Christ. ou…

Si cette expérience vous arrive ou vous est arrivée, le dimanche pendant l’Evangile, le matin en lisant l’Evangile au quotidien, ou pendant l’homélie, vous allez adôôôrer la version “papier” des bédés d’Edmond Prochain. Compilation des petites pensées parasites des disciples (que nous sommes) à l’écoute du Christ… ça pourrait paraître irrespectueux, c’est en fait plutôt un appeau à vraie lecture, la lecture avec attention qui pourrait déceler Dieu jusque dans les iotas des Ecritures.

Elvine a dessiné ce que strip generator avait anticipé, donnant encore plus de caractère à chacun des disciples et autres personnages des Evangiles que Jésus rencontre au quotidien. Quand vous aurez acheté auprès de votre libraire la BD, vous allez la dévorer en une fois, éclater de rire souvent et vous vous direz que l’Evangile, finalement, vous ne l’aviez pas si bien lu. Heureusement, au bas de chaque strip, la référence est là pour vous renvoyer au texte que vous ignoriez…

A vrai dire, à la première lecture rapide de tous les strips les uns à la suite des autres, on peut lâcher de temps à autres une moue de “mouais” parce qu’on accroche moins… et puis, comme toute BD, on prend le temps de relire… et en s’attardant, en s’arrêtant, on apprécie le goût de la Parole qui se dégage du “sel” ainsi extrait.

Si l’Evangile est votre air , lire les disciples, c’est comme l’effet secondaire d’une bouffée d’oxygène… ça fait rire, déploie les poumons, et donne envie de continuer à en vivre.

et si vous n’êtes pas convaincu, le panégyrique se trouve

mercredi 21 septembre 2011

que le tu du toi soit le mû du moi

IMG_1830

“L’infini, l’invisible, au vrai, pèse de son poids, tout son poids, mais diversement. Car s’il est quasiment insensible à ceux qui, par nature ou par intime décision, se sont immunisés contre lui, il est considérable en revanche à ceux qui lui présentent, toute leur vie durant, je ne sais quelle heureuse fragilité de constitution. Et ces derniers, loin qu’il les écrase, il les entraîne, il les soulève dans le sens – inverse à celui de toutes les pesanteurs mondaines – de sa propre gravitation, de sorte qu’ils sont, avec une délicatesse extrême, avec une précision, aussi, que tous les instruments du monde ignorent, les baromètres toujours inquiets de cette “gloire” (1Co4, 17) dont ils sont à la fois passibles et responsables.”

F. Cassingéna Trévedy, Etincelles III, p. 359

lundi 12 septembre 2011

the sound of silence

Il faudrait pouvoir penser à tout. Mais pendant ces semaines en Espagne, on finit par perdre son latin, son allemand, son anglais et éventuellement sa tête. A force de courir à droite et à gauche, on vide et remplit son sac à dos sans arrêt, pour parfois le re-remplir fort mal.

Je me collerais bien des circonstances atténuantes. La piscine avait été accueillante et la paella fournie. Rien à voir avec la tambouille décongelée qu’on sert à l’aumônerie. Et dans cette maison de campagne de la famille d’accueil, on avait gentiment bu. Le vin espagnol, c’est vraiment pas ça. Mais en plein cagnard, ça reste du vin. Attention, pour une “maison de campagne”, c’était vraiment une maison de campagne, au milieu des champs dont s’occupait cette famille toute simple. Ils partageaient avec mon grand père le goût de sortir leur propre couteau de la poche avant de manger. Sinon, j’avais un peu l’impression qu’ils faisaient pousser des cailloux dans un désert, car l’irrigation souterraine restera définitivement un mystère pour un cherbourgeois comme moi. Repas sympa arrosé dans une campagne sèche et désolée. Le choc avait eu raison de ma concentration.

En rentrant du déjeuner familial si sympathique et avant de filer au rassemblement diocésain de la première semaine espagnole, sous les moulins de Don Quichotte, je me suis hâté plus que de raison, et c’est en vérifiant mon sac, une fois dans le car que j’ai réalisé mon erreur. L’aube que j’emportais partout était restée sur le lit, blanc… J’ai eu beau passer des coups de fil, quémander de-ci de-là, jusque dans la sacristie provisoire, impossible de pallier le problème. Point d’aube de rechange, de fournisseur aléatoire de froufrou liturgique, dentelles ou bures. A vrai dire, ce n’était pas si grave : Pour une fois, je vivrai la messe avec les jeunes que j’accompagnais, en pantacourt. Assis avec eux pour célébrer, priant avec et pour eux.

IMG_8378webDLerouge

Simplement, à la question : c’était bien ? ma réponse se devait d’être négative. La messe avait été belle, la prière intense mais je n’étais pas à ma place, ni pour moi, ni pour eux. Assumer sa mission, sa place, et concélébrer voilà qui eut été souhaitable. Je n’ai jamais tant aimé les premières places, mais je crois que celle qui m’était réservée aurait fait à tous plus de bien.

Il n’empêche que j’ai été fort attentif, dans les rendez-vous suivants à ne pas oublier les vêtements liturgiques si bêtement. Messe d’ouverture, messes des catéchèses, messe finale, les eucharisties ponctuaient nos journées. Nous étions souvent nombreux, parfois très nombreux à nous tenir côte à côte, tout de blanc vêtus et à dire d’une même voix, à défaut d’une même langue ces paroles de l’eucharistie, forts d’une ordination partagée, d’une mission reçue, portant dans notre prière les chrétiens avec lesquels nous étions venus. 10 000 peut-être même le dernier jour à Cuatro Vientos. Certes, nous avons un peu échangé, mais surtout, j’ai été frappé par la radicalité du silence, mat, et sa force, et sa communion alors que nous concélébrions. Pour une telle foule, il était assourdissant. Quand on connaît le potentiel bavard d’une sacristie, c’était époustouflant.

Cet été, j’ai eu l’occasion de présider la messe en indonésien, rencontrant les prêtres et partageant sur leur quotidien, de concélébrer en espagnol, allemand, anglais, et même polonais… Il y a toujours quelque chose, même quand les mots manquent, qui nous unit. Un beau bout de fraternité. Celui qui nous fait être fier d’être Une Eglise, celle du Christ.

IMG_8533webDLerouge

mardi 6 septembre 2011

le poney de Buridan

la nouveauté de la rentrée dans la paroisse, ce sont les petits billets spi avec lesquels on va décorer la feuille de messe pour occuper ceux qui s’ennuient pendant l’homélie… Je vous avais épargné les homélies, vous allez vous coltiner en avant première les ptits trucs écrits sur des coins de table à cette fin. ça permettra des réactions avant les versions “papier”…

Comme les giboulées d’automne hiver printemps (rayez les mentions inutiles, je suis perdu niveau climat) se pressent à nos fenêtres, les inscriptions se bousculent dans nos agendas : il faut décider de ce qu’on va faire et organiser au mieux les prochaines semaines des uns et des autres… tout l’indique : C’est la rentrée. Ecole, piscine, caté, football, dessin, voile, dix mille activités, trois cents envies, vingt quatre heures par journée.

Et l’Eglise n’est pas en reste. On manque d’un volontaire par ci, première rencontre scoute par là, renouvellement de l’équipe truc, les appels sonnent à toute volée, au milieu d’un tintamarre de sons divers et embrouillés…

Et au milieu de ce charivari de cris d’appels incessants tintinnabulent discrètement mais patiemment les paroles des psaumes 130…  « Seigneur, je n'ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. » et 40 « alors j'ai dit : « Voici, je viens. »…

Plus qu’organiser, remplir, saturer un agenda, nous répondons à un appel pressant, un appel à laisser croître et grandir le don déposé en nous, en relation, en humanité, en don, en prière… Je ne saurais recevoir si je ne laisse la place où donner, je ne pourrai donner si je ne garde le temps pour découvrir, aimer, me ressourcer…

A l’appel du Seigneur à me mettre encore une fois en route à sa suite, que jamais je ne sois tenté de répondre, « pas aujourd’hui, Seigneur, j’peux pas, j’ai poney. »

Coloriage pet shop poney a imprimer

vendredi 2 septembre 2011

les seuls

image

« Les vrais, les seuls regards d'amour sont ceux qui nous espèrent, qui nous envisagent au lieu de nous dévisager ».

Paul Baudiquey, lu sur Facebook
(si, si.Yeux roulants)