dimanche 30 octobre 2011

Etre aux prises

Je rentre tout juste de Taizé, et reste, comme toujours, marqué par l’empressement des jeunes à se retrouver, enchantés/ant et méditant dans l’église. La beauté des chants et de la liturgie, la profondeur du silence y sont pour beaucoup, les prises (pour certaines scotchées dorénavant) pour recharger les portables aussi. Tout dépend de l’usage de l’appendice communicationnel indispensable, mais rapidement, les batteries y sont à sec. On se presse donc près des prises, avec obstination.

Pour tenir une semaine, il ne faudrait l’allumer qu’une fois de temps à autres, (0) recevoir des textos périmés, et espérer une coïncidence de se faire appeler dans l’instant.

Les autres usages sont plus énergivores et nécessitent un réapprovisionnement électrique plus courant…

  1. quelques communications téléphoniques, un à un, sur un rendez-vous, une disponibilité mutuelle
  2. une consultation du répondeur, pour espérer une réponse à une question d’avant
  3. un passage sur le net en 3G, pour chercher dans l’embrouillamini de la proposition en place des éléments pour découvrir ou approfondir un sujet
  4. voire un passage Wifi pour une consultation plus rapide et approfondie, mais liée à un serveur plus local…
  5. et je n’aborde même pas ces moments de divertissement de jeu, vain mais captivant.

Les prises de l’église de Taizé sont une belle analogie de la prière. Elles donnent la possibilité d’une relation, d’une rencontre, d’une réponse… On peut choisir de s’en passer, ne l’utiliser qu’en cas de besoin, espérant la coïncidence d’une réponse immédiate (0), mais pour peu qu’on veuille aller plus loin, Lui parler (1), l’écouter nous répondre(2), mieux comprendre (3) voire se relier pour aller plus profondément (4), on ne peut éviter un passage récurrent, courant. La prière ne donne pas la réponse comme la “charge” ne donne pas l’information, mais cette oraison ouvre l’espace où la rencontre peut surgir, et nous transformer.

Se ressourcer dans l’Eglise pour ne jamais, même au dehors, être déconnecté. Clignement d'œil

ou se résigner à rester off line.

edit: je rajoute cette image linkée sur twitter par "bondieuseriesjolies". 

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jeudi 20 octobre 2011

de bon matin j'ai rencontré le train...

Tous les ans, en octobre, les municipalités installent bien tôt les illuminations de Noël, distillant un relent de “laissez du temps au temps” dans le cœur du badaud titillé, qui court déjà assez pour devoir supporter un tel signe d’agenda compressé et soupçonne des arrières pensées commerciales plus ou moins assumées. Qu’on anticipe, soit, mais laissez-nous goûter l’automne, s’indigne-t-il, agacé.

Prophète à ses heures, ou Chrétien à l’orthographe aléatoire sans le savoir, un vandale délicat, à moins que ce fussent la pluie et le vent, a arraché deux lettres “ir” du slogan qui orne habituellement les TER bas-normands. La révolution est en train de se réaliser : Si les ampoules s’accrochent si tôt par chez nous, c’est moins pour préparer le grand rush chez les commerçants, que pour annoncer l’advenue anticipée de ce temps privilégié, celui où il faut se préparer à Le recevoir :

TER

lundi 17 octobre 2011

hier, à cette place

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Petit internaute, n’oublie pas, chaque fois que tu télécharges un film, tu dépouilles un artiste en herbe qui meurt de faim.

Petit voyageur, n’oublie pas, chaque fois que tu as eu de la compassion, voire un peu de solidarité pour le voisin qui n’a pas composté, tu as ruiné la SNCF. En revanche, quand tu es assis par terre, billet composté, et avec ton avion parti sans toi à cause du retard ou de la grève, tu peux toujours te brosser, c’est normal.

Voyageant, innocent et muni de mon billet, éberlué, j’ai lu ce panonceau, transparent, sur la vitre à côté. En fait, je crois que j’ai halluciné. En me promettant un confort pas si nécessaire, ou qui pourrait être une proposition commerciale normale, on me demande non pas de dénoncer, mais de me désolidariser, ou culpabiliser. J’ai rarement grugé, ou je ne me souviens pas, et il me semble normal de payer, même si cher, pour voyager.

Certains tarifs relèvent du luxe, et si je devais manifester une solidarité, ce serait peut être pour le contrôleur mal reçu, tenu au chiffre, mais aussi pour le jeune sans sou, l’honnête qui n’a pas composté, le resquilleur sans moyens, mais pour les comptes de ta société SNCF, que couic…

Alors solliciter ma compréhension, et l’acheter en me promettant un confort, pour préférer la régie à mon prochain, ça produit l’effet contraire. SNCF mon ex-amie, peu me chaut l’indicateur automatique, la prise de courant pourtant pratique, je préfère la solidarité à ton racolage de bons sentiments. Rien que pour la forme, je serais tenté de gueuler.

Je vais donc reprendre ton panonceau qui pue, et l’appliquer à mon église pour rigoler, pour que tu voies que c’est pathétique, parce que des indésirables qui me rendent l’Eglise pas aussi purifiée que je serais tenté de la vouloir, je peux en trouver plein à virer moi aussi. Attention, SNCF, mon amie, j’utilise le même humour noir que le tien.

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Hier, à cette place, quelqu'un s’agenouillait sur
ce prie Dieu, et pas uniquement pendant la
consécration mais même jusqu’au per ipsum.
Il ne disait pas “Amen” mais “ainsi soit-il”, il
tiquait à l’annonce de l’ACAT, ou quand le curé
parlait de solidarité. Il ne tendait pas la main aux
petits pendant le Notre Père, ne lisait pas la
feuille de chou paroissiale.
Vous vous dites peut-être que ce n'est
pas si grave. Que ça ne va pas changer la face
du monde. Et pourtant, ça pourrait changer
celle de votre Eglise. Car tous ces tradis à genoux
sont des esstrêmistes dont on peut se passer. C’est
autant de formatés[1] qui font passer l’Eglise pour une bande de réacs loin de l’Evangile… et la font être
différente de l’Eglise que vous rêveriez.

les tradis on a tous à y perdre 
C'est pourquoi le regard insultant agit.

 

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hier, à cette place, une maman s’asseyait sans
réussir à gérer les pleurs de son dernier, les
déplacements du 3e, et elle s’est fait légitimement
fusiller du regard par des gens, dérangés,
sachant mieux qu’elle comment
éduquer la marmaille.
Vous vous dites peut-être que ce n'est
pas si grave. Que ça ne va pas changer la face
du monde. Et pourtant, ça pourrait changer
celle de votre Eglise. Car tous ces parents
incompétents dérangent la qualité de silence de
nos assemblées… et la prière peut être troublée

les enfants bruyants, on a tous à y perdre
C'est pourquoi le regard insultant agit
.

 

 

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hier, à cette place, un type s’était assis, pour
prier, avec sa nouvelle femme. Assis loin au fond
parce qu’il avait entendu qu’il n’avait pas le droit, qu’il
était divorcé remarié, que c’était pas bien qu’il
puisse à nouveau aimer. Il s’est aussi fait engueuler
parce qu’il était assis trop loin, il a entendu que tout
le monde était accueilli, sauf, concrètement, lui.
Vous vous dites peut-être que ce n'est
pas si grave. Que ça ne va pas changer la face
du monde. Et pourtant, ça pourrait changer
celle de votre Eglise. Il n’avait qu’à rester dans les
clous, il était prévenu, personne ne l’a obligé à se
mettre en contradiction avec le droit canon. S’il n’est
pas content, personne ne le retient, il ne fait d’ailleurs
rien au quotidien dans l’Eglise.

les divorcés remariés on a tous à y perdre
C'est pourquoi le regard insultant agit.

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hier, à cette place un couple était assis
tout de blanc vêtue, on ne l’avait jamais vue
avant, et lui encore moins, et ils ont choisi
cette église, y conviant tous leurs invités
qui ont un peu fait le bordel. Le curé les
a tancés, ils n’ont aucune idée de ce qu’est
le denier.
 Vous vous dites peut-être que ce n'est pas si grave. Que ça ne va pas changer la face du monde. Et pourtant, ça pourrait changer celle de votre Eglise. Une Eglise
sans mous ni compromis sera plus fidèle au 
Christ, et vraie, pure et engagée. 

les infidèles consommateurs on a tous à y perdre
C'est pourquoi le regard insultant agit.

Blogdavidlerouge-0

 

Hier, à cette place, se tenait un SDF qui
dormait, aviné, pendant la messe, il n’a rien
donné à la quête, il a marmonné pendant
l’homélie, il puait la vinasse et inquiétait les
enfants. Quand on lui donne de l’argent, il
ne s’en sert pas pour manger mais pour picoler.
Dehors, à la porte, on lui donne la pièce
mais dedans, là, que faisait il, ronflant.
Vous vous dites peut-être que ce n'est
pas si grave. Que ça ne va pas changer la face
du monde. Et pourtant, ça pourrait changer
celle de votre Eglise. Il n’avait qu’à rester dans les
dehors, c’était aussi bien. Car là, il faisait tache
et franchement, nous insupportait.

les pauvres, on a tous à y perdre
C'est pourquoi le regard insultant agit.

etc.

Notes :

[1] SNCF, mon amie, on fait dans le cliché, tu n'as pas oublié avant de t'agacer

lundi 10 octobre 2011

pourquoi seuls les hommes peuvent présider la messe?*

Samedi dernier, nous étions deux dans l’église. L’organiste, moi.
Il devait jouer, mais n’avait pas le programme. Je devais présider, mais n’avais pas les textes. 
Et les commanditaires (donc l’assemblée) frôlaient les vingt minutes de retard.

Nous en profitions donc pour deviser, de tout, de rien, des kilomètres, de la musique, des choix qu’il nous faudrait faire pour que la célébration puisse quand même se dérouler. Et nous compulsions les quelques dizaines de partitions-de-secours-pour-messes-à-l’arrache qu’il traînait dans sa sacoche de cuir. Vu le caractère étique des propositions, il me fit part de son intention de remplir un IPad avec toutes ses partitions afin de pouvoir pallier ces cafouillages permanents d’on-va -plutôt-prendre-ce-chant-vous-avez-pas-la-partition-?… finis les blocages et vive la modernité, à toute variation, sa réponse en partition. Que les chantres en surplis du Vatican les utilisent se révélait d’ailleurs un précédent suffisant. L’idée est attractive et j’envisageai derechef la même version pour mon côté de l’autel, textes liturgiques, rituels en tous genres et variations possibles, sans le poids afférent…

J’aurais pu y insérer une homélie, un texte de méditation, l’emporter pour l’oraison. Prendre l’IBreviary pour les heures, le CEC pour les réponses à la va-vite, et quelques notes pour les préparations au mariage… L’idée tout alléchante ne résista pas bien longtemps, ou plutôt ne résista pas à la réunion de cet après-midi. Livres, ordinateur, DVD, jeux, nous envisagions les différents moyens de susciter curiosité et fidélité dans un groupe de 5es quand, à la fin du visionnage d’une séquence vidéo particulièrement intéressante, le portable rugit d’un « ding » caractéristique. Un mail venait de tomber dans la boîte, aussi intrusif qu’un coup de fil dans une discussion passionnée, ou qu’un texto au volant. Je n’allais pas le lire, mais il avait percé d’infos en attente le béton de notre concentration.

Las,

Pour qu’un IPad débarque un jour sur l’autel, il faudra que le concepteur de la future application « I-Missel » lui adjoigne

  • un extincteur du multitâche et de la connectivité,
  • un ternisseur d’écran pour n’être séduit ni par le brillant, ni surtout par le reflet,
  • un SIRI qui devine à la lecture quand faire défiler le texte
  • un éclipseur de mémoire (dit I-Balaguère) quant à l’utilisation potentiellement ludique et plaisante du bousin.

Si la lecture et la connaissance, la curiosité et l’ouverture d’esprit, l’éclectisme et la newsaddiction se satisfont, voire s’épanouissent dans le dilettantisme et le multitâche forcenés, il n’en va pas de même pour la prière. Il faut y être, et n’y être. Parce que Dieu ne se découvre que dans le temps dilaté par l’attention, dans l’unicité de la relation.

[l'astérisque du titre: *parce qu’ils sont réputés être monotâches, les dames sont trop douées Clignement d'œil] (désolé pour la déception de beaucoup liée à cette blague potache sur l'appeau.)

jeudi 6 octobre 2011

la page en plus du rituel

A la fin des baptêmes, il y a toujours la bénédiction.
Ah non, pardon.

Pouf pouf. A la fin des baptêmes, il y a toujours la signature des registres
Ah non, pardon.

Pouf pouf. A la fin des baptêmes, il y a toujours la quête (aux pièces de 2 centimes)
Ah non, pardon.

Pouf Pouf. A la fin des baptêmes, il y a toujours les cloches et les photos, les dragées
Et là c’est bon…
Ah non, pardon.

Pouf pouf. A la fin des baptêmes, même si ce n’est pas écrit dans le rituel, il y a toujours la bénédiction de la médaille du petit, (avec la chaîne, la gourmette, rarement la chevalière). Demande de bénédiction toujours un peu gênée, “parce qu’on n’est pas superstitieux mais bon, ce serait bien vous comprenez.”

En fait, nous comprenons très bien. Et c’est beau, une bénédiction, et cette médaille, qui a souvent coûté un rein est souvent un beau témoignage. Souvent gravée du nom, de la date de baptême pour certains, de naissance pour beaucoup, c’est le cadeau en or, le bijou qui est une promesse de fidélité, et de prière.

Niveau iconographie, on a parfois des surprises et pas toujours des bonnes. Angelots béats, vierges pures, saint Christophe… et parfois : pire. Alors, pour toi, orfèvre qui vend de temps en temps des cochonneries à des gens qui savent pas : petit précis. (basée sur des faits réels)

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non, un bélier astrologique n’est pas un symbole chrétien, alors que l’agneau pascal de Cluny, si. (ça doit être les cornes, le problème)

Agneau de Cluny medaille de bapteme

un angelot, comme ça, c’est un peu pizza kitch mais ça évoque plus l’ange gardien (mignon) que le petit prince… (trop fluet et surtout mortel)

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Non, ami joailler, la croix égyptienne de vie éternelle n’est pas un symbole chrétien qui évoque la résurrection alors que le chrisme, oui (regarde les bras, faut que ça fasse X et pas une croix, je sais, c’est compliqué

le must, à une certaine époque pour les garçons (et les porte clefs de voiture) c’était le méconnu Saint Christophe (c’était qui?), merci de ne pas le confondre avec Napoléon.

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image Colombe dans un cœur mignon et Esprit Saint ne sont pas forcément la même chose…

On essaie toujours de suggérer qu’une médaille à motif chrétien sera plus symbolique et belle pour garder souvenir de ce jour béni… Et parfois, il faut composer dans la bénédiction pour “rattraper le coup” et pouvoir bénir quand même. (peu de trucs vraiment affreux en fait) La bénédiction portera quoiqu’il arrive sur la personne, comblée de Dieu, portée par la prière et l’affection des siens.

On ne trouve que rarement des croix. Mais le top des tops, c’est toujours la vierge Marie, sur des variantes plus ou moins épurées, “la sainte Vierge”. C’est ce que m’a dit une famille il y a peu quand elle m’a présenté la médaille à bénir. “On a une médaille de la Vierge” Caramba. encore raté (et merde au joailler qui n’a pas su dire que ce n’était pas Marie)

Mais pitié, même par une amusante piété filiale mariale régressive, essayez de ne jamais me proposer à bénir ça: je ne serais pas sûr de le faire sans rire.

mercredi 5 octobre 2011

Bref.

Les gens snobs, comme moi Clignement d'œil, n’ont pas la télé parce qu’à la télé, ils passent n’importe quoi. Le journal d’infos est insupportable pour peu qu’on s’en soit désintoxiqué, et les jeux et autres émissions s’y révèlent souvent sordides. On n’y exalte pas grand chose de passionnant, pub comprise. Mais les gens snobs comme moi n’en regardent pas moins, bien souvent, des films, des fils, des infos, des séries via leur Box Internet, où ils peuvent choisir de perdre du temps en regardant des chefs d’œuvre… comme, bien plus souvent, des navets (mais choisisConfus). Et si une téléréalité s’avère encore plus navrante que d’habitude, tel ou tel réseau social saura s’en faire écho… il serait dommage que la daube reste cantonnée. Les encore plus snobs oublisent des livres, c’est-à-dire les dévorent tout en les oubliant au fur et à mesure de leur lecture. J’en suis parfois.

N’ayant pas la télé, et n’étant pas propriétaire, je peux raccrocher super vite quand je me fais piéger par un télévendeur insipide, et peux me permettre d’ignorer royalement les changements de grilles de rentrée des chaînes plus ou moins généralistes. Il y a peu, j’ignorai encore le palmashow, ce qui est plus une faute professionnelle qu’une faute de goût pour un aumônier. Mais bon, en 10 jours, à la rentrée, j’ai vu fleurir un franc succès pour une nouvelle série courte de Canal plus, approchant du million de fan sur facebook. Bref.

media--image-667902-article-soFormat court comme ceux dans lesquels Canal+ a depuis longtemps excellé, avec un humour grinçant, irrévérencieux, mais un ton qu’on sait souvent repérer. Après tout, j’ai été fan des deschiens, ai vu les Nuls, et apprécié certains épisodes de Groland tout comme je connaissais les paroles de “Reviens JPP reviens, parce que la France elle a besoin de toi”.

Là encore, dans Bref., il y a un ton, et une écriture, une voix off, celle qu’on a dans sa tête, celle des plans qu’on se fait, des jugements qu’on omet, des lâchetés qu’on tait, et un montage vraiment original et sympa… plans courts, plans longs, et un rythme très parlé.

Le personnage central et principal est un trentenaire lambda, sans sans, sans femme ni boulot ni projet, ni … clairement définis… un mec qui gère sa vie à la petite semaine. Les chroniques sont croquées avec cette compromission des vies un peu molles, et il y a beaucoup de “bien vu” dans tout ça. C’est souvent drôle, pour peu qu’on ne s’offusque pas trop des quelques turpitudes sexuelles ici très décomplexées. Bref, j’ai regardé tous les épisodes sur Facebook. Et j’ai souri.

Au bout de ces quelques semaines, il me reste tout de même un petit truc bizarre dans le fond de la gorge… un truc qui m’arrive bien souvent quand je tombe sur un des programmes du grand journal de canal, au rire millimétré, à l’audace calibrée, au cynisme amusant, à la répartie bien vannée. Un soupçon de nulle part (ailleurs)

Je ne suis pas tant choqué par la récurrence des allusions sexuelles à ses “plans cul/ masturbation” mais plus fatigué, étrillé par le désengagement, le lymphatisme récurrent, l’absence de perspective. Tout dans la vie du gars, les relations, les projets se gère à la petite semaine, sans envergure, ni désir de fonder. C’est “cool”, “amusant”, “bien trouvé”, “plaisant”, “orgasmique” mais rien ne peut y durer.

Si le succès provient de la capacité des contemporains à se reconnaître dans le personnage, voire parce que c’est une chronique cinglante d’un monde fatigué, alors cette série, que j’aime bien, me fait un peu peur. Peur parce que je pressens mieux pourquoi beaucoup de couples se fatiguent, rompent, cessent d’y croire, ou d’envisager de fonder pour longtemps. Et des enfants, lassent-ils autant, trouveront-ils la permanence de leur identité dans une volonté aussi fatiguée et changeante? Personne ne dit plus qu’on construit, que ces couples existent, heureux, qu’un projet peut vous travailler et vous emmener plus loin, si loin. On dit juste que c’est la crise et que ça va (peut-être) passer.

Le rythme de la série est donné par une voix, intérieure et qui ne dialogue pas, voire qui ment ou se ment. Et elle est seule mesure et censure, vite désactivée.

Dans le dernier épisode, le héros assiste médusé à un mariage qui se transforme en supercherie dès la première soirée, mariage qu’il ranime provisoirement sans espoir de rémission. Des amis, des jeunes qui rament, j’en connais. J’ose croire avec eux, je l’espère, qu’ils cherchent à bâtir quelque chose qui va plus loin, plus profondément. ça doit être possible. Mais nous avons une responsabilité de faire entendre un autre son, celui d’une profondeur et d’un engagement. En tout cas, n’en déplaise à Canalplus, on va se bouger pour construire un monde différent, dans lequel on puisse croire.

Bref, j’ai regardé une série, et pensé à mes amis.

lundi 3 octobre 2011

regarder au dedans

coloriage-noel-creche-11On raconte souvent, dans les séminaires, une blague célèbre. Un dominicain et un jésuite discutaient fermement devant la crèche. Leur querelle avait pour objet l’enfant Jésus. Avait-il ou non, à la naissance, les yeux fermés? Le jésuite soutenait qu’il les avait ouverts, pour voir les beautés de la création… Mais le dominicain soutenait mordicus le contraire. Jésus avait ouvert les yeux, certes, mais les avait derechef refermés. “J’imagine que vous allez me dire que c’est par goût de l’intériorité” lui soutint le jésuite, pinçant. “Pas du tout, rétorqua le dominicain, Jésus a bien ouvert les yeux, regardant à gauche puis à droite. Il vit le bœuf puis l’âne… et il referma prestement les yeux en murmurant : “si c’est ça, la compagnie de Jésus””.

Ami dominicain, j’espère que ton Maître (c)adoré aura la même délicatesse que le Général des jésuites en visite en France. Grâce au dernier billet, Profondeur, de Pierre de Charentenay le lundi 3 octobre 2011, j’ai vraiment pu l’apprécier:

“Le supérieur général de la Compagnie de Jésus, le Père A. Nicolas, espagnol ayant passé toute sa vie au Japon, était à Paris ces jours ci pour rencontrer les jésuites de France. Son message est revenu à plusieurs reprises sur la profondeur de nos vies, comme sur la profondeur de la parole à porter dans l'Eglise et dans le monde. Comme un jardin japonais qui dessine des paysages aux volumes diversifiés.

Nous sommes menacés de superficialité dans nos activités, dans notre réflexion, dans notre action. Tourbillonnant sans cesse d'une chose à l'autre, pressés par le temps et les urgences, nous n'avons pas le temps de nous enraciner, de penser au-delà du bout de notre nez.

C'est le temps de l'intériorité, de la compassion, de la méditation et du retour à l'essentiel. Loin des images et de leur impact, nous sommes appelés à regarder au dedans pour y lire la présence de Dieu, son amour pour nous et pour le monde. C'est dans cette profondeur que nous pourrons trouver la guérison de toutes nos blessures et la paix dans la vraie liberté. C'est aussi là que nous deviendrons la source transparente qui permettra aux autres d'étancher leur soif.”

samedi 1 octobre 2011

Des Bisounours™ parfumés à la guimauve

Les chrétiens sont-ils des opiomanes de l’espérance, gonflés à l’hélium d’un monde meilleur qui leur fait oublier voire s’extraire de la gravité des soubresauts des temps ? Vivent-ils dans le froufrou ailé d’anges gardiens et combattants qui les exonèrent des peurs et dangers d’aujourd’hui ? ou dans la poésie éthérée d’une spiritualité toute détachée du réalisme d’un monde d’adultes conscientisés ?

Sainte Thérese de LisieuxA prétendre connaître sans lire la voie de Thérèse de l’Enfant Jésus, petite voie d’enfance spirituelle, on pourrait la soupçonner de mièvrerie, comme on attribue aux chrétiens une foi qui ne serait qu’un pis-aller à leurs peurs profondes de la mort et du monde. A lire ses poésies, on pourrait d’ailleurs être conforté dans son opinion… Mais choisir d’entrer dans la foi, de se laisser porter par l’espérance agissante, ou dans une charité sans concession est un choix d’adulte qui ne dédouane pas d’une vie au quotidien mais lui donne un sens en deçà et au delà.

Ste Thérèse, consciente de sa fragilité et de son impossibilité à se sauver elle-même a ouvert un chemin spirituel qui, tout en reconnaissant sa pauvreté, affirme le choix d’avancer avec Dieu, portée par Lui, dans ce monde et par après… Choisir d’aimer, « rien que pour aujourd’hui » n’est pas une mièvrerie mais un combat au nom d’une foi en Dieu et en l’homme qui va plus loin qu’un laisser-vivre.

Dieu nous appelle, à son image, à être force d’amour, d’espérance et de foi dans un monde qui en a besoin. C’est en cela que l’Evangile est pour les hommes « Bonne Nouvelle ».[1]

Notes :

[1] billet écrit pour la paroisse mais qui ne sera pas publié