mardi 29 novembre 2011

si tu avais Un ami...

Je n’ai pas envie de passer dans le camp de la peur, qui considère l’autre comme pourri, le camp de la certitude qui m’engonce dans mon bon droit offensé ; je n’ai pas envie de supputer une attaque en règle de vieux comptes à régler, par un “on” diffus et malodorant contre une église victime innocente, je ne veux pas te jeter ma prière à la gueule, ni même mon regard atterré, je ne veux pas t’éviter que tu saches ma souffrance parfois, je ne veux pas désespérer de l’homme, ni cesser de l’aimer quand il n’est pas aimable…  je ne veux pas jeter une société avec l’eau de son bain.

Mais je ne comprends pas l’homme quand tout un pan de l’altérité n’est plus respecté, honoré, reconnu. Ne dois-je aussi ne craindre, ne respecter que celui qui peut me démasquer, m’inquiéter, sévir, ou me mettre en danger ? n’y a-t-il que le bâton et la vidéosurveillance qui me gardent d’être au plus bas de moi même, d’être l’humiliant ? N’y a-t-il pas un domaine où l’homme devine qu’il fricote avec le vulgaire, la lie de son humanité ? Est-il humain de haïr, dénigrer, négliger, vilipender, rejeter, s’approprier ?

alors parfois, je voudrais te poser une question, à toi qui, masqué par ta bêtise, ton alcool, ta bravade, ta colère, ton âpreté au gain facile et immérité qu’ils “auraient dû mieux protéger, c’est leur faute”

quel verrou a sauté dans ta tête quand tu salis une tombe ?
quand tu voles 3 bibles dans une librairie ?
quand tu piques le siège de présidence en velours et les tapis d’une église ?
quand tu célèbres tes profits sur les décombres de l’usine qu’on a fermée pour te les donner ?

quand tu insultes un croyant, au nom de je ne sais quelle vérité, avec ou sans majuscule ?
quand tu dis qu’on a trop d’étrangers ?
quand tu dessines une croix renversée sur un portail, quand tu souilles une statue ?
quand tu salis un petit ?

quel héros te crois-tu, dans cette obscurité où tu jubiles ?
le héros qui a su blesser sa propre humanité…
où est l’ami qui aurait su retenir ton bras ? où est l’ami qui t’aurait fait l’honneur de te permettre d’être toi. le vrai toi.

tu me fais penser à un homme sous antidépresseur, dans ces premiers jours désinhibés… qui vacille à deux pas du suicide… Quel sera l’ami qui retiendra ta main quand tu continueras d’humilier en toi ce qui est trésor d’humanité?

je t’en veux d’étriller ma foi en toi. Je t’en veux. Le Christ, après tout, est mort de cela.

coquetterie

Au vu de la tendance récurrente du kit main libre à s’emberlificoter le fil dans ma poche, j’ai renoncé à laisser s’encanailler, dans le tiroir de ma table de chevet, les cordons des petites croix que je porte au quotidien.

Signes discrets d’un attachement plus intérieur,
d’une vie donnée, mais aussi d’une histoire de rencontres
à Lourdes, Cherbourg ou le jour du diaconat
elles accompagnent chaque jour ma vie de prêtre “avec, de et pour”…

et s’immisçant sous l’écharpe permanente, elles savent dire de qui je suis prêtre
car elles sont bien là, notre identité et notre visibilité... non ?

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lundi 28 novembre 2011

le moderne est-il pérenne?

l'Egça ressemble à un cube. C’est gris, c’est triste, éclairé au néon, les mousses l’attaquent, les vitraux sont trop sombres, et des coulures d’humidité la strient, les abats-jours des sixties ont mal vieilli… C’est une église de la reconstruction. C’est triste, c’est laid. C’est laid comme les maisons en béton sonore, c’est triste comme un automne normand. Si ça devait mériter un coup d’œil, il serait torve et dépité. Mais non. A ignorer.

L’après-guerre en France pâtit d’une double réputation. Glorieuse reconstruction, à l’évolution socio économique accélérée, au PIB en ascension vertigineuse, à l’exode rural massif, c’est en même temps l’ère du triste et gris béton, des transformations socio religieuses, des recherches liturgiques massivement supposées affreuses… la tradition en demie mesure, tristes villes sur de tristes décombres. On a reconstruit vite, parce qu’il le fallait, parce qu’on avait faim et froid, parce qu’on avait des besoins élémentaires, mais en dépit du bon sens, du bon goût. C’est triste et laid, le fruit de ces années. On s’esbaudit des volutes gothiques, on peut même, pour certains aimer le “néo-” du XIXe s, mais l’après guerre, y a vraiment rien à sauver. Tristes églises, tristes cubes, triste Eglise. Sans parler des dalles de verre enchâssées dans leurs cercueils de béton.

Qui oserait emmener ses amis visiter les églises de la reconstruction dans la manche? Ces affreux cubes de béton, sonores, blanchis au néon… Personne. A moins d’apprendre à regarder Clignement d'œil. On a peine à croire à un projet, à des commandes, à de l’art sous ces visages blafards des vitraux, ces mosaïques datées…

Et pourtant, dans l’euphorie de la reconstruction, l’Eglise s’est mise en dialogue avec nombre d’artistes, qui ont travaillé sur le volume, la lumière, l’inscription dans la vie de la communauté, de la cité, l’expérience d’être sauvé. Ensemble, ils ont cogité, produit, jusqu’à des projets pas toujours simples, pas toujours aboutis; pas toujours faciles à vivre, mais qui valent vraiment le détour. Murs traversés de lumière, Tentures de la Moisson dans un baptistère sous un clocher en élévation, réflexion sur la croix, la communauté rassemblée et orientée, l’espace liturgique, l’histoire et ses cicatrices, la grandeur et l’inénarrable du mystère.

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Rien à voir avec les chefs d’œuvre romans ou gothiques, pures recherches, grands artisans à la gloire du Grand Artisan… Mais il ne faut peut être pas jeter trop vite le béton avec l’eau du bain

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si tout vous échappe, vous devriez acheter, ou vous faire offrir le merveilleux catalogue de l’expo sur la reconstruction des archives de la Manche, vous y découvririez ce que vous avez toujours vu sans jamais deviner l’intérêt. Je vous promets que ça vaut le coup, même, et surtout d’aller dans cette fameuse église de Graignes, la première photo, dont le mur Ouest s’illumine en croix et étoiles à chaque crépuscule.

PS1: on trouve déjà des articles permettant de deviner l’intérêt de cet ouvrage là: http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=11&id_article=marie-905  et là : http://objet.art.manche.fr/xml/caoa.asp?xml=accueil32&xsl=accueil 

PS2: des artistes continuent ce dialogue entre beauté et Vérité, entre art et foi, entre tradition et modernité. Comme Fabien qui vient de rénover l’autel St Laud de Notre Dame de Saint Lô, et qui élabore ces jours ci un projet qui devrait être intéressant du côté du carmel de St Sever.

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samedi 26 novembre 2011

non, non, non, toujours pas, non.

Ce matin, au courrier, en-tête officiel... un papier à renvoyer. Un nouveau, c'est pas si souvent.
Et comme à chaque fois, l’administration, vieille dame à valeurs veut de l’honneur. Surtout pour les signatures.

sur l’honneur, avez-vous déclaré être sujet à l’“isolement”? euh, nan.

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"vous devez donc penser à signaler votre vie en concubinage"... Ben, j'étais pas averti du fait... A moins que... pour signer sur l’honneur, je me retrouve à vérifier toutes les lignes du 2e papier pour voir si mon statut n’est pas un peu ambigu. Y a une dimension de Pacs ou mariage qui n’est que suggérée? Après tout, je ne suis pas tout seul à habiter dans cette grande maison de l’aumônerie.

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“qui vivent en couple”. non.

franchement, parfois, on se demande.

lundi 21 novembre 2011

Où apprendre à regarder ?

Un théologien que j’aime bien, voire que j’aime beaucoup, a lu notre petit ouvrage de témoignages, et il a eu la délicatesse, comme quelques uns d’entre vous, de nous adresser sa “lecture”.

Et je note que (Laurent Villemin) souligne (dans vos témoignages) le primat des sacrements et de la liturgie (p. 167)... je m'en réjouis parce que cela note peut-être un déplacement plus profond : si le prêtre ne rencontre pas le Christ en célébrant la liturgie et les sacrements, (Alors) je ne pense pas qu'il le rencontrera longtemps au marché, ou sur les marches d'un stade. Ce qui est en jeu,  c'est que l'expérience que Dieu aime ce monde qu'il sauve prenne corps.

J'ai reconnu dans vos lignes une spiritualité catholique (...) une spiritualité simplement incarnée, à l'image de la vie ce Jésus de Nazareth, dont nous essayons d'être les disciples sans trop savoir ce que cela signifie.

Du coup, je trouve beaucoup moins inintéressant cette publicité:

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Je vais la coller au moins pour partie sur les panneaux de nos églises… Parce que, finalement, dans la célébration comme dans l’adoration, l’eucharistie, c’est le soin du regard. Et c’est pas l’Evangile de dimanche qui me fera sortir de cette intuition. S’il me faut défendre le Christ, il me faut avant tout apprendre à le reconnaître, via l’assurance de sa présence dans l’eucharistie jusque dans les vies où il est plus difficile à discerner.

PS: j’avais envisagé d’intituler ce billet “S’Tête”, du nom d’un coiffeur caennais dont j’ai aperçu l’enseigne digne des meilleurs coiffeurs… J’ai oublié de le photographier alors je suis allé sur google maps. Las, l’enseigne est trop récente. Alors que le voisin, non.

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dimanche 20 novembre 2011

utile pour papoter

Je traîne un costume qui en toute occasion depuis 8 ans me tient chaud
sombre et propre sur lui, à la mode de l’époque, mais bien peu me chaut
simplement, depuis quelques temps, mes clefs partaient en villégiature dans la doublure
signe ô combien fréquent du passage du temps, et de son usure.

Pour faire mentir l’usage bien établi,
qui veut pour tout curé un veston défraîchi
col râpé, poche percée, couleur indéfinie et tache au revers
je suis allé quérir un nouvel ensemble pas trop cher.

Mais au moment du choix, entre deux identiques
il a fallu opter, et je fus pragmatique.

grâce à mon nouveau costume, même en hiver,
je suis même pas pâle, il est ultra mon teint.

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samedi 19 novembre 2011

billet de fiotte

samedi 8h20, je n’ai pas de rendez-vous ce matin
samedi 8h20, je me laisse émerger sous la couette, une bonne heure plus tard que d’habitude
samedi 8h20, le radio réveil chuchote les infos de France Inter qui glissent sur les draps.

samedi 8h20, Fabrice Drouelle commence l’interview de Barbara Loyer, Professeur à l'Institut Français de Géopolitique de l'Université Paris 8, spécialiste de la géopolitique de l'Espagne, faisant mentir la triste manie qui veut ne prendre des experts que masculins

samedi 8h20, Fabrice Drouelle salue le courage du Professeur Loyer, qui vient d’apprendre un drame personnel, mais qui est là quand même, lui donnant la possibilité d’“arrêter” si elle le doit, si elle est dépassée… mais le professeur Loyer, à la voix déstabilisée, répond, parle de l’Espagne, des enjeux politiques des législatives, du bilan catastrophique des partis en place, du changement annoncé. Elle parle, elle tient. On sent le propos sur le fil, mais elle est là. Combien auraient décliné… Elle parle.

samedi 8h20, Barbara Loyer parle de ce candidat terne et peu charismatique qui émerge, là-bas. Il est terne parce qu’il a survécu à un accident mortel, parce qu’il en a appris qu’une défaite politique, ce n’est pas grand chose finalement, parce que lui, homme politique, n’est pas vaniteux… de et de par sa vie sauvée. Et ce portrait par une voix striée d’ un “drame personnel” remet toute l’info, toute la vie politique, toutes les grandes idées dans une juste mesure. Mise en abymes…

samedi 8h23, Fabrice Drouelle interrompt rapidement l’interview. C’est aussi bien. Le message, le messager, et la justesse sont passés.

samedi 8h24, je trouve une surprenante cohérence à ces derniers jours. Hier soir, 20h30, bien calé dans le canapé à côté du vidéoprojecteur, je regardais pour la première fois en version DVD “qui a envie d’être aimé”, le film inspiré de la vie de Thierry Bizot, où l’Evangile, la Parole vient saisir et approfondir une vie morne d’avocat, la transformant sans heurt, mais l’ouvrant à un amour qui donne des coups, qui interroge la relation aux proches, l’épouse, le frère, le fils. D’une vie qui file à une vie qui expose, et se laisse exposer à l’amour. J’avais boudé le film parce que les critiques n’étaient pas si bonnes, je l’ai regardé parce que mardi, et samedi dernier, j’ai entendu le témoignage filmé du vrai Bizot, converti, qui me renvoie sur la joie et la nécessité de témoigner. Après avoir écouté le témoignage, j’ai aimé le film et sa pudeur.

vendredi, 17h56, je cours comme un dératé sur les quais. J’aurais pu ne pas courir si j’avais mieux anticipé, mais comme toujours… Bref. Je suis tout de même à l’heure pour voir, comme tout le monde, “intouchables” à l’humour bien senti, aux réparties décomplexées, à l’amitié inventive. Je comprends qu’on aime ce film, je comprends qu’on se sente souvent pas assez bien pour être aimé, qu’on circonvolutionne, qu’on se défile… Je ressors ému du film. J’ai bien fait d’aller le voir.

jeudi, 20h30, je cours comme un dératé dans la rue de la paix, j’aurais pu ne pas courir… Bref. Ce soir, c’est conférence, au premier rang parce que la salle est remplie. Au micro, Anne Dauphine Julliand que je n’ai jamais lue… mais que je veux écouter. Carnet en main, appareil photo sur le siège à côté, téléphone portable pour faire autre chose au besoin. J’entends cette voix sans prétention ni précaution, qui rappelle que toute vie, même de trois ans et demi vaut le coup d’être vécue, et aimée, que sa qualité est là, que même brève, malmenée, en voie de mourir, entre sourire et souffrir, avec toutes les questions, les difficultés… elle vaut le coup d’être aimée. Elle redit que le malheur isole, elle rappelle l’audace, même s’il faut ensuite s’excuser, qu’Arthur, que Loïc, que Thaïs, qu’un mystère s’est révélé, imprévisible, insupportable, inéluctable. Indispensable.

et mercredi, c’était Thérèse, une femme amoureuse jusqu’à la mort, jusque dans la vie, avec tout le sérieux de ces trois mots.

113984200Bref, j’ai la vie qui file, et je ne suis pas sûr de toujours aimer ça; j’ai la vie qui file, et je ne voudrais pas que mon “état de vie”, qu’il soit célibataire pour moi, marié pour d’autre, ne me garde de l’aventure, la seule, qui dit la profondeur de chaque instant. Même si parfois, cette “révélation” ne se fit pas sans émotion. Je suis une fiotte, mais j’assume.

qui a envie
qui a souffert
qui sait le prix
qui peut se passer
qui peut mourir
d’être aimé ?

vendredi 18 novembre 2011

âme de feu

il est des âmes sur la terre, qui cherchent en vain le bonheur… mais pour moi c’est tout le contraire, ma joie se trouve dans mon cœur.

Fichier audio intégré

une ligne de basse de guitare, ou une autre, attrapée à l’oreille sur un cd vert, et vieux, une mémoire enfouie sous plus de vingt ans de vie pas toujours spirituelle, quelques mots se dressant, soyeux, entre terre et cieux, chemin dérisoire parfois, brûlant, ajusté, amusant, mélodie, mélopée régulièrement chantée, murmurée, remémorée.

une ligne de basse de guitare si souvent jouée sans les mots qu’elle trame, laissant le silence suggérer la poésie qu’elle servait. Je me suis fréquemment défendu du bonbon sucré des chemins thérésiens, des petites voies, des roses, des enfants Jésus… je me suis défendu parce que je me doutais qu’il y avait du profond et du sérieux sous le sucre d’orge du récit, ou de l’apparente mièvrerie. “Ô je voudrais chanter Marie pourquoi je t’aime, pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur” chantonné en se triturant la mèche, le pied rentré en dedans, ça m’a toujours agacé.

Alors que Pierre Eliane, non.

ni Sr Anne Elisabeth, rencontrée à 13 ans, et jamais complètement lâchée depuis. Elisabeth qui dévoile en harmoniques la profondeur, le sérieux, l’ampleur des poésies de Thérèse, femme de Dieu, amoureuse et incarnée. Thérèse a parfois écrit léger, parfois sérieux, se jouant d’images presque dérisoires, celles que la pudeur nous fait repousser du pied, elle a écrit parce qu’on lui demandait. Elle parle des fleurs, mais effeuillées, elle parle d’amour, mais incarné, elle parle du Carmel, son carmel, celui où elle a su mourir.

Elle écrit dans la joie, pas la petite joie du quotidien, non, l’autre, celle dont on n’oublie jamais l’origine, celle qui travaille au fond. On peut être touché par l’histoire d’une âme, on peut apprendre de la Thérèse docteur de l’Eglise… Et puis on peut être touché par les mots chantés par Elisabeth.

J’avais ce soir là un anniversaire. Prévu, réservé, bloqué. Mais il fallait que quelqu’un vienne présider l'eucharistie juste avant le concert. Alors j’y suis allé. Le chemin était prêt. J'ai présidé l'eucharistie, parlé des talents et me suis effacé derrière le mystère. Et puis, après le repas... Elisabeth a toujours cette voix et cette foi profondes, sa prière à fleur de chant. Et pour tous les vieux morceaux, j’ai chanté, et ma sœur et d'autres aussi. Chanté presque tout, caché pudique et pudibond derrière mon appareil photo, pour 200 clichés. Comme je connais bien Elisabeth, j'ai pris mon temps pour la photographier, sans trop bouger, sans trop gêner, pour témoigner, pour répondre à ce qu'elle donnait avec ce que je savais faire. A dire vrai, il y avait eu une première demande juste avant, quelques instants à prier, simplement, debout, pour tout ce qui allait arriver.

À la fin, Elisabeth a invité tous les anciens de l'école de la foi (dont j'ai fait la 6e promotion) à venir avec elle sur scène pour chanter sa première composition "l'abandon". Beaucoup chantaient les yeux fermés, de cœur. Le soir, en repartant, j'avais de la vie spirituelle en barre qui remontait de mon adolescence, dans sa puissance et sa douceur, dans sa consolation de commençant, son “grain” immérité.

Pour achever toute la force de la soirée, j’ai repris, en partant à la fin du concert, l'écharpe que j'avais laissée à un enfant endormi juste à mes côtés, pour ne pas qu’il aie froid. Ses parents me l’ont tendue, complices. Il avait pissé dedans.

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mardi 15 novembre 2011

attrait et retrait

“ la plupart des hommes se flattent de se tenir au courant de ce qu’ils appellent sommairement l’actualité, n’entendant par là rien d’autre que l’actualité mondaine, et, faute d’user à cette fin de médiations saines et naturelles, ils ne trouvent dans cet exercice obligé que l’aliment d’une inépuisable tristesse qui dégénère en amertume ou en stérile résignation. Au vrai, c’est relativement à trois formes d’actualité, à trois actualités ensemble qu’un homme sain et complet sait se mettre à jour : celle de la nature, celle du monde, celle de Dieu. L’on se tient au courant de la première par la promenade, de la seconde par la conversation, de la troisième par la prière. En suscitant l’émerveillement et la gratitude, en établissant au plus intime de l’être la tendresse et la sagesse, la première et la dernière jouent le rôle d’un indispensable correctif, d’une clef d’interprétation, et prémunissent insensiblement contre ce que la seconde pourrait comporter de délétère à la longue, lorsqu’elle est seule et mal écoutée.”

François Cassingéna Trévedy, Etincelles III, p. 340

Je suis allé hier marcher un peu, flâner beaucoup, laissant vagabonder tout le temps le regard dans l’exposition “Cézanne et Paris” du musée du Luxembourg… Moi qui suis passionné de portraits, de ces instants fugaces où transparaît sous le brillant des sourires travaillés ou le mat des absences quelque chose de celui qu’on veut dévoiler, j’ai été pris à revers. Portraits au visage absent, ou plutôt, au visage en retrait derrière l’apparaître des peaux, des couleurs se juxtaposant en structures, en douceur, présence mais sans séductions… Le visage est là, mais il n’étincelle pas, il est là, jusque dans sa passivité. Et l’humanité y est pourtant dévoilée.

On ne cesse de rayonner, même quand on n’ose ni ne peut plus être là, habiter. Dépouillement de l’être.

clique

vendredi 11 novembre 2011

au menu

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« il y a matière à improvisation quotidienne pour quiconque, par tempérament inné comme par habitude entretenue, s’inaccoutume au menu de la beauté. »

(et mince, je ne sais plus
ni par qui,
ni quand,
ni où,
ni comment
ça a été dit
mais j’ai bien aimé !
)

jeudi 10 novembre 2011

Noël avant l'heure

Mes premiers playmos étaient juste colorés, on pouvait les customiser, mixer le cowboy et le policier, puis peu à peu ils se sont spécialisés : Flic, marié, cowboy, notaire, pompier… jusqu’à pasteur récemment, pour les mariages dans l’église dont j’avais déjà parlé. pantalons feux de plancher !

Dans l’église, point de croix, mais des pigeons, et des faces de playmo en vitraux ; j’attendais donc avec impatience l’arrivée des prêtres, des curés… Hélas, Playmobil© inc. vient encore de me damer le pion, en se prononçant, à deux mois de Noël, las, sur le sexe des anges, et fournissant un avatar à Saint Nicolas, certes, mais aussi finalement à Mgr Blaquart pour les confirmations.

4887m’en fous, manteau rouge idoine en sus, on change de perruque, on oublie la mitre et ça y est, enfin, je l’ai!

DL confirmation

mercredi 9 novembre 2011

hymne pascal

Un homme est mort qui n’avait pour sauveur
Que deux bras ouverts une fois pour la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que Celui qui l’avait appelé
Un homme est mort quand continue la lutte
contre la mort qui l’a dépassé, séduit, happé

Car tout ce qu’il voulait
nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
que le bonheur soit la lumière
au fond des yeux, au fond du cœur
Et la justice sur la terre
mais plus en lui, ici.

Il y a des mots qui font vivre
mais qu’on n’accueille plus pour soi
et ce sont des mots si brûlants
le mot Sauveur, le mot confiance
Charité, justice et le mot liberté
le mot Fils, et le mot délicatesse
mots que l’on professe, plus grands que nous
Le mot courage, et le mot consentir
et le mot frère, et le mot camarade
des mots auxquels on croit, qui parfois renvoient
sur ce qu’on ne vit que pusillanime
Et ces mots s’enroulent en spirale suffocante
dans la solitude, suscitant l’irréparable.

Ajoutons-y Pascal
Pascal est mort, vie reprise qu’il ne pouvait plus donner,
en marge de ce qui nous fait vivre
tutoyons-le, il était frère d’arme,
soldat de charité, enfermé dans le combat, désarmé.

Tutoyons-Le, il nous rappelle que le salut
est affaire fragile de fragilité saisie,
qu’Un seul est grand, qu’il y a des gouffre où l’on peut tomber

Tutoyons-nous il nous dessine en sombre l’espérance.

pascalJe crois avoir croisé quelque fois Pascal à la catho, dans nos premières années, j’avais oublié son nom, mais pas son visage. Il avait mené ses appels et ses missions dans des lieux dont j’ignore tout, dans des cercles autres, mais l’annonce de sa mort, inattendue, violente, choquante réanime ma colère contre novembre, sombre et poisseux, qui englue tant d’amis dans des solitudes inespérantes. Le combat, il l’a arrêté, je n’ai de cesse d’espérer que son Dieu saura d’autant plus le saisir, le recueillir, comme une mère son fils blessé au cœur. La foi ne connaît pas beaucoup de héros la nuit, je regrette simplement qu’il n’ait plus pu sentir la tiédeur de nos amitiés, le rose de nos optimismes, le soyeux de nos attentes bienveillantes.

un petit de Dieu est tombé. Et je ne vaux guère mieux.
Pardon et merci à Eluard de m’avoir laissé emprunter ses mots
et merci douloureux à ce billet: http://lawebattitude.blogspot.com/2011/11/205-amis-et-seul.html

lundi 7 novembre 2011

mon cher Ivan

Bonne nouvelle : Le Vatican en a marre des curés "sans saveur"

Par Ivan Rioufol le 7 novembre 2011 8h30, le figaro

Les curés sont majoritairement prévisibles, ennuyeux, transparents. Ils font fuir les fidèles. Cette constatation d'une évidence, c'est Le Vatican lui-même qui la dresse, c'est-à-dire Benoît XVI. C'est donc une bonne nouvelle. Les prêches des prêtres catholiques sont devenus souvent "incolores, inodores et sans saveur, au point d'être désormais tout à fait insignifiants", vient de dénoncer le cardinal Gianfranco Ravasi, responsable de la culture au Vatican. Selon l'AFP, le cardinal italien a invité les prédicateurs à prendre en compte les nouveaux langages pour capter l'attention des fidèles et aussi à ne pas craindre "le scandale" que crée la parole de la Bible. "Nous devons retrouver cette dimension de la parole qui offense, qui inquiète, qui juge", a-t-il affirmé. Il a aussi invité les prêtres à suivre "la révolution dans la communication". Il explique:"L'information télévisée et informatique demande à être incisif, de recourir à l'essentiel, à la couleur, à la narration".

Cet aveu d'un conformisme ecclésiastique est évidemment bien tardif, en regard des avancées de la déchristianisation et de la lassitude de nombreux catholiques (dont je suis) face à un clergé pusillanime et politiquement correct, même si je sais qu'il abrite de belles et courageuses personnalités qui œuvrent le plus souvent dans l'ombre. Cependant, le mea culpa est désormais assumé par l'Eglise et cette contrition est un pas important qui vient d'être franchi. Il est piquant de constater que c'est sous l'influence d'un pape plutôt malhabile dans la communication de masse que Le Vatican a décidé de moderniser sa manière de s'adresser aux gens. Reste que cet appel à rendre plus consistantes les prédications dans les églises n'est qu'un retour aux sources du catholicisme et aux méthodes employées par Jésus lui-même, souvent construites sur la provocation et l'exagération.

Dans un livre remarquablement documenté sur Jésus (1), l'historien Jean-Christian Petitfils rappelle notamment ce que fut l'intransigeance du Christ, sa violence verbale parfois, et son goût pour le style apocalyptique. "On se tromperait, écrit Petitfils, en en faisant un doux missionnaire ou un débonnaire professeur de morale (le Jésus sulpicien!). c'est un prophète authentique qui crie, invective, lance de cinglantes diatribes". Jésus ne craint pas le style provoquant, quand il dit ne pas apporter la paix mais "le glaive". Il jette l'anathème sur ceux qui ont refusé son message ou pour secouer les foules de leur torpeur spirituelle. Il prend à partie ses adversaires: "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites (...), serpents, engeance de vipères!". C'est pourtant le même Jésus qui, "compatissant, empli d'une infinie miséricorde, appelle à lui toutes les victimes, tous les blessés de la vie", note l'historien. "Il ne cherche pas à instaurer son règne par la force".

Aux prêtres et aux évêques d'être à la hauteur de leur mission, en cessant d'être des robinets d'eau tiède et des enfonceurs de portes ouvertes. Il y a urgence.

(1) Jésus, de Jean-Christian Petifils, Fayard

mon cher Ivan,

je te remercie de soumettre à mon attention cette dépêche AFP, qui, je n’en doute pas, a su restituer la profondeur et la saveur des propos du cardinal Ravasi, qui, étant du Vatican, comme toi tu es du figaro, engage le propos du pape comme tu engages la position de Sarkozy. C’est vrai, quoi.

Soit dit en passant, tu as raison, et Ravasi aussi, on s’ennuie parfois en homélie. Pas tout le temps, mais parfois. Soit que le prédicateur n’était pas en verve ce jour là, ou pas en verve tout court, mais j’y reviendrai, soit que le texte, déjà, à la base, n’était pas facile facile, soit que j’étais pas super dispo pour écouter, agacé derechef par le tic verbal dudit prédicateur. Si ça peut te rassurer, je m’emmerde aussi souvent en écoutant la radio, lisant les journaux, mais jamais en regardant la télé, parce que je ne l’ai pas. Pire, non seulement je m’emmerde mais il m’arrive fréquemment de penser “ce type est un con, et il parle comme un con, et il ne pense pas”. Et autant je m’enquiquine ferme pendant certaines homélies, autant j’y ai plus rarement ce genre de pensées, même si ça finit par arriver.

L’homélie, c’est un truc récurrent, genre quotidien et hebdomadaire, format court, et où le sujet est imposé par la Parole qu’on sert, et le peuple auquel on s’adresse ((nous les cathos on dit peuple quand tu dis lectorat)). Parfois on est bons, on trouve le fil, l’intuition qui rend le propos intéressant, parfois, non. C’est con, j’ai oublié de prendre l’option “génie” au séminaire. Mais bon. Et puis, on est pas là pour qu’à la fin, on nous dise “chrysostome est de retour, mais pour aider les chrétiens à vivre.” Servir la Parole, le Christ, faire entrer dans la profondeur du propos, c’est pas toujours funky, et on n’y excelle pas tous et tout le temps. Mais bon. SI je faisais de la comm, je prendrais un micro HF, je me collerais en plein milieu du choeur, et je te parlerais au coeur, à toi, oui toi au 2e rang, qui veut être converti par Dieu, je serais enflammé, je serais drôle, je serais délicat, je serais… haï au bout de 3 fois du même numéro. Parce que la messe, c’est pas un numéro de charme, c’est l’espace de la rencontre avec le Christ. L’homélie y conduit, mais pas que. Le rite pose cet espace, les paroles du rite le permettent, et s’il est vrai que parfois la forme est franchement hyper ascétique voire repoussante, le fond n’est jamais dans la forme, que veux tu.

L’autre souci, mon cher Ivan, c’est que si on recrute un journaliste à sa plume, on ne recrute pas un curé à sa langue. On est divers, nous les prêtres, certains sont orateurs et bons orateurs, d’autres fédérateurs de communautés, tâcherons de l’unité, bosseurs en sous main, priants à l’extrême, accompagnateurs de génie… et on n’arrive pas à avoir toutes les qualités. C’est bien simple, il me semble bien souvent que toutes me manquent. On essaie d’être bons, mais bon, on fait c’qu’on peut et parfois c’est pas glorieux.

Alors certes, le coup du robinet d’eau tiède, c’est vrai que ça tue, le coup de la comm’ mal assumée, c’est redoutable, la parole qui manque de feu aussi, mais bon, tu vas pas arrêter d’aller voir ta mère parce qu’elle a un bouton sur le nez, voire une langue de vipère. C’est ta mère, t’y vas, et tu vas même t’arranger pour qu’elle ne tombe pas dans ses pires et détestables excès.

Si les curés te balancent de l’eau tiède, c’est peut être que l’Evangile a suffisamment marqué les esprits pour que ce qu’il dit te “tombe sous le sens” mais pas assez marqué les vies pour qu’on soit encore obligés de faire subtil et de le rappeler. Pire pour les portes ouvertes. OK, on les enfonce, mais toi, tu les franchis?

l’homélie est un art, et nous sommes de pauvres artisans. Je te promets qu’on bosse, certains plus que d’autres à ce genre de sujets, et qu’on brûle encore pas mal… mais ce n’est pas suffisant. J’accepte de me faire tancer, et qu’on me dise que j’ai tapé trop souvent à côté, mais je t’en prie, ne me fais pas le coup du “je suis pas venu à la messe, le curé est pire que la tourtel”, parce que c’est peut être ce dimanche là que la Parole que je sers, comme toi, t’aurait brûlé.

PS: si tu veux plus d’infos, pique à Jean Marie Le Guénois un bouquin auquel je viens de participer, “ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux” qu’on lui a envoyés en envoi presse, ça pourrait te réconcilier avec les curés tièdes comme moi, mais qui y croient encore.

PPS: je sais que ma petite réponse est méchante et beaucoup plus incisive que ton propos qui était bien quand même… mais bon, quand je suis agacé, je dis des gros mots, c’est comme ça. Et puis les gros mots c’est dans le langage informatique et télévisuel du temps, c’est “coloré”. Rouge, en fait. voire “exagéré”.

dimanche 6 novembre 2011

vestibule et paillasson

Cherbourg,
il pleut[1] .

Mon manteau ruisselle du grain imparable, subi et traversé, 
parapluie d’autant plus inefficace que je l’avais oublié  
chaussures maculées de poussière collée,
de résidus d’une flaque gerbée par un automobiliste indélicat
et un peu de boue mal évitée dans ma hâte…

Il est 20h, coup de sonnette, j’arrive chez les amis qui m’ont invité.
on se salue à la porte, paroles et gestes rituels de fraternité,
un pas à l’intérieur, je dépose mon manteau imbibé dans le vestibule,
frotte mes pieds sur le paillasson, consciencieusement,
même si ça ne m’évitera pas un bon recirage[2] en rentrant plus tard à la maison,
mais le cœur léger, dispo et moins crado pour le salon de mes hôtes,
je peux prendre part à la fête.

rite pénitentiel[3]

paillasson-on-essuie-ses-pieds

Notes :

[1] c’est pour les besoins de l’histoire, il ne pleut pas à Cherbourg

[2] voire un ressemelage plus fondamental à moyen terme

[3] je vous laisse le soin de faire vous-même le parallèle, et la différence entre rite pénitentiel et sacrement du pardon... ;)

vendredi 4 novembre 2011

de chrysanthèmes en chrysanthèmes

les codes culturels, voyez-vous, ça s’exporte mal.

A la maison, nous avons des amis de longue date. Des amis qui nous sont tombés dessus il y a trente ans, alors qu’elle était prof de français en Allemagne et que personne ne pouvait vraiment l’accueillir lors de l’échange de nos deux collèges. Elle était venue chez nous, et l’amitié avait pris. Quand les autres avaient réalisé la super prof attentive et délicate que nous avions accueillie, tout le monde voulait se l’arracher mais elle est simplement revenue chez nous. Chaque année.

Trente ans, c’est en gros ma vie, et je les ai toujours vus là. Coups de fil, cartes postales, échanges, et finalement beaucoup plus. J’avais traversé l’Allemagne avec eux à 9 ans, ils avaient fait 1700 km pour participer à mon ordination, on finissait par bien connaître leur région, ils étaient revenus pour le mariage de ma sœur, et encore, et encore… et tout le monde dans la famille baragouine suffisamment d’allemand pour mener une conversation… Au minimum essen, trinken Bier, Rot Wein, Müde, ins Bett et des petits trucs nécessaires dans le genre.

Chaque fois qu’ils viennent en France, même si le collège de mon adolescence a disparu, ils apportent des myriades de petits cadeaux délicats… Toffifee, chocolats, cartes, vêtements de bébés, bières délicieuses et naturelles. C’est pas l’Oktoberfest orgiaque, c’est plus goûtu, plus discret : de l’amitié.

Cette année, pour les trente ans, ils avaient encore apporté tout plein de cadeaux, et des fleurs en tous genres. Belles, délicates, de saison… Pour chacun de petites attentions, fines, ajustées, délicates !

Et pour la voisine, bien malade : senteurs et couleurs. L’attention était géniale mais je ne sais pas pourquoi, certaines fleurs, en France, peuvent rendre susceptible… ou superstitieux. Avant de traverser la rue, on substitua donc gentiment des chocolats aux chrysanthèmes.

Forts de cette expérience, on devrait peut être actualiser l’Evangile avec des codes “à la française” comme le faisaient les peintres du Moyen Âge, pour rendre les symboles plus évidents. Parce que le parfum, voyez-vous…  

Jésus se trouvait à Béthune, chez Simon le pouilleux. Pendant qu'il était à table, une femme entra, avec une couronne énorme contenant des chrysanthèmes coupés très colorés et de grande valeur. Brisant le bouquet, elle le lui répandit sur les pieds

Or, quelques-uns s'indignaient : « A quoi bon gaspiller ces fleurs ? On aurait pu les vendre pour plus de trois cents pièces d'argent et en faire don aux pauvres. » Et ils la critiquaient. Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? C'est une action charitable qu'elle a faite envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous voudrez, vous pourrez appeler le 115 ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. Elle a fait tout ce qu'elle pouvait faire. D'avance elle a fleuri mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : Partout où la Bonne Nouvelle sera proclamée dans le monde entier, on racontera, en souvenir d'elle, ce qu'elle vient de faire. »

l’histoire de la fille qui avait offert des chrysanthèmes à Jésus.
reste à continuer d’actualiser! Clignement d'œil

jeudi 3 novembre 2011

De paroles en ecriture

Il y a si longtemps Sylvain Brison m’avait contacté pour écrire, écrire un témoignage, une relecture de ma vie de prêtre, quelques années après mon ordination. J’avais douté, renâclé, et finalement obtempéré. Je me sentais bien peu exemplaire, bien peu “normal” et conscient de ma difficulté comme de ma joie à vivre cette vie de prêtre à laquelle j’ai consenti. S’il me fallait témoigner, ce ne pourrait être que dans la rugosité de mon quotidien, dans mes faiblesses dont Dieu se joue si bien. L’expérience du blog était un préalable rassurant, et j’ai décidé de m’appuyer sur les petits récits repiqués ici pour illustrer et accrocher cette relecture. J’avais écrit un peu laborieusement, puis relu, repris, et encore repris. Nos textes finalement aboutis avaient échu sur le bureau d’un théologien, pour en extraire ce que nous ne savions, dans la singularité de nos vies, discerner. Ce livre sort aujourd’hui. Une fois le texte donné, il avait fallu ajouter une citation. Je déteste faire ça, alors j’ai cité Audiard, à rebours, puis des dédicaces… qui ne furent que celles d’enfants auxquels je tiens. Témoigner, c’est accepter de n’être qu’une parole, jamais assez transparente à Celui qui la permet, et accepter qu’elle soit entendue…

Je me permets de vous le conseiller… Et puisqu’il faut des premières lignes, j’ose un incipit, celui de mon témoignage.

C’est fou ce qu’il y a comme papier dans le bureau d’un prêtre, des forêts de feuillets, comptes-rendus de réunions, homélies, brouillons, projets, livres, partitions, dessins, listes, cartes… et probablement encore plus dans son ordinateur ! Des pages et des pages d’écritures en tous genres dans la vie d’un homme qui se situe sans cesse à la frontière du « dit » et du « tu », de l’exhortation et de l’aspiration, de la vie spirituelle la plus intérieure et de l’aventure la plus communautaire. Papiers écrits, papiers reçus… et pour peu qu’il soit ordonné (et normalement, il l’est), papiers rangés ! Un archiviste patient pourrait y lire des traces de tant d’événements, de tant de bouts de vie éparpillés au fleuve de ses ministères, de ses questions, de ses avancées, de son enthousiasme éveillé ou de son épuisement passager. L’homme de l’oral, de la parole échangée ou reçue se découvre strié d’écritures. On y trouve beaucoup d’idées, les siennes, celles qu’il a lues, reçues voire adoptées, beaucoup d’idées plus ou moins incarnées…

C’est d’ailleurs un des risques de sa vie, de sa parole : être l’homme des idées, idées à incarner, idées plus ou moins complexes… Les années de séminaire familiarisent avec les concepts, avec les théories, avec les finesses de la Tradition et de la théologie. On s’y découvre même parfois une verve hors du commun quand il s’agit de stigmatiser telle ou telle habitude, mise en œuvre, manière de faire qui s’éloigne ostensiblement du « droit chemin », même si celui-ci est bien large. En cela, nous ressemblons aux jeunes futurs parents qui, du haut de leur projet d’enfant, regardent d’un sourcil circonspect les « enfants des autres » si mal élevés en pensant « nous, le nôtre, au moins, il respectera les adultes »…

Bien sûr, cette vision est outrancière, car déjà, au séminaire, à défaut d’une immersion pastorale pleine, on fait un bain de pieds dans la vie de l’Eglise, sous beaucoup de ses modalités. On expérimente que l’enthousiasme, la richesse de la vie spirituelle, l’audace, la fidélité, la foi, la relation vivante à Jésus ne sauraient tout faire, et qu’avec le secours de la grâce, il faut quand même beaucoup de temps pour permettre au Christ de s’ancrer profondément tant dans la vie de chacun que dans les vies des communautés, avec toute(s) leur(s) histoire(s). Peu à peu, c’est « homme de la rencontre » que le futur prêtre se découvre.

Séminariste, on écrit déjà beaucoup, on se prépare, on anticipe, plongé dans l’immense océan de la théologie et des études bibliques, on commence à vouloir faire brûler le monde du feu qui irradie nos cœurs, et celui de l’Eglise. Les projets sont alors plus nombreux que les réalisations, et c’est bien ainsi. Se situer face à la tradition récente ou plus ancienne, voilà un des enjeux de la formation, pour apprendre à poser sa pierre dans l’Eglise. En ce sens, un des écrits décisifs de cette période de maturation est évidemment ce « projet de ministère »[1] que le séminaire nous invite à rédiger. On y reprend en quelques pages ce qui, dans nos histoires, est écho de l’appel de Dieu, comment on l’a reçu, et fait grandir pendant le cheminement qui en suit. On nous demande aussi de dessiner à grands traits le ministère tel qu’on le perçoit, du haut de nos quatre ou cinq années de formation et d’entrevoir quelle place nous voulons proposer de prendre dans cet édifice.

Dans l’aube de ma sixième année de vie de prêtre, je me suis replongé dans ces lignes. Que d’idéaux, que de belles idées, des « on doit » et « il faudrait », que de beaux projets a priori… L’intuition était là, puisqu’elle entre encore et toujours en résonnance avec aujourd’hui, mais toute une (petite) épaisseur est venue habiter ce projet. En relisant, je me suis surpris à redécouvrir des aspects oubliés, d’autres plus enracinés que jamais, d’autres encore en attente profonde. Je me suis réjoui d’y voir une fougue et un idéalisme, et me réjouis encore plus de le voir devenir réel. Mais le séminaire, c’était pour moi il y a déjà cinq années. Mes aînés s’amuseront de cette courte période. A mieux y regarder, je la trouve déjà longue. Et si j’en juge par la somme de documents traînant sur ma table de travail, dans les étagères, et malgré l’écrémage d’un déménagement, il s’est déjà passé pas mal de temps… Et le feu ne s’est pas affaibli même au milieu de quelques cendres.

Mais il est tard, ce soir. Et je n’ai pas particulièrement envie de tout trier. Il y a même des semaines, des journées où tout se succède tellement vite que les strates s’empilent. Heureusement que les complies sont là, avec ce bréviaire sur le coin du bureau, pour tout remettre, déposer, laisser reposer… Dans la pénombre, le calme s’installe.


[1] Adressé à l’évêque au cours de la 4e année du séminaire des Carmes, c’est un document décisif que l’on prend le temps d’écrire et de relire au séminaire.