vendredi 30 décembre 2011

un petit remontant

Je n’ose imaginer la tête que devrait avoir le livre de nos vies si quelqu’un, là haut, s’échinait à l’écrire. J’imagine qu’il faudrait le remplir comme un élève appliqué, avec des jolies couleurs pour tout différencier, souligner les sous-titres, grandes périodes en rouge. Le scribe trop consciencieux y noterait chaque respiration, mais omettrait probablement tous les souffles coupés, souffles courts, et autres inspirations contenues. Le flemmard s’attarderait sur les grands événements, il est né, il s’est marié, il a travaillé, il est mort, un peu à la manière des phrases à choisir dans le rituel des défunts. D’ailleurs, il faudrait faire la part entre les moments subis et ceux qu’il a choisi d’habiter. Ils pourraient d’ailleurs être parfois les mêmes. Mais le scribe délicat devrait encombrer son récit de frissons, de sourires, de blagues pas drôles, de résurgences d’enfance, de colères, de coups d’œil, de coups de cœur, de coups de pied, de chocs et de caresses. Sans doute qu’à force, et pour peu qu’on sache regarder, on y verrait un visage se dessiner sous l’écriture, et un lacis de relations qui s’embrouillamineraient.

Le piège serait de croire la page déjà pleine, ou de vouloir, utilitaire, n’apposer que de petits bâtonnets à la suite des mots tracés : colères |||||||||||||||||||||||| vraie disponibilité à la prière||| … Pris entre deux tentations : oublier l’originalité de l’instant et sa place dans l’histoire. Je ne me permets donc qu’un conseil :

Fichier audio intégré

conseil qui semblera plus poilu que les playmos tout droit surgis de mon enfance et qui ont accompagné mes veillées de Noël cette année. Dans un cas comme dans l’autre… un peu d’espace pour…

livepreview (1)livepreview copie2

et merci, chers amis du blog pour votre fidélité.

vendredi 23 décembre 2011

dis donc toi

qui hésites à dire “Joyeux Noël”,
qui parles de fêtes de fin d’année, 
qui fais comme si on offrait des cadeaux à l’appel d’un vieux barbu
qui irais jusqu’à planquer une crèche pour ne pas choquer ou agresser…

dis donc, toi, le vendeur de nippes, t’as pas un peu l’impression de venir bouffer dans ma gamelle?

²

mardi 20 décembre 2011

Le ciel vous tienne en joie

BlogDavidLerouge_100

Fichier audio intégré

« Le ciel vous tienne en joie »,
j’eusse aimé que ces mots fussent de moi
ou même de Philippe Meyer
mais ils furent bel et bien écrits par … Molière,
c’est dommage, j’aurais bien aimé les dire, et même les trouver
pour vous les adresser, en cette fin d’année.

Car La joie n’est pas anodine, ou même utopiste
elle n’oublie ni la nuit et ses heures tristes
le froid, ses engelures, la maladie et ses silences
les heures de disette, ou l’oubli de l’abondance

« Le ciel vous tienne en joie »,

Elle est un don qui transforme tout,
elle est de Dieu qui se répand partout
ici et là, surtout où on ne l’attend pas
ou on ne l’attend plus, où il n’y a plus d’éclat.

La joie est un regard libre sur l’actualité
refusant d’être enfermé dans l’inéluctabilité
habiter le monde autrement, le faire rayonner
être ouvert à autrui, qui nous apprend à aimer.

une année s’ouvre, entre peurs et tremblements
mais Dieu nous donnera en chacun de nos instants
de n’oublier ni le ciel, qui appelle constamment
et donne au quotidien une douceur, calmement.

Que notre foi chaque jour nous fasse faire de la terre
un ciel en devenir, une histoire moins amère.

le ciel nous tienne en joie…

(bêtises dites dans le poste, pour le 1er janvier, et si j'ai mis des mots qui finissent tout pareil, c'est parce que ça fait joli quand c'est dit.)

samedi 17 décembre 2011

Scandale, encore un prêtre playmophile

Tous les ans, c’est la même chose, il faut trouver une idée de veillée de Noël. Non pas que la fête changeât tous les ans, mais le mystère célébré est tellement profond qu’on se doit d’en dévoiler des harmoniques au fur et à mesure des années. Et pour se garder de la tentation de ne plus écouter ce qu’on a déjà entendu, le conte pour enfants dessine joliment les ombres de la lumière de Noël.

Et il faut dire ce qui est, il y a du talent qui se déploie bien souvent (mais pas tout le temps, hélas), dans des milliards de directions. Humour bien venu ou franchement mal placé, spin-off asinier ou arboricole, en live, crèche aménagée, vidéo travaillée, mime ou comptine, on n’a pas encore tout vu.

Par exemple, le rap sacerdotal fait fureur parmi les cathos sur FB: click to watch in english

Benoît, à l’époque où il èrcéèfisait, m’avait envoyé une chronique sur un curé qui voulait intéresser les paroissiens à l’édification de la crèche. Au lieu de les faire cotiser pour les 1200 € du Jésus en format 40 cm, il avait demandé à tous les enfants d’apporter un de leurs playmobils™ et bâti, derrière une vitre protectrice, un bel univers universel. L’idée m’avait amusé, “Dieu se fit playmobil™” étant une phrase finalement peu présente dans l’Evangile. Mais bon, l’Evangile ne dit pas non plus le nom de Cadichon, ce qui est fort dommage.

Le seul problème, c’est qu’un playmo, c’est 7,5cm… et qu’en dessous d’un mètre, dans une église, on ne voit rien. C’est pourquoi, avec les jeunes de l’aumônerie, nous avons bâti une veillée avec, nous aussi, les playmos de la crèche filmés en stop motion, petite histoire du salut vue par les anges chargés non pas de cadeaux, mais d’annoncer la Bonne Nouvelle. Quelques heures de boulot, un rendu moins “propre” que Cadichon, mais une veillée propre à faire pousser des ailes[1] .

Mais un nouveau problème se posait : célébrer ne se fait pas gentiment assis dans un fauteuil, à regarder un film… A un moment donné, l’image s’arrête, la lumière se fait, et on se retrouve appelé à entrer dans l’action de grâce… mais on se devait de continuer à évoquer le thème de la veillée en plus de 7,5 cm. Une seule solution s’imposait. Voiilàààààà:

Blogdavidlerouge-11Blogdavidlerouge-12

Notes :

[1Comme c’est un format destiné à une veillée dans les églises, je ne pense pas le diffuser sur le net… et puisque la vidéo est un peu conséquente, elle déborde de tous côtés des 128Mo des clés USB, des quelques gigas aussi !

le monsieur au premier rang a mis des chaussettes violettes

le monsieur au premier rang a mis des chaussettes violettes.
je les ai vues quand il s’est assis pour les lectures, je les ai vues et j’ai souri.

le monsieur au premier rang a mis des chaussettes violettes.
j’ai peut être d’autant plus remarqué que personne ne s’assoit jamais au premier rang. Pas de garde foi devant, on est précipité dans l’espace liturgique. Au premier rang, on ne s’assoit jamais. sauf lui. et pas qu’aujourd’hui.

le monsieur au premier rang a mis des chaussettes violettes.
ça tombe bien, c’est la couleur liturgique. Bon, en fait, pour Sainte Lucie, il aurait fallu du rouge, mais je pinaille, il a mis du violet et c’est bien vu.

le monsieur au premier rang a mis des chaussettes violettes.
elles sont assorties à son écharpe en cache col, et émergent les unes du pantalon sombre, l’autre du manteau noir. C’est classe et joli.

le monsieur au premier rang a mis des chaussettes violettes.
c’est d’autant plus harmonieux que le monsieur du premier rang est aveugle.

chaussettes-violettes-2

Sa femme a dû les lui choisir, les lui préparer. D’ailleurs, le monsieur au premier rang n’a-t-il que des chaussettes violettes ? ou sa femme fait-elle attention chaque jour ? ou sont-elles rangées par couleur ? C’est un mystère. Un de plus.

Je trouve ça d’autant plus touchant que ma grand-mère perd la vue, totalement et rapidement, ces mois-ci. Elle ne met pas de chaussettes, heureusement, parce qu’elle n’aurait personne pour les lui assortir, mon grand-père est parti avant elle, je l’ai enterré l’an dernier. Ou alors quelqu’un d’autre, l’infirmier rigolo de la maison de retraite, ou l’aide soignante, ou un autre.

Celui qui choisit la couleur des chaussettes des aveugles, c’est le prophète qui voit pour ceux qui ne voient plus, qui invite à l’harmonie, à la fidélité, à la sensibilité, à la conversion dans nos vies aux pupilles racornies, opacifiées par l’habitude. Le prophète ne vient pas toujours de chez soi, mais on a besoin de l’entendre. Et quiconque entend, ou voit, ce que l’Esprit dit aux Eglises a le devoir de le proclamer. Pour que tombent les vieilles peaux de nos yeux fatigués. Pour que d’autres soient parfois nos yeux. Pour mettre de jolies chaussettes à la messe.

“Le prophète païen Balaam était venu pour maudire Israël. Levant les yeux, il vit le peuple qui campait, rangé par tribus. L'esprit de Dieu vint sur lui, et il prononça ces paroles prophétiques :« Oracle de Balaam, fils de Béor, oracle de l'homme au regard pénétrant, oracle de celui qui entend les paroles de Dieu. Il voit ce que le Tout-Puissant lui fait voir, il tombe en extase, et ses yeux s'ouvrent.” et il parle, lui, le païen, au peuple de Dieu. Prophète païen du livre des nombres.

dimanche 4 décembre 2011

pfff

18961034

parfois, comme ça, des idées vous tombent sur le crâne, des idées que tout le monde a sûrement déjà eues, le BABa de nos pères et pairs dans la foi, mais c’est bête, on est tout content. Point de génie donc, mais une petite activité pour un groupe très “actif” de confirmation. il fallait donc pas trop de mots, mais de quoi les occuper. Qui dit confirmation dit “souffle”, j’ai donc paisiblement envisagé quelques dizaines de minutes d’apnée silencieuse mais ça provoque des éclats de rire, du gonflage rapide de ballons, un marathon… et puis j’ai repensé à un jeu de sable, consistant à pousser, au souffle et en groupe, un petit tas de sable d’un “rond” dans l’autre, sur une table…

 600[1]

on a donc mis deux tables, une bâche au sol, dessiné des cercles au crayon, et proposé une course. Comme je n’avais pas de sable propre et sec sous la main, j’ai opté pour de la semoule de blé… et le chalenge était lancé. Certains furent rapides et doués, très ! D’autres avec franchement moins de succès. Le moment fut drôle, et amusant… mais à un moment donné, j’ai enfin capté quelque chose.

On ne cesse de demander des coups de pouce à l’Esprit, qu’il nous pousse dans le dos, nous solutionne nos blocages, nous envoie de l’avant… mais un grand coup de souffle, même ardemment demandé, même inspirant, ne pourrait que nous disperser. Il faut des petits souffles en douceur, de tous côtés pour déplacer mon tas de sable vers son point d’arrivée, et c’est comme ça que l’Esprit agit dans nos vies, inspirant chacun dans une collaboration, une influence, un mouvement infime mais nécessaire. Chacun alors prend sa part dans la vie de l’Esprit. Simplement. Nécessairement.

L’espace d’action de l’Esprit est l’Eglise, même dans ses aspirations apparemment contraires. Même d’un  soupir épuisé, il sait se servir !

jeudi 1 décembre 2011

ouvre-moi la porte, toi qui as la clef

Dans la paroisse où je sévis, il doit y avoir 7 clochers, cinq à Cherbourg entre ultra-centre et quartiers, et deux dans la commune d’à côté. 7 clochers où nous célébrons plus ou moins régulièrement, suivant l’implantation… et parmi elles, une se love dans le creux de la “montagne”, sous la falaise, derrière le premier à-pic des façades de l’avenue. Elle est un cœur caché d’un quartier éprouvé. On pourrait dire qu’elle est dans une impasse, mais ça serait aller trop vite en besogne.

un petit clocher, un petit parking, une petite école privée pas loin, des ouatères publiques adossées, et depuis la grand’route, si on ne passe pas trop vite, on voit une porte… fermée.

image

“N’empêche qu’une porte c’est mieux qu’un mur”

c’est ce qu’ont dû se dire ceux qui ont eu l’idée compréhensible mais saugrenue, idée logique mais bizarre, idée des deux portes dont l’une en trompe l’œil, celle qu’on voit de la rue n’est qu’une peinture, l’autre, plus discrète est à côté.

30112011088web(c)DLerouge

et je pense à cette porte figurée comme celle à laquelle frappent quelques uns de mes contemporains, qui frappent et s’étonnent qu’on ne leur ouvre pas, frappent et s’étonnent qu’on veuille les faire entrer par la porte à côté, celle qu’on ne voyait pas de loin, celle qui laisse aller à l’intérieur.

Ils demandent un baptême, mais refusent catégoriquement de catéchiser leur enfant ; et on leur dit que leur demande est une vraie question pour nous, comme frapper à cette porte en faux semblant ;
ils demandent une hagiographie lors d’un enterrement, quand nous voulons faire entrer dans une espérance qu’ils peineront à accueillir ; 
ils en veulent à l’Eglise de parler de Morale, de l’Homme sauvé, de Dieu, parce que ce n’est pas ce qu’attend la société… quand on a au cœur une profondeur, une élévation in-attendue mais in-dispensable.

Toi qui frappes à la porte avec toutes tes attentes… ne t’étonne pas qu’on ne t’ouvre pas le mur porteur, mais s’il te plaît, laisse-toi accompagner, d’un pas de côté, vers la porte qui mène à l’Intérieur…

Et moi, chrétien, prêtre, il me faudra de la douceur pour faire ce mouvement avec toi.

et aussi, comme dans cette autre église de l’agglomération, faire quelques travaux pour garder ou redonner à nos portails leur caractère naturellement “accueillant”.

01122011089web(c)DLerouge