mardi 31 janvier 2012

Midas et Artaban

Parmi les marronniers de la vindicte politique, la méconnaissance par tel ministre du prix de la baguette ou du ticket de métro constitue une constante peu propice à la déception. Il y en a toujours un qui n’a pas utilisé de porte-monnaie, même virtuel, depuis suffisamment longtemps pour tout ignorer des prix et se délester d’une bourde publiquement. En tant que “ministre du culte” et par solidarité, je me dois d’y souscrire. Certes, je connais le prix du pain, celui des escalopes de dinde, des clés USB, des billets aller-retour Singapour-Paris, des pomélos, des fraises tagada, des MacBook pro, des 250g de beurre au sel de Guérande. Mais…

Je n’achète pas nécessairement chaque jour, ni chaque semaine, la PQR (entre  0,7 et 1,30€) sauf ce dimanche. Et devant moi dans le tabac presse :

  • bonjour,
  • la Presse de la Manche
  • le dernier Ouest-France
  • une cartouche de Camel
  • un Banco plus
  • deux coupdouble
  • deux blackjack
  • (et peut être un autre, j’ai oublié)

76,60€ s’il vous plait.

76,60€, 500F, de l’or avec de la fumée…
à 10 € près, mon budget pour le repas de 40 lycéens, vendredi dernier. Mince.

Je ne sais pas si c’est la crise ; en revanche, si certains s’en sortent bien, ce n’est franchement pas à leur honneur.

Je crois que j’aurais du mal à être patron de Bar Tabac, voyant s’échouer sur le zinc tellement d’espoirs aussi fânés que nourris aux pis aller dispendieux.  Sans parler de lui, qui m’avait tellement accroché.

vendredi 20 janvier 2012

petit précis d'ébriété existentielle

ces heures où je me laisse happer par ta colère, je la sens m’irradier, me soulever, me défigurer, me pousse à répondre au lieu d’écouter la souffrance qui en est le vrai objet, chaque fois que je crie plus fort que toi, ou que je me tais, te murant dans le silence parce que je ne crois pas en ta parole, je titube ma vie

ces heures où j’ai peur, de tout, de toi, de l’autre qui m’inquiète, de sa parole, de son regard, de son jugement, ces heures où l’extérieur n’est que le reflet de ma peur, je titube ma vie

ces heures où je mate une série, épisode après épisode, tenu dans une haleine sans souffle, dans une passion sans raison, dans un vide sans fond, jusqu’au bout de longues nuits, je titube ma vie

ces heures où je ris trop fort, parce que tout va bien, ou parce que je voudrais que tu le croies, que je le croie, je titube ma vie

ces heures où je bois ce verre en plus, ce verre pour l’ébriété légère et oublieuse, celle des lendemains de bois et des soirées qui finissent dans la ouate, celles des joies par omission, je titube ma vie

ces heures où j’ai laissé le temps filer sans vie sur Facebook et ses amis, je titube ma vie

ces heures où je ne ris plus mais je te l’impose comme l’ascèse de ma souffrance, je titube ma vie

ces heures où j’attends la réponse à tel billet, tel trait d’humour, telle im-pertinence, désirant des fruits sans maturité, je titube ma vie

ces heures où je te regarde en te désirant, non pour ce que tu es, mais pour ce que tu me fais, me passionnes, me rends désirant, ces fois où l’autre ne vaut que pour moi, je titube ma vie

ces heures où je n’aime pas mon fils, mon premier, mon second, ces fois où j’ai du mal à supporter son petit penchant qui m’agace, que n’a pas son frère sa sœur, ces fois où j’ai peur de ne pas assez l’aimer, je titube ma vie

ces heures où je laisse mon confrère, mon collègue s’enliser, s’enfermer, s’humilier, que cela serve ou non mes intérêts, je titube ma vie

ces heures où j’oublie la distance entre l’information, la vraie, et son concentré dans le robinet régulier de mon flux Twitter, rss, télé, radio, chaque fois que je crois juste de m’époumoner pour défendre la vérité, où mon habitation dans La vérité t’empêche par ma vindicte de nous y laisser baigner ensemble, je titube ma vie

ces heures où j’erre sur les linéaments du sacrement du pardon, où je dis peu, où je dis rien, où je n’ai pas la simplicité de Te dire ce qui me brise vraiment, je titube ma vie

ces heures où je mens, à dessein, et parfois même sans enjeu, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui”, “je te rappelle”, “je ne t’oublie pas”, et je ne le fais pas, presque consciemment parfois et ironiquement, je titube ma vie

ces heures où je te souris dans le dos, ironique, je titube ma vie

ces heures où je baisse les yeux pour ne pas me laisser transpercer par ton regard, je titube ma vie

ces heures où je blablate, plus ou moins précieusement, pour enjoliver une platitude pas assez incarnée, je titube ma vie

ces heures où le désir sexuel se fait irrépressible parce que sans accroche, sans raison, futilement, où je glisse inexorablement vers l’inanité d’un site porno, pour rien, sauf pour le regretter, je titube ma vie

ces heures où je t’impose mes yeux pour te terrasser par mon regard, je titube ma vie

ces heures où je ne veux pas aller voir l’autre con, je titube ma vie

ces heures où je lis et oublie, dans une poursuite éperdue d’une culture qui ne me travaille pas, je titube ma vie

ces heures où je retarde le moment pour aller te voir, parce que ça ne sera pas gai, parce que ni toi ni moi n’irons mieux après, mais il faudrait pourtant y aller, je titube ma vie

ces heures où j’ai péroré seul ou en société sur la cohérence d’une vie, sur sa simplicité, taisant l’échec, je titube ma vie

ces heures où je t’ai écrit, consciemment ou même pas, ces mots qui te déchirent encore, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui” mais du bout du cœur, à peine, je titube ma vie

ces fois où je Te prie, embourbé en moi, laissant la glaise du quotidien s’immiscer dans les silences, je titube ma vie

ces heures où je me laisse glisser, mort un peu déjà, je titube ma vie

ces heures où je m’en veux de ne t’aimer que par fidélité, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “désolé, j’ai pas d’argent sur moi” parce que je ne sais pas te donner 2€, je titube ma vie

ces heures où je ricane de la sainteté, je titube ma vie

ces heures où j’ai raison, mais m’en gargarise, en jouis, je titube ma vie

je titube, balançant d’un pied sur l’autre, sans équilibre, sans direction, je tourne sur moi même et ne m’effondre pas. Certaines heures se saoulent de déraison, de méraison, de vide lâchement consenti. Je titube un instant, repars plus avant, je titube parfois plus longtemps. Pourquoi t’acharnes-Tu à me redresser, l’alcoolique de la faiblesse ? C’est si éprouvant de se laisser aimer.
pourquoi ne puis-je pas te donner plus de raisons de m’aimer ?

et sans cesse Tu le fais.

billet où, bien souvent, je est un autre.

jeudi 19 janvier 2012

En face de l'Evangile, ce n'est pas d'être peu nombreux qui est grave, c'est d'être immobile ou de marcher comme des vieillards

Partez dans votre journée sans idées fabriquées d'avance
et sans lassitude prévue,
sans projets sur Dieu,
sans souvenir sur lui,
sans bibliothèque,
à sa rencontre.

Partez sans carte de route pour le découvrir, sachant qu'il est sur le chemin et non au terme.
N'essayez pas de le trouver par des recettes originales: mais, laissez-vous trouver par lui dans la pauvreté d'une vie banale.

La monotonie est une pauvreté : acceptez-la.
Ne cherchez pas les beaux voyages imaginaires.
Que les variétés du Royaume de Dieu vous suffisent et vous réjouissent.

Désintéressez-vous de votre vie, car c'est une richesse que de tant vous en soucier :
alors la vieillesse vous parlera de naissance et la mort de résurrection ;

le temps vous paraîtra un petit pli sur la grande éternité; vous jugerez de toutes choses selon leurs traces éternelles.

Madeleine Delbrêl, "Humour dans l'amour", tome III des Œuvres Complètes 2005 - Nouvelle Cité - Joies venues de la Montagne, p81)

 

Chaque petite action est un événement immense où le Paradis nous est donné, où nous pouvons donner le paradis.

Qu'importe ce que nous avons à faire : un balai ou un stylo à tenir; parler ou se taire; raccommoder ou faire une conférence; soigner un malade ou taper à la machine.

Tout cela n'est que l'écorce d'une réalité splendide, la rencontre de l'âme avec Dieu, à chaque minute renouvelée, à chaque minute accrue en grâce, toujours plus belle pour son Dieu.

On sonne ? Vite, allons ouvrir .
c'est Dieu qui vient nous aimer.

Un renseignement ? le voici:
c'est Dieu qui vient nous aimer.

C'est l'heure de se mettre à table: allons-y :
c'est Dieu qui vient nous aimer.

Laissons-le faire

(Madeleine Delbrêl, "La sainteté des gens ordinaires", tome VII des Œuvres Complètes 2009 - Nouvelle Cité - Nous autres, gens des rues, p30)

mardi 10 janvier 2012

petite histoire assise de dimanche matin

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Connaissez-vous la star des chaises dominicales ? Large assise, paille thermocompatible pour les séants frileux, petit repose-pied pour ne pas attraper froid aux petons, rebord aplati pour laisser reposer le cantique quand le chant se fait poussif ou la prière ardente.

D’un habile mouvement rotatoire de poignet de chaisière doublé d’une secousse verticale, le siège se faisait prie-Dieu, tout aussi paillé, mais exigeant de l’utilisateur le soupçon de souplesse et d’adresse nécessaires pour éviter de se retrouver les deux genoux empalés sur les montants. C’est éventuellement assez douloureux, et à moins d’avoir quelque pénitence un peu ardue à s’autoinfliger, c’est une souffrance peu recherchée.

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Si aujourd’hui ces chaises désuètes sont si prisées dans la basilique, c’est moins pour leur capacité génuflexatoire que pour leur notable position stratégique au dessus des grilles de la soufflerie du chauffage. On déconseillera toutefois cette place aux Marylin tout de blanc vêtues, l’air chaud ayant des propriétés ascendantes non négligeables.

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Si on s’y assoit volontiers, on ne s’y agenouille plus guère tant le paroissien féru de station à genoux tend à bouder les artifices à tendance confortable au profit de la pierre, rude, virile et spirituelle. Tu es Pierre et tu retourneras à la pierre. En outre, il faudrait alors choisir, entre le tibia sectionné par le rebord quand le pied pose au sol, et l’équilibre sur les rotules, les coudes fermement appuyés sur le rebord large sus nommé, avec une ferme discrétion en endurant la douleur. J’avoue pour ma part, quand la liturgie le permet, préférer aussi m’agenouiller plus simplement, à même le sol. Mais on aurait tort de se priver de ce mobilier, ne serait-ce que pour son nom invitatoire… “prie Dieu!”

Je ne sais quel illustre prédécesseur de mon curé avait pris l’initiative d’investir dans ces sièges double emploi. On pourrait croire leur présence désormais superflue mais les enfants de la paroisse ont su les valoriser à leur mesure : en fauteuils adaptés. vue d’en bas… comme dimanche dernier, parents sur les sièges hauts, grands aussi, petits assis sans pieds ballants, dans un trône pour une fois !

trône

petite histoire en forme d’hommage aux enfants, mais aussi aux lycéens de l’aumônerie qui, bien souvent, ne se laissent pas enfermer dans la peur ou les idées des adultes mais ouvrent, spontanément, de larges avenues d’espérance.

lundi 9 janvier 2012

comique sans messe

Si, au séminaire, on m’avait parlé d’un prêtre qui mît en scène la nativité avec des playmos, j’aurais ironisé sur “Et Dieu se fit playmobil”, parce que la foi, voyez-vous, c’est plus sérieux que des jouets… et tout cela gratifié d’un sourire acéré pour une vaine tentative de brader la grandeur de Dieu.

Si l’aune est le mystère célébré, même les ors et les arcanes des liturgies les plus divines ne sauraient suffire. Mais si l’objet est de faire/laisser entrer dans le mystère, il convient alors de s’ajuster pour ouvrir l’espace d’un intérêt, d’une question qui donnera peut-être le goût de se laisser chercher. L’étoile des mages n’apporte rien au mystère, elle ne dit rien du Fils aux croyants, juifs ou bergers, elle ouvre simplement la démarche des mages, nichée au creux de leur quotidien… Et ce sont eux qui diront les premiers la Royauté du Christ, et sa puissance au delà d’Israël.

Mais tout l’art (somme toute modeste) consiste alors à ébrécher les certitudes de ceux qui ont tout compris, en fonction de l’univers dans lequel on s’inscrit. Messe de 18h, des familles, dans l’esprit de nowel, ou célébration nocturne vers minuit dans une tradition plus ou moins assumée, finesse d’une argumentation théologique ou parabole édifiante, petite église rurale ou splendeur d’une basilique Saint Pierre.

On peut trouver les lettres romaines qui ornent la façade de cette dernière quelque peu rigides et engoncées depuis l’espace fragile et rond de nos quêtes balbutiantes (on entend souvent cette acrimonie à l’égard du Saint Siège), mais avouez que sur ces murs il faut mieux rester, là aussi, ajusté.

On pourra dire tout le mal qu’on voudra de l’Eglise de Rome,
mais elle n’a pas cédé aux rondeurs de la police de Connare.

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image et titre trouvés sur le blog de Turalo.

mercredi 4 janvier 2012

A vos souhaits

C’est dur, hein, de poser des mots à contre tempo !
de souhaiter du bon au milieu la peur,
de croire en des bénédictions quand le chemin semble enroncé,
d’annoncer en vérité l’aube au cœur de la nuit,
de parler en vérité avec des mots qui fleurent pourtant les bons sentiments

on craint de n’être que poli, patiné, social et affadi,
de bonnannéebonnsantésurtoulasanté-iser à perte de mots creux
de pis-aller en mieux disant, de pipeauter en souhaitant

le bob nouveau est annoncé pour plus tardParmi tous vos mots, deux promesses ont touché juste,
l’une fut virtuelle, et je vous la colle sur votre janvier
l’autre fut de papier, annonçant d’autres feuilles, reliées.

fi. si je les tais, les pierres crieront.

Je vous souhaite une sainte année pour 2012.

de toutes façons, je n'obtiens presque jamais ce que je demande dans "mes" prières,
alors il est peu probable que mes vœux seront mieux écoutés si je les détaille moi-même.
je me contenterai donc de vous souhaiter de faire au mieux la volonté de Dieu pendant cette année, 
et comme vous en êtes probablement bien incapable comme tout le monde,
je vais juste souffler l'idée à sa mère, pour qu'elle veille au grain.
(mais non, pas celui qui est en train de tourner dans le vide, là haut! le bon. celui qui pousse.)

...

voilà.
du coup, je ne sais pas trop ce qui va vous tomber dessus pendant cette année, 
mais je suis sure d'être exaucée. 
j'espère que vous aimez le risque.

Bonne année quand même.

do.

je les partage d’autant plus simplement qu’à mal souhaiter on peut blesser, j’en fais la triste expérience… A promettre vainement on abrase à l’émeri, une juste espérance vaut mieux qu’un fol espoir… et caetera. Les autres cartes, radin, je les garde pour moi, en remerciant secrètement les mots choisis, et les pensées assorties.