mardi 24 avril 2012

le regard comme une lecture

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« L’astronome qui lit une carte d’étoiles disparues ; […] le joueur de cartes qui lit l’expression de son partenaire avant de jouer la carte gagnante ; le danseur qui lit les indications du chorégraphe, et le public qui lit les gestes du danseur sur la scène ; […] les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d’étonnement ; l’amant qui lit à l’aveuglette le corps aimé, la nuit […] ; le pêcheur hawaïen qui lit les courants en plongeant une main dans l’eau ; le fermier qui lit dans le ciel le temps qu’il va faire – tous partagent avec le lecteur de livres l’art de déchiffrer et de traduire des signes. […]

Dans chaque cas, c’est le lecteur qui lit le sens ; c’est le lecteur qui accorde ou reconnaît à un objet, un lieu ou un événement une certaine lisibilité, […] une signification.

Tous, nous nous lisons nous-mêmes, et lisons le monde qui nous entoure afin d’apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. Nous lisons pour comprendre, ou pour commencer à comprendre »

Alberto Manguel. Une histoire de la lecture

lundi 23 avril 2012

initiation mystagogique

Comme toutes les institutions, et les universités, l’Eglise génère son propre vocabulaire et ses idiomatismes dont certains s’octroient le luxe de devenir à la mode. Par exemple, on ne dit plus “service, charité, solidarité, aide” mais diaconie. L’excellence en étymologies grecques est alors souvent fort utile. On m’a d’ailleurs demandé de faire une petite “catéchèse mystagogique” à la fin de notre dernier camp lycéens; bref, de causer de ce qu’on venait de vivre ;). L’idée peut être excellente, mais l'invasion systématique des parcours de catéchèse par cette mode a quelque chose d’agaçant. Voici donc une liste non exhaustive de jolis mots qu’on retrouve partout, et dont on ne sait pas toujours bien ce qu’ils veulent dire.

catéchismèse, analgésie, anamnétique, apophase, eschatologie, amniotique, catéchuménal, herméneutique, sacramentel, canonique, vétérotestamentaire, prophylaxie, patristique, cathartique, finitude, sapiential, mémorial, épiclétique, néophytat, christocentré, théologal, cardinal, vénal, monachisme, sacramental, peccamineux, expiatoire, trinité économique, cathétérisme, apologétique, diaconie, sotériologique, acédie, inter-dit, ecclésiologique, éversion, glossolalie, érémitisme, kénose, synoptique, ecclésialité, inculturation, agapè, hypostase, paraclétique, sponsal… [et je rajoute au fur et à mesure: pastoral, deutérocanonique, protévangile]

ah oui, dans cette liste (élaborée avec l’aide des réseaux sociaux), quatre mots au moins n’y ont rien à faire.

vendredi 20 avril 2012

la théologie du cookie

Devenir de plus en mieux serviteur de la rencontre entre les hommes et Dieu a pour fâcheuse conséquence une capacité de mal à en pis à prendre les photos des moments les plus “parlants”. Un ministère estompe l’autre. On ne peut être à la fois au cœur et au bout de la focale.

On se retrouve alors contraint de prendre l’événement par le petit bout des anecdotes, petits moments qui semblent accessoires et qui pourtant circonscrivent et permettent l’essentiel. Les photographiés n’en sont que plus surpris.

J’aurais dû photographier la joie de la louange, la secrète palpitation des silences, l’épaisseur de l’adoration, l’attention de la parole, la finesse des dialogues, la sincérité des témoignages, la pertinence de la Parole, la main posée sur l’épaule, la confiance des larmes du pardon, le murmure de l’eucharistie, la figure apaisante de Marthe, les cœurs ébouriffés par Dieu… pendant ces trois jours à Tressaint.

A l’orée de l’ineffable, des gués, des ponts, moments plus légers qui dessinent le creux où Dieu se laisse trouver

faire des cookies…

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passer, marcher, se poser, se chauffer…

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se jouer des éléments, narguant les ondées sans en subir les foudres sous des ciels contrastés

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ou alors, il faudrait des mots, et des sourires.
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samedi 14 avril 2012

la part de l'inexplicable

on devrait faire de Marx un théologien.

« Dans l’une de ses nouvelles les plus célèbres, Jorge Luis Borges décrit l’impuissance du philosophe Averroès à saisir la signification des deux mots principaux de la Poétique d’Aristote : comédie et tragédie.  Le théâtre en effet n’existe pas dans la civilisation arabe du XIIe siècle : Averroès n’en a jamais vu, il en ignore tout.

Echec assez cruel, si ne s’y ajoutait une ironie particulière : dans la cour de la maison, des enfants s’amusent à imiter les adultes.  Le philosophe les observe pour se distraire, sans jamais soupçonner qu’il a devant lui l’objet de sa quête : le secret de la comédie se trouve sous ses yeux, et il ne le voit pas.

Face à la tragédie grecque, nous sommes tous des Averroès – privés de la connaissance de notre ignorance. Le philosophe arabe savait au moins qu’il ne savait pas.  Nous, nous croyons connaître […]

Il faut donc se défaire des idées reçues. Se lancer dans une entreprise de défamiliarisation. […] L’approcher par le vide. L’expliquer – le paradoxe n’est qu’apparent – par le mystère.

Laisser à l’inexplicable sa part. […]

En savoir davantage sur nous par ce qui n’est pas nous. »

William Marx. Le tombeau d’Œdipe. Pour une tragédie sans tragique.

BlogDavidLerouge_603

lundi 9 avril 2012

un*

Je suis resté bloqué un bon moment, un long moment même. J’avais cette flamme dans les yeux, et la tête ailleurs, quelque part dans l’univers des images circonscrites par les lectures. J’avais pourtant papillonné tout le carême, pas complètement à ce que je faisais. J’avais dû plonger directement dans la semaine sainte, trop peu préparé pour en attendre quelque chose, mais tendu par chaque instant. Juste là. A vide, même de désir.

J’avais assisté à la Cène. J’avais vibré de la sobre esthétique du vendredi, entre Satie et Pergolèse, et le silence était entré de force en moi, par sensibilité. La belle vibration avait désactivé les habitudes et le professionnalisme de celui qui a préparé et qui doit mener. Des notes ineffables pour me courber au pied d’une croix.

Cierge pascal - pasaj - brassus 2011 - photo sylvie fessard-rivollet

et puis en cette nuit, une simple flamme qui lèche la mèche d’un cierge démesuré. Les croisées d’ogives avaient été furtivement nimbées d’une lueur légère quand chacun, quelques mètres plus bas, avait allumé son propre cierge au cierge pascal. Mais on avait soufflé les bougies. Il n’en restait qu’une. L’exultet avait cessé de faire vibrer les piliers. Une simple flamme.

La Genèse, dans l’obscurité, donne des envies de lumignons, de voûte à consteller, d’espace à habiter. On se croirait en pleine littérature, les mots construisent un univers, la Parole dessine le mien. Et sous les yeux, toujours une seule flamme apaisée, imperturbée. Puis dans les eaux une première traversée, puis la tendresse d’Isaïe… toujours entre ombres et lumières, nuée ambiguë, sombre et lumineuse.

Les mots continuent d’étendre l’espace de la rencontre, et je me rassemble à l’intérieur, tout en me sentant membre de ce corps à l’écoute. Du dedans, la présence du Christ, sa résurrection impriment leur évidence, leur actualité et leur acuité m’apaisent. Je sais que cette évidence ne le sera pour personne sauf pour moi, mais cette vérité que le monde dédaigne et humilie me semble d’une douce pertinence. J’ai encore plus envie de vivre, là, dans cette zone de frontière entre justesse cohérente de l’intérieur et justice bienveillante du quotidien. Dans cette lumière unique, quelques traces et reflets de transfiguration.

Le reste est du même allant, les cloches, les fastes des orgues, les volutes des Alléluias, les fragrances du saint chrême qui oint les fronts des cinq jeunes baptisés du matin, le sourire qui se déploie sur eux, la finesse du chant de la chorale.

A Pâques, je suis homme unifié.

*deux lettres, deux dimensions, en symétrie centrale, rondes et réceptacles à la foi(s) pour que l’homme, par le Christ, se découvre être "un" de plus en plus, lui aussi.

samedi 7 avril 2012

Impropères

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Hier soir, c’était vendredi saint. Nous avions fait des choix de temps étiré et de musiques pour faire vibrer le silence. Toucher de notre prière l’Ineffable. Celui qui est le Verbe, qui s’est tu, et que les mots peinent à dire…

Après l’homélie, le stabat mater de Pergolèse, entre chaque intention de la grande intercession, quelques phrases à l’orgue des gnossiennes et des gymnopédies de Satie, pendant la procession de vénération de la croix, une hymne à cette croix, hymne simple et belle. Elle fut trop courte. On chanta encore. Trop court toujours. Et pour la première fois, vite et violemment, pendant que les chrétiens s’avançaient, j’ai lu les impropères, balancés comme ça, à sec, sans musique. Au rythme des vers, sans même m’arrêter pour les répons. Les mots cinglent, les phrases se pressent, le souffle se fait court.

(Chœur)

                                    O mon peuple, que t´ai-je fait?
                                En quoi t´ai-je contristé? Réponds-moi.

Répons 1.

         O Dieu saint,
         O Dieu fort,
       O Dieu immortel,
      prends pitié de nous.

                                  I (Chœur) Peuple égaré par l´amertume,
                                         peuple au cœur fermé,
                                            souviens-toi!
                                          Le Maître t´a libéré.
                                    Tant d´amour serait-il sans réponse,
                                     tant d´amour d´un Dieu crucifié?

                         (Soliste)

                         1. Moi, depuis l´aurore des mondes,
                         j´ai préparé ton aujourd´hui;
                         toi, tu rejettes la vraie Vie
                         qui peut donner la joie sans ombre,
                         ô mon peuple, réponds-moi!

                         2. Moi, j´ai brisé tes liens d´esclave,
                         j´ai fait sombrer tes ennemis;
                         toi, tu me livres à l´ennemi,
                         tu me prépares une autre Pâque,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                          (Tous) O Dieu saint... !

                         3. Moi, j´ai pris part à ton exode,
                         par la nuée je t´ai conduit;
                         toi, tu m´enfermes dans ta nuit,
                         tu ne sais plus où va ma gloire,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         4. Moi, j´ai envoyé mes prophètes,
                         ils ont crié dans ton exil;
                         toi, tu ne veux pas revenir,
                         tu deviens sourd quand je t´appelle,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         5. Moi, j´ai voulu, vivante Sève,
                         jeter l´espoir de fruits nouveaux;
                         toi, tu te coupes de mes eaux
                         mais pour aller vers quelle sève?
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                  II (Chœur) Vigne aux raisins d´amertume,
                                      vigne aux sarments desséchés,
                                            souviens-toi!
                                        La Grappe fut vendangée;
                                     ce Fruit mûr serait-il sans partage,
                                      ce Fruit mûr que Dieu a pressé?

                         (Soliste)

                         6. Moi, j´ai porté le poids des chaînes,
                         j´ai courbé le dos sous les fouets;
                         toi, tu me blesses en l´opprimé,
                         l´innocent tombé sous la haine,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         7. Moi, j´ai porté sceptre et couronne
                         et manteau royal empourpré;
                         toi, tu rougis de confesser
                         le Fils de Dieu parmi les hommes,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         8. Moi, j´ai marché vers le calvaire
                         où mes deux bras furent cloués;
                         toi, tu refuses la montée
                         quand meurt en croix l´un de mes frères,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         9. Moi, je revis depuis l´Aurore
                         où le Vivant m´a réveillé;
                         toi, le témoin de ma clarté,
                         es-tu vivant parmi les hommes?
                         ô mon frère, réponds-moi.

                                     (Chœur) Frère sevré d´amertume,
                                        frère au cœur desséché,
                                            souviens-toi!
                                          Ton frère t'a relevé,
                                    Jésus-Christ, le Verbe et la Réponse,
                                       Jésus-Christ, l´Amour révélé.

et à la fin tous reprenaient, répondaient en frères, en scansion murmurée, sans papier, sans le prévoir… “O Dieu saint, O Dieu fort, O Dieu immortel, prends pitié de nous.” et j’ai fait une overdose de mots puissants, je me suis tout pris dans la tronche. Bon.

vendredi 6 avril 2012

la croix de bas en haut

Voilà. Il y a les homélies qu’on maîtrise, et celles qu’on consent à donner, à laisser filer entre les lèvres. Peut-être moins une homélie qu’une méditation. Peu importe, il faut la laisser se dire, même quand on n'est pas sûr.

 Sans titre-1 copie

Ecouter la Passion est, et reste, une épreuve. C’est un récit long, et qui nous atteint d’une façon qu’on ne sait pas bien anticiper, même s’il nous est familier. Ce n’est pas tant de la surprise, de l’émotion, de la pitié, ni même de la compassion. C’est une autre profondeur qui se révèle.

Peut-être avant tout parce que justement nous y sommes confrontés à la mort d’un proche, d’un très familier, du plus familier. C’est une mort avec aussi peu de sens que les autres morts, la mort comme la brusque irruption/éruption de l’absence de sens dans notre quotidien.

Il n’est plus temps alors d’élever les yeux, ou la voix vers Dieu, c’est trop tard. La mort d’un proche, d’un aimé me fait buter trop souvent sur la stèle, elle m’attire à terre, m’atterre, m’enterre aussi. J’y suis pesant, englué, lourd. J’ai mal de ne pas comprendre, j’ai mal tout court.

Qu’il ait parlé hier, que je connaisse le demain n’y change pas tant que ça. Que les mots de l'Evangile témoignent de l'attitude du Christ ne simplifient pas non plus. Le mal, la souffrance, la mort, viennent me tordre de l’intérieur.

C’est une Mise en abyme aux deux sens du mot à l’oral. Plongée dans l’abîme, le trou : nous avons suivi Jésus. Nous sommes allés jusqu’au tombeau. Et cela n’est pas facile. Rien pour enjoliver ce récit, rien pour le rendre pire non plus. Ce qui trouble, c’est que c’est « vrai ». Je suis moi aussi dans l’abîme, avec lui.

un peu comme dans la figure de style, comme deux miroirs qui répercutent la même image à l’infini, l’une insérée dans l’autre. Parce que je suis un peu renvoyé à mes propres morts, je suis mis en abyme, d’un certain côté

MAIS Mon souci est exactement là aussi, je ne suis pas sûr d’être à l’image du Christ, de sa vie donnée. L’aurais je suivi, ne l’aurais je pas renié, l’aurais je hué aussi, comme la foule versatile et déçue ? Parce que profondément, dans ma foi, J’ai peur d’être celui qui abîme.

Je suis la foule qui crie. Qui crie de ne pas avoir été exaucé, qui crie de l’avoir oublié à avoir prétendu me l’approprier. C’est mon péché. C’est mon péché qu’il portait. Et me voilà plus bas que terre. Avec les mêmes raisons que Pierre pour pleurer. Comme quand je veux changer de vie au milieu d’un deuil, et que je ne le fais pas tant que ça.

Cependant les écritures ne parlent pas de sol, de terre, de caveau. Mais, dès la première lecture, d’un serviteur élevé, exalté. Détruit, honni, défiguré… mais pas atterré. Au contraire, ELEVE. Comme si le mouvement de don, d’humiliation, était le summum de l’élévation, et la mort le don ultime : du sang, de vie, de l’eau, pour être lavé. Il donne sa vie, il consent à la mort, il y relève et révèle l'homme: Humanité sauvée, fructueuse.

Ne restons pas les yeux dans la tombe, épuisés, déshumanisés par la mort. Suivons le fleuve de la vie donnée, de l’humanité révélée. Urs Von Balthasar parle de gloire de la croix. Gloire, déjà. Elévation dans le don. Parce dans la mort du Christ, l’Autre est déjà présent.

Alors, Comment est ce que je donne ma vie ? moi aussi, comment je deviens, homme à la manière du Christ, enfant de Dieu. Offrande de soi, aspiration, inspiration, souffle. Quitte à s’essouffler de mon souffle, autant que ça soit pour un autre

S’offrir, ouvrir, sourire, choisir, s’ouvrir. A l’autre, parce qu’il est le Christ, aussi.

Il transforme nos morts en aspirations, en souffles de résurrection.

Vous venez l’adorer ? venez le remercier, l’embrasser, le laisser vous emmener plus loin. Il fait de vous des vivants, par sa mort, il vous rend humains, jusqu’au profond, là. Ni par puissance, ni par force, mais par grâce.

mercredi 4 avril 2012

T'es vraiment fêlé!

BlogDavidLerouge_611Je ne sais pas si vous vous souvenez : il y a deux ans tout juste, ce blog avait reçu une affluence hors du commun. L’Eglise était alors troublée par les tristes scandales sexuels qui la secouaient et lemonde.fr s’était saisi de l’affaire dans un article, en linkant des blogs de prêtres. France Inter aussi  (par l’excellente Sandrine Oudin) s’était payé le luxe d’un reportage délicat, juste, et équilibré qui avait touché. Tout ce petit monde s’était retrouvé au bas d’un billet un peu décalé autour d’une photo, entre méditation et affirmation, sur le célibat des prêtres.

Je repense fréquemment à ces lecteurs de l’époque, contradicteurs ou blessés, vindicatifs ou écorchés… et me suis dit qu’ils se reconnaîtraient bien peu dans la litanie de mon précédent billet sur la messe chrismale. Regard positif sur des richesses des prêtres, différents, blindés de qualités et d’accrocs. Peu à peu, l’évidence de ce regard se fait pour le chrétien familier des églises et de leurs habitants. Chacun, prêtre, laïc, diacre irise à sa manière La Lumière… Tous, nous essayons d’être signe de l’un. Alors, les à-côtés ou les éclats de génie de chacun viennent étayer ce que nous percevons de la richesse de l’Eglise, et la faiblesse et l’écharde de l’un trouve son écho dans la force de l’autre. Tous, pour Un.

Mais si tu n’es pas du sérail, si tu tombes sur ce blog comme tu tombes sur un presbytère, au moment stratégique où tu y as quelque chose à y régler, alors chaque détail, instant prendra une place personnelle immense. Et de ce curé, de cette dame de l’accueil, de ce regard que tu as jugé méprisant, tu crois deviner la totalité de l’Eglise, celle qui t’a blessée,  qui ne t’a pas laissé t’exprimer. Si en plus l’un de ceux là t’a vraiment blessé, alors c’est toute l’Eglise qui devient blessante. Un, pour tous.

Je veux, comme chrétien, et comme prêtre, assumer d’être figure de foi et du Christ qui me sauve, avec tout ce que le sérieux et la responsabilité de cette affirmation implique. Je ne veux le faire que parce que j’ai une petite place, biscornue, fragile, trébuchante dans ce corps, où le Christ se révèle vraiment. Et chaque main tendue permettra peut être à l’autre de s’y sentir appelé.

Témoignage en vérité de pauvre, parce qu’il laisse transparaître, à mon insu, le Pauvre.

ma superbe, c’est Lui qui me la donne.
mais que jamais je ne sois la raison du scandale de mon frère.

mardi 3 avril 2012

viril et massif

Blogdavidlerouge-120

C’est lui qui t’a choppé en train de faire le mur du caté à 10 ans et t’a ramené fissa en 4L,
C’est lui qui dit “dans ce monde qui est le nôtre” à tout bout de phrase
C’est lui qui fait vraiment, mais alors vraiment tout le temps des blagues pourries,
C’est lui qui t’a demandé un jour d’animer la messe du dimanche
C’est lui qui sait d’une phrase te remettre dans la prière
C’est lui qui t’a invité au camp de jeunes qui a changé ta vie
C’est lui qui t’a préparé au mariage
C’est lui qui se tourne les pouces pendant les homélies des confrères
C’est lui qui a bien remanié le chœur de l’Eglise
C’est lui qui a redonné du peps à la paroisse
C’est lui qui a inspiré la chanson “il court il court le curé”
C’est lui qui n’a absolument aucun sens de la belle liturgie,
C’est lui qui alterne avec brio homélie hyper brillante et brouet insipide
C’est lui qui a un putain de caractère de cochon
C’est lui qui ne répond jamais à ses mails
C’est lui qui est allé chercher les djeunes, là, et les a remis en route,
C’est lui qui chantait trop “ensemble, ensemble nous voulons faire ensemble”
C’est lui qui conclut toujours par “Bon dimanche et bonne semaine”, et dont les annonces commençaient par “la messe de ce matin était célébrée pour Mme Cahu, lundi, 18h30, messe…”
C’est lui qui ne faisait que parler des initiatives diocésaines, et ça te saoulait
C’est lui qui n’en parlait jamais, et ça te saoulait encore plus
C’est lui qui a entendu Mme Michu lui dire, “vous savez, dans cinq ans, nous, on reste, alors vos idées…”
C’est lui qui aimait un peu trop les froufrous et les dentelles,
C’est lui qui puait la vinasse et le chien mouillé, mais qui tout le temps était là,
C’est lui qui t’invitait au roi Albert pour refaire l’Eglise en sirotant des Leffe,
C’est lui qui change systématiquement la prière eucharistique et te colle des mercis à tout va,
C’est lui qui a morflé dans sa dépression, et qu’on revoit, là, confiants et attentionnés,
C’est lui qui le dimanche te sourit en te donnant la communion, et c’est con, mais c’est bon.
C’est lui …

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Lui, c’est not’curé. Pas un comme lui.
Et chacun a ses histoires de curés, croisés, coincés, colériques, culbénis, confiant, collaborant, copain, … et dans la procession, chacun se fend d’un sourire au prêtre reconnu, celui qui a traversé son histoire de part en part, et bien souvent de bas en haut.

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Et pourtant, quand ils sont là, rassemblés, pour la messe chrismale, leurs “oui je le veux” à ces vies données sonnent massifs et virils, une seule voix, un seul corps, une même réponse.
parce qu’attachés au seul Prêtre.
parce que “renonçant à eux mêmes”, ils se sont trouvés.
parce que le trésor de leurs vases d’argile est là.

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et si l’un d’eux est “ton curé”, le seul que tu “supportes” ou qui “t’apporte”, ou qui t’aie porté
C’est qu’il t’a été envoyé.

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messe chrismale.