vendredi 28 septembre 2012

L'homme en face

Je suis l’homme en face.

Je suis l’homme en blanc que vous avez vu sortir de l’église, alors que vous attendiez sur la place.

Je suis l’homme qui parlera, celui dont vous attendez beaucoup, mais dont vous craignez tant l’erreur que l’ardeur. Si je parle mal, si j’évoque le défunt de manière mal ajustée, si j’affirme trop brutalement la résurrection, si je bute sur les mots, si vous croyez m’entendre dire que “Dieu l’a rappelé”, si j’ai l’air distant, si j’ai l’air vivant, si j’ai l’air sinistre, ou trop ministre, vous m’en voudrez.

Je suis le prêtre des célébrations où vous avez été convoqués. Et quoique vous en pensiez, je vous regarde, de l’autre côté du micro et de l’autel. Je vous vois mais je ne vous entends pas. Ou plutôt j’entends le silence mat que vous opposez, et ce silence m’inquiète.

Oh il ne m’inquiète pas tant pour la qualité ou la beauté de la célébration. Le silence est mon ami, j’aime m’y plonger pour laisser résonner en moi la Parole de Dieu. J’adore aussi me taire en groupe, goûter les vibrations de ce moment d’intériorité partagée. Un groupe de collégiens qui fait silence vit encore plus la communion, il se surprend à se taire, à écouter… Mais si j’aime qu’on fasse silence, j’ai mal pour vous quand on me l’oppose.

J’imagine que c’est peut-être la douleur qui vous rend muet. Quand celui que vous aimiez a disparu, tout s’est déchiré, et le sanglot dispute au cri la maîtrise des cordes vocales, tel un frère Christophe hurlant à la nuit des hommes et des dieux, muré dans le cri de sa peur, de sa souffrance, sans que personne ne puisse l’aider. Il hurle comme les autres se taisent, tétanisés.

ou alors c’est la décence pour ne pas troubler la douleur plus grande du premier rang, des plus touchés, ceux qui ont allumé le cierge, ceux qui ne liront ni les mots de la Bible, ni aucune prière, mais diront leurs mots tellement plus difficiles à énoncer. Si leurs mots sont titubants, votre silence les appuiera.

Pour beaucoup d’entre vous, c’est peut-être parce que ce n’est pas votre foi. Vous êtes venus par amitié, par douleur, par fidélité, mais vous ne devez rien à cette Eglise. Vous êtes là, le regard rivé sur le sol, à 1m17 devant vous, la nuque raidie pour l’empêcher de trembler, le regard dur pour ne pas le laisser s’inonder, et vous ne direz aucun des mots du rite que vous ne (re)connaissez pas.

Franchement, ça ne me fait pas plaisir d’engager ce dialogue et que vous ne répondiez pas. Je trouve ça pire, plus dur encore, mais vous en avez le droit. C’est dommage, la parole du rite est plus facile à habiter que la seule parole que vous oseriez… elle vous emmène sur des chemins que vous ne pourriez vous donner. Je sais bien que vous ne les connaissez pas assez bien, mais ce n’est pas ma question, votre silence me fait un peu peur. Il me fait peur pour vous. 

Vous qui opposez votre silence à la parole de l’Eglise, avez-vous la possibilité de parler au dehors, au bord, au plus près ? Avez-vous dit vos questions, vos peurs, votre souffrance ? avez-vous dit votre amour, votre mémoire fragile, vos rires, et vos déceptions ? Avez-vous dit vos regrets et vos fiertés ? Avez-vous laissé parler un plus silencieux que vous, un plus perdu, un enfant ? Vous avez peut-être peur d’être emporté dans son chagrin, ou pire, de l’emporter dans le vôtre ? Le silence est moins risqué, mais plus destructeur. Pire encore si vous avez décidé de le protéger.

Car le silence se fera génétique*, transmis à votre insu, mais conditionnant le futur adulte… un autre silencieux qui ne saura pas mieux passer cette épreuve. “Taire un enfant”, c’est faire de toute mort un non dit, un inenvisagé, un mort sans visage… quand justement celui qui nous quitte n’avait cessé d’en avoir.

Dans ma famille, mon grand-père s’est suicidé. Personne ne l’a dit, personne ne l’évoque jamais. Il aura fallu de l’audace à tel ou tel pour oser dire cette mort hâtée, parce qu’elle allait le rattraper par la maladie, dire qu’il est parti trop tôt, mais consentir à ce geste, parce qu’il fut fait. Je ne comprendrai jamais, mais ça me permet d’accueillir mon grand père jusqu’au bout, quand bien même je ne l’aurai que peu connu.

Dire quelqu’un, sans l’amputer ni de sa mort, ni de sa faiblesse, ni de ses rires, ni de ses riens, de ses qualités et de ses faiblesses, et les joies-peurs-déceptions-fiertés-transmissions qu’il est pour nous. C’est une audace qu’on ne peut murer dans le silence.

Si l’Eglise parle, si dans la célébration, elle vous invite au dialogue, c’est pour ne pas vous laisser murés dans le passé, mais pour vous inviter à écrire, autrement, l’avenir. Elle vous donne des mots que vous ne maîtrisez pas, parce que vous ne pourriez vous les dire. L’Eglise est le lieu de votre parole. Chrétiens, parlez, chantez, osez. Et vous qui êtes là par fidélité, osez cette parole aussi. Parce que la résurrection, tout comme votre présence, est affaire de fidélité et d’avenir. Et le Christ, Parole faite chair, est au cœur de tout cela.

Parlez pour ceux qui sont murés dans le silence.

Vous serez les uns pour les autres signes d'espérance.

Parce que je ne suis pas l’homme en face, je ne suis qu’un de ceux de cette Eglise qui prend Parole avec vous. Un de vous, et parfois, pour vous, j’ai peur.

(* selon une expression de Boris Cyrulnik)

mercredi 19 septembre 2012

EXCLUSIF le papyrus inédit

suite à la publication par Reuters de la nouvelle Révélation sur Jésus,

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l’Eglise contre attaque et prend les devants en publiant ledit manuscrit
qu’elle avait tenté de garder secret jusqu’alors.

Ce manuscrit présente une importance capitale
puisqu’il n’est pas un document “sur le Christ”
mais bien de la main du Christ lui-même, en hébreu,
adressé à Marie Madeleine. Jugez plutôt.

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*voilà. (et oui, j’ai honte)

plus sérieusement… document tardif, non sourcé, hapax, alors que les Evangiles, du 1er siècle disent le contraire? pfff, ils devraient pouvoir se lasser, non?

lundi 17 septembre 2012

les signes vitraux, selon Dieu

Je pensais avoir usé jusqu’à la corde la métaphore des vitraux. Je ne vous développe pas tout, mais dans le désordre, ça donne:

2012_07_06

#thème 0 : blagounette

on aura rarement créé des vitres aussi peu pratiques, isolantes, lumineuses, ni ouvrables pour n’importe quel bâtiment. note écologique G.

#thème 1 : vie de foi

transparence à la lumière, lumière de la foi déposée au baptême
la vraie beauté vient de ce feu intérieur né de l'Esprit. 
chacun est poli pour être le plus lumineux possible (vie morale, éducation)…

#thème 2 : Eglise

ajustement les uns aux autres,
besoin de couleurs différentes, sombres ou claires, place de l’obscur,
certains sont même dessinés, d’autres juste colorés
chacun est nécessaire

#thème 3 : caractère explicite et mission

parfois, le message est explicite, parfois pas, juste une beauté quelquefois (ou pas)
on ne le comprend pas de l’extérieur de l’Eglise, il y est sombre sans la lumière de la foi.
le vitrail illuminé est non seulement beau en lui même, mais dépose des taches de couleur jusque sur les murs massifs

#thème 4 : technique, historique et vitraux célèbres

catéchèse, théologie néo et vétérotestamentaire (on ne voit pas tout, mais on en découvre toujours)   
vitrail à lire de bas en haut, donc chemin vers le ciel
inscription dans une époque. #style #vision de l’homme #références historiques
sans parler des signes de l’investissement d’une paroisse

Mais

Il m’aura fallu une émission sur l’évolution de la bande dessinée pour me faire réaliser ce qui aurait dû être une évidence.

Le vitrail est aussi une évocation de la vision divine : En effet, pour les vitraux narratifs, quand bien même le récit se développe sur plusieurs vitraux, l’ensemble de la vie du personnage est accessible en un coup d’œil. Même si on se rapproche pour vérifier un détail, le reste de la vie demeure sous nos yeux. De la naissance à la naissance au ciel. Alors que dans un livre, une BD, et même un film, l’histoire se déroule en occultant de pages en pages le passé, en laissant la surprise de l’avenir.

Dans le vitrail, c’est l’homogénéité de la personne tout au long de son histoire qui parait sous nos yeux. Comme sous le regard divin. La question qui est la nôtre : “que va-t-il nous arriver ?” est une question de successivité. Le regard de Dieu m’accompagne quand je prends toute l’histoire pour me laisser déployer.

CQFD

vendredi 14 septembre 2012

rien que de l'eau

Rappelle-toi[1] ,

C’était l’été, tu avais 7 ans, c’était l’heure du goûter, il faisait chaud, il faisait beau, et l’air avait de grosses grosses velléités de moiteur. Tu transpirais dans ton ticheurte orange, espérant un souffle d’air, et tu gisais, alangui par tant de chaleur. Et puis tout à coup, un grondement sourd, et sur le toit en plexy tintèrent les premières gouttes d’un orage faramineux.

Comme ta mère était dans la cuisine, en douce, tu as filé dans la rue/le jardin, et ton front a été éclaboussé par la première goutte. Le visage inondé, tu as  commencé à danser sous la pluie, trempé jusqu’à l’os par chaque goutte grosse “comme une pièce de 5 francs” (c’était une grosse pièce, à l’époque). C’est là que tu as eu l’idée de ta vie : ouvrir grand la bouche, tirer la langue au ciel, et boire la pluie ! C’était grand, c’était drôle, c’était bon, et tu riais à pleines dents.

Children in the rain

3 minutes plus tard, ta mère débarquait, te chopait par la manche alors que tu commençais à sauter, pieds joints, dans les flaques, et te ramenait à l’intérieur pour t’ébouriffer la tignasse avec une serviette éponge en te houspillant “nan mais c’est pas possible, qu’est ce qui a bien pu me coller des gamins avec des idées pareilles, hein? Et la foudre, t’y as pensé à la foudre?” et elle profita pour te curer les pavillons des oreilles à la serviette éponge.

savon mis à part, ce fut le plus beau jour de ta vie. (enfin, un des chouettes, hein.)

71619-11-first-taste-of-rain[1]

Cette eau fut la meilleure que tu aies bue: gratuite, délicieuse, et tombant toute seule du ciel au moment opportun: PAR- FAITE !

A dire vrai, l’expérience ne fut pas sans limite.

Deux mois plus tard, tu as recommencé l’expérience. 8°C, automne, cartable, pluie battante, chaussettes trempées. Finalement, ce ne fut pas si drôle que la première fois de boire la pluie, surtout qu’il a plu toute la journée. #grippe, #angine #médicamentsdégueu.

L’été d’après, sur le chemin de la soif où tu randonnais en plein soleil avec tes parents, sur le coup de 15h, en gémissant “quand est-ce qu’on arrive, j’en ai marre, mais euh, j’ai un caillou dans ma chaussure, tu me pooortes papa?”, balade où tu eus chaud, il ne plut pas. Et c’était bien dommage.

L’été d’encore après, tu marchais en montagne et tu avais soif. Il y avait cette source qui suintait goutte à goutte. Au bout de quatre minutes, les genoux dans la mousse poisseuse, tu n’avais toujours pas moins soif. Les gouttes, ça hydrate tout de même peu.

La vraie bonne eau que tu aies jamais bue, c’est celle qui était en profondeur d’un désert où tu puisas, tel un petit prince à la poulie chantante. Il fait chaud et tu as soif, et il faut que tu désensables, que tu creuses, que tu hisses le seau, et tu jubiles de découvrir que dans les lieux les plus secs, l’eau sourdait, secrète, en deçà de ton ressenti premier. Et cette eau là t’a vraiment désaltéré. Parce que tu l’as cherchée, parce que tu avais soif, parce qu’elle vint dans le craquelé de ta vie. Pile, là!

Alors, quand tu grognes que l’homélie ne te donne pas le gouzi gouzi d’expérience divine que tu attendais, c’est comme regretter la pluie de ton enfance. Beau souvenir qui, adulte, ne te déshydraterait pas vraiment, et te tremperait, froidement, les vêtements. Si la Parole est un don, consens à ce que Dieu te conduise au désert pour te donner la joie de découvrir la source qui était là, qui ne te tombera pas du ciel, imprévisible, mais que tu pourras retrouver plus souvent. Aimer son désert aride rural pour la source qui le travaille en profondeur. Aimer cette source, car elle est toujours  là quand on en a besoin. Pour peu qu’on se donne la peine de puiser.

Notes :

[1à défaut, imagine que tu t’en souviens, sur la base d’une photo, ou du poster qui trône dans la salle à manger de ta sœur.

(billet écrit suite à un commentaire chez moi, et en écho aux délicieux billets de ce vieux schnock moralisateur d’@EdmondProchain

mardi 11 septembre 2012

deal with it

1-IMG_8750

Aphorisme des pères du désert pastoral.

"si tu changes de paroisse parce que tu trouves que l'herbe est plus verte à côté,
c'est que tu en es encore au stade de bouffer de l'herbe...”

certains n’hésitent pas, non plus, à manger à tous les râteliers…

si l’affectivité de ma foi m’incite, jeune, à aller cueillir les fruits spirituels en des lieux nourrissants, savoureux, de délicate consolation, j’apprendrai peu à peu que Dieu ne se révélait pas que dans le sucré, mais dans chacun de mes instants, même les plus résistants. Il sera source d’eau vive dans le désert, ponctuation d’appel de mes pérégrinations des ascensions au plus profond. Même si mes sens renâclent parfois à y consentir.

jeudi 6 septembre 2012

chère Patagonie

Je ne sais pas si votre vie est tout à fait fascinante. Je ne sais pas si votre vie est tout à fait fascinante tout le temps. C’est assez peu probable, notamment parce que les relâchements de l’intérêt poussent en exergue les rencontres précieuses, comme une châsse, un guillemet, un trait sous le ci(e)l… Et quand bien même il ne le faudrait pas, j’aime que chaque instant soit relié aux autres par des jachères soyeuses de blés, ondoyantes au vent, indistinctes, cette brume légère des soirs d’été.

D’ailleurs, mes moments flous ne mènent que rarement à des sommets. Parfois, certes, mais rarement. Ils bordent souvent des moments vivants mais ordinaires, des rencontres de rien, des paroles en l’air, sans distinction autre que de nourrir le lien… “comment vas-tu? … tu as de ses nouvelles?… tu viens manger. Tout ne finit pas en histoire, pas même sur ce blog, sauf si je m’acharne à vouloir dire un sourire. Mais il y a tant d’écriture dans le récit.

Pour bien comprendre votre vie fascinante, il me faudrait dessiner les moments flous, les attentes douces, les demi-teintes, les espaces de rien, les vides mous, autour de vos mots creux, de vos rires lumineux, de vos moments pleins. Et avant, et encore avant, et après, et pendant… vous traverser dans tous les degrés de votre intensité, et de votre histoire plus ou moins assumée.

Si vous être prêts à consentir à découvrir l’autre dans ses riens comme dans ses déliés, son épique et son nimbé, comme dans les toiles de Turner, vous aimerez sans doute le récit amoureux que Jorge Gonzalez fait  de la Patagonie… Grandes pages de lumière, sombre ou claire, où s’esquissent peu à peu les silhouettes du récit à venir, moments au crayon, au bic, incertains, visages effacés ou tirés à la ligne… Gonzalez se joue des styles pour mieux dire la résistance de l’histoire et du pays, pour dire les espaces et le temps qui se déploient…

Son histoire traverse les siècles, à la manière des grands auteurs sud-américains comme Garcia Marquez, et l’on retrouve d’une page sur l’autre l’aïeul ou l’enfant, pris dans la grande histoire avec ses petits choix. Il révèle dans le flou ceux qui étaient là avant qu’on colonise, il dit l’histoire du bas… Et les grands traumatismes agressent les pages, près de ce village isolé de Facundo. Le génocide des habitants naturels, l’exode rural, les estancieros, les nazis, les massacres, les possessions de Benetton… On n’est jamais tout à fait sûr de qui est qui, ni comment il s’inscrit là mais peu à peu le tableau se construit dans le temps et l’espace et à la fin, on croit avoir mieux compris.

C’est un bel ouvrage, aride dans ses attentes, lumineux dans ses flous, ou dans son style apparemment hésitant parfois, dans ses dialogues insignifiants ou lourds d’avenir, il faut tout prendre, même ce qui ne servira pas. Beau, flou, profond, résistant, rude, griffé d’histoires tues… comme le pays qu’il sert. Encore un livre qui ne pouvait exister qu’ainsi dessiné, qu’ainsi desservi.

Jorge Gonzalez, chère Patagonie, aire libre/Dupuis, 26€ 280p.

Un livre-monde graphiquement époustouflant sur la Patagonie.

Parti sur les traces de ses ancêtres, nés dans la lointaine et mystérieuse Patagonie, Alejandro va découvrir que l'histoire des hommes est aussi celle du territoire qui les a vus naître, grandir, espérer et mourir. Par touches sensibles qui explorent toute la palette des sentiments, de la noirceur à la lumière, Jorge González nous entraîne avec lui dans le tourbillon de l'histoire argentine.

9782800156132-G

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mardi 4 septembre 2012

dicomélie

Partant du principe que l’école de la république enseigne un vocabulaire certes complet mais à vocation laïque, je me permets d’étoffer le dictionnaire de verbes propre au domaine religieux, et plus particulièrement à l’art oratoire de l’homélie. Pour rire

fondonegro_elpredicador

- A -

Acidacétylsalicyliquer : (effervescent) se faire mousser en homélie avec des mots compliqués (attention, effets secondaires inattendus, notamment des céphalées)

Agapester : Râler, mais avec charité

- B -

Bricbrocquer : faire une homélie à l’arrache avec des bouts de trucs déjà dits ailleurs sur d’autres péricopes. (NB : Très fort risque intrinsèque de Ravalcquer.)

- C -

Cécéhèfder : truffer l’homélie d’appels diocésains qui feront passer le prédicateur pour un gaucho. (avec des variantes pour le denier)

Culculpabiliser :mettre tout le monde mal à l’aise sur les questions affectives avec des propos vindicatifs, péremptoires et désincarnés-rose-bonbon.

Curiculumviter: raconter ses dernières anecdotes pour “illustrer” le propos.

- D -

Désirdaveniroser : truffer son homélie de références d’actualité involontaires de mauvais goût.

Diabloquer : faire une homélie dialoguée, mais personne ne bronchant en face.

- E -

Episcopâlir : (v.t. episcopâlir un propos) déployer une idée sur plus de 20 minutes (il est de bon ton de conclure sur la Vierge Marie)

Exégésir : crouler à mort sous les explications historicocritiques, étymologies et commentaires intrabibliques.

Exociter : faire décoller (et exploser parfois) une homélie avec des références à des péricopes qu’on n’a pas entendues le jour même.

- G -

Germanopratiniser : inclure dans l’homélie des références littéraires piochées dans les éditions de la Pléiade.

Grhomméliser : faire une homélie où tout le monde va en prendre pour son grade, sans avoir rien demandé à personne

Gromoliser : la même chose, mais en vulgaire.

- H -

Homiloler : une tit' blague?

- M -

Monomélimer : n’avoir qu’un angle de lecture pour TOUTES les homélies, et l’user à force.

- O -

Omertaire (s’) : s’appliquer la loi du silence, préférant retourner s’asseoir sans un mot, au lieu de délayer longuement son manque d’idée, évitant ainsi de se faire fusiller du regard par le curé.

Ophtalmocligner : adresser toute son homélie à la jolie jeune femme/ l’Edmondprochain du 3e rang, avec des allusions qu’elle/il seule comprendra. Clignement d'œil

- P -

Paraphrasouiller : redire exactement la même chose que le texte, mais plus longuement et moins bien.

Pipauté : magistère du Blabla. Note : on en a rapidement plein le saint siège.

Picolomagner : dire peu de choses en trop de temps.
attention : magnopicoler n’est pas une variante ou l’antonyme de picolomagner. il signifie se prendre une cuite.

Psychofabuler : passer toute l’homélie à gloser sur les ressentis supposés, voire les antécédents probables, des protagonistes de l’Evangile. exemple : si Pierre a suivi l’appel de Jésus “aussitôt”, c’est qu’en fait, il le connaissait avant. (ah ben forcément)

- R -

Ravalcquer : faire une homélie qui n’a Rien A Voir Avec La Choucroute

- S -

Saintetéser : citer hyper abondamment le pape. (attention, saintetéser tend à ne pas raccourcir les homélies) Variante : vatifoler. 

Sinéfiner : ne pas savoir conclure (ou trop le faire)

- T -

Techniciter : vouloir illustrer le propos au moyen de moyen technologiques modernes (projecteur diapo, panneaux avec des coupures de journaux, rétroprojecteur…)

- V -

Vatifoler : citer follement in extenso des paragraphes de conciles qu’on peinerait à comprendre à l’écrit, et se persuader que tout le monde va les comprendre à l’oral.

(la liste, basée sur l’ensemble des homélies que je dis, pourra être allongée à loisir. Si la liste est longue, c’est que les écueils sont tout aussi nombreux que les homélies sont foison. Le plus extraordinaire de tout cela, c’est que la Parole fasse son chemin, et touche, de façon tout à fait imprévisible le plus souvent Clignement d'œil)

addenda 2012

Ikeabuser : Meubler à outrance avec des objets de qualité relativement douteuse sur le long terme (Car, comme disait un jour Eric Salobir (coucou !) : "Meubler, c'est la pire injure qu'on puisse faire à la Parole... et ça m'arrive si souvent !") (par @edmondprochain)

lundi 3 septembre 2012

#VDM 4

Aujourd’hui, j'accompagne soixante-dix jeunes à Taizé. À la fin d'un atelier, la discussion s'engage avec un Munichois dans ce sabir franco-anglo-allemand typiquement taizéen : il est question de son mariage, de l’apprentissage des langues à l’école et du nombre de lycéens de notre groupe… En nous séparant, au moment d’aller attendre notre “dîner”, il me souhaite bon courage pour mon bac. J’ai trente-six ans. VDM. Yeux roulants

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PS: le léger embarras qui suivit mes dénégations fut le premier pas d’une des plus belles discussions de cette semaine. Sourire