mardi 30 octobre 2012

faire-part

<pub> pour une raison qui bien souvent m’échappe, certains textes publiés ici trouvent parfois un certain écho. J’aime énormément l’idée que la raison de ces partages m’échappe, ça me permet d’écrire toujours librement et sur des sujets tout aussi divers qu’imprévus, au gré des rencontres, des regards, des questions. ça rejoint peut-être parce que la vie de prêtre touche parfois au plus juste de l’humanité, rejoint des aspirations profondes, ou repose l’essentiel dans l’épaisseur des jours. Il est souvent question de rencontres, et de la profondeur qui s’y niche, comme pour Pascal, de fragilités, de communion, de prière, de sacerdoce, ou de liens inattendus. Et c’est pour ça que je me réjouis qu’un des textes que je vous avais partagé il y a quelques temps, l’homme en face, trouve sa place sur le papier d’un hors-série de La Vie, en regard d’une chronique de François Morel. Je me réjouis que ce texte dépeignant une attention particulière pour les assemblées d’enterrements dépasse le lectorat de ce blog. Je n’y ai pas vraiment peur, hein, mais je suis intrigué à chaque fois. Bref. Quelques articles du hors-série valent vraiment le détour. Voilà.

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vivre le deuil

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dimanche 28 octobre 2012

la Bible essoufflée

Il n’est pas rare, quand je dois Saint-Lazarer (attendre longtemps – trois jours en moyenne – que la SNCF fasse quelque chose pour moi), que je fnacque à proximité quelques dizaines de minute. J’erre, louchant sans envie sur les objectifs photo monstrueux, sur la macboukisation du rayon informatique et ses fameuses promos à 2400 euros, ou glissant un sourcil désabusé sur les meilleures ventes poche et bédés. Je vais systématiquement explorer les nouveautés du 9e art et jeter un œil sur le rayon ésotérisme et religions. Je n’y trouve jamais rien de bien, mais ça donne une idée assez claire de ce qui sort de pas terrible[1] .

Cette fois-ci, ce fut un minuscule opuscule pochocompatible qui agrippa (et héroda) mon regard : Les Plus Belles Paroles de la Bible, aux éditions First, dûment sélectionnées et retraduites par Eric Denimal, pasteur de son état et auteur de la Bible pour les nuls. Pour moins de trois euros, vous avez en poche le nec plus mieux de la Parole Divine, classé par thèmes[2] , version first éditions.

Vous l’avez peut être deviné (la collection s’appelle “le petit livre de Culture générale”), c’est un petit live-coach biblique, avec plein de sentences pleines de bon sens gentillet… ne manquent plus que les gifs animés de cœurs, de colombes et d’étoiles pour l’agrémenter. Rassurez-vous, il n’est pas question d’amour de l’ennemi, de feu sur la terre, d’égyptiens terrassés emmerdés, et Jésus ne parle que d’amour et des petits kawai.[3On avait pioché jusqu’alors dans les philosophies exotiques orientales de quoi équilibrer sa vie, et on découvre là que la Bible aurait quelque chose à dire à l’homme d’aujourd’hui. Enfin, pas vraiment à dire, mais un fatras de jolies-citations à étaler dans lesquelles on pourra puiser abondamment des aphorismes qui illustrent joliment nos choix options de vie bien-être.

J’ai embarqué le machin, sans le voler (le vol, c’est pas bien), et l’ai parcouru avec abnégation. J’imagine qu’il y a deux manières de le recevoir: les yeux embués d’émotion devant tant de vérité humaine, mâtinés de “oooh oui, je vais faire ça” ou atterré devant la vertigineuse ascension d’une telle perfection humaine. J’ai été profondément déçu, pour ma part. Il manquait… TOUT, ou plus exactement l’essentiel. On y parle de Dieu qui aime l’homme, de l’homme qui est bon, de comment être bon, de … Mais Dieu n’y parle pas.

Ma Bible n’est pas un recueil de sentences gentillettes, elle est révélation de Dieu pour l’homme, révélation de sa Parole faite homme, révélation d’un Fils qui se fait don, jusque dans la pauvreté de nos humanités. Ce n’est que parce que je découvre cette initiative de Dieu pour l’humanité et pour moi, sa miséricorde, son appel, la révélation de l’humanité libérée en profondeur, le souffle de l’Esprit que je m’engage sur ce chemin de don. Pas parce que c’est gentil.

Alors, first éditions, ton digest Bible Kawai à 3 euros, tu peux le remballer, il ne me parle pas. Or c’était justement tout l’intérêt[4] .

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Notes :

[1] sorties en "office" mises à part

[2] pour quatre centimes de moins, tu peux avoir aussi le Digest version Taizé du Nouveau Testament… mais les choix de Taizé sont exactement motivés par une cohérence opposée à celle de First Editions.

[3] impossible d’aborder l’amour des ennemis, ou la vie donnée pour celui qui te hait, c’est pas humain.

[4] “acclamons la Parole de Dieu, Louange à toi Seigneur Jésus” et pas “oooh comme c’est mignon”.

mardi 23 octobre 2012

in extremis visse

Je ne sais pas si vous vous souvenez de l’église de Vrasville
qui avait la plus MEDEF des plaques de dévotion…
je l'ai déjà publiée en 2008

je ne regrette pas d’y être retourné il y a peu.
En effet, les paroissiens y ont développé deux autres initiatives salutaires:

La première pour lutter contre les tentations de leur curé à épiscopâlir,
pour ne pas dire délayer ses homélies au delà du nécessaire.

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La deuxième est plus vitale encore. En cas d’urgence
visser ce marbre au mur. Vite.

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Save Our Souls!

#edit: grâce à Isabelle, il paraît de plus en plus évident que l'Eglise est depuis fort longtemps 2.0, avec ses wall sur lesquels déposer des posts (que tout le monde peut voir), des veilleuses pour promouvoir, des "amis" pour relayer l'info... Il faudrait que Mark Zuckerberg paie des droits d'auteur à l'Eglise (Note, ici au moins, on peut promouvoir son post gratuitement)

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dimanche 21 octobre 2012

le catalogue pour rêver

J’ai reçu hier mon premier catalogue de Nowel. *étoiles dans les yeux* C’est la saison des catalogues de jouets pour faire vos commandes au papa Noël, le genre de catalogue qui apprend, dès tout petit, aux enfants à rêver des choses qu’il faut avoir pour être heureux. Bon. J’en recevais déjà, enfant, je l’ai parcouru par acquit de conscience avant de remplir ma poubelle jaune.

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Et je dois avouer que j’ai été horrifié.

Pas par la date d’expédition du catalogue,
Pas par les prix,
Pas par les thèmes,
Pas par les jouets pour les filles ou les garçons comme “la marchandE”
Pas par les  simili téléphone portable pour bébé.

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il faut dire que ce n’était pas le catalogue Gifi ou la Foirfouille,
c’est un catalogue pour êvêil et les jêûx de l’enfant,
avec les accents circonflexes afférents.

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non, ce qui m’a choqué, ce sont les photos d’enfant dans le catalogue,
propres, nets, sages, parfaits, 
des photos pour faire rêver… les parents

des enfants de blond, qui colorient sans dépasser, qui sont sages et curieux
qui ont envie de se cultiver, de développer leur sensibilité artistique dès tout petit,
qui rient sainement dans une jolie complicité avec parent1 et parent2.

Pour Noël, achetez des enfants parfaits, les mini adultes souriants que vous désirez.

Récemment mis à jour1

plus qu’un jouet”, offrez vous l’enfant de vos rêves.
Satisfait ou remboursé sous quinze jours.

vendredi 12 octobre 2012

Un printemps à Tchernobyl

09032012109Ma librairie BD est juste en face des locaux de Greenpeace Cherbourg. Ce n’est pas un vain mot tant Cherbourg est prise dans une réalité nucléaire non négligeable… Usine de retraitement de la Hague, centrale de Flamanville, EPR en construction, sous-marins nucléaires à l’Arsenal, la région est tout entière marquée par la question du nucléaire. Economiquement, forcément, mais symboliquement aussi, avec les questions qui vont avec. Ici, les panonceaux des journaux disent parfois cette complexe réalité.

Mais je ne pense pas pour autant que ça soit un militantisme acharné qui ait poussé ma libraire à me coller dans les bras la dernière Bande Dessinée d’Emmanuel Lepage, dont j’avais aimé le premier tome de Muchacho. J’étais venu chercher le troisième tome de Blast de Manu Larcenet, cette plongée au plus trouble de l’humanité, et je suis reparti avec un printemps à Tchernobyl, aux éditions Futuropolis, 164 pages, 24,50€.

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Le pitch est simple. Emmanuel Lepage part en reportage graphique aux alentours de la centrale maudite, des années après, en lien avec une association clairement antinucléaire, pour en dire l’horreur sous forme de dessins avec sa sensibilité. Lepage raconte alors l’histoire de l’explosion, la surprenante réaction des autorités françaises, et son voyage. Le dessin est réaliste, l’histoire saisissante, la plongée fascinante et peu à peu la curiosité grandit. Que sont-ils devenus? Qu’en est-il de ce no man’s land de notre histoire de l’énergie et de la mort ? A quoi ressemble le mausolée de l’humanité et de sa technologie ?

A ce moment de l’histoire, et même déjà avant d’ouvrir le livre, un doute me titille néanmoins. Pourquoi dessiner ce qu’un reportage télé, ou un shooting photo aurait sûrement mieux rendu ? Des carcasses calcinées, des poupées démembrées, des structures métalliques mangées par la végétation, des sigles, des check-points, des loups… C’est l’univers onirique des ères post nucléaires dans tant de films, et le dessin, rendu hésitant par la souffrance de la main de Lepage, peine à retranscrire le noir et la violence.

Mais c’est là le trait de génie d’Emmanuel Lepage. Il ne se contente pas de raconter, ni même de photographier, ni même de rendre “ses impressions” grâce à son trait. Il met les pieds dans l’image. C’est lui qui part, c’est lui qui a peur, c’est lui qui a mal, c’est lui qui craint de rater ce reportage au plus près de la mort, cette occasion de sa vie. Il nous emmène dans ce qu’on lui montre… puis peu à peu son dessin se décale, parce qu’une fois les clichés “touristiques” reproduits, dans cette résidence d’artistes, Emmanuel Lepage va chercher à rendre la violence de la terre défigurée, mais qui reste colorée et belle comme la plus belle forêt, chercher à rendre la mort omniprésente mais invisible, et les enfants qui rient.

Les dessins se déploient sur des doubles pages, alternant les plans d’ensemble et l’histoire qui s’y incarne

Et la question s’approfondit. Comment consentir à ce qu’on voit, même quand ça ne correspond pas, ou quand ça correspond trop aux clichés et préjugés qu’on s’était fait, quand on veut ne pas être piégé par un message qu’on croit devoir illustrer ?

Comment est ce que je fouille l’invisible de celui qui est devant moi ?

Cette question est la passion de ce blog depuis le début. Et Emmanuel Lepage nous emmène beaucoup plus loin que vous ne l’auriez imaginé. En prime, le dessin est superbe, incluant des croquis sur le vif, dessinés, reçus aussi par ses “modèles”, pastels, dessins au crayon, encres et couleurs… avec une passion pour “dire l’invisible” ou “montrer l’ineffable”.

Si vous avez oublié que des enfants rient encore près de Tchernobyl
Si vous vous voulez réapprendre à ne pas laisser votre regard s’habituer
Si vous aimez vous décaler dans vos lectures et vos propos pour mieux rendre une sensibilité
Si vous pensez qu’aimer, c’est mouiller un peu sa chemise, avec ses limites,
si vous aimez les belles bandes dessinées.

foncez, et prenez le temps de vous laisser emmener.

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" Après le beau succès de « Voyage aux îles de la Désolation », Emmanuel Lepage vous embarque en plein cœur de la zone interdite de Tchernobyl… moins exotique que l’Antarctique, mais tout aussi spectaculaire et émouvant. 22 ans après la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle, Emmanuel Lepage se rend à Tchernobyl en 2008, par le biais de l’association Les Dessin’acteurs pour rendre compte, par le texte et le dessin, de la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. Quand il décide de partir là-bas, Emmanuel Lepage a le sentiment de défier la mort et à l’approche de la zone interdite, une question taraude son esprit : que suis-je venir faire ici ? Il sait qu’il a besoin de se confronter au désastre, de voir, de comprendre. Cette expérience unique entre en résonance avec ses propres questionnements sur le dessin, sur sa capacité à dessiner et sa nécessité vitale: être au monde par le dessin. "