mercredi 28 novembre 2012

si tu

ma prière est d’une pauvreté affligeante
(dit celui qui sait qu’il ne doit pourtant pas la juger)
elle s’enroule autour de ses moments,
roule les mêmes mots, s’enferme dans les mêmes désirs
n’écoute que l’espace qu’elle ne sait pas toujours garder,
concentrée à ne pas perdre les parenthèses
qu’elle a ouvertes, attentive à ne pas les fermer…

et toujours sourdent dans cet entrelacs de pensées et de refrains,
d’oraisons et de mots adressés ces mêmes ostinatos:
“Laisse-moi te connaître, apprends-moi à (t’)aimer,
viens au secours de ceux que tu m’as confiés
déploie ton mystère en ma vie, jusque dans le plus épais,
le plus obtus, le plus réticent de mon humanité
ouvre mes yeux, viens, viens, viens, et parle, et fais-moi mieux t’écouter…”

et toujours, en revers, là où je ne l’attends pas, tu viens.
parfois je chanterais bien cette hymne monastique au conditionnel
si tu venais, verrais-je encore…
mais il faut aussi consentir au cheminement que fait le regard.
La foi n’est pas un “si tu”, elle est un travail de guetteur.
Tu es là, je le sais, je t’attends…
et tout peut me rappeler un mystère si grand
tout n'est qu'invitation. 

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Si tu déchirais les cieux,
si tu descendais !
Que je contemple ta face !

Cette fleur qui perce la neige,
Humble et frêle,
Incoercible, la verrai-je ?
Et ces plantes, sous la glace,
Qui préparent le printemps
En se jouant de cette impasse ?

Si tu déchirais les cieux,
si tu descendais !
Que je contemple ta face !

Cette voix, comme un sortilège,
Si légère,
Imperceptible, l'entendrai-je ?
L'eau s'infiltre sous la roche
Et descelle les cailloux :
Comment parer à son approche ?

Si tu déchirais les cieux,
si tu descendais !
Que je contemple ta face !

Le sentier qui s'ouvre une brèche
Dans les pierres,
À l'horizon, le connaîtrai-je ?
Sur le flanc de la montagne
Il serpente vers le col,
Une promesse l'accompagne.

Si tu déchirais les cieux,
si tu descendais !
Que je contemple ta face !

CFC (f. Pierre-Yves)
PQT 1986

dimanche 25 novembre 2012

le beau est-il divin?

Cette semaine, j’ai entendu parler de François Cassingena Trévedy, un professeur qui m’a mené par le bout de sa pensée il y a quelques années, lui qui écrit à la lisière de l’Esprit et de la poésie en traits tirés entre la vibration d’une émotion esthétique et la fulgurance spirituelle…
Qu’on lise ses étincelles, on y pressentira un feu intérieur. Beau et vrai.

François vibre en ces linéaments de la vérité où tout fait écho
une note, un frissonnement, un mot
comme si Dieu habitait chaque instant. C’est faux,
il habite chacune de ses respirations : tout prend alors sens, surtout le beau.

ce n'est pas mon cas.

Ce soir, d’un bref coup d’œil par le velux
le ciel était beau, il avait été terne tout le jour, à quelques arcs en ciel pluvieux près.
Il y avait une telle lumière que j’ai attrapé l’appareil photo, et d’une main, j’ai saisi l’instant,
de l’autre je tenais mon téléphone dans lequel je racontais des bêtises.

Il y a des moments comme ça, dont on pressent qu’ils sont précieux…
sans doute saturés, mais on ne sait pas de quoi…

la beauté? Dieu? toussa… c’est un raccourci qu’on fait souvent
au grand dam de ceux qui n’y voient que du beau.

à ma mesure de petit croyant.
Ce n’était pas Dieu,
C’était un espace ouvert, lumineux,
un lieu qui (r)appelle la beauté et l’espace intérieur,
un espace où on peut le rencontrer

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mercredi 21 novembre 2012

Cherbourg 17 h

Puisque la période Lucky Luke, celui qui veut abattre l’ombre qu’il est en train de se créer à force d’être en pleine lumière, semble se pérenniser, voire s’appesantir, sans que la moindre parole vienne construire l’autre (va causer avec une ombre, hein), je continue mes pas de côté…

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lundi 19 novembre 2012

sweat Jesus, he loves beers*

J’ai toujours détesté les vêtements cocardiers
surtout quand la cocarde est le nom de celui qui me l’a vendu
fort cher, bien souvent.

mais dans la grande tradition de mon sweat sacerdotal,

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cet été, j’ai essayé de porter un ticheurte du cathologue.

Tournage d'une série pour KTO
et les réactions furent nombreuses, signe d’un message clair, référencé, porteur,
pour résumer ça donnait :

“y a une faute de grammaire sur ton ticheurte”
- naaaan? mince!

face à l’engouement généralisé,
il me fallait récidiver.

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je le sens super fort, l’enthousiasme qui va venir, là, et les moments de solitude afférents.

(* difficile de faire un titre avec les mots sueur, Jésus, amour et bière Clignement d'œil)

dimanche 18 novembre 2012

ce non lieu en bord de monde

Depuis quelques temps, je nourris une défiance assez marquée
pour les quelques outils pourtant fort utiles supposés me dire où je suis sensé être… 
(comme pour les personnes qui s’essaient aussi à le dire plus existentiellement, d’ailleurs)

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C’est pourquoi je n’ai accordé une confiance que circonspecte à mon GPS quand il m’a dit…

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dimanche après midi, comme promis, je suis parti flâner.

C’est la première fois de ma vie que j’habite dans un port. A ma surprise, un port n’est pas la mer, on la voit peu. Il est point d’accès à des mers, celle du travail des pêcheurs, celle des dimanche des plaisanciers, celle, violente, qui malmène ses usagers, celle qu’on traverse pour accéder à l’ailleurs où la vie continue. La mer est un travail dans un port, mais la mer n’y est pas visible, ou pas vraiment.

Il y a un port que je ne connaissais pas du tout,
le port que l’on longe, que l’on n’effleure que par des voies trop rapides,
c’est la zone portuaire,
une friche industrielle de bord de monde,
où s’échouent quelques projets,
où l’espace, vaste, est abîmé,
où la modernité laisse gésir, rouiller et pourrir ses outils fatigués…

ça ne se visite pas,
on y erre, on y boit, on y tague,
c’est un terrain vagues,
grillagé vers la terre, dont il n’est plus,
bétonné vers la mer, dont il n’est pas.

c’est la civilisation par une de ses orées,
elle mérite qu’on s’y arrête.

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un bateau, oublié sur des roues aux pneus crevés
incapable de tout ce mouvement qui était sa raison d’être

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rien n’arrête vraiment le regard.
Ni les terrils de sable, ou de pierre,
ni les espaces, ni les grillages,
ni les grues plus loin.

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ni le vieux fort abandonné,
barricadé, attirant, comme un aimant,
des architectures broyées d’autres structures
triées, empilées… abandonnées

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et quelques mètres plus loin, c’est la fin de l’ambigüité
c’est le monde de la mer, qui encore une fois,
était absent de ces espaces abandonnés.

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et un peu plus loin, un homme lance son lien…

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vendredi 2 novembre 2012

râpes ta gangue

Hier soir, j’ai pensé à toi.

toi qui te balades tout le temps avec un machin dans les oreilles et une pokerface dans les transports en commun. Je ne sais pas trop si c’est un iPod, un mptruc, un téléphone, ou rien au bout du fil qui sort de ta poche, histoire de murer ton regard derrière une écoute attentive, bref, toi qui te cloîtres dans ta gangue sonore chaque fois que tu sors de ton antre. Je me suis souvent demandé ce que tu écoutes, et si tu réussis à sourire à l’intérieur tout en bougonnant à l’extérieur. (mais ça marche aussi pour toi qui écoutes des trucs et des machins à la maison)

En fait, hier soir, on m’a posé un lapin, un lapin tout mignon et tout jeune, avec des yeux attendrissant et tout, un lapin de 6 ans. Et l’agenda en dilettante, j’ai rien fait (sauf penser à toi, mais pas trop quand même, c’était pas le moment). L’orage grognait, des monceaux de glace tombaient du ciel (ça tiendra jamais jusqu’au 21 décembre 2012, avec ce temps), le froid s’infiltrait par tous les interstices de ma masure, et j’ai décidé, foutu pour foutu de prendre un bain. Voilà. un bain chaud (le monde est condamné, on est déjà le jour d’après, alors j’ai abandonné la douche écologiquement responsable pour ce soir là, j’avais trop froid). Optant pour un ramollissement du bulbe, j’ai fui la radio, et envisagé un podcast en décor sonore. A la coule.

Pendant les premières secondes, j’ai cru que je m’étais trompé, que j’avais encore opté pour un truc abscons de France Culture, avec un anglosaxon qui se fait un devoir de parler français avec un accent overseas pour aborder des questions ultraspécialisées. Et puis j’ai reconnu la voix de François Busnel, le ton de France Inter, et j’ai écouté Alexandre Jollien. Francophone (quoique suisse), handicapé, souriant jusque dans la voix. Ecrivain? maître zen? spirituel? ça collait bien pour France Inter. Et peu à peu, Alexandre Jollien, la voix envoûtante, le clin d’œil aux lèvres, la liberté intérieure plein la gorge a fait déraper France Inter. Il parlait d’abandon, d’autres logiques, de Dieu, de foi, de silence, de méditation… et à chaque tentative de renvoyer Dieu dans les limbes du “enfin, vous êtes sympa, mais Dieu, dans tout ça, c’est pas très nécessaire, non?”, Alexandre Jollien remettait tout au centre et flinguait le cynisme bien-pendant franceinterien.

Alors voilà, dans mon bain, j’ai pensé à toi. La flotte était froide, certes, mais une voix, saturée de joie, avait su faire résonner la figure du Christ entre mes oreilles, via le paganisme bien pensant de France Inter. ça tient du miracle. C’est pourquoi si tu n’as pas peur de télécharger une soixantaine de Mo, si tu n’as pas peur de prendre une petite heure à te laisser mener par le bout des tympans, si tu n’es pas définitivement allergique aux interviews de France Inter, tu devrais peut être écouter. C’est con, tu pourrais même en sourire. (j’y crois peu dans le métro, mais on sait jamais). Pour ce qui est du bain, ce n’est pas nécessaire.

Comme je suis sympa, je te mets les liens là:

sur le site de France Inter, avec le podcast
le site d’Alexandre Jollien 
et si tu détestes iTunes, j’ai téléchargé le MP3 pour toi et je l’ai mis en téléchargement

fais gaffe, un tel témoignage joyeux, ça pourrait râper ta gangue de l’intérieur.
sur ce, j’te claque une bise. (parce que la bise est carrément venue, ces jours-ci)