mardi 25 décembre 2012

Dès avant le jour

un scintillement en écho à une lumière plus intérieure
 
veilleur d'aube
confiné par la nuit qui ourlait mon inquiétude
je vois Sa lumière dilater
ma finitude
à Sa mesure. 

Fichier audio intégré 
  
le Fils fait homme, à Noël,
oriente
espace
illumine
devance
apaise
appelle

ma vie. 
 
chaque instant et chaque geste
sont alors signes de la joie
que Dieu instille dans l'humanité
figures de l'éternité à laquelle je suis appelé. 

mercredi 19 décembre 2012

et playmo factus est -2-

Puisque les solennités de Noël s'avancent à grand pas, 
je dépose sur ce blog la petite vidéo de l'an dernier... 
on la passa de nuit, dans le calme des églises, 
comme une petite veillée. 

le ton est un peu sussuré, et il introduisait la célébration,
la vidéo était en deux parties, ponctuées par un chant
réalisée avec les jeunes de l'aumônerie, mes playmos 
et ceux de mes neveux. Juste pour entrer dans le mystère...

la version web est rassemblée en un fichier
et taguée horriblement pour parer les tentations de l'appropiller

samedi 8 décembre 2012

l'effet Duflot

Le catholique est salement irascible ces temps-ci, et comme il découvre que ses grognements plaisent beaucoup aux médias et rassemblent du populo, il s’indigne, il s’offusque, il réagit. Il y a de quoi, certes, quand tant d’enjeux de société se jouent, et pas des moindres. La mort, la naissance, l’amour : qu’un gouvernement s’y attelle et s’accapare le droit de les régenter sans en parler, c’est plus réactionnaire que n’auraient osé nombre de curés, et même de prétendues divinités.

Si en plus on les accuse, les catholiques se sentent mal. Jouant d’un effet d’annonce, d’un anticléricalisme de bon aloi et d’une offuscation rétroactive peu onéreuse, la ministre Duflot a flingué à mots à peine cachés les cathos. Passque tu vois, pendant qu’on vote des lois sur l’euthanasie et la PMA dans les salons des assemblées, les quelques religieux sénescents, moribonds et rarissimes habitent des demeures gigantesques en plein cœur de nos cités. Et une petite réquisition pourrait s’imposer.

crédit : Sébastien Le Clézio/Secours Catholique Lors de la mobilisation du Collectif des associations unies pour le logement, le 5 décembre, une personne annonçait la cérémonie des morts de la rue du lendemain. Mais depuis la publication du faire-part, de nombreux décès ont eu lieu. -  JPEG - 44.7 ko

Mais une réquisition de quoi? de couvents gigantesques aux chambres chauffées et inutilisées, de cloîtres luxueux, réfectoires vides, aux tables chargées de chaussée aux moines et de jambons d’abbaye, les coffres gorgés d’or et de calices précieux qui prennent la poussière. Bon. Le mythe est là, la réalité moindre. Les bâtiments qui ont pu être dévoués à l’aide le sont déjà depuis siii longtemps, et les autres ne le peuvent pas. Les règles de sécurité, quand on veut faire du bien, sont souvent fort, très fort, drastiques.

Bon, l’attaque (qui n’en est pas une, nous dit-on) a agacé les chrétiens de tous bords. C’est pas mal parce que jusqu’alors, c’étaient surtout les cathos de droite qui montaient grave au créneau. Là, ce sont pas mal de super bonnes volontés qui se sont senties offensées. A commencer par les religieux qui sont pourtant vachement cool, normalement, et qui cherchent peu la castagne.

On pourrait se réjouir d’un mouvement de société qui associe catholiques (mais muets, hein, sans croix toussa) et société civile dans une lutte de fond contre la pauvreté, c’est hélas un triste mouvement qui au contraire s’est initié. Parce que “l’effet Duflot”, c’est que l’attaque a réveillé la culpabilité moyenne du catho de base dans son rapport à la pauvreté et au royaume de Dieu qui s’annonce. Grosse grosse grosse culpabilité. Au point de se poser la question de l’utilisation du moindre mètre carré chauffé inutilisé la nuit à attribuer aux … aux qui déjà? sdf? sans papiers? demandeurs d’asile? mal logés? etc.

On leur file les clés, on écarte les tables, on leur demande d’être gentils, et ils apportent des nattes pour dormir par terre comme dans leur pays.

C’est gentil, et c’est con. Le secours catholique met en œuvre des programmes ambitieux de proximité, d’accompagnement, de projet, de structures, de liens sociaux profonds depuis des années, et on revient en arrière pour une charité mal placée. Zéro projet, juste une situation d’urgence qui pourra durer, et des situations malsaines qui vont s’installer. Les associations avaient de beaux projets, et on en fait quoi, hein? 

Franchement, ce genre de fibre, c’est la même qui fait dire aux mamans “finis ton assiette, pense aux Africains”. Les Africains, ils méritent mieux que le fond de mon assiette. LA PAUVRETE mérite mieux que nos mauvaises consciences et un sommeil gêné, elle mérite un combat plus ambitieux, Cécile. Si tu veux aider, donne à ceux qui savent faire, pas à ton service de comm ni à nos culpabilités maladives, merci.

les experts

C’est un luxe qui ne devrait pas vous coûter trop cher. Vous pouvez vous organiser comme vous voulez (acheter un zoom H2n, ou emprunter un Nagra à la RCF voisine, ou vous rechargez votre Smartphone) et vous vous bloquez une bonne matinée. Peut-être deux. Ou plus mais uniquement si affinités. Et le sourire au lèvres, vous allez frapper à la porte d’André Lefèvre. Enfin, vous allez frapper à la porte d’André Lefèvre si vous êtes de Sottevast. Sinon, ça va être un tout petit peu plus compliqué. André Lefèvre est une célébrité à Sottevast comme quelques villages en possèdent encore. André a été curé de Sottevast pendant 39 ans, puis il s’est retiré sur place, dix ans de plus, jusqu’à ce que sa santé exige un logement plus adapté et accompagné.

Je suis entré hier dans les deux pièces d’André, au troisième étage du centre d’accueil diocésain, avec deux autres confrères. Au perroquet, trois casquettes, dans la chambre à côté, un lit médicalisé, et devant nous un bureau et quelques chaises préparées pour nous accueillir. C’était la journée annuelle fraternelle des prêtres de notre diocèse, nous étions une bonne centaine présents, et pour la première fois, le petit temps d’échange se passait dans les appartements des plus âgés. On devait parler de la joie de croire, et les questions que nous portions. Et André m’a passionné.

Resté 49 ans dans son village, croisant sans cesse les vies des uns et des autres, les accompagnant de moments insignifiants et tournants essentiels, il a vu son village doubler, la population évoluer, les grosses entreprises laitières et nucléaires modifier le mode de vie… Il a accompagné, créé, soutenu, regardé, écouté, rebâti une Eglise dans un si petit coin de Normandie, mais il a vu grandir quelque chose de l’humanité après la guerre. Il avait été vicaire 3 ans, en 1945, puis curé ailleurs une petite quinzaine d’années… Et je suis persuadé qu’il y avait devant moi un expert d’humanité, à force de la côtoyer et de la voir grandir, à force de se passionner pour elle… Parce que toute la vie d’un curé est tournée vers le peuple qu’il fait vibrer vers le Dieu qu’il aime.

Il est probable que vous ne connaissiez pas André Lefèvre, ni même Auguste Lefort, qui est arrivé dans sa paroisse en 1949… votre curé lui même a probablement reçu des missions un chouilla plus courtes, ces dernières années… mais si vous avez du temps à gagner, vous pourriez attraper votre enregistreur et parler longuement avec ce vieux prêtre à deux pas de chez vous, pour l’écouter raconter l’homme qu’il a vu grandir et s’affermir, la France qu’il n’a pas fait que côtoyer, mais qu’il a aimée. Vous avez ce devoir de mémoire.

Nous étions une bonne centaine, hier, pendant ce temps fraternel. Beaucoup moins que les autres années, certains sont morts, d’autres sont fatigués, ou n’ont pu prendre le temps d’être là. Une bonne centaine sur 190 prêtres du diocèse. Sérieux, drôles, dissipés et concentrés, attentifs et différents. Unis, simplement dans cette diversité:

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lundi 3 décembre 2012

la PU, le Shadock et le guillemet

Hébété, la tête entre les mains qu’il eût volontiers nouées aussi serré que son estomac, Maître Shadock, assis à la table du presbytère avec trois coreligionnaires n’en pouvait plus. Depuis une heure, ils s’étaient attelés à la préparation de ces messes dont tous s’accordaient à dire qu’elles n’étaient guère enthousiasmantes, pour ne pas dire indigentes, mais personne ne voulait jamais esquisser une virgule. D’ailleurs les envies des uns et des autres étaient peu conciliables. Beau et connu, exigeant et accessible, dans le thème mais pas niais, symbolique sans être cucul, pas comme avant, pas trop différent, pas trop compliqué, la chèvre, le chou, tout avait été opté pour le mieux, ou plus exactement comme on pouvait. Et c’était le drame. Il restait la PU. La 3e PU du mois. La 15e de l’année, depuis 12 ans. Depuis longtemps, il ne les faisait plus pour “les choses qu’il aurait eu à dire”, sur le fond comme sur la forme. Et le cerveau de Maître Shadock renâclait désormais à la moindre ébauche d’un premier mot.

Le ronronnement du néon hésitant dans le cagibi empli d’armoires de fichiers de chants s’enflait comme une rengaine “et les Shadock pompaient, et les Shadocks pompaient”, et il savait qu’il pourrait détendre le bras et l’atmosphère en ouvrant le “prions-les_fiches-magnificat” pour tout recopier… voire photocopier. Propre, propret, adapté, pas trop mal tourné… Le rêve à portée de paume de la main, qui en caresserait presque le poil fatigué.
Parcourir rapidement les propositions, opter pour la moins pire, se dire que ça le fait, quand on finit par être à cours d'idée, quand il faut fournir une PU pas trop indigente, quand on a la pauvreté d'être un peu enfermé dans ses marottes vaguement idéologiques, militantes ou spiritualo gélatineuses tout aussi agaçantes l'une que l'autre… et puis c’est l’heure de la sortie de l’école.

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***

C'est con, parce que la mauvaise conscience le maintient à deux pas de Maître guillemet qui était dans le bureau d’à côté, il lisait sans vergogne les publications comme il lisait la Bible. Se baladant dans les lignes, touché par une tournure, ou par son sujet, ou par la rencontre qu’elle permet, ou par les mots et les thèmes inattendus qu’elle semble appeler. Alors il enfournait les mots comme il enfourne les idées, pas toujours dans le sens prévu, pas toujours aussi proprement. Il assimile, méthode facile, en intégrant les mots à son écriture, ouvrant de nouveaux horizons plus vastes que son monde intérieur.

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***

je crois que citer peut être un art qui malmène une pensée pour lui faire exprimer tout un monde que l’auteur n’avait pas subodoré, en le liant à un nouvel univers. Ça c’est la forme haute de la citation.

La forme pire, c’est le copié collé lénifié, un « j’aime beaucoup ce que tu dis », je l’aime tellement que je te le pique. Finalement, les pompages et les partages sur FB sont de cet ordre. Je l’arrache du cocon où tu l’as formé et je m’extasie à peu de frais, avec la satisfaction de l’inventeur de reliques. En helvetica et instagram, pour faire joli, découpant les guillemets et les copyright pour faire perso. Pomper sur FB, même pour la bonne cause, c’est comme balancer une PU sans âme, c'est sûrement un peu pratique, mais ça fait pas rêver. On peut soit renvoyer vers le travail et le monde de l'auteur d'origine, soit s'approprier pour en exprimer un nouveau suc, à la manière de Scholtus. 

Je fais l'expérience, parfois douloureuse, de la difficulté de durer, de pérenniser un travail, d'écrire au long cours avec une qualité relativement constante. Je me dis simplement qu'il faut que ma lecture soit alors inspiration, plus que succion. Et rarement je le fais ^^

la PU, c'est grammatique

Tristesse d’une langue qu’on éreinte, les prières universelles sont souvent mon calvaire.

Déjà, le fond, c'est parfois super militant, comme porte voix de tel ou tel mouvement, ou complètement lénifiant et fade, sans parler des jolis copiés collés des "Prions en Eglise, les fiches, Magnificat" jolis mais désincarnés. Si en plus, il y a une allusion à un thème politico socialo spiritualo orienté, c'est la fête des commentaires à la sortie de la messe. 

Si en plus c'est mal lu... 

Il n'empêche que le plus rude, le bien souvent, c'est la forme... "pour les hommes, pour les femmes, pour les enfants de la terre... prions le Seigneur", "nous te prions *PAUSE* SeIgneur, *PAUSE* pour... ". Il faut le dire, c'est toujours difficile à écrire, et bien souvent rude pour entrer dedans.

La prière universelle est mon calvaire sur la forme quand je dois l’écrire. Le cadre est clair : ni une tribune, ni une publicité pour l’acat ou le secourscatholique, des thèmes globalement balisés mais qui méritent une attention à la société, l’Eglise et ce qui les agite. L’objectif : rester juste, original, court et fin, bien tourné, et vraiment faire prier. Si en plus on veut absolument "coller aux lectures"... C’est mission impossible à chaque fois ou presque.

on dit DE Bled, patate

Et je sais que nous avons chacun nos travers et les miens sont pléthoriques. J’écris trop compliqué, je choisis des mots, et les contourne à loisir, laissant à l’imprécision d’une formulation ambiguë le soin de dire plusieurs choses. D’ailleurs, c’est le commentaire laconique des gens qui me connaissent bien sur ce blog : euh, là, on a vu que ça valait même pas la peine de chercher à comprendre. Donc <skip>. 

Le pire, c'est qu'on fait toujours un peu la même chose. Un peu comme ces curés qui finissent TOUJOURS de la même manière leurs homélies. Pour ma part, dans mes écritures en tous genres, je suis prisonnier de la conjugaison (ce qui me permet de me vautrer allègrement dans les concordances hasardeuses du français). Puisque j'abuse du subjonctif, je vous propose un petit retour donc, et un précis spirituel : comment conjuguer les verbes dans la foi.

Subjonctif, « que vienne ton règne, que ton nom soit sanctifié, sur la terre… » c’est le temps du long désir, celui de l’aspiration muette qui adoucit les verbes en suppliques, en attente, en espérance. Le subjonctif rajoute des e partout, c’est plus doux. J’y suis drogué. (attention, le subjonctif imparfait, ou passé sous toutes ses formes prête facilement à rire, faut dire qu’il met de l’attente dans l’hier, ce qui est drôle)

Indicatif présent, pour désigner et reconnaître ce que Dieu fait avec moi , ce qui travaille, ce qui rugit, c’est le temps du déployé, c’est le temps du récit, où tout pourra prendre sens, sans bien être sûr de la portée.

Futur simple, et passé simple. C’est le temps de l’action de Dieu. "Il fit, il fera". Toute la promesse biblique repose sur ces deux temps. Simples. Précis. Sans appel. Ou plutôt si, plein d’appels.

Imparfait, le temps de la présence de Dieu, déjà déployée dans le temps de mon histoire, que je reconnais, mais pas encore terminée. La perfection se recevra dans ma manière d’habiter ce qui a été commencé. ("quand tu étais dans le ventre de ta mère, je te connaissais")

Futur proche. le temps improbable. Genre "Je vais prier".  c'est mon temps décisionnaire. C’est le temps que j’utilise quand je me recolle dans ma vie spi. ça prend appui sur le présent et me déplace vers l’avenir en voulant aujourd’hui. Ne marche pas tout le temps.

Conditionnel. Ce n’est pas le temps de Dieu, c’est le temps de ma résistance pour laisser entrer en moi le futur simple de Dieu ("je ferais..., si... ). Je rajoute des virages partout. D’où le s final. (tu noteras alors la mauvaise foi du conditionnel passé sous toutes ses formes)

Impératif sonne souvent comme un coup de fouet, surtout sans les formules de politesse qui vont avec. C’est souvent le temps de ma colère, où le temps des invitations de Dieu, mais alors, c’est plus délicat… allez viens, viens, viens, on est bien.

Plus que parfait. C’est le temps que j’assène à Dieu pour lui reprocher d’avoir fait des choses parfaitement pour moi hier, mais tout laisser se barrer en couilles aujourd’hui. "Tu m’avais aidé"…

Alors je ne sais pas s’il faut objectivement prendre au sérieux tout ça, (parce que grammaticalement c'est du grand n'importe quoi) mais je crois que je vais subjonctivement me pencher en avent.

Notes :

[1] quand on invente une relique, c’est qu’on la trouve et la propose au public en fait. 

samedi 1 décembre 2012

un peu de hauteur

le moindre éperon rocheux, pour peu que la ville s’étire jusqu’en bord de mer
se targue exagérément du nom de montagne, coiffée d’un fort désormais lieu de mémoire,
un peu comme l’esquif échoué devenait caravelle ou bateau de pirate,
le bâton, une épée, et la passoire un heaume dans les univers surinvestis des enfants.

Cherbourg a donc sa montagne qui surplombe d’une route en lacets
l’agglomération urbaine et la rade. Un petit musée, un terrain militaire,
des galeries à visiter, c’est un joli panorama, que les vents violents viennent râper.
j’y suis allé pour prendre un peu de hauteur, de la largeur, de profondeur.

Blogdavidlerouge-46

c’est souvent bon quand on a le nez dans son emploi du temps
le regard butant sur les murs des rues qu’on arpente
au gré des rencontres toujours trop singulières,
de reprendre une vue d’ensemble. ça aère.

la vue à 180° dresse l’étendue de la tâche à accomplir,
et invite, on ne peut plus vite, à mieux regarder,
d’un peu ailleurs, les histoires prises dans l’immensité.
l’instant “objectif” pour honorer la diversité.

Récemment mis à jour3

simplement, derrière mon regard muré par chaque jour
ou la vue de trop haut, de trop large, trop aérée
même derrière les façades que j’ai pris le temps de recenser
on ne peut oublier, si cachée, ce qui meurt à l’orée.

les invisibles, les vrais, disparus des 2 premiers clichés.

Blogdavidlerouge-47

et on se dit que nos hauts cris, ou nos soucis, taisent les voix qui s’affaiblissent
celles dont parle le secours catholique,
celles qui ont murmuré à l’oreille de Natalia,
ou celles de l’Abbé Pierre.

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