vendredi 29 mars 2013

A la mesure

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une chasuble dorée, cinq autres chasubles, une dalmatique assortie, un voile huméral satiné, sept patène et coupes, treize calices, trois corporaux, treize purificatoires, trois fioles d'huiles consacrées, une croix de procession, un encensoir, une carafe à vin, deux bouteilles de Monbazillac, un antependium balinais, une représentation de l'agneau pascal de Cluny, une lectionnaire et un évangéliaire, un missel, sept cents hosties, deux grands ciboires, quatre chandeliers, deux candélabres, six cierges d'autel, une croix d'autel, quelques bouquets, une cane et une bassine en cuivre... le beau au service de la liturgie du jeudi Saint, l'entrée dans le triduum, les trois jours qui élargissent notre vie à la mesure de l'amour du Christ

six prêtres, deux diacres, trois lecteurs, une vingtaine de servants, une vingtaine de jeunes filles, un séminariste cérémoniaire, trois animatrices dont deux jeunes, deux fleuristes, douze ministres extraordinaires de la communion, un organiste, une assemblée pleine dans une église chauffée, trois catéchumènes, une foule d'enfants qui se préparent à la première communion, des priants qui se relaient toute la nuit, douze personnes au pied dénudé, c'est le corps du Christ qui se rassemble autour de la Sainte Table, un corps qui prend la mesure de l'amour du Christ

parmi les douze au pied dénudé, celui que tout le monde connaît plus ou moins, celui du sourire et du bonjour à la porte et de la main tendue, celui que tout le monde croise sans toujours bien le voir, celui qui n'entre jamais. Certains auraient bien aimé être appelés à s'asseoir là, d'autres ne s'en sentaient pas capables, mais l'avant-dernier pied, c'était le sien. Michèle tenait son chien en laisse à l'entrée de l'église, et pendant qu'on essuyait son pied, un prêtre et un diacre agenouillés, lui, il pleurait... des larmes à la mesure...

mercredi 27 mars 2013

rouleau d'exultet

un peu par snobisme, ou par sens du clin d'œil historique,
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mais aussi pour la simplicité et la beauté de ce moment où seul le cierge pascal illumine la nuit de notre foi, j'ai imprimé une icône à l'envers, et le reste du texte de l'exultet pour samedi, puis l'ai enroulé... et comme je n'avais pas de cordon pour clore ce rouleau tout nouveau, j'ai dégoté, dans mes tiroirs, une croix de profession de foi. Passer par la  croix pour accueillir la joie pascale, finalement, ça me va.

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une fois la croix passée, il s'épanchera peu à peu sur l'ambon, la table de la Parole...

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Audace pastorale de vieux

A force de se le répéter, cette évidence fait son chemin jusque dans les choix les plus prosaïques, un prêtre est un homme de frontière, ou, pour mieux dire en ce temps prépascal, de passage... Frontière entre un monde et un autre, entre l'appel et la réponse, entre le royaume des cieux et l'aujourd'hui des hommes, profondément marqué par les deux. ça le brûle et le rend vibrant ! En lui, jeunes et vieux se réjouiront ensemble... De temps en temps, ça finit par nous tourner les sangs. Quand Stéphane Lemessin, star des maisons de retraite (pardon Stéphane :) ),  fait du "questions pour un champion", François Bessonnet, entre deux vomis (pardon François), régresse dans un parallèle entre carême et jeux enfantins, et les exemples à base de jeux et de playmos sont pléthore Clignement d'œil ! Du coup, pour rendre attentif les jeunes calmes  de l'aumônerie à ces petits détails de la Bible partagés par d'autres, on va mettre à disposition des puzzles, artistiques, Bibliques. Simplement pour en tourner et retourner chaque morceau entre les doigts, et pourquoi pas échanger, les doigts et les yeux affairés...

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prochaine activité, attirer les charismatiques avec du macramé. Clignement d'œil

mardi 26 mars 2013

chemin de croix

avez vous parfois deviné la justesse d'une expression sans savoir bien l'expliciter?
avez-vous goûté les mots de graphite, de mantille, de graviers de l'orage?  
avez-vous buté sur une œuvre d'art, l'émotion explosant les mots pour la raconter?
avez-vous été saisi à revers par un mystère, déployant une force complètement inattendue?
avez-vous déjà été tenté d'hurler contre Dieu au moment de l'infâme et de l'injuste?
avez-vous déjà préféré la rosée au déluge?
avez-vous consenti à ne pas comprendre dans l'instant, à vous poser au milieu d'un texte pour le laisser vous écorcher?

alors filez chez votre VRAI libraire (et pas chez Amazon)

Attention, si vous cherchez, à l'arrache, un chemin de croix pour votre paroisse, n'achetez pas :

9782712212612FS

en revanche, si vous voulez entrer par des mots sur le côté mais choisis dans l'éraflure des événements...

lundi 25 mars 2013

je vais parler à ton cœur

angeIl l'avait notée en rouge dans son agenda... la date à ne pas manquer, du même rouge que le cœur brûlant qui semble l'illustrer... Vu que ça tombe tous les ans au même moment, il était sûr qu'il n'allait pas l'oublier mais on ne sait jamais... et il faut marquer le coup. La fiole d'huile essentielle parfumée, ce cadeau d'une si chère gratuité, est dans la poche de son beau costume, celui des fêtes. Et il est presque guilleret.

On en fait tout un fromage, la vie semble presque tourner autour de cette date, ce quatorze-février alors que finalement, c'est un peu pareil que d'habitude, mais en plus solennisé, avec les mots qui vont avec et ça donnera du souffle pour chaque instant de l'année.  
Certains grognons disent qu'on n'en a pas besoin, on peut aimer sans ce fatras, ce rituel imposé, mais il y va d'un cœur léger, joyeux même.
On pourrait faire sans, mais ça fait du bien ainsi.
Ça pourrait même avoir lieu à la même table qu'à la maison, ce serait moins compliqué, mais on a choisi l'endroit. C'est même, ce soir-là, overbooké, overfleuri, over musicalisé et tout le monde s'y presse... Il y a de l'amour dans les yeux, les poches, les mots pour se dire, s'entendre dire, en gros :

"Veux-tu de mon amour?" oui "M'aimes-tu?" oui, "veux-tu continuer pour toute notre vie à approfondir cet amour?" oui "veux-tu le vivre follement, pleinement, éternellement?" oui "veux-tu que nous soyons toujours plus unis"? oui, je le veux.

Un rendez-vous annuel, un repas, un peu de solennité, du parfum, des cadeaux, des mots d'amour, des promesses renouvelées, des paroles et des dons, des promesses et des prières pour aimer au plus juste toute l'année : La messe chrismale, c'est un peu la Saint Valentin des prêtres avec leur Eglise, finalement.

Célébrer ensemble, solennellement, et répondre à nouveau à l'appel, radicalement, fraternellement, puisant dans un même Amour.

samedi 23 mars 2013

l'arja ou l'art de disparaître

dans la série, on n'apprend jamais rien de ses petits aléas,
je devrais savoir qu'il est inutile de prendre des photos des Balinais en spectacle
ils disparaissent parfaitement derrière leur personnage
en revanche, pendant le processus, la répétition, le maquillage
ou le juste avant, on les voit peu à peu s'effacer

alors puisque j'ai fait l'erreur de prendre des photos sans arrêt,
vous pouvez rencontrer des acteurs-danseurs-chanteurs de l'arja
et pourquoi pas les reconnaître, avant-avant-pendant.
certains étaient déjà dans les photos précédentes.

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je marche dans l'autre sens que la terre

C’est l’histoire d’un homme.

C’est l’histoire d’un homme en Russie, plongé au cœur de ses deux histoires mouvementées, celle d’avant et celle d’après le mur, le bloc… un homme qui aurait pu, comme tout un chacun, baisser la tête, courber le dos et se laisser porter par le mouvement, cherchant à survivre au mieux, à se laisser flotter dans le système, accusant le coup de la violence du communisme, ou du libéralisme acharné. Seulement voilà, cet homme-là a dans le cœur, le vrai cœur, un projet un peu fou, monter un film sur le personnage fascinant, embué de pouvoir et de lascivité qu’est Catherine de Russie. Et il cherche, dans les mécanismes du soviétisme, les espaces flous où un brin de justesse non propagandiste pourra passer. Il cherchera plus tard, dans la Russie libérée du communisme mais en proie aux rapaces de la pire espèce qui détournent l’essentiel, si cette même poésie y trouvera plus facilement sa place. Parfois, il réussit, parfois il s’embourbe dans ses propres contradictions, et se perd dans sa quête, dans sa vocation.

Dans cette marche des événements, dans cette rotation immuable de la terre, il faseille et circonvolutionne entre ses rêves et son projet, dans les méandres de la vie qui voudrait bien le broyer. Car cet homme aime profondément cette Catherine qu’il voudrait n’être pas réduite à ses clichés…

Andréi Makine décrit à merveille ce rebours que sont certaines histoires dans le cours du temps, et la violence des mondes sur nos vocations plus profondes et les dictatures qui ne sont pas que celles des temps anciens… mais il sait surtout, en quelques pages lumineuses, écrire la respiration la plus profonde d’une vie, ce moment où, libre profondément, en deçà des logiques mondaines et même des vocations, un amour plus profond fait marcher dans l’autre sens que la terre. Il faudra que le temps, que le monde s'estompent un temps pour permettre cet essentiel... dans cette justesse. 

Makine prend le temps d’arriver à cette rencontre, et cette marche à rebours prend justement tout son sens parce qu’elle s’est faite attendre, comme chacune de nos vraies rencontres.

9782021095517

présentation de l’éditeur: “Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage. Aimer cette femme dont tant d'hommes n'ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir. C'est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle ? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes ? Une tsarine clamant son "âme républicaine" ? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova ? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine - depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu'au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l'Histoire. L'art de ce grand roman transcende la biographie. L'effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d'Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d'être et d'aimer.”

le titre est tiré d’une chanson envoûtante de Loïc Lantoine, qui va sortir un nouvel album le 2 avril prochain.

jeudi 21 mars 2013

traces

C'est triste à reconnaître, mais on n'a pas toujours la lucidité heureuse.
Elle a la fâcheuse tendance de se laisser colorer par l'heur du moment
et pousse souvent le contraste de nos introspections circonstanciées
loin de la tendresse et la douceur du Christ de l'Evangile

Prenez la foi, par exemple...

soumise au néon un peu blafard d'un jugement un peu raide
mon attachement au Christ peut me paraître bien souvent de façade
un crucifix posé sur le mur blanc de mes convictions
visible, solide, mais ne me traversant pas assez en profondeur.

Dans ces moments de fausse lucidité louvoient les tentations
de laisser tomber ce crucifix, le déposer, de continuer sans :    
"j'ai essayé, Seigneur, mais ça n'a pas pris,
tu es venu à ma rencontre, et je ne t'ai pas laissé entrer...
il faut se rendre à l'évidence, mon mur est là, intact, tu ne m'as pas transformé..."

et le Seigneur, patient, fidèle, demeure au plus près, dans ces atermoiements
ne se laissant pas abuser par ces raisonnements viciés de défaitisme.
Il offre encore et toujours son amitié, son pardon, sa vie...

"parce que vois-tu ma présence dans ta vie s'est dessinée
éclairant, discrètement, un espace de lumière, un espace où tu restes marqué
un espace où se sont apprivoisés ombres et lumière, pureté et poussières
tu l'as simplement sous estimé... "

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photo prise après avoir décroché un crucifix dans une sacristie, afin de projeter un petit film sur le pardon pendant un temps de réconciliation... (j'ai un peu poussé les contrastes)

et je me dis que si on nous poussait, bêtement, à enlever un peu trop vite les "crucifix" de nos convictions, le signe serait encore plus parlant, encore plus violent!

dimanche 17 mars 2013

Tu nous guideras aux sentiers de vie

La place et le rôle méconnus de Jésus dans la Trinité? 
au cœur de la circulation intra trinitaire de l'Amour Divin, il aide aux processions de l'Esprit Saint...

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Yeux roulantspardon... Clignement d'œil, mais il faut dire que cette statue d'un Jésus à la truelle faite maison trônait au milieu d'un rond point devant un couvent de religieuses de Larantuka... Or en Indonésie, pour ne pas laisser un planton la tâche de surveiller la circulation, il n'est pas rare qu'on installe à sa place une petite statue qui ralentira le conducteur un peu scrupuleux...

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vendredi 15 mars 2013

si t'es pas sage...

joie des coups de main par des jeunes formidables,
pour une célébration un peu importante,
ils t'aident, efficaces, disponibles, ajustés
à tout installer, et ranger, au pied levé.

ils ont alors forcément le coup d'œil pour les trucs
qu'on a fini par oublier de regarder, parce qu'on effrôle des yeux
chaque chose pour y reconnaître le lieu utile
sans poser le regard, attentif, amusé.

par exemple, sur le tableau des clés:
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cette clé, LA, elle sert à quoi?
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- Ben, à punir les enfants pas sages, naturellement. Rire #messesupercalmedésormais #rigalade

32 000 km plus tard

Paris Londres 1h, Londres Singapour 14h, Singapour Batam 1h30 de bateau, Batam Jogyakarta 2h, Jogya Bali 50 minutes, Bali Maumere 2h (avion à hélices), Maumere Larantuka 3h30 de voiture, et retour jusqu’à Bali, Singapour, Londres, Paris, Caen, Saint Lo, Cherbourg… et transits passablement rallongés par les intempéries

et toutes ces heures m’ont ouvert des univers encore inconnus… chez les javanais du pied du Merapi, à l’Islam en dialogue avec la culture du volcan…

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ou plus connus comme le petit temps passé avec l’Arja de Keramas… blogdavidlerouge-115blogdavidlerouge-116blogdavidlerouge-113blogdavidlerouge-114

les villages qui descendent sur la plage pour Melis…

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et il faut encore que je digère l’expérience inédite à Florès, en terre chrétienne, en terre loin de Java. C’est décidément une belle mission. (encore quelques photos à venir Sourire)

lundi 4 mars 2013

de l'improbable

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partager sa chambre pendant cinq jours au pied d’un volcan avec un acteur du TNP qui excelle au pencat silat.

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rencontrer des jeunes brillants, qui se donnent totalement dans l’engagement, du ménage quand la pluie submerge la scène, à l’accompagnement des plus jeunes, de la confection des costumes à la préparation de la semaine sainte, du jeu rigolard des “rustres” à la perfection du wayang orang le soir qui suit, de l’accompagnement de chaque instant dans la simplicité et le sourire aux heures passées à l’hôpital

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se retrouver à un wayang kulit de luxe au pied de Borobudur, organisé par la mohammadya en présence d’Amien Rais, chef d’un parti musulman assez raide,  vivre cinq jours en pleine zone extraordinaire en matière de tourisme, ne visiter aucun des lieux superconnus

concélébrer une messe mi javanaise, mi indonésienne.

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imiter le chien, le chat et la grenouille avec des enfants, s’apprivoiser par les percussions corporelles

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déplacer vingt fois un gamelan

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parler avec une vieille javanaise, moi en indonésien, elle en javanais

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faire des exercices de théâtre avec un groupe de jeunes chrétiens qui veulent s’essayer au théâtre naturaliste pour la semaine sainte, découvrir qu’ils dansent les “esprits” avec une classe inouïe

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voir un homme en transe égorger un poulet avec les dents

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débarquer à Bali, assister à une répétition géniale d’Arja…

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avec Nicolas, on utilisait souvent le mot… “improbable”

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le songe d'une nuit d'été

La force de ceux qui ont de la culture, mais je veux dire vraiment  de la culture, c’est qu’ils peuvent voir des ponts, des échos, des miroirs là où le péquin moyen ne voit que la surface des choses. Genre, dans le théâtre balinais ou javanais. J’aime beaucoup la musique, je goûte la délicatesse des gestes ou leur force, et leur justesse, j’entrave un peu l’histoire, je vibre de concert, et toute cette beauté me fait encore plus aimer l’homme, et Dieu. Bon. Mais Shakespeare là-dedans ?

De Shakespeare, je ne connais rien. Je crois avoir lu sur le frigo d’Elodie des magnets reprenant les insultes les plus savoureuses issues de ses pièces, mais ça doit s’arrêter là. Pire, je n’ai jamais vu une seule représentation de lui. Nada, quedchi. La honte. Alors de là à voir des liens… c’est définitivement foutu pour briller en société.

J’ai débarqué à Yogyakarta pour la première fois de ma vie lundi dernier. Je ne savais que ça, et la présence de Kati quelque part dans le coin. A l’aéroport, un gars m’attendait. La voiture a filé vers… je ne sais pas où. Je n’ai quasiment aucune idée de l’endroit où j’ai passé la semaine, sur une carte, tout du moins. Sinon, j’étais au pied d’un volcan, le Merapi,  que je n’ai aperçu que quelques minutes/heures par jour, par effraction au milieu des nuages. A 6 kilomètres du centre du cratère qui a encore explosé il y a à peine trois ans… et comme les éruptions ont lieu tous les quatre ans, j’ai un an de marge, à une vingtaine de kilomètres de Borobudur, dans la montagne. C’est tout. En revanche, à 800 mètres d’un espace consacré à la danse, et au théâtre javanais. C’est là que Kati et Nicolas m’attendaient.

Kati ose créer ici, au bout de la route qui mène au volcan, le songe d’une nuit d’été, une pièce de Shakespeare, en mêlant danses javanaise et théâtre à l’européenne, musiques, costumes, personnages issus de la tradition artistique javanaise et même plus particulièrement liée à l’espace du volcan. C’est audacieux, extraordinairement difficile à monter, car les ponts à tendre sont légion. Les soubresauts amoureux et les enjeux divins de Shakespeare à la sauce indonésienne… relevé et sucré !

Mais le pari le plus fou, sans avoir beaucoup de sous, c’est d’avoir demandé à des lycéens, totalement débutants artistiquement, de tenir tous les rôles. Seuls quelques musiciens et danseurs locaux les accompagnent, mais il faut leur faire découvrir la danse, leur faire apprendre les chants en français, les initier au théâtre et au jeu d’acteur, traduire le texte en indonésien et javanais, le répartir, le convertir pour qu’il puisse être reçu, jouer sur les conventions. C’est un travail titanesque qui doit se faire dans une urgence absolue, puisque la représentation sera le 11 mars, à Sumber (si vous voulez y aller, laissez un message Clignement d'œil) et d’ici là, ils ont une semaine d’exams. Forcément, rien ne peut se passer comme prévu, le chorégraphe, notre hôte a chopé le typhus, les jeunes ont une semaine d’examens juste avant le spectacle, etc, etc.

Un ami de Kati, Nicolas, acteur au TNP, a pris quinze jours de vacances ici pour faire découvrir aux jeunes l’art du théâtre. Ils n’en ont jamais eu/vu, il n’y ont jamais eu accès alors tous les après-midis, je traduis ses indications, ses recherches avec eux pour qu’ils puissent se dépasser, jouer au plus juste. L’aventure est passionnante, tellement passionnante que je n’ai même pas eu l’occasion d’aller visiter les grands lieux touristiques des environs. Tant pis, ça sera pour une autre fois.

Au milieu de tout cela, loin du monde et de ses soubresauts, petites rencontres avec les chrétiens du coin (il y a une chouette paroisse dont le curé précédent a ouvert des ponts de rencontre extraordinaires avec la culture autour du volcan, c’est assez décapant) notamment pendant la messe matinale. Je sais qu’il se passe de grandes choses, au-delà des mers… elles sont comme des vibrations en deçà de cette expérience humaine et chrétienne.

Ah, et forcément, qui dit répétitions et truc extraordinaire dit public, et qui dit public dit enfants, et qui dit enfants dit … photos.

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vendredi 1 mars 2013

les doigts dans le nez

acheter un billet d’avion au pied du Merapi en 20 leçons

  1. laisser le portable et le téléphone charger toute la nuit puis de bon matin,
  2. allumer les deux, brancher la connexion sur la 2G indonésienne
  3. trouver le site de voyages low costs
  4. laisser l’ordinateur mouliner, la connexion est digne d’un fax
  5. trouver le vol, cliquer, attendre
  6. remplir les champs du formulaire, réaliser qu’il faut un numéro de téléphone local, courir fouiller dans son sac pour retrouver le numéro noté sur un bout de carton
  7. relancer le téléphone parce que la connexion s’est essoufflée
  8. sortir son portefeuille, inscrire le numéro de sa carte bancaire, valider, prier pour que ça ne plante pas
  9. ça plante, reprendre au 4. ça passe, réaliser que le secure code de ta banque va t’envoyer un sms avec un numéro à noter. Réaliser que depuis trois jours, ton téléphone français ne capte pas. Tout est à l’eau, éteindre l’ordi, choper le téléphone, descendre à la paroisse, 200 mètre plus bas, pour trouver une solution. En route, ton téléphone français se met à capter, alors pour lui forcer la main, appeler le fixe de la maison pour faire repérer le téléphone et retrouver le sms, qui arrive.
  10. Joyeux, demander à la paroisse de piquer leur connexion internet pour enfin réussir ton coup.
  11. Depuis trois jours, l’internet est planté. Demander l’autorisation de bosser avec les deux cartes SIM actives  depuis la paroisse
  12. tout reprendre depuis le bédut. Réaliser que la SIM française fait planter la 2G indonésienne de manière totalement aléatoire. Le processus 4 plante trois fois de suite, la connexion française disparait de loin en loin.
  13. Quitter la paroisse, et, en remontant, recevoir un sms de France en relançant son téléphone.
  14. demander s’il y a ici un café internet, on me répond “oui” et c’est une petite fille de trois ans et demi qui me guide à petits pas dans le village jusqu’au café en question, mais fermé.
  15. rentrer à la maison. Choisir le "sport"
  16. déconnecter la sim française, se connecter via la 2G, choper le site, tout remplir, valider, éteindre la 2G, rallumer la sim française courir dans le village, forcer le téléphone, recevoir le sms, courir vers le PC, éteindre la sim française, rallumer la 2G, reconnecter le PC, entrer le numéro, valider…
  17. la connexion plante.
  18. réessayer
  19. c’est passé.
  20. cool.