vendredi 19 avril 2013

Cher N.,

Je te tutoie tant qu'on ne se connaît pas, ensuite, j'aviserai... Car d'ici quelques jours (pas plus stp), on va te confier notre diocèse. Tu es peut-être déjà évêque, ou tu vas bientôt le devenir. Je dois t'avouer qu'on t'attend un peu de pied ferme dans notre petit diocèse, sûrement un peu crotté, vu de Paris, un peu petit, excentré... mais il va s'y passer quelque chose d'assez incroyable pour le petit demi million d'habitants qui s'y est ancré.

Il y a quelques années, des décisions ont été prises pour poser des structures de paroisses qui ne sont plus d'un seul clocher. Il faut dire qu'il y a 660 clochers dans le diocèse, et désormais une bonne soixantaine de paroisses, plus ou moins étendues, plus ou moins peuplées. C'est un diocèse assez rural, que veux tu. C'est pas plus simple mais c'est ainsi. Les trucs des autres ne marchent pas nécessairement ici... si on veut n'être ni trop peu, ni trop loin dans chaque paroisse... Bref, ça fait quelques années qu'on a redécoupé notre carte, et nos doyennés.

C'était une bonne idée mais ça va finir par tenir moyen moyen, ces ajustements structurels. Cette réforme profonde a permis aux chrétiens et aux prêtres de se découvrir membres actifs de communautés chrétiennes particulières qui se rassemblent en paroisses. Membres actifs, c'est à dire que les chrétiens ont découvert que ça ne marchait pas tout seul, et que cette vie de l'Eglise était, avec leurs prêtres, entre leurs mains. C'était bien. Simplement, vois-tu, on était plus de prêtres, et les temps changent. Curé un peu seul d'un immense territoire, ça peut en éprouver certains... et surtout ça devient difficile de remplir toutes les cases, et c'est pas nécessairement une bonne idée de mettre le même nom dans toute une série de champs libres (même si champ, ça sonne bien rural). Surtout, ces polyresponsabilités surajoutées, ces "en outre" des nominations, ça finit par épuiser. Et certains le sont vraiment. Même si niveau motivation, on a la patate. (toujours cette métaphore agricole, la vache)

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statsPour l'instant, nous avons un administrateur diocésain pour gérer les affaires. Il devra trouver presque dix noms pour presque dix cases qui se vident. ça  promet de ne pas être facile. C'est pourquoi (entre autres) on a besoin de toi. On ne peut pas "gérer" nos affaires, le pape nous le déconseille, et de toute façon, ça ne fait pas vivre... mais nous sommes tous prêts à continuer notre mission d'un autre pas, un pas allant, un pas pour être Eglise dans le diocèse, de manière sans doute nouvelle.

A vrai dire, on n'a pas envie de simplement gérer la crise non plus... on brûle d'un autre feu, une forme de fièvre de tout le corps qui nous gagne peu à peu. Les plus sages sont les plus nombreux, certes, c'est comme ça, mais nous sommes assez unis pour chercher, avec toi, comment faire passer cette vie qui vient de Dieu. Bon, on a envie de prier, de réfléchir, d'aider, d'accompagner, de nous retrouver, de "permettre la rencontre avec le Christ", tout un tas de trucs chouettes de la vie d'un catholique, comme d'un prêtre, qui nous semblent nécessaires. Et si pour ça on pouvait ne pas trop s'essouffler à patienter en gérant la situation, ce serait top moumoute. Certes, il n'y a pas de solution facile, miracle, toute faite, certes, on devra tenir compte de la "demande de service" que beaucoup ont vis à vis de l'Eglise, Certes, plein de trucs, mais... comme tu le vois, le Royaume De Dieu n'a jamais été aussi près/prêt. 

voilà, j'te claque une bise tant qu'on peut.

chaleureusement tien, comme dit Jean Pierre Denis quand il veut que je m'abonne à La Vie,

David.

PS: Cher Saint Esprit, veuillez svp transmettre à qui de droit, vous avez plutôt été diligent ces derniers temps, perdez ni le rythme, ni la main, merci, bisous. 

mercredi 17 avril 2013

O Oint apitoie-toi

puisqu'on entend encore des outrés de la langue, des transis du tradi, des monoidiomiques appauvris qui trouvent que le latin, dans la liturgie, c'est pire que désuet, réacque, que ça chasse le péquin, le retrosatanasse, l'égarre (humanum est), le duralexsedlexe, surtout pendant le kyrie Clignement d'œil, alors qu'il y a tant de cholis chants créés par les troubadours du bon Dieu (de langue française, Dieu merci), puisqu'il y a encore des hauts cris qui entravent la recherche du beau de critères débilitants au lieu de puiser dans tous les registres de quoi servir la beauté, le frère, et Dieu avec tout ce qu'on est et ce qu'on a reçu, avec tout ce qu'on crée et tout ce qu'on donne, puisque ces combats semblent à certains si nécessaires, je propose d'expurger les rassemblements nationaux de l'Eglise de France des mots latins qui font choli pour des vrais mots français (môssieur) et qui ne seront pas sans poésie Ainsi, désormais, vous pourrez entendre parler de ....

begonia

pardon.

pardon notamment à cause de cette démarche initiée dans l'Eglise de France et qui a trouvé un écho tout particulier dans la prison de cherbourg, puisque le travail de relecture  des initiatives de charité et de fraternité a permis un échange et une profondeur dans cette petite assemblée dominicale... "oui, moi, je suis aidé" et Dieu sait que cette phrase a pu ouvrir bien des cœurs. Et comme disait un confrère à propos de la foi, mais ça vaut pour la fraternité en Christ: "la fraternité est un pari, et ce pari vaut bien une messe". voilà.

lundi 15 avril 2013

Nan mais tu rêves en couleur!

je vais vous confier une petite mission,
à vous, oui, vous qui aimez un chouilla la poésie
la lumière, la couleur, et les engrenages brouillés    
les lumières tamisées, les ombres et les lisières
à vous qui ne prenez pas trop de café
qui regardez les choses et les gens avec ce regard amoureux
qui ne les réduit pas à leur peau, mais vibre
au plus dedans, au plus étincelant...

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vous qui aimez l'hiver pour les écharpes qu'il permet
vous qui aimez la nuit pour détendre la réalité
vous qui aimez sourire à contre courant
et rêver, souvent, même les yeux ouverts
vous qui n'aimez pas tant la lumière
que quand elle jaillit, en étincelles, des yeux des heureux.

2012-02-19 mendoyo persiapan odalan

vous qui jouez parfois avec votre stylo,
qui souriez, amusé, à un jeu de mot idiot
qui suivez avec attention les jeux des enfants
qui accourez prestement quand ils tombent morts d'un "PAN"

vous aimerez sans doute, vous aimerez sûrement
cet album d'Iléana, Iléana Surducan.

Allez voir votre libraire, souriez lui gentiment
et demandez lui, sur un air bien poli, de vous commander
en prenant bien son temps, cet album bien fini, et surtout très joli

il s'appelle "le cirque, journal d'un dompteur de chaises"
les éditions makaka sont toutes petites, elles mettent un peu de temps
mais on s'en fiche, le livre viendra bien assez vite.

Quand le livre arrivera, qu'elle vous téléphone
et le temps de votre venue, qu'elle y jette un oeil
elle y laissera les deux, parce que c'est délicat
et qu'il s'y joue, comme à chaque fois, un truc vraiment beau.

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C'est l'histoire d'un homme, petit, souriant, au regard clair, qui découvre dans la décharge aux lisières de la ville un grand fauteuil. Il s'y assoit et aussi sec, s'y voit, grand Seigneur, une coupe à la main dans les plus beaux salons. Il ramène en son chez lui ce fauteuil tout aussi merveilleux qu'il apparait miteux... Mais la ville n'en veut pas, il ne s'en préoccupe guère, il rejoindra les autres sièges bricbroqués qui habitent son petit chez lui douillet.

L'aventure ne s'arrête pas là, parce qu'un cirque, lieu de tous les rêves dans cette cité qui se veut des Lumières, cohérente, bien pensée, a élu domicile à deux pas de chez lui. IL EST INTERDIT FORMELLEMENT D'Y ALLER. Il s'en moque, car de sa vie, il possède un beau rêve, devenir, dans l'arène, un dompteur de chaises.

Ileana ressuscite la lumière, la couleur, la profondeur et le rêve dans les vies aseptisées et un peu mécaniques. C'est une très belle histoire, que vous aimerez donner, ou attendre s'il vous prend le désir délicat de vous la procurer. C'est une histoire d'enfance, d'essentiel et de rire, et de peurs et de choix, et de bien savoir grandir, se jouer des systèmes et surtout ne rien perdre de ce qui fait le suc, et l'essence des je t'aime.

Une super bédé. Sourire

et je demande pardon à Ileana, mais ça fait des années que son dessin m'enthousiasme, chez moi, ou chez trente jours de bédé.

dimanche 14 avril 2013

22h30

22h30, il n'y a quasiment pas de vent, les pontons ondoient au rythme de l'étal de marée haute, la mer scintillant des veilleuses qui ponctuent ces avancées flottantes entre les coques apaisées.

22h30, l'air et doux et le patron de la pizzéria respire un peu cet air tendre, inhabituel après cet hiver à rallonge, il toise, distant, le passant rassasié.

22h30, une simple voiture, feux de croisement, louvoie le long du quai, à faible allure, le moteur au ralenti.

22h30, au bar de la taupe, derrière la vitrine, deux hommes sont accoudés, le patron essuie des verres, au bar d'après, la musique passe la porte, forte, pop, autour des deux buveurs accoudés eux aussi. Et sur la vitrine, une affiche pour une expo photo, au point du jour, qui s'intitule "humaine", un peu comme les gars amarrés derrière.

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c'est dimanche soir. et je marche en lisière de tous ces mondes, mes chaussures ne font pas un bruit, ni ma vie, sauf le bonsoir lancé à quatre personnes, les quatre qui sortaient avec moi de la salle de ciné, à l'extrême fin du générique lu avec avidité. C'est dommage que mes pas ne sonnent pas, car le film que nous quittons y déployait le son, le son de Radio France, filmé par Nicola Philibert. C'est un très beau reportage et j'avoue que c'est moins les visages des voix que je connais bien qui m'a passionné, j'y ai vu, sans un poil de commentaire, les regards, les expressions cachées sous les voix, les attentions, les sourires, les intelligences, les mots soulignés qu'on entend, qu'on devine. Filmer la radio ainsi, c'est comme photographier vraiment l'humanité, juste sous la chair, pour dévoiler l'âme qui s'y cache bien souvent. J'avais été touché il y a longtemps par la délicatesse de Sandrine Oudin, j'ai découvert les regards qui ouvrent la parole.... parfois, journaliste est vraiment un beau, un très très beau métier. Pro, juste, passionné, souriant, précis, et diablement humain;

si vous êtes caressés à longueur de journée par France info, inter, bleue, culture ou musique, osez les regarder vous faire vibrer. Ce n'est pas indécent, c'est comme une photo réussie, ça dit un caché, un ... ineffable... même les vagues de la météo marine.

dimanche 7 avril 2013

la marche des débraillés

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Si je tenais le con qui a appelé ça du noir et blanc, je lui ferais bouffer son dictionnaire, parce que la photo, vois-tu, n'est ni monochrome, ni binaire... elle déploie des teintes et des intensités, des lumières et des ombres, sur une palette allant de l'infime et du doux au vibrionnant et assourdissant. Un peu comme les premiers albums de Loïc Lantoine... il disait en résonnance avec une seule contrebasse des textes vibrants, griffonnés sur une page Seyes déchirée. Et dans cette scansion, tant de force, tant de lumière et d'ombre savaient se mêler, exploser, sourdre... La langue est d'une force auxquels seuls les frottements rêches de la contrebasse savaient répondre.

Et puis plus rien. Ou plutôt, plus rien pour moi, noir scène, Loic Lantoine est parti sur d'autres scènes et sa poésie ne passait pas les portes des salles envoûtées. Son nom est ressorti il y a peu sur les lèvres de Grégoire Gensse, l'ami pianiste aux percussions balinaises que j'aime beaucoup, qui évoquait le poète brûlé. Loïc Lantoine est revenu, le 2 avril, avec un album qui résiste à la première écoute mais intrigue peu à peu. Je n'ai pas encore goûté tous les textes, je me suis juste laissé toucher par les touches de lumière que les autres instruments ont ouvert dans l'univers intense de Loïc Lantoine. Il y a comme une palette de couleurs désormais dans cet univers à vif. On y parle d'amour, d'enfance, en face, de temps,  de rires, de tendresse mal dégrossie, de la vie pas parfaite... C'est de l'humanité pas jolie, mais belle dans sa tempête. Rien n'a changé, il a juste continué d'avancer, et je m'y perds, sûr de n'avoir qu'effleuré pour l'instant l'univers granitique, rugueux, mais puissant évocateur. A réécouter.

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et une playlist miniature qui commence avec l'ami pierrot, de l'album précédent pour tendre vers les nouveaux titres