mercredi 29 mai 2013

Save Our Souls

Partant du principe, discutable j’en conviens, que personne n’écoute jamais vraiment les lectures lors des professions de foi, et que les jeunes de 6e sont les spécialistes des lectures à peu près (non, cher jeune, tendresse ne peut pas se lire détresse, et buter 2 fois, malgré la répétition sur un mot à trois syllabes ne le rend pas plus intelligible pour ta famille qui suit vaguement), partant de ce principe, donc, je ne m’appuie que rarement sur la lettre de l’Evangile pour les homélies de profession de foi. Déjà qu’ils n’écoutent qu’en touriste, commenter un texte pas entendu, ça tient du suicide.

Partant du vent de la Pentecôte,  et de la météo cherbourgeoise pourrie depuis 18 mois,  j’espérais, à voix haute, que ces jeunes s’engageant ne prendraient pas le pli de nombre de leurs aînés, à savoir n’appeler Dieu que quand ça commence à sentir le cramé, les chocottes, le plan qui pue, bref, quand c’est la bérézina et qu’on implore, fissa, son secours.

Parce qu’appeler Dieu au secours dans la bourrasque, ça ne lui laisse comme possibilité de vous envoyer ça.

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une bouée efficace, qui vous sort la tête hors de l’eau, mais qui ne ramène pas au rivage, ne fait pas avancer et ne sauve qu’un temps, en espérant que le coup de tabac se calme super vite.

Et ce n’est pas avec ce genre d’ustensile qu’on va pouvoir aller un peu au large, partir à l’aventure, vivre à plein vent… Du coup, j’ai filé la métaphore marine de la vie chrétienne.

Embarquons, donc.

pour vivre au vent de l’Esprit, il faut des voiles, c’est la prière, la seule qui te fait vraiment avancer. Plus tu pries, mieux tu pries, et plus l’Esprit peut te faire avancer.

 

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mais les voiles sans la quille plongée dans l’eau, c’est s’exposer à dessaler ou à finir en cerf volant… il te faudra donc plonger dans le quotidien de ta vie, y mettre les mains et le cœur, bref aimer, vivre, dans le quotidien et pas qu’avec des mots.

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le bateau tout seul, c’est envisageable quand il fait beau, ou quand on est un figariste super héros, mais c’est en équipage, en Eglise qu’on vit la foi, chacun son rôle, et chacun est important…

compas

A vivre sans cap, tu finiras par faire des ronds dans l’eau… Ta boussole, c’est l’Evangile et les appels que le Christ t’adresse, il faudra t’ajuster mais toujours t’y référer, l’écouter.

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la Bible ouvrira même les chemins de foi dans lesquels s’engager, avec quelques repères. Tu peux t’en passer, ça risque juste de devenir plus long et plus compliqué.

Note qu’il existe quelques règles pour la navigation, des balises qui t’indiquent des dangers ou le chemin pour rentrer dans le port. C’est un peu la vie bonne chrétienne qui t’indique les dangers, les digues et les rochers. Si tu n’écoutes pas, tu risques parfois ta vie.

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et enfin, sur mer, n’oublie pas l’avitaillement, le temps des sacrements, des moments pour boire, manger, se ressourcer à l’intérieur, sinon, tu vas crever.

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voilà, il y a tant à découvrir au large, d’autres rivages, d’autres visages, et tu comprendras mieux Celui qui embarque avec toi, dans les belles traversées comme dans les 40e rugissants (plus que 3 ans pour moi). Bref, le Christ t’adresse cet appel, “allons sur l’autre rive (Luc 8)” es tu prêt à embarquer ?

et le premier qui la ramène sur le fait qu’il manque la dimension du témoignage, je lui colle la bôme dans la tronche.

mardi 28 mai 2013

L'air libre

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Je passe beaucoup trop de temps au bord de l’eau, à l’orée de la mer,
au bout des digues qui ceignent la rade. 359° de marées autour de moi
assis à plus d’un kilomètre de la côte, le cul posé sur des blocs maçonnés.

Suivant les jours, le regard suit les bateaux au loin qui redessinent l’horizon,
ou accroche le ressac qui gagne peu à peu sur le tumulte des rochers en pagaille
des heures durant au pied de la digue, à marée montante.

J’y viens pour l’eau, pour le vent, pour les flots et la lumière
j’y viens pour rincer l’éponge à émotions, la nettoyer, l’essorer
aux éléments bruts, violents, présents en excès au large

peu à peu, les idées se mettent aux pulsations du flot qui gagne imperturbable
les vagues claquent sur le rebord, puis le recouvrent, le rythme se fait lent
et le flux des idées, éreinté, prend un tour imprévu, un mouvement.

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ce ne sont pas des vacances, c’est de la vacance, et ça fait du bien.

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jeudi 23 mai 2013

fiente luxe

le métier de prêtre n'est pas sans danger.

et je ne parle pas ici des indélicats qui se croient obligés de déverser sur l'homme d'églises les tombereaux de haine cuculpabilisée qu'ils feraient mieux d'adresser à leur surmoi qui n'assume pas, ou à leurs cours d'histoires revus à la truelle
je ne parle pas non plus des paroissiens dilettantes qui houspillent le clergé quand on ne leur donne pas ce à quoi ils ont "droit"     
je ne parle pas des mètres carrés de clichés qu'on nous colle à longueurs de TL sur la tronche,
non, je parle du chœur de métier : la messe et ses aléas trinitaires.

Le risque numéro 1, le matin, c'est côté Parole... parce que si certains Evangiles se laissent brosser dans le sens du poil, on a de temps en temps des vacillations dans l'homélie (comme ce matin) quand il s'agit d'arracher les yeux peccamineux, couper les pieds qui déconnent ou de commenter une lecture dont la fine pointe ne sera donnée que le lendemain. Cher Fils, tu ne nous simplifies pas toujours la vie.

L'habileté numéro 2 consiste à ne pas se laisser troubler par les didascalies du missel, d'un joli rouge qu'il ne faut surtout pas lire ou qu'il faut ajuster sans se planter.

IMG_20130523_102154 IMG_20130523_101839 IMG_20130523_102050 mais ça s'apprend.

Non, ces jours ci, c'est l'Esprit qui me bat à froid, sous les différentes comparaisons qu'on lui a attribuées. 
je ne parle pas du  vent, à Cherbourg, c'est le quotidien, ni de la pluie, forcément. Le feu, on gère.

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mais le souci vient d'une autre image bien courante pour l'Esprit, à savoir la blanche colombe qui a eu pour effet collatéral non désiré d'attirer quelques coreligionnaires à plumes qui roucoulent à tue-tête, planent sous les voûtes, et s'allègent allègrement à 10 cm de mon siège. 

IMG_20130523_091716 ça fait monter grave la pression à chaque froufrou de décollage entendu au-dessus de la tête et ça déconcentre un chouilla.

J'avais donc été tenté de me plaindre des risques du métier jusqu'à ce que je découvre, ce matin, que la rambarde en pierres à quelques mètres au dessus avait fini par trouver la vie trop longue et choisi de se délester de quelques dm3 de caillou pendant la nuit, à l'endroit où symétriquement, je suis sensé me tenir. Si l'Esprit ne tient plus l'unité de l'église, je suis foutu. Sourire

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voilà, les risques du métier, on vous disait. je ne vois qu'une solution... (surtout qu'il pleut dans certaines églises)

mercredi 22 mai 2013

la possibilité du garçon #1300

il y a trois ans, j'ai lu d'aussi loin que je me souvienne, il s'est toujours levé tôt, et j'avais été touché par ce récit de Vincent Flamand avec qui j'ai partagé vaguement quelques années de séminaire il y a longtemps. J'y avais deviné l'indicible épaisseur du bonhomme fascinant, dans un récit tendre et vrai, cru et amoureux, celui qu'un fils écrit sur son père. Cette lecture avait ouvert encore plus de questions... car si Vincent avait été ordonné pendant les années où j'étais à Paris, il avait quitté le ministère depuis. Et ce récit me perdait dans cette décision qui m'effraie toujours un peu.

Pourquoi et comment peut-on poser un non sur un "oui" donné il y a quelques années ? et le portrait sensible du père ne répondait pas... ce mystère se pare de mots qu'on tait trop souvent, par pudeur, pudibonderie, malséance... c'est un mystère pris dans une vie en déploiement, c'est un mystère que je ne comprendrai jamais, mais que j'essaie parfois d'accompagner le moins infidèlement possible.  Vincent vient de sortir un deuxième livre, la possibilité du garçon, aux éditions du castor astral. Il republie le portrait de son père, bourru incompris et dévoué à son fils... et pose en écho celui tout aussi amoureux mais étouffant de sa maman, et les soubresauts qu'il fit pour éreinter cette étreinte. C'est très très bien écrit, sans animosité ni comptes à régler, et on devine le fils qui grandit au milieu de ces deux amours envahissants. Si le récit du père disait quelque chose de l'homme devenu, celui de la mère dit encore autre chose de l'homme en devenir. Et cela dit l'aventure d'un oui, puis d'un autre. ça décape, mais c'est bon.

J'ai fini de lire ces récits il y a de nombreuses semaines mais ne sais pas les chroniquer. J'ai simplement aimé écouter aimer.

La-possibilité-du-garçon-Vincent-Flamand

« J’ai écrit Fifoche pour me rapprocher de mon père et La possibilité du garçon pour me séparer de ma mère. La tentation serait grande de vouloir tout expliquer, nuancer, corriger ; de tenter, par le pouvoir de l’écriture, de retarder un tant soit peu encore la tristesse des adieux. Mais j’imagine déjà l’énervement de mon père, piaffant d’impatience à l’idée de rater le train pour l’au-delà, et j’entends presque les cris de ma mère, consternée à la perspective de devenir un fantôme, elle qui, de son vivant, a tant cherché à être un peu moins hantée, possédée par l’angoisse.
Alors je m’abstiens et je mets un point final à ces textes que j’ai écrits pour pouvoir vivre une autre vie, une vie sans eux. Quoique… » Vincent Flamand. Deux textes composent ce récit. Le premier, Fifoche, est dédié au père du narrateur. Le second, La possibilité du garçon, est consacrée à sa mère. Ce diptyque constitue l’hommage douloureux mais apaisé d’un fils unique à ses deux parents, dont l’amour débordant et pour tout dire merveilleux, en est venu peu à peu à le fragiliser.
D’un côté, un père âgé, fantasque et permissif ; de l’autre, une mère anxieuse, protectrice et fusionnelle. Ce très beau témoignage, vibrant et émouvant, se partage entre confession, (psych)analyse et poésie. Avec une grande justesse, Vincent Flamand a mis en mots la joie, la détresse et les paradoxes de tout amour filial.

Le Castor Astral, coll. Escales des lettres, 2013 – 142 p. – 12 € – ISBN : 978-2859209360

lundi 13 mai 2013

avis de vent frais

Parfois la nature, c'est simple, formes géométriques et couleurs à plat. Blogdavidlerouge-186
un peu comme la foi, vue de loin.
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mais si on s'avance un peu, un gros peu
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on se mouille un peu, on découvre des subtilités
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mais dans tout cela, il manque un troisième élément
un élément en mouvement. Le vent.
frais, fort, vivifiant.

derrière l'écran, c'est joli,
à expérimenter, c'est puissant.

comme la foi.


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et t'auras toujours des gens pour t'expliquer que ça sert à rien
parce qu'ils ont réfléchi ça dans leur tête.
dans leur tête, voilà.

dimanche 12 mai 2013

Le Viking Général

En l'attente d'un futur évêque, c'est notre viking vicaire général qui a été choisi comme administrateur diocésain, pour la deuxième fois en six ans, et j'aime bien l'idée de son profil inhabituel au milieu de la conférence des évêques de France...

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jeudi 9 mai 2013

anodin

un jour, vous avez regardé une photo, et vous l'avez crue.

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L'école de prière est un moment léger où les enfants sont rayonnants
et pas du tout comme ces photos où les noirs sont poussés
les contrastes avancés, le grain diminué.

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si un jour, vous oubliez que la photo est l'œuvre du photographe...

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repensez à cette série de portraits, vibrants, plus vibrants que ce qui fut... Blogdavidlerouge-181Blogdavidlerouge-180Blogdavidlerouge-178Blogdavidlerouge-176Blogdavidlerouge-173Blogdavidlerouge-174Blogdavidlerouge-161Blogdavidlerouge-164Blogdavidlerouge-166si c'estBlogdavidlerouge-175

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Bref, de la photo, il faut apprendre à regarder...

lundi 6 mai 2013

Lumière des hommes

nettoyage de printemps, bis, après l'heure au pied de biche
une deuxième heure dans une autre église, pour le sacrement du pardon
exceptionnellement, à Cherbourg, il fait beau, et quand je redis la lumière de Dieu
à ceux qui viennent dire leur volonté d'être libérés de leurs obscurités
je vois que la lumière qu'ils reçoivent m'illumine, moi

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je veux voir Dieu

petit ménage de printemps, au pied de biche dans une chapelle...
on vide les placards, on range un peu.
et on dégote de vieux bouquins
poussiéreux, rouge et beige fatigués

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à la reliure grossière
livres qui racontent sûrement une histoire
ou invitent à chanter

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à vrai dire, je n'ai aucune idée de ce qu'ils contiennent
ils me disent, témoignent, silencieusement
que la foi n'est pas un discours, un message, une lecture convaincante
mais que je ne la découvrirai vraiment qu'en y mettant les mains
les doigts, pour peu qu'on m'apprenne à lire

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si tu trouves que Dieu se tait, c'est peut être que tu ne sais pas écouter avec les doigts

jeudi 2 mai 2013

Rrurrall

toi qui, (comme moi) vis dans une super paroisse, cool, de ville, avec plein de gens qui vont bien dedans,
toi qui te barres de ta paroisse pas glop pour aller là où ça va mieux de temps en temps (pasque les enfants, la foi, toussa)
toi qui kiffes ton monastère de compèt' où les sœurs assurent grave,
toi qui (comme moi) as bitché plus d'une fois sur l'harmonium qui joue de la daube
toi qui (comme moi) oublierais presque qu'en dehors de ton petit milieu qui-va-bien, c'est un peu short
toi qui (comme moi) oublies un peu ceux qui rament au nom du Christ mais dans une mélasse complexe remplie de gens vrais mais pas aussi touchés qu'ils le voudraient...

n'oublie pas que dès les années années 60, on portait déjà[1]  le souci des petits, ceux que tu ne connais pas, ceux qui ne ressemblent pas à ton désir, mais qui sont là, petits dans la foi...

"pour les paroisses rurales"

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alors si ça va bien pour moi toi, on va pouvoir se bouger. Si[2] .

passque Jésus, il a comme projet, fou, de TOUS nous sauver. si. jtejure

Notes :

[1] à vrai dire, on l'oublie souvent un peu vite...  "yzonka" venir chez nous, ça sera bien pour eux, pense-t-on souvent un peu vite.

[2] et trouver les modalités d'un "accompagnement simple"