lundi 30 septembre 2013

soupirs et sourires

BlogDavidLerouge_294

J’ai une petite tendresse, comme un attendrissement
pour ces chanteurs, ces montreurs, ces parlants
qui traversent mes sens, ébouriffent mes certitudes
des petits sons qu’ils distillent, échos de leurs altitudes.

Sans doute parce qu’ils sont amoureux de l’homme, de ses beautés
de ses misères, de ses rires, ses pleurs, ses sourires, ses espoirs
de sa profondeur qui exulte sur son épiderme, frissonnant, exalté,
ils chantent et dessinent un homme griffé, en attente, plein vivant, demi-mesuré.

Par une inspiration qui leur et m’ échappe, ils me parlent (de) Dieu
de l’homme créé, dans son aventure d’humanité, et de divinisation en déploiement
ils me chantent la peur, l’amour, les secrets, les blessures, la joie, les éraflures,
la foi, l’humain qui cesse de ne pas l’être, qui n’est pas acheté.

j’écoute alors les petits récits anodins et pédants de Vincent Delerm, les assonances d’Albin de la Simone, la discrète théologie de Théos, le jazz expressionniste de Grégoire Gensse et Elodie Pasquier, les tressaillements de Frédéric, et surtout, surtout, la poésie joyeuse et légère de David Sire… Ce n’est pas une Parole divine, pas du tout, mais il sait, par une justesse et une grande sensibilité, bien souvent me surprendre, me toucher, me sauver… comme un écho de quelque chose de beaucoup plus grand.

Lecteur audio intégré

DS_PENCHER300

C’était un homme cassé,
un homme tout concassé
par les cailloux du passé :
un homme chevillé. 
A force de ressasser,
il s’était cadenassé,
rapetissé, tout tassé,
tout recroquevillé.
C’était un homme coquille,
c’était un homme béquille,
Un homme qu’en pouvait plus.
Il lui avait tant plu,
tant dégouliné dessus,
tant pris de coups de massue,
picoré par les rapaces,
il se fit carapace.

Un jour un petit secret,
un petit secret sucré,
délicat, tendre, discret,
croisa l’homme cassé.
Le petit secret sucré
en fut tout embarrassé,
s’en trouva tout tracassé
se dit : C’en est assez !
Sur l’homme et ses forteresses,
il fit courir des caresses
en répétant : je suis sûr
qu’il y a une fissure ;
et quand il eut dégoté
l’anfractuosité,
il sourit de toutes ses dents
et il plongea dedans.

Dedans l’homme tout cassé,
dans l’homme cadenassé,
sans aucun laisser-passer,
un secret est entré.
Il a beau être discret,
délicat, tendre et sucré,
quand il s’est mis à chanter,
Ben y a tout qu’a pété !
On a vu sous les paupières
de l’homme qu’était de pierre,
on a vu craquer les murs,
se fissurer l’armure.
Le secret a pris racine.
L’homme a redressé l’échine.
Dans un grand bouquet de larmes
il a posé les armes.

Qu’a-t-il donc pu se passer
pour qu’un homme tout cassé
soudain se remette à chanter,
se remette à pousser ?  
Qu’a pu le secret lui dire
pour qu’on le voit refleurir?
Personne ne peut le dire !
Les secrets c’est sacré.

alors il faut aller écouter tout l’album de David Sire, pour pencher, pour sa maison, le secret et tant d’autres pépites. On peut acheter les mp3 sur les sites qui vont bien, on peut lui écrire une petite bafouille pour demander le CD pour 15€. Il en est des poètes dans ce monde comme des théologiens, ils en sont la profondeur en légèreté.

vendredi 27 septembre 2013

points de vue et images du monde

C’est là, il y a comme une anfractuosité dans la conversation,
une délicatesse qui autoriserait une parole de douce vérité
un affleurement de cette intériorité pour épaissir le dialogue
non de convictions mais de conversions.

et tu n’oses pas, parce qu’un autre le dirait mieux que toi
parce que tout a été dit, parce que tu ne veux pas la ramener
parce que t’as rien de nouveau sous le soleil à sortir
parce que tu t’enterres sous des arguties à faire pleurer une grand mère

n’oublie pas que ton petit regard dira sans doute autrement
ce que personne n’avait pris le temps de regarder, 
mais surtout, personne n'était aussi près pour se glisser dans l'anfractuosité...


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mercredi 25 septembre 2013

erratum CDIV

Si Dieu avait une boîte aux lettres comme le pape François
on pourrait Lui envoyer nos demandes et intentions,
en glissant notre numéro, au cas où il voudrait nous appeler direct,
ce serait drôlement pratique.

Il pourrait aussi avoir une boîte mail, un truc tout simple
où on éviterait les u.d.p. et les cordialement,
mais on pourrait prendre le temps de détailler les mercis et les pardons
les “j’aimerais bien, mais j’peux point” et les “alleeeez steup’lééé!”

Le seul souci, c’est qu’il faudrait qu’on ouvre nous aussi une telle boîte
qu’on aille la consulter régulièrement, qu’on envisage le tchat quand les deux sont là
et qu’on consente que, parfois, il ne nous dise pas ce que l’on veut
sans le kicker dans ses unfollows du jour.

Parce que la foi, sans son application au quotidien
sans le réseau de points qui nous relient à l’Essentiel
sans les connexions ecclésiales qui vont bien
ça tourne vite à …

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mercredi 11 septembre 2013

nombre d'or

BlogDavidLerouge-216Avant, en photo, je n’étais passionné que par les visages qui savent tous exprimer, en deçà du sourire choisi, quelque chose de la beauté intérieure qui les habite. Il suffit de patienter un peu, et déclencher quand on reconnaît dans l’économie des traits ce moment où la personne passe. C’est une affaire de patience, de confiance, et de regard amoureux sur cette intériorité qui affleure sans cesse dans l’éclat d’un regard, la paupière qui se plisse, la commissure des lèvres qui se tend ou qui tremble.

Depuis quelques temps, la beauté de la nature comme des constructions humaines se met à me toucher tout autant, mais je bute sur une vraie incapacité à rendre l’émotion, la finesse ou la vibration que l’œil perçoit tout naturellement… cet équilibre entre le détail dans le tout, l’éclat dans le terne, la proportion dans l’environnement… toutes ces données que le regard en mouvement permanent procure à notre admiration. Ma première tentation est d’utiliser l’outil qui décale, l’objectif fisheye qui rend, à 180° et dans des lignes toutes courbées, l’ensemble embrassé par le regard. Il magnifie les ciels, déploie les architectures, et surprend assez pour donner envie de mieux regarder.

Mais une autre tentation me taraude, non loin du touriste japanisant : celle d’inscrire dans le cliché le péquin, le quidam, le passant. A l’inverse du touriste qui veut asséner la présence amie dans le site renommé, c’est souvent la silhouette en contre jour ou traversant l’espace qui m’attire… Je ne veux pas pouvoir l’identifier, d’ailleurs souvent je ne sais pas qui je photographie, mais il vient poser l’homme dans le paysage, la proportion dans le cliché, la vibration dans le figé. Serait-ce le fameux nombre d’or des envergures humaines qui vient gratter l’immobilité ? ou un hommage délicieux à Sempé ? ou plus simplement le fait que le monde me touche parce qu’il est habité, regardé, lieu de prière ou de contemplation, la beauté se donne à écouter.

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BlogDavidLerouge-246

et les photos des billets précédents…