mercredi 30 octobre 2013

quand la nuit se fait

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Aujourd’hui.
C’est ce mot qui doit me passionner, même si je fais mémoire sans arrêt d’hier, même si je prépare sans cesse demain, c’est dans l’aujourd’hui que se déploie le salut de Dieu dans ma vie, un aujourd’hui auquel je peux être présent. Ce jour a été traversé par un sourire avec qui nous avons écrasé des herbes molles au vert tranchant sur le bleu acier des flots et frôlé des précipices battus de ressac ; ce jour a été traversé de mots, d’attentions, de textes lus ou adressés. Et puis, en ouvrant négligemment ma boîte mail, redoutant les courriels de boulot, une newsletter m’a transpercé, d’une violence sourde qui appelle la prière. Elle venait d’Arte Radio.

Vivants,

          Ma copine Catherine avait survécu au cancer du sein. A son compagnon séropositif. A quelques démons personnels et tenaces. Elle avait repris le boulot et la militance. Elle voyait sa jeune fille réussir et s'épanouir. C'était sûrement trop dur d'être heureuse puisqu'elle s'est endormie dans un nuage de méthadone. Catherine Pasteur ne recevra pas cette newsletter qu'elle aimait bien. Ca fait trente ans que ça dure, trente ans que mes amis se défoncent, dépriment et en meurent. J'en ai perdu plus qu'un bataillon de marins, fusillés par la dope, le dass, la picole et l'ennui. Je ne suis plus sûr d'aimer Lou Reed au final. Je devrais échanger ma discothèque de tarés contre des tubes de Carlos et du r'n'b. Je ne vais plus aux enterrements. Je ne pleure presque plus. Je parle aux orphelins, j'essaie de leur dire des trucs chouettes sur leurs parents. Ca devient compliqué. Je cherche un sens à leur désertion. Arrêtez de mourir bande de cons, voilà tout ce que j'ai à dire. Pardonnez ce ton lugubre, j'ai mal et c'est l'automne. Hey honey, WALK ON THE WEB SIDE

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Alors, d’autres mots ont remonté, qu’on venait de lire, à deux, sur des canapés. Des mots de ma jeunesse, des mots que j’avais oubliés, empoussiérés dans un coin de ma mémoire, irisant silencieusement toute l’écriture de ce blog, éclairant des choix, appelant des pas. Je ne veux pas de Carlos ou du R’n’B, je n’ai rien qu’aujourd’hui…

Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. (je ne les source pas, vous le ferez peut-être)

Aimer aujourd’hui. S’y laisser aimer. Tant de l’anecdotique que de l’intérieur.

dimanche 20 octobre 2013

la main sur le coeur

Cher vieux, il eût fallu que tu le susses, en gros, mais dans les aumôneries, parfois on abuse de moyens pé-da-go-giques pour permettre au jeune collégien de s’exprimer. Parce que le jeune collégien a un souci de poil dans la main généralement de l’ordre de la forêt vierge, rétif même à la machette, surtout quand il a décrété que ça ne lui plaisait pas. Et comme son plaisir (supputé) handicape son vouloir (nécrosé), il ne fait que ce qu’il aime, ou alors il grogne, il regimbe, il néglige, il chahute, il résiste passivement, il avionne en papier, il sarbacane, bref, il fait ch… . Donc, pour passionner l’ado, il faut du talent, des idées, et de la retenue dans le coup de poing dans la tronche et le coup de pied au cul. Note que le collégien a des capacités surprenatoires qui pourraient te laisser coi. Par exemple, il aime écrire sur un tableau (si) alors que bon, bref. Il peut avoir des enthousiasmes musicaux pour des choses que spontanément, tu n’aurais pas classifié dans “la musique”, il se bougera pour une cause, ponctuelle, au loin, mais râlera pour venir à un ouikènde qui finalement l’enthousiasmera, il s’habille comme tout le monde, mais pire, et ne laisse aucune part à la différence. D’ailleurs, quand tu es collégien ET différent, tu peux, en gros, attendre le lycée pour que ça soit moins pire. Bref. Pour la pédagogie du collégien, il faut lui parler de ce qu’il aime, qu’il pourra ponctuer d’un ‘nan mais moi’ (comme tous les adultes, note), ou le faire gribouiller sur un tableau.

Ce matin, dans une aumônerie qui est délicatement accolée à une église en forme de je sais pas trop quoi, genre un demi tonneau blanc, j’ai trouvé sur un tableau noir un joli bonhomme vaguement très proche de la calvitie sur lequel on avait tatoué tout plein de bons sentiments qui sont le gage d’une humanité qui irait mieux si réellement on se bougeait un poil pour qu’on les applique. J’avoue, je n’ai pas tout compris, notamment ce que “dormir” faisait “là”… Mais j’ai ri de bon coeur à cette délicieuse proximité entre le coeur et la main, entre l’aimer et le geste, et les aléas de maroquinerie qui vont avec.

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cher collégien, si tu me lis, sache que je t’aime bien, mais que de temps en temps, je… (rigole bien, ça me soulage)

et sinon, faire des liens entre le coeur et le geste, c'est délicatement génial, hein. 

mercredi 16 octobre 2013

un peu de rab' ?

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Dans le rituel des inhumations, entre l’homélie et le dernier adieu, on trouve une séquence introduisant le Notre Père que je dis souvent avec force et douceur… Je la trouve, au moment de l’épreuve, d’une audace surprenante et d’une pertinence prophétique. A dire vrai, on pourrait en faire sa prière de chaque soir, ou après avoir lu un passage de l’Ecriture. Elle nous sort de la succession des événements pour se redécouvrir sujet d’une histoire sainte.

Nous te rendons grâce, Père très saint, pour ce regard nouveau que ton Amour nous donne sur ce qui s'est passé.
Voilà que nos années, riches de souvenirs, se révèlent à nous, plus profondes et plus belles, comme la trace ineffaçable de ton passage dans nos vies.
En ton Fils, Jésus Christ, mort et ressuscité, nous sommes assurés, dès aujourd'hui, qu'elles sont détruites ces séparations: murailles de nos fautes, brisures de la mort, poids de nos peines.
C'est pourquoi, près de nous se créent des présences nouvelles quand ton amour vit dans nos cœurs. Puisque tu vis, nous revivrons.
Entraînés par ceux-là qui nous ont précédés et qui vivent en toi, avec l'immense cortège de tous les saints, en frères, nous osons dire: …

Et nous voilà, au coeur de chaque instant, percuté par l’Eglise visible et invisible, par la trace de la Charité dans nos vies et par le choc de l’espérance de la miséricorde… C’est un peu ça, le luxe de la révélation chrétienne: savoir que “le supplément” (d’âme, de charité) qu’on invoque parfois, est en fait l’essentiel qui se déploie

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vendredi 11 octobre 2013

les risques majeurs

dans le courrier hier, à Cherbourg, un petit papier pour apprendre à gérer les risques majeurs et connaître les réflexes à avoir en cas d’alerte: inondations, tempêtes, chutes de pierre, transport de matières dangereuses et nucléaire.

ça vaudrait peut être le coup d’ajouter un paragraphe… un autre risque majeur. Clignement d'œil

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dimanche 6 octobre 2013

une ballade sur le chemin perdu

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Je vais finir par être jaloux du talent que Dieu dépose dans la vie de tant de personnes qu’Il s’acharne à mettre sur mon chemin… parce que ça tient du miracle. Il a dû décider, depuis le début de ma vie, de me sauver même quand je n’ai même pas l’impression d’être perdu. Il l’a fait en me tapant sur l’épaule dans le coin d’un oratoire parfois, en patientant que ma nuque se déraidisse souvent, en papillonnant d’un cil discret en orée d’un coucher de soleil mirobolant, d’un bout de Parole glissée au coin de l’oreille, d’un arpège de poète libre et chantant. Il l’a fait d’un sourire au bon moment, d’un téléphone qui a sonné à vide, d’un bout de papier griffé d’encres adressées, d’une vibration au fond de la poche. Il l’a fait au bas d’une page cornée, d’un cd retrouvé, ou dans une photo, ou quelques notes offertes par un artiste vrai et vibrant. Il l’a fait dans l’horizon balinais.

Samedi, tout allait bien avec ce qu’il faut de boulot par dessus la tête. C’était mon seul soir libre de toute la semaine, parce que la veille, c’était un beau moment d’aumônerie, mardi, des lumières estudiantines sur le récit de Cana, mercredi des étudiants célébrant leur année en commencement, jeudi un dîner de confiance délicate dans une famille engagée. Et lundi, j’avais reçu un email à durée de vie limitée, qui annonçait un ami, un spectacle, une ville, et le tout uniquement pour cinq jours. C’était le dernier soir. J’ai foncé, en retard comme parfois vers Caen, le coeur léger de revoir Greg, le génial pianiste-trompettiste-danseur-joueur_de_gamelan-percussionniste_corporel que j’avais reçu comme ami à Bali. Je suis arrivé à Caen, le moteur essoufflé de s’être hâté, et 1/4h avant le début, c’était archi complet. Grégoire avait griffonné mon nom pour l’ouvreuse, et m’avait invité d’un coup de fil tonitruant, à me faufiler pour trouver une petite place. J’ai grimpé quatre à quatre les gradins et demandé au sourire qui m’accueillait au sommet si elle n’avait pas une idée pour un tout seul et tout maigre. Deuxième rang, parfait. La famille à mes côtés était tout sourire, tout heureuse d’être là. Un papa, quatre enfants arrivés depuis pas mal de temps. On a bavassé les dernières minutes, je devais être le seul parmi les mille spectateurs entassés à ne pas savoir ce que je venais voir… le cirque plume.

Il faut dire que je n’aime pas le cirque, les hommes qui maîtrisent fauves et animaux, qui maîtrisent le corps, qui maîtrisent le rire, le strass et les airs, et concluent, bras et mains tendus, victorieux, d’un sourire en TADAAAAM, j’ai peur des clowns parce que leur identité s’inscrit sur leur peau, ils cachent l’intérieur sous l’emphase, et le maquillage démesuré fait obstacle à ma sérénité. Je suis moins impressionné que perturbé par cette excellence vibrionnante. Je n’aime pas le cirque.

Et la lumière s’est éteinte sur le plateau encombré vers lequel descendait un piano à queue suspendu, et où oscillait une larme de verre. ET TOUT A COMMENCE.

C’était encore une fois, comme à chaque fois que je suis touché, d’une sensibilité et d’une légèreté sans nom. Pas de brio, pas d’excellence tapageuse mais des talents qui s’expriment dans des sourires complices, un clown émouvant, des artistes-musiciens-circassiens qui laissaient se déployer leur talent dans une poésie sans mot, dans une douceur ébouriffante.

Il y avait cette femme qui jouait avec les flots, avec la mort, avant de s’élever aérienne vers des cieux sans effort, ou ces personnes traversant le plateau en rythme effréné, il y avait de l'air, du son, du talent, il y avait ce second degré léger, il y avait ce rythme, celui de Greg, mais partagé avec des talentueux du corps et du reste. Parce que c’est cela qui m’a touché avant tout. C’était tout l’homme, de la moindre fibre de ses muscles à la délicatesse de son mouvement, du pétillement de ses yeux aux harmoniques de ses ensembles musicaux, on sourit, on rit, on vole un peu.

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On se dit surtout que l’on doit, dès le retour, vaquer à cette occupation fondamentale, de donner le sourire, de sourire en donnant, de permettre à ceux que l’on rencontrera de déployer en eux le don qu’ils ont reçu, de concourir, comme Eglise, à quelque chose de cette joie qui est don de Dieu. Je vous assure que parfois, il y a des gens qui ont une manière de vous regarder et de vous donner, qui vous permet de deviner sous tant de talent quelques reflets des cieux. Un cirque d’une humanité bercée d’infini, tendre, léger, donné.

Le plus beau, c’est de croiser au sortir des étudiants du mercredi, ou un ancien élève qui me reconnaît, puis de parler en vérité avec l’ami retrouvé. Parce qu’il est doux de se laisser sauver.

et comme dans toute ballade, à la fin de l’envoi, ils touchent.

ça se passe là.

vendredi 4 octobre 2013

seum

Il fallait que ça finisse par arriver, un jour ou l’autre : ça, la presbytie, la calvitie et les problèmes de prostate (mais bon, pas tout à la fois[1] ). Déjà que je me traîne depuis des années une adresse en wanadoo point éfère, une autre en hotmail point com, depuis que celles de caramail et de mageos ont rendu l’âme. Il faut dire que j’ai tchaté sur msn, j’ai même wizzé sur msn, j’ai ouvert un blogue (“c’est un peu un journal intime en ligne?" – hmmmm, non.), j’ai poké sur facebook puis je l’ai seppuké, j’ai pas mal déserté et désherbé twitter, j’ai lu des skyblogs, j’ai pesté contre des pièces jointes de plus de 100 ko qui n’arrivaient pas à se charger, j’ai renié tumblr, j’ai raté plein de blogs photos, j’ai vu mourir le blog d’Edmond Prochain, et de pas mal d’autres, j’ai même intrigué du journaliste sur le thème prêtre blogueur, quelle drôle d’idée. J’ai eu un nokia 3310, et quelques autres téléphones, j’ai fait du caté avec Audaces, en cascades depuis des sources d’avenir, j’ai vu de l’ado mignon et de l'ado mi-con, comme celui qui, hier, se sentait obligé de m’expliquer “la clé usb”, ou voulait m’apprendre à mettre une vidéo en pause pour lui laisser le temps de charger. Bref, ce siècle avait deux ans, Rome, Sparte, percée tout ça que déjà, les internets, les jeunes, et tout ce genre de choses.

Mais hélas, il faut un jour savoir reconnaître la sénescence programmée.  Hier, et quasiment pour la première fois, j’ai eu un message sur mon répondeur d’un 07, un zé-ro-sept! Il s’agissait d’une erreur, certes, mais j’ai dû réécouter ledit message pour en deviner l’objet. Chaque année un peu plus, le jeune est jeune, et je vieillis!

Lecteur audio intégré

soit dit en passant, si quelqu’un a des nouvelles de Moussa, je suis quand même un peu inquiet, hein Clignement d'œil

Notes :

[1] et je te raconte pas les soucis pour réussir à acheter un pantalon qui ne soit pas un slim, voire un slim rouge.