jeudi 19 décembre 2013

A tes côtés

Dimanche 13 juin 2004 vers 16 heures et quelques
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un fluet et un replet s’étendent sur le sol de la cathédrale,
l’un pour devenir prêtre, l’autre diacre en vue du sacerdoce,
deux corpulences, deux histoires, deux choix,
une même litanie, un même don, un même Esprit.

18 décembre 2013, au soir, on vient de retrouver Emmanuel
étendu près de sa voiture, seul, sur le mont Besneville.
Il avait cinquante ans, il était prêtre depuis huit ans.

Vie donnée, vie lancée vers le ciel.
Nul n’est immortel.

dimanche 1 décembre 2013

cher parent

Cher parent qui, (raye la-les mention-s inutile-s)
dans un souci de préserver la liberté de ton enfant,
dans l’intention qu’il puisse goûter toute la profondeur du sacrement
en le préparant longuement et probablement sans toi,
dans la peur de ne pas bien savoir en qui ou quoi tu crois,
et de n’avoir globalement rien à lui transmettre,
Cher parent donc, toi qui as fini par surseoir sine die au baptême de ton enfant
pour quelque raison plus ou moins militante
ou parce que tu n’as pas eu le temps, ou l’argent, ou l’idée,
je ne dis pas que tu as forcément tort, mais…
sache que tu n’as pas nécessairement rendu sa tâche facile.

Certes, vous vous éviterez mutuellement querelles et dilemmes
quant à la messe dominicale, et son corollaire catéchisé
quant aux questions qui fâchent, quant aux ruptures qui déchirent,
quant aux paroles d’Eglise qui exigent, quant au sens qui s’insinue..
et mieux encore, il ne t’en voudra pas, ado, de lui avoir collé de force la foi.

Mais réfléchis une seconde de plus… à moins de rencontrer quelques amis chrétiens
ou de faire confiance à une opération du Saint Esprit (ce dont tu doutes, logiquement)
(tu paries, là, sur un gros coup de bol, hein)
les seuls moments où profondément la question du sens, ou de Dieu, surgira
ce ne sera pas dans le fond d’un intermarché, fnac, Micromania,
mais bien de façon puissante, bouleversante, exacerbée
dans l’expérience du deuil, de la séparation, de la souffrance
dans ces moments où le mal abonde, où le sens s’épuise, où l’amour bute
et là, désemparé comme tu l’as parfois été, il vacillera en bord de vide.

Note que dans ces moments là, souvent, on rechoisit ce qui est essentiel
on réapprend
qu’on veut aimer, même si ce n’est pas simple,
qu’on veut donner sans rien attendre,
qu’on sait que la vie c’est plus que “ça”
Mais il ne faut pas se leurrer, les décisions prises dans la déréliction,
dans la crise, ont souvent du mal à se tenir dans le temps.

Ainsi, au lieu d’avoir donné à ton enfant,
au coeur de sa vie tournée vers l’avenir,
une foi qui le pousse vers la vie, vers les autres, vers la joie,
vers un “lui-même” audacieux dans un monde en devenir,
vers un Dieu qui croit en lui,
bref une foi d’être pleinement vivant
tu lui demandes de s’y confronter dans le temps de la réaction,
de la peur, du sursaut pour que tout ce qui compte
ne finisse pas encore par mourir.

En son nom, je te remercie, c’est un joli projet.