lundi 15 décembre 2014

blablateur

La SNCF n’aime pas trop le clergé
(ou alors simplement les gros prêtres cools),
elle ne simplifie plus du tout les trains vers Lourdes (c’est le moins qu’on puisse dire),
ET ne propose jamais de trains aux horaires qui pourraient être utiles à un prêtre cherbourgeois ayant une réunion matinale à Orsay. Bref, j’allais, samedi, encore une fois, me retrouver à aggraver le réchauffement climatique et les trous dans mon budget et mon énergie en roulant, seul, vers Paris. Mais la fatigue et la semaine à venir tendaient discrètement à chercher des pis aller. C’est alors, qu’ex-jeune, je me suis souvenu que j’avais envisagé de faire du covoiturage, façon conducteur, afin de ne pas faire plein de kilomètres seul. Mon emploi du temps étant particulièrement bordélique, je n’avais jamais trop réussi à organiser un voyage mais il était temps de vérifier l’inscription.

Miracle (dirait un charismatique), un chauffeur effectuait un parcours quasiment idéal à des horaires quasiment pas trop mal… J’optais donc pour les économies et le lever matinal. Quelques sms plus tard, je me retrouvais passager, menant une conversation épisodique aussi molle que matinale. Avec le lever du jour, la conversation se fit plus précise. Je m’en étais douté, covoituré, il était impossible de taffer (argl). Puis vint LA question, normale, banale, anodine.

“et vous faites quoi dans la vie ?”

puis deux heures de conversation dense sur la foi, les engagements, les jeunes, les valeurs, la messe, les moines, etc.
Bel échange, profond, juste.
et juste un peu plus rincé après Clignement d'œil

au retour, point de train encore, 2e covoiturage, plus roots, 4 dans la voiture, départ 19h.
La question “et tu fais quoi dans la vie” tomba à 19h20. 
on est arrivés à presque minuit.

trustman

petits lieux de rencontres en déplacements, d’échange, à très courte distance,
le dialogue y est soutenu, l’espace restreint, les échappatoires rares, même quand ça dérape un peu. (alors que dans le train, l’espace permet d’interrompre délicatement la conversation au bout d’un moment, quand il risque de ne plus tant avancer)

et le Seigneur nous conduit sur ses chemins.

dimanche 14 décembre 2014

La mission comme un mystère de Visitation

Il est tout à fait évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

D’abord c’est le secret de Dieu. Et puis, il se passe quelque chose de semblable dans le sein d’Élisabeth. Elle aussi porte un enfant. Et ce que Marie ne sait pas trop, c’est le lien, le rapport, entre cet enfant qu’elle porte et l’enfant qu’Élisabeth porte. Et ça lui serait plus facile de s’exprimer si elle savait ce lien. Mais sur ce point précis, elle n’a pas eu de révélation, sur la dépendance mutuelle entre les deux enfants. Elle sait simplement qu’il y a un lien puisque c’est le signe qui lui a été donné : sa cousine Élisabeth.

Et il en est ainsi de notre Église qui porte en elle une Bonne Nouvelle - et notre Église c’est chacun de nous – et nous sommes venus un peu comme Marie, d’abord pour rendre service (finalement c’est sa première ambition)… mais aussi, en portant cette Bonne Nouvelle, comment nous allons nous y prendre pour la dire… et nous savons que ceux que nous sommes venus rencontrer, ils sont un peu comme Élisabeth, ils sont porteurs d’un message qui vient de Dieu. Et notre Église ne nous dit pas et ne sait pas quel est le lien exact entre la Bonne Nouvelle que nous portons et ce message qui fait vivre l’autre. Finalement, mon Église ne me dit pas quel est le lien entre le Christ et l’Islam. Et je vais vers les musulmans sans savoir quel est ce lien.

Et voici que, quand Marie arrive, c’est Élisabeth qui parle la première. Pas tout à fait exact car Marie a dit : as salam alaikum ! Et ça c’est une chose que nous pouvons faire ! On dit la paix : la paix soit avec vous ! Et cette simple salutation a fait vibrer quelque chose, quelqu’un en Élisabeth. Et dans sa vibration, quelque chose s’est dit… qui était la Bonne Nouvelle, pas toute la Bonne Nouvelle, mais ce qu’on pouvait en percevoir dans le moment. D’où me vient-il que…l’enfant qui est en moi a tressailli ? Et vraisemblablement, l’enfant qui était en Marie a tressailli le premier.

En fait, c’est entre les enfants que cela s’est passé cette affaire-là… Et Élisabeth a libéré le Magnificat de Marie Et finalement, si nous sommes attentifs et si nous situons à ce niveau-là notre rencontre avec l’autre, dans une attention et une volonté de le rejoindre, et aussi dans un besoin de ce qu’il est et de ce qu’il a à nous dire, vraisemblablement, il va nous dire quelque chose qui va rejoindre ce que nous portons, montrant qu’il est de connivence… et nous permettant d’élargir notre Eucharistie, car finalement, le Magnificat que nous pouvons, qu’il nous est donné, de chanter : c’est l’Eucharistie. La première Eucharistie de l’Église, c’était le Magnificat de Marie. Ce qui veut dire le besoin où nous sommes de l’autre pour faire Eucharistie : pour vous et pour la multitude…"

​Christian de Chergé

jeudi 11 décembre 2014

le poète

Il y a des événements importants dont les journaux ne se feront jamais écho, de par leur caractère anecdotique supposé… et une journée fraternelle des prêtres du diocèse crotté de Coutances en est probablement un paradigme. On y échange, on s’y écoute, on y informe, on prie, mais ne sont conviés que les quelques uns plus ou moins grisonnants qui ont donné leur vie dans le sacerdoce dans la communion avec un évêque et ses successeurs... des prêtres diocésains, donc. 

BlogDavidLerouge-429

Rien de nouveau (ou alors un seul, ordonné cette année), des absents forcément (qui n'ont pu venir, ou nous ont quitté), et donc évidemment beaucoup moins nombreux qu’avant. Au programme: un petit temps de partage, réparti dans des groupes aléatoires (on ne se connaît pas tous bien) et installés dans les appartements des prêtres très âgés de la maison d’accueil diocésaine qui nous reçoit, un apéro et un repas, des échanges et des échos de ce qui se vit, de ce qui se choisit, d’un sens et d'une orientation.

Et c’est là que se situe toute l’originalité de ce moment, dans le linéament entre un programme et une parole, dans l’espace où se dit beaucoup de la foi chrétienne, dans cette poésie de la liturgie, de la foi dont Mgr Le Boulc’h s’est fait résonnance dans l’homélie. un pas de côté, vers le coeur.

BlogDavidLerouge-401

Dans le livre d’Isaïe, le langage de la prophétie devient poésie. Isaïe est le prophète de l’Avent parce qu’il a reçu le don de transmettre l’espérance à un peuple désorienté. L’espérance est poésie. Elle ne peut se limiter à des planifications, des stratégies ou des programmes. Nous le constatons, aujourd’hui comme hier, cela ne suffit pas à propulser les hommes dans l’avenir. Pour trouver l’espérance, les hommes ont besoin d’images, de poésies et de rêves qui réveillent en eux le désir de se mettre en chemin. Ils ont besoin du prophète poète.

Isaïe annonce à son peuple les temps nouveaux. Ce jour-là, les collines et les montagnes seront abaissées et feront place à des plaines fertiles. Les sources jailliront dans les déserts et ses fleuves abreuveront la terre. De beaux arbres de toutes espèces seront plantés, ils grandiront et « tous les regarderont et les reconnaîtront ». Cette belle espérance du prophète est donnée à Israël. Elle est donnée aussi à l’Eglise, nouvel Israël, qui la reçoit dans le Christ Jésus. Comme Israël, l’Eglise se voit appelée à travailler pour que le monde trouve sa fécondité, et réponde à l’espérance que Dieu a mise en lui.

Frères prêtres, les communautés d’Eglise dont nous partageons ensemble la charge sont appelées ainsi à travailler à la fécondité du monde. Selon la parole du livre d’Isaïe, cette fécondité passe par l’aplanissement des montagnes et des collines. Elle passe aussi par le creusement jusqu’à la source qui irrigue. Elle passe encore par l’action de grâce devant les arbres qui s’élèvent.

Il est demandé à notre Eglise de réduire les collines, tous les obstacles qui empêchent notre monde de tendre à son espérance. « Briser les montagnes, abaisser les collines », c’est là une tâche exigeante pour nous, en cette période délicate de notre histoire contemporaine où des signes de plus en plus nombreux nous laissent l’impression douloureuse que notre société désorientée ne cesse de s’éloigner de l’humanisme chrétien qui lui a donné pour une part son inspiration. Je pense en particulier aujourd’hui aux débats difficiles qui s’annoncent concernant l’euthanasie. Le 25 novembre dernier, devant les élus européens, le pape François, dans des paroles libres et percutantes, exprimait son inquiétude face aux dérives qui conduisent nos sociétés occidentales à réduire et à relativiser leur vision de l’homme. Il appelait alors au réveil de la conscience européenne pour le respect de la dignité de toute la personne et de toutes les personnes. Il y a donc ces obstacles liés à l’esprit du temps auxquels nous sommes confrontés, mais, c’est aussi notre Eglise elle-même qui doit réduire en son sein les obstacles qui l’empêchent de devenir féconde en notre monde. Obstacles de la division, des tentations de la mondanité, du sectarisme et de l’intégrisme.

La prophétie d’Isaïe appelle à briser les montagnes et à réduire les collines. Elle appelle aussi Israël à retrouver la source vive. « Sur les hauteurs dénudées, je ferai jaillir des fleuves, et des sources au creux des vallées » dit le Seigneur.
Notre Eglise sera source de fécondité dans notre monde si elle sait creuser toujours plus en elle le désir du Christ Jésus. Notre Eglise irriguera le monde, à la condition qu’elle s’abreuve elle-même à l’eau vive de l’Esprit Saint. Frères prêtres, nous avons la responsabilité de conduire notre Eglise à sa source, dans la méditation de la Parole de Dieu, dans la célébration et l’accueil de la présence sacramentelle du Ressuscité, dans le témoignage auprès de tous de l’Evangile de Jésus qui éclaire la vie des hommes.

Le poète Isaïe exhorte son peuple à aplanir montagnes et collines, à creuser en lui jusqu’à la source d’eau vive. Il l’appelle encore à contempler les arbres qui s’élèvent sur les terres pourtant incultes. Que tous sachent regarder et reconnaître la beauté des arbres qui s’élèvent parfois dans des conditions bien peu favorables. C’est là un appel pour nos communautés d’Eglise à ce qu’elles sachent se réjouir et s’émerveiller devant les hommes quand ils font preuve d’élévation. Frères, il faut nous réjouir devant tous ceux et celles qui, quels que soient leurs lieux, leurs religions, leurs philosophies, témoignent de la beauté de l’humanité qu’ils reçoivent de Dieu. Nous émerveiller et rendre grâce à Dieu quand, dans nos communautés d’Eglise, malgré nos terres incultes, grandissent des hommes et des femmes selon l’Evangile du Christ Jésus.

(Homélie prononcée par Monseigneur Laurent Le Boulc’h lors de la journée du presbyterium – jeudi 11 décembre 2014)

BlogDavidLerouge-430

lundi 1 décembre 2014

Le bisou est-il l'avenir du christianisme?

On l’a vu en Turquie ce week-end, le souci de l’unité entre Eglises est à la fois affaire de petits gestes, de grandes humilités, et de petits pas de souri(re)s l’un vers l’autre. Le pape François a donc demandé la bénédiction du patriarche, lequel l’a embrassé chaleureusement et fraternellement. Il ne pouvait pas le bénir, maintient Isabelle de Gaulmyn, le geste aurait été trop impliquant, et clivant… Le geste de fraternité, sans doute beaucoup plus télévisuel qu’une bénédiction, n’aura pas encore pu aller jusqu’au bout. D’ailleurs, au vu de l’histoire si mouvementée entre les églises, on est en droit de se demander vers quel genre d’unité nous pouvons essayer de tendre. Quoiqu’il en soit, au nom du Christ, nous devons la construire et l’espérer.

Néanmoins, si vous êtes un peu paumés dans l’oecuménisme officiel, voici, pour les patriarches et papes qui seraient un peu perdus, un petit récapitulatif.

DPO

Une petite histoire de cet été à Taizé, comme en écho, même si je pense qu’elle était une simple opportunité plus qu’un modèle à exporter. Le premier soir dans l’église, je me suis retrouvé, parce que seul francophone, à confesser les jeunes en anglais et en français (avec quelques mots de ci, de là en d’autres langues pour rigoler). Le plus surprenant, c’est que beaucoup des personnes qui sont venues me voir n’étaient pas catholiques. Je leur précisais que je n’étais pas frère, que j’étais prêtre catholique, mais que je ne leur donnerai pas le sacrement du pardon, ils voulaient venir, parler, déposer leurs péchés. J’écoutais, on parlait, et ensemble, à la fin, on remettait tout cela entre les mains du Père par la prière. Sans absolution, donc.

Assez tard, s’asseoit à côté de moi une femme, pasteur protestante, qui vient elle aussi échanger longuement, déposer de lourds poids et mettre les questions dans son ministère entre les mains de Dieu. C’étaient de justes questions de pécheur, de justes questions de pasteur… et naturellement, le secours des sacrements ne pouvait venir poser un terme à notre échange et à notre prière… Or bien souvent, c’est je crois la seule parole vraiment utile que je peux dire dans ces cas là. Mais pas ici. Alors, je lui ai dit que j’aimerais, pour conclure cette prière, la bénir. Comme je bénis les enfants, comme je bénis les chrétiens, et tant d’autres personnes bien souvent. Je lui ai dit que je voulais la bénir, mais lui demandais, en retour, de me bénir à son tour. J’ai tracé sur son front la croix, priant en français. Elle m’a béni en allemand.

Deux jours plus tard, elle m’interpelait dans la grande cour. Le geste avait touché, il nous fallait encore un peu plus parler. A l’époque, les bisous de patriarches ne se pratiquaient pas encore. ça n’aurait pas sans doute eu le même effet.