mardi 27 janvier 2015

le fou, le doigt, le pape

Quand le pape montre le ciel, ou la terre, ou un quelconque mystère,
l’imbécile regarde le doigt,
le twitto sensible (soit blessé, soit émétique) s’offusque de l’ombre produite.

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mais, mon lapin, tu ne peux pas t’offusquer des à peu près journalistiques et tomber dans les mêmes travers… on ne peut écouter quelqu’un si on ne lui fait rien qu’un peu crédit d’intelligence. Ce pape est on ne peut mieux accolé, comme tout chrétien devrait le faire, sur le magistère, la Bible, la tradition mais il se permet de varier les manières de le dire ! Autant il fallait s’accrocher avec Benoit à l’aridité et la précision de la langue, autant il faut écouter ce pape et écouter le moment où il dit les choses…
On ne peut pas prêter le même poids ni la même sémantique à des libres propos à des journalistes dans un avion sur des questions polémiques, à des mots d’accueil à une foule enthousiaste d’un mercredi midi, à une homélie de canonisation ou une homélie de semaine ou à une encyclique. Chez ce pape tout n’est pas parole d’Evangile mais parole appuyée sur l’Evangile. C’est mieux. C’est ainsi, mon chou, on n’écrit pas partout pareil. Ecouter ne nous interdit pas d’une intelligence réciproque (ni d’une bienveillance a priori). Ecouter, mon roudoudou des îles, c'est vouloir accueillir la parole de l'autre qui n'est ce que tu aurais dit, ni de la manière dont tu l'aurais dit... C'est rude mais souvent bon.
ou alors, c’est que tu ne comprends que ce qui te plaît, ça fait bien peu de choses en somme... ;)

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dimanche 25 janvier 2015

Rengaine

Je ne suis pas peu fier. Je crois que je viens d’exploser les capacités trollesques et virales du genre homélie.
Tout est la faute d’Anne Sylvestre, la chanteuse. Et d’Anne Claire, la blogueuse. Cette dernière partage avec la première une aversion toute mélodique pour ce best of du piano débutant que constitue, tu l’as deviné, la lettre à Elise. Face à cette antipathie beethovienne, je me suis fait un devoir d’acquérir, afin de l’offrir aux enfants d’Anne-Claire une serinette merveilleuse.

Si tu ne sais pas ce qu’est une serinette, c’est tout simplement une jolie mélodie gravée en relief sur un cylindre que tu fais tourner mignonnement à l’aide d’une petite manivelle et qui fait résonner de minuscules lattes métalliques et sonores.

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A vrai dire, ça ne fait presque pas de bruit dans le fond de la main, et c’est là que repose toute l’astuce.

J’ai donc sorti la serinette au cours de l’homélie et personne ne l’a entendue. C’est un peu comme la Parole de Dieu. Quand ça reste Parole, mots et sons, quand ce n’est pas accueilli, c’est à peine audible, ça ne change rien pour personne…

Mais si tu poses la serinette sur une caisse de résonnance, une table, une boite, un micro, alors le son se déploie. Même son, mais une ampleur bien différente.

Il en va de même de la conversion avec la parole de Dieu. Si on en reste à des mots, et une attitude intellectuelle… mais si cette conversion s’appuie sur le corps, alors tout change et la mélodie me dépasse, et rayonne. Quels corps?
mon corps de chair, celui qui me fait agir, celui des relations, celui de ma vie
le corps du Christ, Eglise, qui donne l’ampleur à mes petites conversions et les fait résonner.

et l’organiste, sympa, continua à jouer le thème après l’homélie. Oui, ta journée est foutue.

(et oui, j’ai trouvé le truc de lecture automatique en boucle Rire)

samedi 24 janvier 2015

to the roots

sur une idée de @lb2s, je vous invite à reprendre, chacun, vos missions dans l’Eglise et hop, à recevoir une lettre #pansurlenez du pape. Ad Hoc. Je mettrais bien en arrière plan un fond parcheminé, mais j’ai pas ça sous la main.

Remplissez les cases vides. Si vous ne servez pas l'Eglise (bouh) vous pouvez quand même recevoir cette lettre, au prix de quelques modifications qui vont bien. 

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Cher frère, (/mon lapin)

Aujourd’hui a été rendue publique ta désignation comme cardinal ____________ de la Sainte Eglise Romaine. Je t’envoie mes salutations avec l’assurance de ma prière. Je demande au Seigneur de t’accompagner dans ce nouveau service, qui est un service d’aide, de soutien et de proximité spéciale avec la personne du Pape__________   , pour le bien de l’Eglise.

Et pour exercer cette dimension de service, le cardinalat ______________ est une vocation. Le Seigneur, à travers l’Eglise, t’appelle encore une fois à servir; et Il te fera du bien au cœur de répéter dans la prière l’expression que Jésus lui-même suggéra à ses disciples pour demeurer dans l’humilité: «Dites: “Nous sommes de simples serviteurs”», et cela non comme une formule de politesse mais en tant que vérité après le travail, «quand vous n’aurez fait que votre devoir» (Lc 17, 10).

Demeurer humble dans le service n’est pas facile lorsque l’on considère le cardinalat____________ comme une récompense, comme le sommet d’une carrière, une dignité de pouvoir ou de distinction supérieure. D’où ton engagement quotidien pour maintenir éloignées ces considérations, et surtout pour te rappeler qu’être cardinal ___________ signifie s’incardiner ___________  dans le diocèse de Rome pour y apporter le témoignage de la Résurrection dans le Seigneur et le donner totalement, jusqu’au sang si nécessaire.

De nombreuses personnes se réjouiront de ta nouvelle vocation et, en bons chrétiens, ils feront la fête (car c’est le propre du chrétien de se réjouir et de savoir célébrer). Accepte-le avec humilité. Fais seulement en sorte que, dans ces célébrations ne s’insinue pas l’esprit mondain qui étourdit plus que l’eau-de-vie à jeun, désoriente et sépare de la croix du Christ.

Nous nous verrons donc le 14 février. Prépare-toi par la prière et un peu de pénitence. Qu’une grande paix et joie t’accompagnent. Et je te demande s’il te plaît de ne pas oublier de prier pour moi.

Que Jésus te bénisse et que la Sainte Vierge te protège.

Fraternellement, (/cordialement, (si tu n'es pas chrétien))

Au Vatican, le 4 janvier 2015

(d’après news.va)

dimanche 18 janvier 2015

Red Coat

Il est minuit, ça caille pas mal et je trace pour rentrer chez moi.
Pour une fois, je suis à pied et pas à vélo (parce que je me suis laissé conduire en voiture à ce dîner) le bonnet de saint bien enfoncé sur le crâne, le manteau rouge remonté jusqu’au col.
Le dîner était génial, la conversion faite de cette écoute réciproque qui pousse à l’intelligence, à la légèreté et rebondit, entre bières et bon vin, de la dernière actu aux films qui nous marquent en profondeur.
il est minuit, ça pleuviote gentiment, et je presse le pas.

Au coin de la rue, à mi chemin, 20 mètres devant moi, au passage d’une (unique) voiture, un mouvement désarticulé s’affaisse suffisamment pour effleurer mon attention. Je croyais la rue vide mais au pied d’un panneau, quelqu’un vient de tituber. C’est une femme, visiblement très ivre, qui vient de s’effondrer en douceur, et qui essaie péniblement de rassembler ses esprits à défaut de ses effets. Comme les 20 mètres qui nous séparent ne semblent pas vraiment résoudre la situation, je m’avance, je lui propose de l’aider à se relever, elle prend ma main, et debout, recommence visiblement à bien tanguer.

- ça va aller ?
- ouais, j'ai un peu bu.
- vous allez où?
- je rentre chez moi
- c’est loin?
- nan dans la rue juste là.
- je peux vous accompagner ?
- ouais.

Et nous voilà, compagnons de picole, prenant un peu de gîte entre les voitures, une main calée dans le dos pour amortir les changements de cap. Et la conversation prend le pas hésitant de nos déambulations.

- vous êtes le Père Noël, hein?
- non, je suis le père David. ;)
- vous, vous êtes le Père Noël
(merci, manteau rouge)
- non, non, je suis le père David, je suis prêtre, vous voyez?
(elle voyait apparemment peu)
- vous êtes le Messie, alors?
(effet Bonnet)
- mmmh, non, pas vraiment non :)
- ouais mais Dieu, il existe pas
- ben si,
- ouais mais j’ai lu Nietzsche, et Dieu il existe pas,
- ben sauf si on l’a rencontré, non?

et il  eut un air de franche assurance réciproque dans les zygomatiques qu’on ne retrouvait guère dans la démarche.
il y eut encore des mots, aléatoires, des sourires, assumés, des pas, perdus
et on s’était suffisamment rapprochés de chez elle pour qu’on puisse se quitter. 
Je lui ai demandé son prénom, si ça allait aller et je suis reparti.

Le temps que je fasse le chemin dans l’autre sens, un coup d’oeil en arrière me la fit encore apercevoir pas arrivée à sa porte, mais un peu plus près quand même.

Ce n’était pas mon projet, j’avais rien demandé, j’aurais jamais dû être là, d’habitude je file à vélo, d’habitude je saute d’un rendez vous dans l’autre sans espace entre les deux, et dans la nuit, un peu ivre, On est revenu me dire que la rencontre se joue parfois à un glissement près.

dimanche 11 janvier 2015

Où est Charlie ?

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. (GS1)

une foule immense, impossible à compter,
voilà notre espérance, merveille à raconter…

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avec notamment la tête de la liberté
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et quelques mises en perspective.
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en perspective, donc.
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en perspective, toujours,
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et des applaudissements par vagues, pour ponctuer des conversations,
où d’autres mondes apparaissaient, du Nigéria comme d’ailleurs,
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Cherbourg, le 11 janvier 2014, rassemblement en hommage aux victimes des attentats. 

mercredi 7 janvier 2015

Quand un À-Dieu s'envisage

relire, encore, toujours, même si on le connaît par coeur. 

Testament du père Christian de Chergé
Prieur du Monastère de Tibhirine
Entré au monastère en 1969, mort en 1996 à 59 ans

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat. Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L’Algérie et l’islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans.

Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

Amen ! Inch’ Allah.
Alger, 1er décembre 1993

dimanche 4 janvier 2015

2015

au milieu des foules, des ciels clairs et des photos cliché
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faire s’affoler l’appareil photo, dépassé
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y laisser l’autre apparaître doucement, en regard,
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orbes en réponses
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et mondes juxtaposés
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puis dans l’air saturé ne pas craindre brumes et nuages.
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parce que parfois la densité, le mystère de la lumière vient s’y fragmenter.
un brin d’irisation dans la légèreté de ce qui aurait dû occulter…
mystère de foi, dont on perçoit la richesse dans l’épaisseur des jours. BlogDavidLerouge-443

gifts

On sous-estime la puissance de la pâtes à papier griffonné et chiffonné en collier.

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On sous-estime la délicatesse, en fait.

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